ON
Tous ces textes, plus ou moins complets, peuvent être groupés très facilement, et nous arrivons à reconnaître, par leur juxtaposition, qu'ils ont dû faire partie d'une même inscription quatre fois répétée sur les faces d'un monument funéraire.
Les fragments qui nous manquent encore se rencontreront peut-être avant peu, mais dès maintenant nous pouvons proposer les restitutions que voici :
G- IVLIO- GON^^ pNNETODVBNIp' • VOLT • VICTORI^ Agedomo
PATIS NEPOTI P^ r ^ AEFECTO * FABRVM TRIB ^ VNO " MILITVM " COHORT S CirUmSaC.
BOMAE • ET • AVG ^ ^ TI " AD ' CONFLVENTEM ' G . ^ IVLIVS ' VOLT ' VICTOR " -R"! \ eX t.?
• IV? / pO • GONC ? 0 7z?!NET0 ^dubni • f voU JVIGTORI' A( ? e d ^ MO
PAT l i l S'NEPOTI prI a e f e-? cto * fa s brum • t?Hbuno ' m s ilitvm • coho \rt \ arvm
SAC ^ e ^ RD • ROMAE j elauQ \ vsïi • k\i\co n fl u e n t e civlivs- volt.v \ iclorfi \ livs
G • IVLIO • GONGON^n e t o du &? NI- F- VOLT- V^tc/on • Agedomo PATIS * NEPOTi • mxEFEGTo $ fabrum Iribuno ^ mihitum coho? H- arum sac.
ROMAE • ET • AVGVSTI ' AD - GON j flueiltem C ' iul l IVS VOIt . VICTOR l f, h. CX t ?
CIVL?TO?' cON ? gonnetodiibn ^ i • f . volt .i Y^.icto i, RI ^ agedomo
PATI? 5 nepoli ^ praefdc^o fabmm ^ tribuno militum cohorl arum
SKc\erd. romae et augusti ad ci Oii ^ fluentem c. iulius volt. Victor filins.
Si les quatre lettres qui terminent la seconde ligne de la seconde épitaphe ne font pas partie de quelque nouveau nom de cohorte, qu'il ne serait pas possible dès lors de restituer, nous iie pouvons songer, — en raison du peu d'espace dont on dispose sur la pierre, — qu'aux deux noms de cohortes : [I Augusta Bim]carum qui ne peut avoir existé sous cette forme, et [I Belg\arum (2) suffisamment court pour qu'on n'ait pas â le rejeter.
Bien que formée par l'un ou l'autre de ces deux peuples, aucune autre cohorte ne pourrait en effet convenir, car n'ayant plus le numéro I, elle aurait dû être commandée, non par un tribun j mais par un préfet.
D'ailleurs, comme les cohortes bracares ont été plus particulièrement appelées â servir en Afrique, on ne peut guère s'arrêter à une [coho7\s I Brac]arum, et nous ne voyons^ par conséquent qu'une seule restitution possible, sinon certaine : celle de la [cohors I Belg\arum. Nous l'avons proposée dans la Revue de Saintonge et d'Aunis (3)^ et nous avons été heureux de la voir accepter depuis par M. Gagnât qui ne restitue pas cependant le numéro I (4).
(1) Si le fragment signalé par Ghaudrnc de Grazannes, en 1817, devait être distinct de celui qui a élé découvert en 1888 par M. le chanoine Julien-Laferrière, — et dont nous nous sommes servi dans la reconstitution du commencement des lignes de l'inscription 2, — nous trouverions ici son emploi. Nous indiquerons en outre en romaine droite, dans la reconstitution de l'inscription 4, les lettres relevées par Ghaudruc de Grazannes sur un fragment qui pourrait différer de celui qui fut cité plus tard par Jouannet.
(2) Ephemeris epig, t. v, p. 241.
(3) Rev. de Saint, et d'Aunis, t. viii. octobre 1888, p. 397.
(4) Revue archéologique, t. xii, nov.-décemb. 1888, p. 397.
