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GALLENVS
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Ce texte nous paraît complètement fa\ux. Il nous est d'autant plus suspect qu'il nous est précisément fourni par un auteur qui ne se gênait guère pour corriger les inscriptions. Mangon de la Lande n'a cependant pas été de cet avis :
(( Une colonne historique, en marbre, écrivait-il en 1837, s'est « retrouvée en 1747, parmi les débris amoncelés dans ^ la cour (( d'une auberge qui a été connue depuis sous le nom d'hôtel de « la Bourdonnaie, et qui, attenant par ses derrières aux arènes « [de Poitiers], est devenue une maison particulière occupée (( actuellement par MM. Lacroix, Prieur et Desmolliens, en face « des Halles.
« Le dessin de cette colonne, exécuté par Beaumcsnilen 1747, a existe à la bibliothèque de la ville de Poitiers. »
Et le savant poitevin , copiant inexactement le texte do de Beaumesnil, le citait comme suit dans ses travaux:
IMPERATOR GAESARIS AVGVSTI FILIVS PVBLIVS LIGINIVS GALLIENVS
Il le restituait: « Imperator Caesaris Aiocjusti fdius Puhllus « Licinhis Galliemis Jiiijiu vrbis patronus elc. )>, et s'en servait comme d'argument pour établir que les arènes de Poitiersavaient été construites sous le règne de Gallien.
Bourgnon de Layre n'a pas commis la même faute, mais il a, comme de la Lande, toute confiance en de Beaumesnil.
(( Il serait possible , dit-il en parlant du dessin qui nous « occupe (1), que cette colonne fut une borne milliaire, ou peut- (( être la commémoration, soit d'un voyage de Gallien à Poitiers, « si tant est qu'il y soit venu, ce qui est plus que douteux, soit c( de l'avènement de cet empereur au trône, soit peut-être de la « défaite de Posthume en 2G3, ou delà célébrationdes décennales, « qui eut lieu avec beaucoup de luxe à cette époque: colonne (( qui aurait été placée dans ou près l'amphithéâtre, ou dans « quelque autre édifice voisin; ce qui aurait peut-être fait penser « plus tard que l'amphithéâtre aurait été construit sous le règne c( de Gallien, ce que j'ai démontré n'avoir pu être. »
M. Ledain croit de même à l'authenticité du monument :
« On ne saurait considérer cette colonne, dit-il, comme une « borne miUiaire. C'est un monument commémoratif ou le socle « d'une statue, peut-être celle de Gallien dont le nom est inscrit (( dans l'inscription, Puhllus Licinius Gallienus. Faudrait-il voir « dans l'érection du monument la preuve d'une adhésion, au (( moins momentanée, de la cité des Pictons à l'empereur (( Gallien, durant sa lutte malheureuse contre le célèbre Pos- (( thume, proclamé empereur des Gaules en 258? Le sens de « l'inscription demeuré obscur par suite de la destruction de la (( dernière ligne, ne permet pas de se prononcer. La colonne a « disparu depuis longtemps, et on ne possède qu'un dessin peut- (( être inexact, exécuté par Beaumesnil. Quoi{j[u'il en soit, rien « ne saurait faire soupçonner son authenticité et le nom de c( Galfien, gravé sur ce marbre, fait songer à la tradition, « d'ailleurs fort incertaine, dont parlent Bouchot, Thibaudeau et
{\)MGm.Anl.. 0. m'A. note, p. IHi.
« Dufour, qui mentionne l'existence à Poitiers d*un palais « Gallien. »
Pour notre compte^ nous l'avons déjà dit, ce texte ne nous semble pas avoir existé. Nous tromperions-nous qu'il ne saurait être autrement considéré que comme une inscription milliaire mal transcrite par de Beaumesnil, et nous essaierions en vain de la restituer.
BiBLiOGRAPmE : De Beaumesnil, Recueil manuscrit conservé à la bibliothèque de Poitiers, p. 64, (copie dessinée). — Mangondela Lande^ a, t. III, p. 141. — Bourgnon de Layre., L amphithéâtre ou les arènes de Poitiers, (dans Afem.. A7it. 0., 1843, p. 136 et suiv.). — Ledain, Epigr. rom., p. 53.
