PROGOS G. P. L. XVI FIN.L.XX
« M. le général Greuly Fa restituée comme il suit :
Imperatore Gsesare Gaio pio
Esuvio. Tetrico
Augusto, pontifîce maximo
Tribunicise potestatis pâtre patrise
Gonsule proconsule
A civitate Pictavorum leugse XVI
Fines leugae XX. » de Longuemar.
Notre copie, (voir le fac-similé planche IH) :
IMPGAESGPIO
ESVYIOTETRIGO
PIOFELIGI INVIGÏO
AVGPMTPPGOS
PROGOS
GPLXVI
FIN L XX [I et N liés)
Impieratori) Caes[ari) C{aio] Pio Esuvio Tetrico, pio, felici, invicto, Aug[usto), pipntifici) m[aximo]^ t{rihunicià) p[otestate)^ co[n)s{uli), proco(n)s[uU).
C[witas] P[ictonum) lieugae) XVI ; Finies) l(eugae) XX,
A l'empereur César Caius Pius Esuvius Tetricus, pieux, heureux, invincible, Auguste, grand pontife, revêtu de la puissance tribunice, père de la patrie, consul, proconsul.
Poitiers à 16 lieues ; La Villedieu à 20 lieues (gauloises).
De Longuemar est le commentateur qui a le plus exactement cité ce milliaire, mais les raisons qu'il donne pour en établir l'importance ne seraient peut-être pas suffisantes pour en faire un des plus intéressants monuments épigrapl:ùques du Poitou, si d'autres raisons nouvelles n'intervenaient.
Partageant une erreur que répandent encore trop souvent les ouvrages classiques d'Orelli-Henzen et d'Eckhel, de Longuemar n'a pas vu, ou du moins n*a pas fait remarquer que l'inscription qu'il intitulait : Monument de Pœsuvius Tetricus^ alors que sa lecture était complètement différente du titre, rétablissait d'une façon certaine les véritables noms de l'usurpateur, et faisait justicades appellations diverses plus ou moins voisines d'un soidisant gentilice qu'une mauvaise lecture de légende monétaire avait fait naître, et que les plus savants hommes avaient cru devoir accepter. Il n'a pas vu non plus qu'à côté du problème onomastique, aujourd'hui résolu (1), pouvait se placer encore un intéressant problème de géographie comparée:
Le Fines dont il est ici question ne saurait être confondu avec ceux que nous ont fait connaître les milliaires trouvés, au delà de Poitiers, sur les voies de Caesarodunum et à' Argentomagus. Tout le monde est d'accord pour le placer du côté des Santons, mais les auteurs qui l'ont identifié avec la petite ville moderne d'Aulnay ont très certainement commis une erreur, et d'Anville
(1) A. de Longperier, Mém. Ant. F., t. XXI, 1852, p. 368. — Bull. Ant. F., 1866, p. 368. — De WUte, Revue Belge de numismatique, 4'= série, t. V, 1867. — D Arbaiimont, Revue arch. t. XYI, 1867, p. 69, etc.
paraît avoir été de ceux-là. Les mesures directes ne concordent l)as avec les indications fournies par la table de Peutinger. De Poitiers à Roin il y a bien seize lieues gauloises, mais de^Rom à Aulnay on en compte un peu plus de vingt-deux, alors que la table n'en indique que vingt. Notre milliaire ayant été sûrement dressé dans la station même de Rauranum, comme il est incontestable que si quelque erreur a été commise, ce n'est pas par le la[)icide qui a gravé le monument, nous proposerons d'identifier le Fines qu'il indique avec le petit village de La Villedieu (Charente-Inlérieure\ où les vingt lieues gauloises viennent très exactement aboutir.
Les stations romaines comprises entre Poitiers et Saintes sur la voie d'Autun à Bordeaux auraient été dàs lors les suivantes :
Limonum (Poitiers); Rauranum (Rom) ; Brigiosum (Brioux); Fines (La Yilledieu) ; Auncdonacum (Aulnay) ; et Mcdiolamim Santonum (Saintes)*
A ceux que pourrait étonner le nombre considérable de stations romaines portant le nom de Fines, nous citerons ce qu'écrivait d'Anville au siècle dernier :
« Il y aurait, dit il, un nombre infini de lieux à citer sous la
(( dénomination de Fines, si, indépendamment de ceux que l'on
« trouve dans les monuments de l'âge romain, on faisait la
(( recherche de tout ce qui est actuellement- existant sous la
« même dénomination et dont ces monuments ne parlent pas.
