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INTRODUCTION

Le pays de Luchon est situe au centre des Pyrénées françaises, à l'extrémité méridionale du département de la Haute-Garonne. Arrêté par les sommets de premier ordre qui barrent l'horizon du sud en marquant la frontière espagnole, resserré à Test et à l'ouest par deux puissants contreforts qui le séparent de la vallée d'Aran et du département des Hautes-Pyrénées, il forme un rectangle de trois cents kilomètres carrés de superficie, très-sensiblement déterminé, au nord, par une ligne qui joindrait le pic de Pales de Burat au Montné. Les angles du sud, plus caractérisés en altitude, sont, d'un côté, la Picade, et, de l'autre, les glaciers d'Oô qui portent leur tête blanche à près de dix mille pieds dans les airs.

Région pittoresque entre toutes, région des contrastes, où Virgile aurait eu ses plus gracieuses inspi-

rations, ou Dante aurait trouvé les sites désolés que lui taisait voir son génie. Ici, des vallons charmants, parés de toutes les beautés de la nature ; là, des sommets dénudés, des abîmes sans fond, des glaciers effroyables ; ici, des sources bouillantes, là des eaux toujours glacées ; dans la ville, le luxe de la vie mondaine et tous les rafïinements de la civilisation ; dans les vallées hautes, à deux |>as, les superstitions et les coutumes des temps primitifs.

Chaque vallée a son cours d'eau, torrent écumeux ou ruisseau limpide, formé des sources innombrables (|ui sortent des flancs des montagnes, et du trop plein des lacs qu'alimentent les glaciers. Les nestes dïJô, de TArboust et d'Oueil forment TOnne ; la Pique^ grossie des eaux du Lys et du Burbe, rejoint rOnne, au-dessous de la ville de Luchon, à AygueS' Juntes. Doublée en volume, la rivière, après avoir arrosé les plantureuses prairies du bassin luchonnais, court jus(iu'en delà de Cierp où elle rencontre le grand collecteur de la vallée d'Aran, la Garonne.

Il suffit de jeter les yeux sur une carte de ce merveilleux pays pour voir que la nature s'est chargée elle-même des divisions topographiques qui doivent en faciliter la description. Voici crabord la vallée du Lys, vallée élyséenne, avec ses granges, ses hôtels rustiques, ses cascades, ses prés toujours verts, ses forêts séculaires que dominent les glaciers de Carbioules et Taire énorme du Maupas. C'est ensuite le val de la Pique, principal passage vers TAragon, avec ses futaies impénétrables et son Hospice au pied du port de \'enasque. Continuellement habité, cet hospice sert, en hiver, de refuge au voyageur qui gagne l'Es-

pagne, et, en été, de halte au touriste qui va contempler le formidable panorama des Monts-Maudits.

Au confluent du Lys et de la Pique, commence la Bach, longue prairie qui fuit vers Bagnères. Laissant à droite le val de Burbe, aux verdeurs intenses, on entre dans le bassin luchonnais, ravissant plateau où le regard s'épanouit en présence des nombreux villages semés dans la plaine elle-même ou plaqués aux flancs de la montagne.

Vers l'occident, c'est le vallon d'Oô, étroit bassin dont les champs conquis sur une moraine antique supportent les blocs erratiques venus des hauts sommets sur un lit de glace. Ce vallon est continué par le val d'Astos, dominé lui-même par le val d'Eskierrjque les botanistes ont surnommé le « Jardin des Pyrénées. » Au fond d'Astos, sur le flanc d'un contrefort, qui semble défendre le passage, se déroule un sentier qui mène au Séculéjo : vaste nappe d'un azur profond, ce lac, d'une superficie d'environ quatre cent mille mètres carrés, est le réservoir définitif de tout le groupe orographique du sud-ouest dont les eaux, successivement concentrées dans une suite nombreuse de lagons, finissent par se précipiter dans le Séculéjo^ d'une hauteur de huit cents pieds, en formant une magnifique cascade.

Puis voici la vallée de l'Arboust, si riche en monuments des anciens âges : sur le versant méridional où jaunissent les moissons, les villages bâtis en amphithéâtre semblent se réchauffer au soleil, tandis que vis-à-vis, sur l'autre versant, domaine de Tombre, la nature semble avoir épuisé toutes les nuances du vert.

