A L'ESTUDE DE
Puis viennent, comme au xv° siècle, les textes qui accompagnent, comme un commentaire, en prose et en vers, les scènes
peintes sur les murs des chapelles et des églises, ou représentées sur les tapisseries qui, aux jours des fêtes solennelles, décoraient les façades des maisons, ou même les nefs des églises, et dans ce nombre nous rappellerons les stances du dict des morts et des vifs de la chapelle de Jouhé-sur-Gartempe, et les titres qui accompagnent les scènes diverses du martyre de saint Étienne sur la curieuse tapisserie qui orne l'une des pièces d'une maison située rue de la Psallette-Saint- Hilaire, à Poitiers.
Aussi bien il était Poitevin ce Pierre Blanchet, distingué entre les poëtes du temps qui se livraient à la composition des mystères représentés dans la province à chaque occasion solennelle, et il n'est pas très-surprenant qu'il soit resté sur quelques murs de nos édifices des traces du goût si prononcé de nos aïeux pour les représentations scéniques auxquelles le clergé lui-même ne dédaignait pas d'assister, comme nous avons eu l'occasion de le constater dans notre Essai historique sur l'abbaye de Saint-Hilaire.
Inscriptions du XVII siècle.
Le xvr° siècle nous offre un contingent d'inscriptions à peu près équivalent à celui du siècle précédent ; seulement la langue latine se retire de plus en plus devant la langue française ; les caractères épigraphiques sont uniformément empruntés à la capitale carrée, les épitaphes y gagnent un terrain considérable et embrassent tous les rangs de la société ; les sentences morales et les invocations pieuses s'y maintiennent en nombre égal à celles du xvi° siècle, et les fondations ou reconstructions de monuments religieux y sont un peu plus nombreuses que dans ce dermier.
Pr UE
Les épitaphes latines consacrées à la mémoire des membres du clergé offrent le même bon goût et la même sobriété dans les éloges que leurs correspondantes du siècle précédent : témoin celle de Mgr de la Roche-Posay, évêque de Poitiers, qui devait si énergiquement défendre la ville de Poitiers des désordres de la Fronde , et celles du père Pignard, visiteur de l'ordre de Fontevraud, et du provincial Michel de Cron.
Les fondations d’obits ne sont plus exclusivement rédigées en latin, et les ecclésiastiques eux-mêmes donnent l'exemple de cetle modification. L'épitaphe de A. de Sainan, curé de Saint-Pierre-l'Hospitalier, est, dans ce genre, un modèle dans lequel on n’a oublié aucunedes prescriptions minutieuses qui ne figurent habituellement que sur les actes notariés.
Les épitaphes françaises n'ont pas tout à fait la même retenue que les autres dans l'énumération des qualités des défunts ; elles respirent un contentement de soi-même qui est rarement en harmonie avec la modestie chrétienne et avec les pensées sérieuses que provoque toujours la vue d'un tombeau. Ces réflexions s'appliquent principalement aux épitaphes de René et Claude de Villequier, de Louis Prevost, gouverneur d'Orgon; de l'écuyer Louis de l'Ormeau, et surtout du marquis de Boissy, que nous ne pouvons nous empêcher de reproduire ici comme un modèle du genre... à éviter.
J'ai compté dans ma race une suite d'aïeux
Du vieux sang de Gouffier, souverain d'Aquitaine. Ma vertu me donnait unc preuve certaine
D'être né d'une tige illustre en demi-dieux.
Mon épée a gravé ma gloire en mille licux;
Tous les peuples du Rhin, de Flandre et de Lorraine Savent bien si je suis soldat et capitaine
Digne du lit d'hofineur où je dors glorieux.
La valeur ot l'adresse à mon sang naturelles
= Die N'ont jamais soutenu de combats ou querelles, Ny choqué d'ennemis que mon bras n'ait vaincu. J'ai bravé en fortune et surmonté l'envie.
Passant, que veux-tu plus ? vois comme j'ai vécu Et juge de ma mort par l’état de ma vie.
Le passant doit être en effet satisfait, et assurément, si Sancho-Pança avait été poëte, il n'eût pas mieux rimé sur la tombe de son pauvre maitre.
La comparaison du trait final qui termine deux épitaphes de défunts appartenant au xvi° et au xvir* siècle nous a également paru digne d’être signalée. On va en juger.
L'épitaphe de François du Fou se termine par la strophe suivante, après l’'énumération de ses qualités :
Du roy François chambellan il était,
De Lusignan aussi fut capitaine;
Mais Dieu, voyant que trop mieux méritait, Par sa grâce l'a retiré de peine.