(( L'occasion d'en montrer plusieurs doit se présenter en consi-
(( dérant les limiles des anciennes cités (1). »
Avant de Longuemar, le milliaire de Tetricus avait été décrit par Lary. Sauf à la dernière ligne, ce regretté président de la Société de statistique des Deux-Sèvres avait bien transcrit l'inscription, mais il commettait deux erreurs de lecture, dont Lune est d'autant plus extraordinaire qu'il lui fallait modifier le texte pour l'obtenir. Elle est relative au nom même de l'empereur.
« Parmi les débris, dit-il, que les fouilles de Rom ont mis à « jour, et dont nous devons l'acquisition aux soins éclairés du « maire de cette localité, nous distinguons, en première ligne, c( une colonne milliaire d'une conservation parfaite...
(1) D'Anville, ouv. cité, p. 302.
« Voici la copie littérale de l'inscription [qu'elle porte] :
IMPGAESCPIO ESVVIOTETRIGO PIOFELirJINVIGTO AVGPMTPPPGOS PROGOS GPLXVI FXILXX
« C'est à dire : Sous l'empereur César Gains Plvesvvius « Tetricus, pieux, heureux, invaincu, auguste, souverain ponce tife, revêtu de la puissance tribunitienne, père de la patrie, « consul, proconsul: de Poitiers, seize lieues; d'Aulnay, vingt « lieues; de onze lieues. )>
La borne est une colonne circulaire, assez grossièrement taillée, ayant un peu moins de 2 mètres de haut sur 0'"80 de diamètre. Le lapicide avait ou cependant l'intention de lui donner une certaine élégance si l'on en juge par la moulure et la gorge qui sont à la base du monument. Les caractères ont une hauteur variable, généralement comprise entre O'^'OG et 0™085. L'inscription occupe à peu près la moitié de la hauteur de la colonne. Le commencement de chaque ligne se trouve à une distance très faible de la génératrice suivant laquelle la borne a été taillée pour être transformée en sarcophage, mais aucune lettre n'a disparu, et sauf une légère effacure à la deuxième ligne, le texte est parfaitement conservé.
R. Fillon a parlé très incidemment du milhaire de Tetricus dans son remarquable ouvrage de Poitou et Vendée. 11 en a donné le fac-similé ci-après que nous devons à l'obligeance de M. Charrier-Fillon, de Fontenay :
IK/f CÂESCPÏO
ESVVIOTETRICO PtOfCUCIIMVlCîô
PRôCOÎ C f LXVI
Cet auteur a cité de môme une autre borne de Tetricus qui se trouve au musée de Nantes. Le texte en est ainsi conçu :
« GAIO PIO-ESVVIO-TETIUGO-NOBILISSIMO... » (1)
A ces deux exemples de milliaires portant le nom du même usurpateur nous en ajouterons deux nouveaux. Le premier est celui d'une borne trouvée à Saint-Léger-Magnazeix (Haute - Vienne). Elle est aujourd'hui conservée au musée de Limoges : (2)
PIOESVYIo TETRIGOPIO AVG-FEL
La deuxième borne a été trouvée dans le département de la Seine-Inférieure. Elle est aujourd'hui perdue:
(( G-PESVBIO TETRIGO NOBILISSIMO GAES P-F-A-I » (3).
Ge sont là les seuls monuments que nous connaissions.
Bibliographie : Lcay, Mém. D. Sèv., t. XII. p. 22 et suiv. — De Longiœmar, p. 138. — Ragon, p. 379. Catal. musée N. [1865] p. 31. — Arnauld, p. 43, — B. Fillon, Poitou et Vendce^ 5^ liv. p. 1. — Lièvre^ Notes sur Couhé ec ses environs^ Poitiers, 18'72, iii-S'', p. 160 (sans comment.). — Roy, Catalogue du musée lapidaire [de Niort'^^ Niort, 1887, in-12, 1. (Extrait des Bull. Deux-Sèvres, 1887j (4).