Enfin, c'est la vallée d'Oueil, aux sites agrestes, où

(( les fontaines sont couvertes de mousse et les gazons plus doux que le sommeil,

€ Muscosi fontes et somno mollior herba. »

Dix mille habitants peuplent le canton de Luchon^ répartis en une trentaine de villages, communautés minuscules obéissant administrativement à Bagnèresde-Luchon, leur capitale, qui absorbe à elle seule plus d'un tiers de la population.

Il est aisé de voir comme l'habitant de ces hautes vallées aime la terre, la sienne, cette aima tetlus qui lui fournit tout ce qu'il lui faut pour lui, sa famille et ses troupeaux ! Il la soigne, il la pare en terrasses superposées ; le moindre recoin est utilisé, cultivé, rendu fécond. Malgré le peu de surface apparente du sol arable, rémigration est inconnue. Le pays sufRt à ses habitants. Jusqu'à ces derniers temps, en effet, si l'exportation ne comprenait que des bestiaux, l'importcition, plus réduite encore, se bornait aux articles de métallurgie et aux menus objets de parure féminine. D'ailleurs, le numéraire étant rare dans le pays, la majeure partie des transactions s'opéraient par voie d'échange. On se nourrissait de la chair et du lait des troupeaux, du produit des moissons et des fruits de quelques arbres à demi-sauvages. On se ve tissait de la laine, du chanvre et du lin récoltés dans le pays, filés, tissés et mis en œuvre par des ouvriers du pays. Les nombreuses essences d'arbres qui peuplent les forets fournissaient une variété de bois propres à tous les usages ; aussi ne voyait-on que meubles en bois, instruments en bois, vaisselle en bois, joujoux en bois.

Des changements notables, quoique récents, se sont produits dans ce régime économique ; un luxe relatif s'est introduit furtivement. Les mœurs se sont assouplies ; mais ce qu'elles ont perdu en rudesse je crains bien qu'elles ne l'aient regagné en duplicité. Avec la charrue primitive et le fléau à battre le blé, l'antique patriarchat s'est perdu, entraînant avec lui dans l'oubli les liens, jadis si tenaces, de la famille et le respect de l'hospitalité. Les anciens usages achèvent de disparaître ; seul le droit de primogéniture proteste énèrgiquement contre les intrusions du code civil.

Le langage lui-même a beaucoup perdu de son ancienne pureté. On parle dans le canton deux dialectes très-distincts : le dialecte qui termine en o le singulier des noms et des adjectifs féminins, et celui qui a conservé dans ces terminaisons Va roman : au premier appartient le patois de la ville et de la vallée de Luchon ; au second, celui des vallées d'Oueil et de l'Arboust. C'est seulement dans les villages les plus reculés de l'Arboust et de l'Oueil, à une altitude qui varie de 1200 à 1500 mètres, que le patois est resté à l'abri de toute corruption : là, le linguiste notera la terminaison constante a dans le féminin singulier des noms et des qualificatifs, terminaison qui devient es (pour ae)j au pluriel ; il sera frappé de très-nombreux pluriels masculins en i ; il entendra fréquemment des expressions latines, dont plusieurs encore intactes ; il retrouvera une foule de radicaux ibériens, celtiques, etc; il remarquera l'absence du v remplacé par b, l'absence de Vx remplacé par ts, la substitution presque constante de A à ^ la mutation assez fréquente de Ys en d, ctc ; il reconnaîtra enfin que nul idiome

roman ne s'est mieux conservé et n'est plus digne d'une sérieuse étude.

C'est dans ces mêmes localités que les superstitions paraissent vraiment indéracinables; un observateur attentif y recueillerait les éléments de toute une mythologie : culte des pierres, culte des sources, culte des plantes, culte du feu, culte des génies (le Drac, les Incantades, les Hades, etc.), légendes des anciens géants du pstys, légendes des animaux fabuleux, récits interminables où le merveilleux le dispute à la naïveté.

A quelle époque ce pays, aux traditions si anciennes, commença-t-il d'être habité ? La géologie nous apprend qu'il n'était pas habitable avant Tàge du renne, recouvert qu'il était antérieurement par un immense glacier. L'homme n'y fut donc pas le contemporain du mammouth et de l'ours Jes cavernes ; mais il put y chasser le renne, autrefois très-abondant dans les Pyrénées.

