C • M • HELI • PROTE VS • ADSVFFVSS
C(aii) M{arciif) Heli(i) Proteus ad suffuss(ionem). (Collyre) Protée de Caius Marcius Helius, contre la cataracte.
La dénomination de Protée donnée à ce collyre est connue par un passage de Galien (1), mais elle ne nous apprend rien sur la nature particulière du médicament auquel elle s'appliquait. Il faut l'ajouter à la longue série des épithètes emphatiques qui semblent avoir été fort en usage chez les anciens. Comme beaucoup d'autres, il se pourrait que le collyre Proteus eût été à base de fiel, (^iùxoUg), « Miletus [scripsit^^ , dit Pline, oculorum suffusiones felle hominis sanari (2). » Le fiel jouait un très grand rôle, en effet, dans la thérapeutique ancienne, non seulement pour la préparation des collyres , mais aussi pour celle de médicaments fort nombreux. L'homme n'en était fort heureusement pas le seul fournisseur ; il était suppléé dans bien des cas par différents animaux, et l'on pourrait presque dire qu'il n'en était guère parmi les mammifères ou les oiseaux , les reptiles ou les poissons qui ne fussent plus ou moins mis à contribution par les médecins de l'antiquité. Rappelons d'ailleurs que de nos jours encore, le fiel du porc est recueilli, dans le midi de la France, par les familles de paysans qui s'en servent pour le traitement de certaines affections des yeux et de la peau.
Pour les médecins anciens, le fiel devait être tantôt frais, tantôt conservé. On connaissait le degré de sa force à la teinte
(1) Wzpi (TvtfOedeMÇ (fo.p^â.v.tti'j twv x«t« tÔttouç ; 1. iv, ch. viii, p. 787 du t. xn, (édit.Kûhn).
(2) Hisl. nal.y xxviii, ii, 4.
plus ou moins prononcée qu'il prenait sous l'action de l'air. Pour les collyres énergiques, il importait naturellement qu'il fût très coloré, mais même dans ce cas, on ne s'en servait guère qu'en le mélangeant avec du miel.
Ce qui tendrait à faire supposer que le collyre Proteus était à base de fiel, c'est précisément le nom même de l'affection qu'il devait combattre. Bien que les maladies d'yeux fussent très nombreuses et de nature très diverse, Valbugo est encore celle qui revient le plus |fréquemment. On sait qu'elle consiste « en une taie blanche sur la cornée transparente de l'œil » (1) et Galien la définit : « Cicatrices quœ Jîunt in oculis superficie tenus, nebulas nominant, quœ vero prqfundem petunt alhugineSj (dans le texte grec : >evxw|^aT«) (2). » Il en résulte que la cataracte qu'on traitait par le collyre appelé Proteus, ne pouvait être qu'une forme particulière de l'albugo et que le collyre lui-même devait, comme tous ses congénères, contenir du fiel en assez grande quantité.
On trouve le mot suffussio, écrit sous cette forme fautive, dans le lexique de Forcellini. Nous ne croyons pas dès lors qu'il soit possible de considérer le s final de la seconde ligne comme l'initiale d'un mot suivant, et de lire ad suffus{ionem) s(anguinis), comme l'a proposé M. Richard.
Marcius était un gentilice très répandu. Quoique plus rare, Helius s'est aussi rencontré en différents lieux (3). Un cachet découvert à Vienne, en Dauphiné, est même relatif à un oculiste appelé P. Helius Facilis (4).
Bibliographie: Ledain, Bull. Ant. 0., 1874, p. 16. — A. Richard, Bull. Ant. 0., 1889, (sous presse).
Musée des Antiquaires de U Ouest.
<( Nous devons les empreintes de ce cachet à M. J. de Laurière. C'est une serpentine de couleur verdâtre , longue de 0 m. 03, large de 0 m. 019 m.; l'épaisseur est de 0 m. 006.
(1) Héron de Villefosse et Thédenat, ouv. cité, p. 44.