* On est bien un peu tenté de sourire à ce mélange bizarre de pensées ; mais le dernier vers réconcilie avec la bonne intention du poëte.
Il n'en est pas de même quand on lit la péroraison outrecuidante de l'espèce d'oraison funèbre ampoulée du sieur de
Falourdet, maitre d’hôtel du duc de Luxembourg :
La Parque inexorable, extrême en violence, Au milieu de ton cours fauche ton espérance, Ne pouvant voir florir un homme si parfait !
Il faut avouer que le rimeur a bien fait d'évoquer ici une divinité païenne pour exprimer une pareille pensée.
A part ces exceptions, le surplus de nos épitaphes est empreint d'une grande simplicité, et si quelques-unes d’entre elles se montrent démesurément longues, cela tient moins à l’'emphase de leur style qu'à l'habitude prise par les
épigraphistes d'en faire des pages détachées des arbres généalogiques des familles distinguées, comme nous en trouvons un remarquable exemple dans l'inscription relative aux divers membres de l'illustre famille de Rochechouart.
La revue des familles du Poitou que ces inscriptions nous font passer est assez longue et ne manque pas d'intérêt.
Outre ceux que nous venons de nommer , on y remarque un Réginald de Traversay, président au présidial de Poitiers, qui avait fondé une sépulture de famille dans l'église de Saint-Paul : Rat de Salvert, baron de Sommières, d'une famille de parlement : Jouslart de Mortefond, écuyer ; Louis de Chasseignes, seigneur d'Abain et de la Roche-Posay, gouverneur de la haute et basse Marche, qui servait dans l’armée royale à la tête de 50 hommes d'armes équipés à ses frais, que l’on voit figurer dans les luttes contre la Ligue ; Pierre Pidoux, seigneur de Malaguet, un des membres de cette vieille et respectable bourgeoisie qui fournit tant de maires et d'échevins à la ville de Poitiers, que Charles V avait anoblie, et qui comptait au nombre de ses illustrations une alliance avec notre immortel la Fontaine ; René d’Alougny, chevalier des ordres du roi, seigneur de Boismorand, d’une famille alliée aux Chasteigner, aux Gouffier et aux la Trimouille ; Antoine Lefebvre, conseiller au présidial de Poitiers ; le sieur de Saint-Verines; Abel de Sainte-Marthe, fils du célèbre Scévole de Sainte-Marthe, trésorier de France, dont le savoir était proverbial ; Louis de la Messelière, gentilhomme de la chambre, sergent de bataille et fondateur du couvent de la Rallerie, famille de très-ancienne noblesse du Poitou, qui compta parmi ses membres des évêques, des archevêques, des conseillers de la couronne, des chevaliers de l'ordre, des docteurs en théologie, des trésoriers de Saint-Hilaire-le-Grand, un ambassadeur en Russie et des officiers généraux : sa terre
patrimoniale fut créée capitainerie royale par Henri IV, en récompense des bons services que le mestre de camp Gaspard de la Messelière lui rendit en maintenant en respect les huguenots du Poitou ; Em. de Blon, seigneur de Beaupuy, qui expira le même jour et à même heure que sa femme, au château de Beaupuy; Nicolas de Brilhac, vicomte de Gençay, dont la famille à laissé d'honorables souvenirs au parlement de Paris et de Bretagne, donna trois maires à la ville de Poitiers, six magistrats au présidial de Poitiers, un énergique défenseur à la ville pendant le siége de Coligny, et qui comptait au nombre de ses alliances les la Trimouille et les comtes de Vivône; Mme de Montespan, qui racheta par de bonnes œuvres les scandales de sa vie passée ; Etienne de la Lande, écuyer, conseiller de François de Bourbon, duc de Montpenser; enfin Gilbert de Vieilbourg, grand prieur d'Aquitaine.
Le surplus fournit un certain contingent à la bourgeoisie et aux classes populaires, laboureurs et artisans, contingent qui deviendra plus considérable encore au siècle suivant, eu égard au nombre total des inscriptions.
Nous avons dit que les sentences, les invocations, les professions de foi étaient aussi nombreuses dans ce siècle que dahs le précédent.
Citons-en quelques-unes prises au hasard sur diverses demeures, auxquelles elles semblent avoir servi de signalement.
Telle est celle-ci, gravée sur une maison de Templiers à Lavausseau :