La station préhistorique la plus ancienne que l'on ait encore trouvée appartient à la période de la pierre polie: c'est la grotte de Saint-Mamet, située à deux kilomètres de la villede Luchon. M. le comte de Chasteigner y a fait quelques fouilles, en 1870 : il y a découvert un foyer circonscrit par de grosses pierres, dans lequel étaient accumulés des éclats de roches diverses, plus ou moins atteintes par le feu ; des fragments de poterie noire, ornée de lignes et de points, des silex et des quartzites taillés^ notamment des pointes de flèches simples ou barbelées et semblables à celles des dolmens ; des grattoirs de forme ronde et de forme allongée; des couteaux retouchés sur les bords ;

des molettes et une pierre arrondie n'ayant guère que les dimensions d'un ciseau. L'amas ne mesurait pas plus de 0™ 40 d'épaisseur ; les ossements ne s'y étaient pas conservés, à cause de la composition chimique du sol. Tout à côté de la grotte, sur les pentes du rocher, M. de Chasteîgner a trouvé une hachette polie, de 0™ 113 de longueur.

En 1876, M. Gourdon a fait aussi quelques fouilles à l'endroit même où M. de Chasteigner a rencontré la grande hachette ; il y a recueilli quatre hachettes en euritè. Sous une dalle, il a également découvert trois vases qui présentent, me paraît-il, une grande analogie avec ceux qu'a récemment trouvés le commandant Pothier dans une allée couverte sous tumulus, à Ger, près de Tarbes. Un de ces vases, muni d'une anse et de pieds, contenait des ossements calcinés ; les deux autres avaient été écrasés par la pression des blocs voisins. M. Gourdon a encore ramassé une hache polie en schiste, dans un champ, à trente mètres de la sépulture qui renfermait les urnes. **

Nanti de l'autorisation du propriétaire, M. Lagaillarde,'j'ai repris l'exploration de cette intéressante station et je me propose d'y pratiquer encore des fouilles dès que j'en aurai le loisir. Quatre abris sous roche, contigus et exposés au couchant, sont en partie obstrués par un éboulis où se voient en grande quantité des micaschistes et des granits calcinés. Les deux abris inférieurs ont seuls été fouillés : je viens de trouver, dans le troisième qui mesure 2™ 80 de profondeur sur 3"" 90 de largeur, un poinçon et un couteau long de0'"08, tous deux en silex et soigneusement retouchés à la pointe et sur les bords; doux nèches, Iniio

en silex, l'autre en quartzite ; une sorte de petite vrille en silex ; quatre grattoirs, Tun en schiste lydien, les trois autres en silex; des éclats d'eurite, etc.

Ainsi la petite grotte de Saint-Mamet est néolithique et la sépulture contigue est celle de ses anciens habitants. Le glacier de la Pique a imprimé sa trace, en caractères ineffaçables, sur sa paroi extérieure, formée par une muraille de granit à gros éléments qu'il a grossièrement polie et profondément striée.

L'âge du bronze est représenté, dans le pays de Luchon, par plusieurs monuments, ceux notamment que j'ai découverts, en 1873, sur la montagne d'Espiaup, et que j'ai étudiés et décrits avec la collaboration de M. Edouard Piette.

La montagne d'Espiaup sépare la vallé de l'Arboust des vallées d'Oueil et de Louron ; elle contient un nombre vraiment extraordinaire de monuments mégalithiques : alignement de pierres, enceintes de pierres, pierres à écuelles, pierres à légendes.

Les alignements, formés de pierres placées debout, sont rectilignes ou sinueux. Le plus beau, celui de Peyrelade, a 277 mètres de longueur et se compose de 93 pierres parmi lesquelles on remarque des blocs de granit qui ont jusqu'à 58 mètres cubes.

Les enceintes de pierres sont circulaires, ou ovoïdales, ou rectangulaires. Leur diamètre est de dix mètres en moyenne ; il dépasse parfois cinquante mètres.