Il y a lieu de remarquer encore que la division des deux dernières lignes de cette épitaphe paraît devoir se rattacher à deux formes distinctes : Dans l'une, le mot ROMAE commence la dernière ligne, (inscript. 1 et 3); dans L'autre, on trouve au contraire les trois premières lettres du mot SACERD(o^i), (inscript. 2 et 4).
En outre, une formule finale, qui n'existe pas dans les inscriptions 2 et 4, devait figurer dans les inscriptions 1 et 3, puisque la lettre pénultième s'y trouve suivie d'un point, et que la barre verticale qui suit ne peut pas être prise pour la seconde lettre du mot Jilius.
On pourrait songer à la restitution : f{iUus) h{eres) ex ({estamento)^ ou â quelque autre formule analogue, mais il serait bien difficile de préciser.
Sous cette seule réserve, particulière aux inscriptions 1 et 3, on doit pouvoir lire et traduire :
C{aio) Julio , Congonnetodubni /{ilio), Volt(inia tribu) , Victor i, Agedomopalis nepoti, praefecto fabrum, tribnno miiitum cohortis I Belgarum, sacerd{oti) Romae et Augusli ad confluentem {Araris et Rhodani). C[aius) Julius, Volt{inia tribu) ^ Victor, filius.
A Caius Julius Victor, de la tribu Voltinia, fils (du gaulois) Congonnetodubnus, petit-fils (du gaulois) Agedomopas, préfet des ouvriers, tribun des soldats de la l'^ cohorte des Belges, prêtre de Rome et dAuguste à l'autel qui se trouve au confluent (de la Saône et du Rhône). Caius Julius Victor, de la tribu Voltinia, son fils, (lui a fait construire ce tombeau).
L'intérêt de cette épitaphe est considérable, non seulement par les noms gaulois qu'elle nous fait connaître, mais aussi par les diverses fonctions qui constituent le cursus honorum de C. Julius Victor.
Agedomopas est à rapprocher de Agedovirus (1).
Bibliographie se rapportant aux fragments de la 1'^ inscription : Annales encyclopédiques, t. i, 2'' partie, février 1817, p. 280. — Chaudruc de Crazannes, Notice, etc., pp. 40, 133 et 147. — Jouannet, p. 540. — Abbé Lacurie, Congrès arch. de France, session de Saumur, 1872, p. 74. — Audiat, p. 15. — E. Espérandieu, Note sur les inscriptions récemment découvertes à Saintes, p. 10. — E. E[spérandieu], Revue poit. et saint. ^ X. iv, 1887, p. 320. — |L. Audiat], Revu2 de Saintonge et d'Aunis, t. viii, 1888, p. 28. — [E. Espérandieu], Revue poit. et saint., t. iv, p. 362. — Bunnel-Lewis, The Antiquities of Saintes (reproduction du premier fragment, d'après Audiat, dans Archdeological journal, t. xliv, p. 184, tirage à part, p. 21). — Bull. Ant. F., 1887, p. 232". — Gagnât, Sur quelques inscriptions de Saintes, (i\-àm Reçue celt., 1888, p. 81, tiré à part). — L. Audiat, journal la
(l) Parenteau, Galal. du musée archéol. de Nantes, p. 30. — Mowat, Notice épigr., p. 74.
Nature, n*» du 24 mars 1888, p. 257, (gravure sans comment.). — K\x(W^i, Catalogue, p. 34. — Allmer, Revue épigr., n° 48, p. 341. — Cagnsit, Revue atr h., t. xi, 1888, p. 287. — Revue de Saintonge et d'Aunis, t. viii, 1888, p. 387 (2). — Rec, Corn. Arts, 1888. p. 447 et 1889, p. 64. — Espérandieu, Revue poil, et saint., t. v, 1888, p. 245. — Espérandieu, Bull. Ant. 0., 1888, p. 422. — Gagnât, Revue archéol.^ t. XII, 1888, p. 397.