[1] Htpi eÛTTopi'crrwv «tt^wv te x«t cuvôstwv (f»appiâ/wv, 1. ii, ch. iv, 6, p. 411 du t. XIV (édit. Kùhn).
^3) Wilmanns, n«s 1329, 1334, 1374. eic.
(4) Grotefend, 37.
« Il est conservé au musée de la Société des Antiquaires de rOuest, à Poitiers ; il faisait partie auparavant de la collection Bonsergent ; trois des tranches sont gravées ; les lettres sont de dimensions inégales, même sur les mêmes tranches. Ce cachet ne porte ni le nom du médecin, ni le nom des maladies, mais seulement celui des coliyres.
« Sur un des plats on voit un homme marchant vers la gauche, avec des armes ou des attributs qu'il est difficile de déterminer à cause des petites dimensions du dessin, peut-être un bouclier et une lance. Sur l'autre plat on remarque une tête grossièrement tracée, mais cependant reconnaissable (1). Il rentre dans la classe des cachets portant des noms de collyres seuls, sans noms de médecins (2).
(( Transcription, [voir notre pl. l] :
1° DIAZMYR
Bia\s] myr{nes) 2^ DIAGLA
Diaglia{ucen) 3° PHOS
Phos
(( I. - DIASMYR(NES).
(( Grotefend (3) a indiqué les principaux textes de médecins anciens concernant le collyre diasmyrnes (4) ; nous n'avons pas à y revenir. On rencontre ce collyre sur un grand nombre de cachets, seul (5) ou à côté des maladies : aspritudo (6)^ cica-
(1) « Il est bon de rappeler qu'un cachet trouvé à Naix en 1830, attribué • faussement par Grotefend (n» 36) à la ville de Vienne (Autriche), et qui, pour cette raison, figure à tort dans le tome m du Corpus latin, n» 6018, 2, porte sur un côté une tête d'Esculape gravée avec soin, précisément au milieu du nom du médecin. Le cachet de Leicester porte également une tète humaine tracée au-dessous d'un nom propre. {Epli. épigr., t. iir, p. 147, n» 136.)
(2) « Comme ceux qui sont publiés sous les n^s 104^ 105 et 107 de Grotefend.
(3) Die Stempel der roemischen Augenaerzle, in-S», Hannover, 1867.
(4) « Grotefend, n» 7, p. 23.
(5) « Grotefend, n^s |2, 15. Wilmanns, Exempta, n» 2757; A. de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 453; Grotefend, n» 30; Loriqnet , Reims pendant la domination romaine, p. 289 Grotefend, n^s 60, 92 ; Héron de Villefosse, Antiquités d'Entrains, n» 18: Grotefend, n^* 107; Klein, [Stempel roemischer Augeneaerzte, in-4o, Bonn, 1874J n^ 1*9 ; Julliot, Bull, des Antiquaires de France, séance du 21 avril 1881 ; Desjardins, Revue médicale, 1881, no 22, p. 789.
(6) « Ch. Robert, Comptes rendus des séances de l'Académie des I. et B.-L., nouvelle série, t. vi, 1870, p. 79, et Mélanges d'archéologie et d'histoire, p. 17, Klein, n«> 115.
trices (1), epiphorae (2), impetas (3), impetas lippitudinis (4), impetus oculorum (5), lippitudino (6) ; il est associé au collyre dicentetos pour être employé post imp.itnm (7), aux mots ex ovo (8), aux épithètes Lene (9), primiun et est employé alors poiît lippitudines ex ovo (10).
« II. ~DIAGLA(VSEN).
(( Le collyre diaglaucen n'était connu que par trois cachets dont un seul fait mention de l'affection que ce collyre devait combattre (11) ; Grotefend (12) et M. Klein (13) renvoient aux passages des auteurs anciens qui en ont fait mention.