Les enceintes circulaires (cromlechs), composées de pierres brutes presque toujours placées de champ et fichées dans le sol, sont les plus nombreuses; elles constituent des groupes très -intéressants à observer. Au centre de chaque cromlech, à une pro-

fondeur de 0"^ 13 à 0™6d, se trouve ordinairement une cella, sorte de caisse rectangulaire faite de dalles schisteuses et renfermant des cendres et des ossements calcinés. Parfois, Tun des côtés de la cella est formé de plusieurs petits galets superposés.

Les cella n'ont, en moyenne, que 0" 40.de côté et 0™ 35 de hauteur. Quelques-unes contiennent des vases cinéraires dont Tornementation et les formes, dérivées de celles des vases néolithiques, révèlent une parenté incontestable avec la poterie de Tàge du bronze. Deux bracelets en bronze, que M. Piette et moi nous avons recueillis dans une petite cella sans urne, portent des ornements identiques à ceux de certains bracelets retirés des lacs de la Suisse et de la Savoie. Leur dimension, leur forme et les dessins géométriques qui les ornent sont caractéristiques du bel âge du bronze; aussi M. de Mortillet et M. Chantre, auxquels nous les avons montrés, n'ont-ils pas hésité sur leur âge. Les sépultures de TEspiaup et leurs cromlechs sont donc contemporains des cités lacustres de la Suisse.

Les pierres à écuelles sont des blocs plus ou moins grands dans lesquels ont été creusés, très-anciennement, un ou plusieurs petits bassins; ces pierres ainsi sacrées font souvent partie d'un cromlech ou d'un alignement : il y en a plusieurs sur la montagne d'Espiaup. On y trouve aussi des pierres à écuelles qui ne dépendent ni d'un alignement ni d'un cercle : le Cailhau des Pourics, qui a 98 fossettes, le Cailhau de Sacada^ qui en a 43.

Quant aux pierres à légendes, elles sont en trèsgrand, nombre. Quelques-unes, notamment le Cai-

Ihaii (V Arriba-Pardinj ont été, jusqu'en ces dernières années, l'objet de superstitions qui rappellent le culte de la puissance créatrice.

On me dispensera d'entrer ici dans de plus longs détails ; je ne pourrais, du reste, qu'analyser la communication que M. Piette et moi nous avons faite à la Société d'Anthropologie de Paris, dans sa séance du 5 avril 1877.

Je ne décrirai pas, non plus, tous les monuments mégalithiques que j'ai découverts dans le pays de Luchon ; il me suffira de signaler encore la grande enceinte de pierres de la montagne d'Haout-Arrouy, dans la vallée de l'Arboust, et le petit groupe de cercles de pierres de la montagne de Baren, à la limite septentrionale du canton de Luchon.

L'enceinte d'Haout-Arrouy, la plus grande de celles que j'ai trouvées, est formée de 488 pierres fichées dans le sol, et n'a pas moins de 433 mètres de circonférence. Tout à côté, sont quelques cromlechs et un alignement de blocs de granit. La grande enceinte de pierres servait, je pense, de lieu de réunion et non de sépulture ; je n'y ai point fait de fouilles.

Les sépultures à incinération de Baren sont formées chacune d'un léger rapport de terre, tumulus trèsbas, qu'entoure un cercle de pierres partiellement enfoncées dans la terre ; une cella, sorte de caisse de pierre rectangulaire, se trouve au centre, à une profondeur moyenne de 0"*40 sous le sol. Voici quelques indications précises sur ces monuments : l*** cromlech, 14 pierres, 5™ 40 de diamètre; la cella, renfermant un vase cinéraire brisé, est composée de cinq dalles très-minces, quatre placées de champ, la cin-