Bibliographie se rapportant aux fragments de la 2® inscription : Espérandieu, Revue poit. et saint., t. v, 1888, p. 246. — Rec. Coin. Arts, 1888, p. 447. — Revue de Saintonge et d'Aunis, t. viii, 1888, p. 415. — Gagnât, Revue archéol., t. xii, 1888, p. 397.
Les fragments de la 3® inscription étaient inédits.
Bibliographie du 1^' fragment de la 4^ inscription : Ghaudruc de CrazmneiS, Annales encyclopédiques, février 1817 et Notice, p. 40. — Ghaudruc de Grazannes, pp. 34 et 138, et pl. iv. — Audiat, p. 26. — R. Gagnât, Sur quelques inscriptions de Saintes, (dans Revue celt.^ 1888, p. 83, tiré à part). — Audiat, Revue de Saint, et d'Aunis, 1888, p. 181.
Les autres fragments étaient inédits.
EPITAPHE d'un changeur DE MONNAIES.
Destinée au musée de Saintes.
« Une autre épitaphe dédiée perpetuae securitati
M, Vipstani Sabini est également assez belle, quoique de moins bonne époque [que l'épitaphe de C. Julius Victor. »
(Revue archéol., t. xii, 1888, Chronique, p. 385.)
Le texte de cette inscription n'a pas encore été publié. Nous en devons la communication à M. le chanoine Julien-Laferrière qui Ta découvert, vers la fin de l'année 1888, dans les fouilles du jardin de l'hospice de Saintes. Les lettres, de très bonne époque, ont 0 m. 10 de hauteur. Ce texte est ainsi conçu :
Perpetuae sec ÎYRiT AT * m • vipsT * sabIni • nymm> ularii
i M'aUCVRIALS* SVCC* L* ST. SVLP * PRIVATVS l
Lettres liées : 1'"^ ligne, T et I ; 2^ ligne, E et R, L et I, E et T, V et L ; un accent sur l'A du mot PRÎVATVS.
(2) La copie de M. Audiat porte RATIS à la seconde ligne ; il faut sûrement lire PATIS.
Il faut lire et traduire :
Perpetuae sec]uritati M(arci) Vipst[anii) Sabini' immm[ularii ]
Mercurialis, Succ(essi) l{ibertus), et Sulp{icîus) Privatus, [lier{edes), ex l[eslamenld) fec{erunt) ?].
A l'éternelle tranquillité d ame de Marcus Vipstanius Sabinus,
changeur de monnaies Mercurialis, affranchi de Successus, et
Sulpicius Privatus, [ses héritiers, lui ont fait construire (ce tombeau) en exécution de son testament? ]
Tant par la forme des lettres qui la composent que par la nature des abréviations cju'elles présentent, cette épitaphe nous paraît devoir être datée des deux premiers siècles de notre ère. Le nom de Vipstanius, assez peu commun à toutes les époques, fut d'ailleurs surtout en usage sous la République et les premiers empereurs
La restitution [perpetuae sec\uiHtati est par conséquent préférérable à celle : [diis manibus et sec^uritati constituant une formule dont on ne se servit que beaucoup plus tard.
Un consul de l'an 59 se nommait C. Vipstanus Apronianus ; un autre de l'an 115, L. Vipstanius Messalla. Bien qu'identiques quant au fond, les deux formes Vipstanus et Vipstanius furent donc employées presque concurremment. Le gentilice Vipsanius est une forme dérivée qui semble avoir été plus répandue (1).
Le commencement de la seconde ligne de cette inscription fournissait, selon toute apparence^ le nom de l'affranchi dont on n'a plus que le surnom d'esclave : Martialis. L'épitaphe devait être complétée par quelque formule usuelle faisant connaître le rapport qui devait exister entre Vipstanius et les deux personnages qui prirent soin de lui faire construire un tombeau. La formule heredes ex testamento fecerunt est assurément fort possible, mais n'est rien de plus.
[Inédite.)