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Épigraphie du Haute Poitou

I. — Coup D'ŒIL D'ENSEMBLE SUR LES INSCRIPTIONS LAPI- DAIRES RECUEILLIRS PRINCIPALEMENT DANS LE DÉPARTE- MENT DE LA VIENNE.

Lorsqu'un homme est subitement retranché du monde, une main attentive vient fréquemment tracer sur la pierre qui recouvre ses restes quelques lignes destinées à conserver son souvenir à travers les âges ; quand on élève un monument consacré au culte , dédié aux arts, ou approprié à quelqu'un des besoins multiples de la société, 1l n'est pas rare non plus de voir graver sur l’une de ses pierres une inscription précisant la date de sa construction, les noms des fondateurs ou même les usages auxquels il a été destiné. Parfois aussi des hommes pieux, à l’extrémité d’une carrière éprouvée par les alternatives du bien et du mal, pensent à fonder quelques offices, à certains jours, avec des stpulations particulières, pour obtenir le rachat de leurs fautes, et comme, dans leur pensée, la fragilité des parcheminsne leur offre pas des garanties de durée suffisantes pour assurer

= À À assez longtemps l'accomplissement de leurs vœux, ils ordonnent en outre qu'on grave après eux ces sortes de chartes privées sur une pierre scellée à l’intérieur des églises et des chapelles, près du lieu où seront déposés leurs restes.

Ces faits, dont nous ne citons que les principaux, se sont fréquemment renouvelés dans le cours des siècles , et nous ont valu cette multitude d'inscriptions qui se ressemblent rarement entre elles, soit par la forme matérielle des caractères alphabétiques, soit par la nature des pensées qu'elles expriment, soit par le style dans lequel elles sont formulées, quand elles n’appartiennent pas à la même époque, soit encore par la langue ou l’idiome, lorsqu'elles sont séparées par un long espace de temps.

Les inscriptions portent donc en elles-mêmes, indépendamment de la date, qui ne les accompagne pas toujours, un cachet particulier qui aide à en fixer l’origine; car elles ont reçu de chacun des siècles qui les a vues naître l'empreinte qui lui est propre, et elles deviennent ainsi pour la postérité de précieux auxiliaires pour rectifier el pour asseoir sur des bases solides mille points restés douteux dans nos histoires locales.

Cet usage, aussi vieux que notre société elle-même, de confier à la pierre tant de souvenirs variés, a fait traverser aux inscriptions qui forment la richesse de nos galeries lapidaires, ou qui se lisent encore sur les monuments pour lesquels on les avait faites , et le paganisme et les premiers siècles chrétiens, puis les luttes incessantes et les transformations du moyen âge jusqu’à nos jours ; en d'autres termes, les phases variées de la civilisation matérielle et de la corruption du monde romain, des âges de foi vive, de barbarie et d'igaorance, puis enfin des temps de recueillement, d'étude et de progrès vraiment civilisateurs, par lesquelles la société

She a dù successivement passer pour devenir ce que nous la voyons aujourd'hui.

Étudier ces curieuses inscriptions confidentes. de chaque époque nous a donc semblé synonyme de faire revivre ces époques elles-mêmes, et de ressaisir au passage, à mesure qu’elles passeraient devant nous, les traits de cette vie intime des générations disparues que l’histoire a trop souvent dédaigné de nous faire connaître, négligence qui a laissé bien souvent inexpliquées pour nous les causes d'une foule d'événements d’une haute importance.

Tels sont principalement les motifs qui nous ont engagé à réunir en un faisceau, puis à étudier dans leur ensemble les inscriptions lapidaires qui forment le riche et curieux écrin de l’épigraphie du haut Poitou.

Un certain nombre de celles qui le composent a été, à la vérité, publié déjà dans les Mémoires et les Bulletins de notre Société, dans les publications de M. de Caumont et de divers historiens du Poitou ; mais on ne les y rencontre que dispersées çà et là, sans presqueaucun lienentre elles, et d'ailleurs un plus grand nombre est resté inédit. 1l était peut-être temps, avant que beaucoup d’entre elles ne vinssent à disparaître tout à fait, de songer à en faire un recueil aussi complet que possible, où chacun pourrait désormais puiser au gré de ses aptitudes et de ses besoins. Toutefois, malgré des soins infinis, un seul ne saurait avoir tout vu et tout recueilli, et ce fut œuvre charitable et bien entendue, non-seulement de la part de nos doctes confrères, mais aussi de la part de nos intelligents concitoyens, quedenoussignaler celles qui avaient échappé à nos investigations ; ils ont ainsi contribué à l’accomplissement d'une œuvre qui fait essentiellement partie des attributions, nous dirions volontiers des devoirs d'une Société archéologique fondée, comme la nôtre, dans le but de

re restituer à ce pays tous les titres qui lui assignent une si glorieuse place dans l’histoire de France (1).