quième servant de couvercle ; elle a 0*" 44 de longueur, O'^So de largeur et 0™25 de hauteur ; — 2® cromlech, 11 pierres, 4"™ 53 de diamètre; lacella, où je n'ai trouvé que des cendres, des charbons et des ossements calcinés, est composée de deux dalles placées de champ, d'une autre dalle placée en dessous, pour former le fond de la caisse, et d'une quatrième dalle mise par dessus, comme couvercle ; les extrémités du rectangle sont fermées. Tune par deux caillons, l'autre par un seul ; l'épaisseur des dalles est de 0™ 03o ; ce dolmen en miniature a 0"*83 de longueur, 0™ 19 de largeur et 0™ 16 de hauteur ; — 3® cromlech, 10 pierres, 3™ 90 de diamètre; la cella, longue de 0""77, large de 0^27, haute de 0'"32, contient des fragments de poterie, des cendres et des ossements carbonisés ; elle est composée de deux dalles posées de champ, d'une autre dalle formant le plancher et d'une quatrième employée comme table de recouvrement ; cette dernière est longue de 0'"96, large de 0™35, épaisse de .0"* 14 ; les deux petits côtés de la cella sont fermés chacun par un caillou; — 4® cromlech, le cercle de pierres a été détruit en grande partie; au milieu, se trouve un menhir haut de 1""20 ; la cella souterraine est composée de six dalles, quatre posées de champ, une placée au-dessous, la sixième mise par dessus pour fermer complètement la caisse ; elle mesure intérieurement 1"05 de longueur, 0™46 de largeur et 0^73 de hauteur ; l'épaisseur des dalles est de 0™ 7 ; cette belle cella contenait sept vases remplis d'ossements carbonisés et de cendres, et recouverts chacun d'une petite dalle en calschiste arrondie. Faits à la main et cuits à feu libre, les vases de Baren sont d'une pâte gros-

jsière, parsemée de granules blancs, noirâtre à Tintérieur et rougeâtre sur les parois ; ils n'ont pas de pied. L'un est muni d'une anse ; un autre est orné d'une ligne circulaire de petits creux ovalaires qui semblent faits avec l'ongle-

On trouve à Garin, dans la vallée de l'Artwust, des sépultures d'époques diverses : les sépultures à inhumation qui sont tout à côté de la chapelle de Saint-Pé (elles datent d'une période relativement récente), et les sépultures à incinération qui appartiennent aux temps préhistoriques. Les unes et les autres ont été fouillées, en 1863, par MM. Fourcade et Fadeuille. Dans les urnes cinéraires ils ont recueilli divers objets en bronze, notamment des fibules et un bracelet roulé en spirale n'ayant pas plus de 0'"04 de diamètre, et un bracelet en os, de O^Oô de diamètre, brisé à l'une de ses extrémités, percé à l'autre d'un petit trou. Le plus grand vase, haut de 0™ 19, est orné de six points en relief; trois autres vases, dont l'un n'a que 0"065 de hauteur, sont ornés de points et de lignes.

D'autres fouilles, faites en 1873 par M. Chaplain- Duparc, sur les pentes qui dominent la vallée d'Oô, ont donné, dit-on, plusieurs objets en bronze, un poignard, des boutons (?), des chaînettes et une vingtaine de vases cinéraires semblables aux huit ou dix urnes exhumées par MM. Fourcade et Fadeuille. Les vases se trouvaient au centre de cercles de pierres posées à 0"™ 30 environ au-dessous du sol moderne ; munis pour couvercles de dalles grossièrement arrondies, ils étaient parfois protégés par un amoncellement de petites pierres. A quinze mètres au nord de ce groupe de cromlechs souterrains, un cromlech, formé de blocs

granitiques partiellement enfoncés dans le sol, a été également fouillé et a livré une urne cinéraire.

En 1876, j'ai exploré la montagne d'Estivère, dont les dernières pentes confinent au champ funéraire de Garin, et j'y ai remarqué un grand nombre de cromlechs et quelques aligneffhents de pierres dont Tun a plus de 500 mètres de longueur. Une fouille hâtive m'a donné quelques fragments de poterie.

Les sépultures à incinération de Garin présentent de nombreuses analogies avec celles de Golasecca et de Sesto-Calende, dans la Haute-Italie, au sud du Lac Majeur; comme celles de TEspiaup et de Baren^ elles appartiennent à Tâge du bronze qui correspond, en grande partie, à l'époque lacustre.