« Ce collyre n'avait pas encore été relevé sur les cachets ; nous le connaissons cependant par un texte d'Alexandre Trallianus qui s'exprime ainsi : « Pulvis oui nomen est a lumine *wç, ad kebetudinem oculorum efficax (14) », suit la formule :
(1) « Grotefend, no IR,
(2) « Maffei, Gallix antiquilales quaedam seleclae, p. 75; Gaylus, t. i, p. 229 ; Grotefend, n» 41.
(3) « [Posl impetum) Grotefend. n» 66 : Loriquet, Reims pendant la domination romaine, p. 286; Grotefend, n^ 87-, Ephemens epigrapliioa, t. ii, p. 450; Parenteau, Cnlalogue du musée de Nantes, 2« édit. p. 103, n" 266: Klein, n» 121 ; (posl. imp. drom.) Grotefend, n» 37 ; Allmer, Inscripl. de Vienne, 406.
(4) « [Posl impetum lippitudinis) Grotefend', n» 7, 0. I. L., t. m, n» 1636 ; Grotefend, n» 19; E. Desjardins, Mon. de Bavai, p. 78; Grotefend. n» 24, 49, G.'I.'L., t. VII, n« 1312; Grotefend, nos 55^ 59^ 75^ 90.
(5) « [Ad im.petum oculorum) Ch. Robert, Comptes rendus des séances de V Académie des I. et B.-L., nouvelle série, t. vi, 1870. p. 79, et Mélanges d'archéologie, p 17; Klein, n" 115.
(6) « Grotefend, n» ?9; E. Desjardins, Mon. de Bavai, p. 107.
(7) « Ephemeris epigraphica, t. 11, p. 450.
(8) « (Posl impetum) Dnvernoy, Notice sur le pays de Monlheliard amntwiis^. ' premiers comtes, pl. xi ; Grotefend, n^^ 20. 47 ; G. I. L. t. vu, n" 1310; Grotefend
n» 78; Edm. Tudot, Elwlesur Neris la ville antique, p. 10; [posl lippiludinem) Grotefend, n» 84.
(9) « Grotefend, n» 80.
(10) « Idem, n» 34. »
(11) « Grotefend, n» 38; de Rochambean. BulL des Antiquaires de France, 1879, p. 285 et Revue archéologique, mars 1880, p. 178; [post impetum lippitudinis) Klein, 126; Ephemeris epigraphica, i. m, p. 147.
(12) « Grotefend, n« 38, p. 59.
(13) « Klein, n« 126, p. 43.
(14) « Alexander Trallianus, De arte medica, I. 11, c. v, col. 174 G. »
(15) La drachme valait à peu près la centième partie de la livre (exactement la 96«) et la 8« partie de l'once romaine.
« III. — PHOS.
« Cadmiae, Salis ammoniaciy
drachmae VIII (15)
Crocij » II
PiperiSj » III
Foliij auripig menti ^ singulorum, » I et S (1) Valde bonum,
« Myrepsus indique de son côté une formule toute différente d'un collyre qu'il appelle lumen (2), c'est le nom du premier traduit en latin :
(( Collyrium lumen appellatum^ ad myocephalon, albugines crassiores, et, ubi tensionem faciunt cicatrices ^ mirabile :
« Ammoniacij gallarum, singulorum lib. S Rosarum tenerum^ une. IV et S
Sinapij » III
Opii, » IetS(3)
Trita fermentato cum aqua pluviali , Jinge collyria.
Galien (4) donne une formule différente d'un collyre « ad doloiùs vexationem, omnemque inflammationem et intensas epiphoras », qu'il appelle collyrium phosphorus. Aëtius (5) la reproduit avec de légères modifications ».
(Héron de Villefosse et Thédenat.)
« DIAZMYR
SOHd
(( Cachet d'oculiste romain, v rectangulaire, en pierre dure, trouvé à Poitiers par M. Bonsergent, et appartenant au musée de la Société des Antiquaires de l'Ouest. Sur l'un des plats est gravé un homme marchant ; :sur l'autre est dessinée une tête d'homme.
