‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 169 sur 190 · SE RATTACHANT A LA PARTIE DE L'AQUITAINE DEVENUE PLUS TARD LE POITOU · texte numérisé non relu

SE RATTACHANT A LA PARTIE DE L'AQUITAINE DEVENUE PLUS TARD LE POITOU

DÉDICACE A LENTULIUS CENSORINUS.

Musée lapidaire du palais Saint-Pierre à Lyon,

« Nous emprunterons au Courrier de Lyon, du l®*" septembre 1855, les détails archéologiques suivants publiés par M. Comarmond. Dans la profonde tranchée que fait exécuter la compagnie des eaux dans la rue de la Cage, les ouvriers ont découvert, à 3 mètres 60 centimètres de profondeur, et â la distance de 24 mètres et deuii de la rue Lanterne , un cippe en calcaire J^irassique (Choin-de-Fay), sur le devant duquel est gravée l'inscription suivante :

L • LENTVLIO CENSORINO PICTAVO OMNIBVS • HO NORIBVS • APVD SVOS • FVNCTO CURATORI • VIT VIVISCORVM INQVISITORI TRES PROVIN CIAE GALLIAE

« A Lucf'us LcnUtUus Censo/'i/ius, Poiteoiii, élavé à tous [es liofineai's parini les siens , curateur des Bituriges Vivisciens , inquisiteur ; les trois prouinces de la Gaule.

<( Il a fallu que ce grand dignitaire ait rendu d'éminents

services à l'Etat et à ses concitoyens, pour que les trois provinces de la Gaule se soient réunies afin d'élever un monument à sa mémoire.

(( La présence de cette inscription à Lyon pouri\ut faire penser que Lentulius y est moi't; mais elle n'a point les caractères qui indiquent une épitaphe funéraire. Il nous semble plus naturel de la considérer connue un hommage public de reconnaissance qui pouvait être adressé â un homme de bien, même pendant sa vie. et il seiid)le qu'il ait été honoré sur plusieurs points de la Gaule, et surtout k Lugdununi, qui en était devenu la capitale

(( Ce cippe, de grande dimension et d'un poids de plus de 4000 kilogrammes, doit être rangé au nombre de ceux qui présentent la meilleure conservation. Il est décoré d'une base et d'un couronnement en saillie ornés de moulures. Sa hauteur est de 2 m. 10 centimètres.

(( Ce beau monument épigraphique a été conduit dans la cour du palais des Arts , et occupera bientôt une place d'élite sous nos portiques. » {Revue des provinces de l'Ouest.)

Une meilleure copie et un très exact fac-similé de ce texte ont été donnés par Aug. Bernard. La copie est ainsi conçue (voir pl. xxvn) :

« L • LENTVLIO CENSORINO PICTAVO

OMNIBVS • HO NORIBVS • APVD SVOS- FVNCTO CVRATORI • BIT ViVISCORVM INQVISITORI TRES-PROVIN CIAE • GALLIAE »

On doit la lire :

L{v,cio) Leiitullo ('^ensoriuo, Pklavo, omnibus honoribus apud suos funcio, curalon Biturigum Vwiscoruni^ iiiquisiiori^ Ires provinciae Galliae.

A Lucius Lentiilius Censoi'inus, du pays des Pictaves, revêtu de tous les honneurs parmi les siens, curateur des Bituriges Vivisques [les Bordelais]^ inquisiteur [de l'association des trois Gaules). [Statue décrétée par les] trois provinces de la Gaule (Ij.

C'est à tort que Aug. Bernard a pu croire qu'il s'agissait ici « d'une espèce de patronage exercé par Censorinns auprès du collège des prêtres du confluent, et non pas d'une fonction impliquant résidence chez les Bituriges Vivisques ».

Les curatores civitatum, dont les attributions sont aujourd'hui parfaitement connues, étaient chargés de surveiller la gestion des finances des cités. A l'origine ces fonctions étaient exclusivement remplies par des sénateurs ; plus tard les chevaliers furent admis à y participer, et finalement, à partir de Septime Sévère, tous les curateurs des cités n'eurent plus que le rang de chevalier. Un même curateur avait selon toute apparence plusieurs cités sous sa tutelle ; tout aussi vraisemblablement, il leur était étranger de nationalité. Il ne paraît pas que Censorinus ait été sénateur romain ; il a dû être curateur des Vivisques probablement à l'époque où les curatores civitatum avaient le rang de chevalier. L'inscription qui lui est relative pourrait être de la sorte à peu près datée.

En même temps que le prêtre annuel, les délégués à l'autel des trois Gaules, — qui devaient avoir parcouru chez eux toute la série des honneurs municipaux, — nommaient un inquisiior, un atlector et un judex arcae, c'est-à-dire^ un contrôleur, un receveur et un juge de la caisse de l'association.

A la fin de l'année, si ces trois fonctionnaires s'étaient acquittés de leur mission à la satisfaction générale, les honneurs d'une statue leur étaient accordés comme au prêtre, et c'est probablement de cette façon que Lentulius Censorinus aura eu sa statue près du célèbre autel.

Mais ce personnage n'a pas dû mourir à Lyon, comme on l'a dit, ou, du moins, ce n'est pas la dédicace que nous avons fait connaître qui peut servir de preuve pour l'établir. Lyon, d'ailleurs, n'avait rien à faire avec le pagus celtique où Tautel se trouvait bâti.

Bibliographie : Martin-Daussigny, n° 815 de son Registre lV entrée. — [Comarmond], Courrier de Lyon , n° du 1" septembre 1855. — Montfalcon, Suppl. à Spon, 1857, p. 367. — [Comarmond?], Revue des provinces de l'Ouest , t. m, Nantes, in-8'', p. 98. — Aug. Bernard,

(l) « Le mormmeiit a 2 m. 05 de haut., 0 m. 70 de larg. dans la porlion qui a reçu l'inscription. Quanl à l'épaisseur, elle est difficile à déterminer , parce que la partie postérieure a été mutilée. Il est probable que le monument était carré. »

{Aug. Bernard).

ouvrage cité, p. 92 et pl. ix, n** 5. — Beaucli-et-Filleau, Bull. Ant. 0., 1867, p. 446 (reproduction partielle sans comment, de l'article de Comarmond). — Ledain, Epigr, rom., p. 48, et dans Mém. ant. 0., 1886, p. 188). — IDissard], Catalogne sommaire des musées de Lyon, Lyon, 1887, in-8% p. 109, n" 113. — Allmer et Dissard, Musée de Lyon, Inscript, antiques. Lyon, 1889, in-8^ t. ii, p. 96. Cuq, De quelques inscriptions relatives à l'administration de Dioctétien ^ 1880, p. 11. — De la Ménardière, Le culte chez les Pictons, dans Mém. Ant. 0., 1880, p. 38, (tirage à part, p. 22) (1).

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