En ce moment, le recueil de nos inscriptions lapidaires du haut Poitou, ou du moins de cette partie du haut Poitou qui forme le département de la Vienne , comprend 300 pièces diverses et par leurs dates, et par les faits auxquels elles se rapportent, et par les noms qu'elles nous ont conservés, les croyances, les coutumes qui les ont inspirées, les idiomes dans lesquels on les a formulées, les caractères alphabétiques à l’aide desquels on les a tracées.

A ces points de vue variés, nos 300 inscriptions se distribuent et se groupent de la manière suivante :

28 d’entre elles appartiennent à l’époque gallo-romaine paienne ; 24 aux premiers siècles du christianisme jusqu'au x° inclusivement ; 27 au x1°, 25 au x1re, 40 seulement aux xuni° et xiv° siècles, 30 au xv°, 66 au xvre, 62 au xvri° et 34 au xvini°, époque à laquelle nous avons limité nos investigations, ne pouvant, en notre qualité d'antiquaire, mettre le pied sur le seuil de notre siècle.

Au point de vue des idiomes dans lesquels ces inscrip-

(1) Au nombre de ceux qui nous ont été le plus secourables, nous nous faisons un devoir de nommer M. Rédet, archiviste de la Vienne, qui avait recueilli déjà un grand nombre d'inscriptions en lectures courantes, et qui les a mises à notre disposition; M. Brouillet, questeur de la Société, qui nous a livré celles qu'il avait recueillies dans l'arrondissement de Civray, et publiées en partie dans nos Mémoires, M. de la Tourette, de Loudun, un certain nombre provenant du Loudunais, et M. l'abbé Auber qui, outre deux inscriptions en sa possession, nous à fourni les inscriptions de l'église cathédrale de Saint-Pierre de Poitiers, dont il a publié l'histoire il y a plusieurs années, enfin le catalogue du musée lapidaire, rédigé par les soins de plusieurs de nos confrères. nous a été également fort utile pour toutes les inscriptions dont il contient l'indication. Quelle que soit,au sur plus, la provenance de chacune des 300 inscriptions qui forment ce recueil, nous avons eu soin de l'indiquer exactement, afin que chacun oût ce qui lui revenait en honneur comme en responsabilité dans ce recueil.

Uüons sont rédigées, nous remarquons que 162 sont en latin, & en grec, 2 en langue celtique, 2 en hébreu, 4 en arabe, 58 en vieux français, et 74 en français moderne.

Au point de vue des caractères épigraphiques, ces inscriptions sont distribuées de la manière suivante : 34 apparliennent à la capitale carrée régulière ancienne, 6 à la rustique ancienne antérieure au v° siècle, 64 à la rustique et onciale du v° au xn° siècle, 4 à la capitale grecque, 2 aux caractères hébreux, 12 à la capitale gothique arrondie, 46 à la gothique brisée, 23 aux capitales irrégulières modernes, 409 à la capitale régulière moderne, et 7 à la cursive ancienne et moderne.

Au point de vue, le plus important de tous, des sujets traités par ces inscriptions, les épitaphes comptent pour 442; les sentences morales, invocations, prières, pour 47; les dédicaces, fondations ou restaurations d'édifices religieux, pour 71 ; celles des monuments civils, pour 13; enfin les souvenirs particuliers , pour 27.

Si on voulait les classer en prenant en considération la beauté relative de leurs caractères et l'importance des faits dont elles nous ont transmis le souvenir, on ne saurait se dispenser de distinguer tout particulièrement les suivantes au milieu de ce précieux recueil :

Pour le rv° siècle, la belle inscription sur marbre blanc de CI. Varenilla, modèle de capitales carrées avec adossements et enclaves disposés avec art, pour ne pas nuire à la symétrie harmonieuse de l’ensemble;

De la même époque, mais appartenant au christianisme, la touchante épitaphe d’Æternalis et Servilia de l’église de Civeaux, que l’on croirait, avec son chrisme accompagné de l'A et de l'a symboliques, exhumée d’une catacombe antique ;

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