(1) C'est-à-dire : Oxyde de zino, 8 drachmes,
Sel ammoniac, 4 drachmes,
Safran, 2 drachmes,
Poivre, 3 drachmes,
Feuille de nard et orpiment 1 drachme etdemie dechaq.
(2) « De Gollyriis, sect. xxiv, c. lv, col. 663 B. »
(3) C'est-à-dire : Sel ammoniac et noix de galle, une demi-livre de chaque,
Roses en boutons. 4 onces et demie,
Graine de moutarde, 3 onces,
Opium, une once el demie.
(4) ïlspi ffuvôsaewç ya^f/axcov twv x«t« roTvouç, 1. iv, c viii, p. 747 du t. xii.
(5) Tetrabillos II, serrtnMii, c. c, col. 345 B. »
(( Les inscriptions gravées sur trois tranches du cachet ont été lues et savamment interprétées par MM. Thedenat et de Villefosse. Ce sont les noms de collyres employés contre les maladies des yeux. » (Ledain, Epigr, i^om.)
Le cachet dont nous venons de parler porte à deux le nombre de ceux qui ont été découverts à Poitiers (1). Nous ajouterons que la presque totalité des cachets connus ont été rencontrés sur les territoires de l'ancienne Gaule.
Bibliographie : H. de Villefosse et Thedenat, Bull, mon,, 1881, p. 598 (tirage à part, p. 89). — Ledain, Epigr. rom.^ p. 82 (et dans Mém. Ant. 0., 1886, p. 223).
INSCRIPTION SUR LE LEST d'UN JAVELOT.
Collection de M. O. de liochebrune,
« Une découverte intéressante au point de vue de l'armement du soldat romain vient d'avoir lieu le 29 juillet dernier (2), au bourg de Jart, dans le jardin d'une maison achetée récemment par Madame Rampillon des Magnils.
« Le jardinier^ en labourant le long d'un mur de clôture situé à l'ouest, avait fait sortir de terre une assez grande quantité de fragments de poteries rouges, mêlés à des débris de tuiles à rebord et à des silex noircis par l'action du feu.
« L'attention de M. R. de Rochebrune, qui se trouvait par hasard dans le jardin, fut attirée par la vue de ces nombreux fragments. Prenant lui-même la bêche, et creusant avec précaution, il ne tarda pas à découvrir, à une profondeur de 1 m. 20 environ, un fort anneau de bronze fixé à une sorte de vase de même métal. Cet objet, mis au jour, était un casque romain, parfaitement conservé, recouvert d'une patine verte superbe; il mesure 0 m. 27 de longueur, 0 m. 19 de largeur, et 0 m. 15 de hauteur; le métal a près de 0 m. 002 d'épaisseur et il pèse 1 k. 500 gr.
« Là ne devait pas se borner l'importance de la découverte, car en fouillant toujours le jeune archéologue ne tarda pas à rencontrer une longue lance en fer de 0 m. 44 avec douille à huit pans, très efhlée en approchant du talon de la lance... Une autre grosse douille, ou anneau conique en plomb, du poids de
(1) Cf. Héron de Villefosse et Thedenat, ouv. cité, p. 89.
0 k. 600 gr., était presque adhérent à la lance et traversé par une hampe en bois de chêne de 0 m. 02 de diamètre, dont la trace, encore visible sur la terre, mesurait 1 m. 20 du bout du fer à l'extrémité du bois. La partie de la hampe qui traverse la douille en plomb est encore dure et parfaitement conservée. Cette pièce est, à notre avis, l'objet le plus curieux de la découverte. Il est impossible de ne pas y reconnaître le fameux pilum, l'arme nationale des légions romaines, qui n'était connu, il y a vingt ans, que par la description de Polybe, et qui est encore l'objet des discussions des plus savants archéologues.... Pour que le doute ne puisse subsister sur sa destination comme arme de jet, on a fondu en relief, sur le gros anneau de plomb, en grandes majuscules romaines, cette inscription significative [voir notre pl. lvi] :
« TIBI CiES que je ne puis traduire autrement que par ces mots :
A toi^ de la part de César.