La vallée de Luchon, de même que plusieurs vallées pyrénéennes, — M. le docteur Garrigou l'a savamment démontré, — est formée «par le lit d'un ancien lac. Les bords et les environs de ce lac furent habités dès les temps préhistoriques, je viens de l'établir moimême en décrivant les stations de Saint-Mamet, de l'Arboust et de Baren. Quelques assemblages de fortes poutres en bois, profondément enfoncées dans le sol, que l'on a trouvées dans la ville môme de Luchon, notamment dans la cave de la maison Talazac- Sapène (place de la Mission), ont été prises pour les restes d'anciens pilotis, et Ton a dit qu'une partie du Luchon actuel est construite à l'endroit même où s'élevaient jadis des habitations lacustres. Il faudrait des faits mieux établis et plus pertinents avant de sortir à ce sujet du domaine des hypothèses.

Combien de temps s'écoula-t-il entre cette civilisation primitive et l'arrivée des Romains dans le pays

lie Liichon ? Il est à croire que le fer fut connu et eitl^ ployé dans nos montagnes, bien avant la conquête.

Les riverains de VOnne étaient des Ibéro- Aquitains ; ils portaient le nom à'Onésieiis et formaient une ou plusieurs tribus des Garumiii, peuple qui fut désigné dans la suite sous le n(ftn plus complexe des Convènes.

Les écrivains anciens nous ont conservé quelques faits d'une grande valeur pour notre histoire locale. Nous savons par saint Jérôme que, 72 ans avant notre ère, Pompée, après la pacification de TEspagne, fonda Lugdunum Conve^iai'um (Saint-Bertrand de Comminges) ou, du moins, donna plus d'importance à ce lieu en y introduisant un nouvel élément de population. César, racontant sa troisième campagne dans les Gaules (36 ans avant J.-C), dit que la plusgrande partie de l'Aquitaine se soumit à Crassus et lui envoya des otages ; a un petit nombre de nations, plus éloignées, ajoute-t-il, négligèrent de se rendre, hoc facere 7ieglexerunt! » Et les Convènes furent certainement un de ces peuples qui ne firent pas acte d'obéissance au lieutenant de César ! Enfin, Strabon, qui écrivait vers Tan 14 de notre ère, nous apprend qu'il y avait dans le territoire des Convènes les magnifiques thermes des Onésiens dont les eaux jouissaient alors d'une grande réputation. Or, il est aujourd'hui reconnu que le géographe grec désignait ainsi les thermes de Luchon. On a retrouvé les substructions de rétablissement balnéaire romain et constaté que l'épithète de « magnifique » donnée à cet établissement n'avait rien d'exagéré.

Sous les empereurs romains, les Aquœ Ofiesiorum paraissent avoir rivalisé avec Baïes^ l'opulente sta-

tion du golfe de Naples ; d*oii la devise : Balneum Luxoneiise post Nedpolitense primum. C'est à cette époque prospère qu'appartiennent les autels votifs du pays de Luchon. La plupart des villages modernes paraissent même avoir été bâtis sur l'emplacement d'anciens pagi^ s'il faut en juger^par le grand nombre de monuments gallo-romains que l'on y a trouvés. Chaque lieu avait son génie protecteur, sa divinité topique. Ilixo était adoré à Luchon ; Abellion> à Saint- Aventin, à Garin, à Billère et dans les régions voisines; Iscitt, à Garin; Exprcenn, à Cathervielle ; Aherbelst, à Saint- Aventin ; Alardoss, à l'extrémité septentrionale de la vallée de Luchon; Baicorrix, à Montmajou, hameau de Cier-de-Luchon ; Tutèle (épithcte prudemment substituée au nom divin), à Poubeau ; les Montagnes, à Luchon et dans bien d'autres localités; les Nymphes, à Luchon où plus d'un malade reconnaissant leur éleva des autels, votum solvii libe-^ valus morbo; enfin, les dieux Mânes, partout.

On sait que les Romains, politiques habiles, pour imposer leur religion, adoptaient eux-mêmes les divinités des peuples vaincus ; Mars, Jupiter, Mercure, Apollon^ Hercule, Minerve, Diane et d'autres titulaires du panthéon romain furent ainsi adorés dans nos contrées pyrénéennes, en même temps que les divinités celtiques et ibériennes. Je remarque toutefois, — et non sans une certaine vanité, — que les monuments épigraphiques de mon pays ne portent guère le cachet de cette dualité mythologique, ailleurs si manifeste. C'est que nos montagnards sont d'une race dure et forte, attachés à leur terre, encore plus attachés à leurs dieux !

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