UN MUSÉE MURAL A ALLER
Le 8 mars 1845, vers dix heures du soir, une violente explosion niellait la population d'Alger en émoi : une poudrière venait de sauter à la Marine, en faisant de nombreuses victimes et en détruisant une partie des ouvrages qui avoisinaient le phare. Sur la façade d’une poudrière construite quelque temps après, dans une portion de la brèche créée par ce sinistre dont les causes sont restées ignorées, le Génie a encastré une certaine quantité d'inscriptions arabes, turques, hébraïques et espagnoles. Les pièces de ce musée en plein vent proviennent, en général, des cimetières de Bab-el-Oued, et on aurait pu les utiliser plus convenablement qu’en les transportant de si loin en ce lieu solitaire où les piques des artilleurs en faction tiennent à distance respectueuse les épigraph isles trop curieux (1).
La porte de la nouvelle poudrière est garnie d’un encadrement en marbre surmonté d’une double inscription turque, qui provient du fort appelé Bord j essardine (le fort des sardines). A cinquante centimètres du sol, sont placées vingt-quatre inscriptions, dont treize à gauche et onze à droite de la porte. Je vais les publier en leur donnant un numéro d’ordre basé sur la position qu’elles occupent pour celui qui tournant le dos à la ville, les compte en commençant par la gauche.
(1) Pour relever ces inscriptions, j’ai dù me munir d’une autorisation spéciale, qui m’a d’ailleurs été accordée avec une bonne grâce et un empressement pour lesquels j’exprime ici toute ma reconnaissance.
N° 1 (1). Inscription turque en quatre lignes.
Je traduis ainsi d’après feu Mohammed ben Otsman Khodja.
Ibrahim bey a fait cette chambre florissante. Que la vérité (Dieu) lui donne dans le paradis le plus élevé des pa’ais ! Sa date se trouve dans ces mots: la chambre duRhodien. Puisse l’ouvrier qui a gravé celte inscription être sans cesse agréable à
Dieu.
En opérant d'après la méthode barbaresque (2) on trouve 962, année hégirienne qui correspondrait à l'année 1554-55 de J. -Ch. Mais j'ai eu trop souvent occasion de constater l’inexactitude et l’obscurité des chronogrammes pour présenter ce résultat comme certain. Cette inscription rappelait évidemment lesouvenir de dépenses volupluaires faites dans une chambre de caserne, mais il est impossible d établir quelle était cette caserne.
N° 2. Inscription arabe en trois lignes.
(1) Les inscriptions numérotées par moi de 1 à 13, sont sises à gauche de la porte de la poudrière.
(2) La méthode orientale ne donne que 722, ce qui est un résultat absolument inadmissible.
Ceci est le tombeau de celui à qui il a été fait miséricorde par la bonté de Dieu, Mustapha ben Mahmoud .
N° 3. Inscription arabe eu cinq lignes.
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Il n’y a d’autre Dieu que Dieu. Mohammed est l’envoyé de Dieu ; il est sincère dans ses promesses ; il explique clairement. Que Dieu répande ses grâces sur lui, ainsi que sur sa famille et sur ses compagnons et qu’il leur accorde le salut
N° 4. Inscription arabe en trois lignes.
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11 n’y a d’autre dieu que Dieu, le Souverain, la Vérité, l’Evident. Mohammed est l’envoyé de Dieu; il est sincère dans ses promesses et digne de confiance. Que Dieu répande ses grâces sur lui ainsi que sur sa famille, et qu’il leur accorde le salut.
N° 5 Inscription turque en quatre lignes.
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Je traduis ainsi d’après feu Mohammed ben Oslman Khodja.
Que la mort est affligeante ! Quiconque priera sur celle tombe, obtiendra, le jour de la réunion du genre humain, le pardon et la miséricorde (de Dieu), par l'intercession (du prophète).
N° 6. Inscription arabe.
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Fragment d’une autre stèle.
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Il n’y a d’autre dieu que Dieu, le Souverain, la Vérité, l’Evident. Mohammed est l’envoyé de Dieu ; il est sincère dans ses promesses, digne de confiance. Que Dieu répande ses grâces. . . .
(Autre fragment).
La royauté appartient à Dieu.
N° 7. Inscription française.
Limite des ravages de l’explosion du 8 mars 1845.
N° 8. Inscription arabe en cinq lignes.
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Ceci est le tombeau de celui à qui il a été fait miséricorde, Mohammed fils d’Ali, fils d’El-Meledi . Que Dieu lui fasse miséri-
corde. Son décès a eu lieu dans le mois de Dieu doul-Hidja de l’année 1233.
La date indiquée ci-dessus est comprise enire le 2 et le 30 octobre 1818.
N° 9. Inscription turque en cinq lignes.
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Que la mort est affligeante ! Quiconque priera sur celle tombe obtiendra l’intercession (du prophète) le jour de la réuuion (du genre humain). La Fatelra (1) pour son âme 1 Année 1230.
L’année indiquée sur cette épitaphe a commencé le 14 décembre 1814 et fini le 2 décembre 1815.
N° 10. Inscription arabe en deux lignes.
Ceci est le tombeau de celui à qui il a été fait miséricorde par la bonté de Dieu,
Mohammed fils de Mami, que Dieu fasse miséricorde à tous les deux. Il est décédé en 1019.
L'année ci -dessus a commencé le vendredi 26 mars 1610 et fini le mardi 15 mars 1611.
(!) Voir le n° 7 du catalogue du Musée.
N° 11. Inscription arabe en deux lignes.
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Il n'y a d’autre divinité que Dieu. Moliammed est l'envoyé de Dieu, Sincère dans ses promesses, Évident.
Nr 12. Inscription arabe en deux lignes.
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Il n’y a d’autre divinité que Dieu. Mohammed est l'envoyé de Dieu ; il est sincère, digne de confiance. Que Dieu répandeses grâces sur lui et lui accorde le salut!
N° 13. Inscription turque (deux lignes).
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Je traduis ainsi d’après feu Mohammed ben Otsman Khodja.
Omar Pacha a effectué ici la plus belle œuvre. Que Dieu prolonge son existence! Il a supprimé actuellement le chemin qui passait par là et a restauré cette chambre. Année 1231.
L’année hégirienne 1231 a commencé le 3 décembre 1815 et fini le 20 novembre 1816. Le pacha Omar fils de Mohammed, sous le règne duquel eurent lieu l’expédition américaine commandée par le commodore Decatur, en 1 8 1 5, et le bombardement d’Alger en 1816, par la flotte anglo-hollandaise sous les ordres de lord Exmouth, appartenait à l’ou’jak (compagnie) de janissaires n° 232, lequel était logé dans la chambre dite bit Baba Hassan, la huitième à droite en franchissant la porte d’entrée delà caserne d 'cddroudj (des escaliers), ainsi nommée parce qu'on y accédait par quelques marches. Cette caserne, que nous nommâmes eu-
serne des Consuls, en 1830, parce qu’elle était en face (le la rue de ce nom, fut démolie peu d'années après la conquête. Il me parait assez probable que l’inscription qui nous occupe provient de cet édifice.
Nu 14 (1). Inscription turque en quatre lignes.
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Je traduis ainsi d’après feu Mohammed ben Olsman Khodja.
Dans sa sollicitude et sa bienfaisance constante.
11 a restauré celte chambre dans le but de mériter la satisfaction de la Vérité (Dieu).
En l’année mil deux cents. Et il est Mohammed bey de l’Ouest.
Cela sera ajouté à l’inscription de tous ses bienfaits.
L’année hégirienne 1200 à commencé le 4 novembre 1785 et fini le 26 octobre 1786. il s’agit évidemment de dépenses voluptuaires effectuées par le bey Mohammed dans la chambre qu’il habitait quand il n'était que simple janissaire. Mais je n’ai pu reconnaître dans quelle caserne se trouvait cette chambre que le soldat parvenu au pouvoir avait embellie pour se concilier les sympathies de ses anciens compagnons d’armes.
N° 15. Inscription arabe en quatre lignes.
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(1) A partir de ce numéro les inscriptions sont à droite de la porte de la poudrière en entrant.
Ceci est le tombeau de celui à qui il a été fait miséricorde, qui est plongé dans la miséricorde du Vivant, de l’immuable, le Seigneur E!-Hadj Ibrahim, fils du défunt Ibrahim pacha. Que Dieu lui fasse miséricorde et fasse miséricorde à tous les musulmans.
Amen ! année 1210.
Un intérêt historique, très-faible il est vrai, s’attache à celte épitaphe de fils de pacha, dont la date est comprise entre le 18 juillet 1795 et le 6 juillet 1796.
N° 16. Inscription arabe en trois lignes.
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Ceci est le tombeau de celui à qui il a été fait miséricorde par la bonté de Dieu, le Vivant, le Subsistant,
Emhammed fils de Mohammed fils d’Amar, que Dieu lui fasse miséricorde, ô souverain
de l’Univers ! 11 est décédé au commencement du mois de Safar de l’année 1155.
La date ci-dessus est comprise entre le 7 et le 16 avril 1742.
N° 17. Inscription arabe en trois lignes.
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Il n'y a d’autre dieu que Dieu. Mohammed est l’envoyé de Dieu ; il est sincère,
digne de confiance. Que Dieu répande ses grâces sur lui et lui accorde abondamment le salut jusqu’au jour de la rétribution.
N° 18. Inscription turque en cinq lignes.
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Hélas ! La mort !
Quiconque priera sur cette tombe, obtiendra l’intercession au jour de la Kéunion. LaFateha(l) pour son âme ! Année ...38.
N° 19. Inscription française