Après avoir cité les bornes milliaires qui ont été découvertes sur le territoire du Poitou et de la Saintonge, il nous paraît intéressant de décrire, ne fût-ce qu'en quelques . lignes, les principales voies romaines de ces deux pays.
Deux documents d'une importance très grande, — l'Itinéraire d'Antonin et la Table de Peutinger, — nous donnent déjà quelques notions générales sur leur tracé.
D'après la Table, quatre routes rayonnaient autour de Ii7nomm et conduisaient aux cités voisines Argeniomagus (Argenton), de Caesarodunum (Tours), de Par tus Namnetum (Nantes) et de Burdigala (Bordeaux).
La première avait une direction générale de l'ouest à l'est. Elle suivait d'abord à peu près exactement le tracé de la route actuelle de Ghâteauroux, puis, à hauteur de la petite commune de Jardres, s'infléchissait légèrement vers le sud et se dirigeait en droite ligne sur la Vienne, qu'elle franchissait en face de Saint-Pierre-les-Eglises, au gué pavé des Ghirets, — ou mieux de la Baraque ou de la Rivière au Ghiray, car la dénomination couramment adoptée n'est pas celle de ia carte d'état-major.
A partir de Saint- Pierre-des-Eglises la voie romaine traversait la vallée des Goths, puis s'infléchissait encore vers le sud et se confondait pour la seconde fois avec la route de Ghâteauroux, qu'elle quittait à 4 kilomètres de là pour reprendre sa direction première. On la suit pendant longtemps sur la carte d'état-major, où elle est désignée sous le nom de Chemin des Romains, depuis la ferme des Eprars, dépendant de la commune de Ghauvigny, jusqu'à la Gartempe et 1 Anglin,
Elle passait entre le Grand Disac et les May, près et au sud de la Richardière, de la Pluvoisinièreetde la Grange des Bornais, franchissait la Gartempe au gué de Geaux, presque à égale distance d'Antigny et de St-Savin, remontait vers le nord-est,
passait à Machetiau et aux Villiers, laissait légèrement à droite les fermes de Merlin, de la Varenne et des Gorets, traversait la Croix-Blanche et sortait du territoire des Pictons à Ingrandes, où elle Iranchissait l'Anglin. Là se trouvait un des Fines dont nous avons parlé.
La voie romaine sert encore de chemin d'exploitation sur tout son parcours ; elle est même carrossable depuis la Richardière jusqu'à l'Anglin.
La seconde voie, — celle de Limonum à Cacsarodunum, — est tracée sur la carte de Peutinger et l'Itinéraire, sans indication de stations intermédiaires. Il existait cependant entre ces deux points un nouveau Fines que les milliaires nous font connaître et qu'il n'est par suite pas possible de confondre avec celui de la voie d'Argentomagus.
Celui-ci se trouvait à 21 lieues gauloises de Limonum, celui-là n'était qu'à 16 lieues. La localité moderne qui répond à cette station romaine porte encore le non d'Ingrande dans lequel on retrouve peut-être le verbe passif in^/rec^ior.
La carte d'état-major indique quelques tronçons de cette voie. On la suit, d'une façon à peu près continue, depuis le hameau de Fontaine, commune de Ghasseneuil, jusqu'au delà du village de Saint-Cyr, sur les coteaux qui longent la rive droite du Glain. Les anciennes ruines du Vieux Poitiers sont situées sur son parcours.
La voie qui conduisait au Portus Namnetum ^Nantes) a plus complètement disparu que les précédentes.
Elle quittait Poitiers au Pont-Achard, passait à la Fenêtre, traversait le polygone d'artillerie, passait à peu de distance et à l'est, du château de Monpouel, longeait l'Auxance en suivant la direction générale de la route carrossable qui conduit à Vouillé, traversait la commune de Quinxay, [)assait à proximité des hameaux du Querron, du Grand Perrigny et de la Traversonne, franchissait la rivière en amont de Vouillé qu'elle traversait peut-être dans sa partie méridionale, coupait la route de Nantes à la Gasse-au-Veau, s'en écartait très peu jusqu'au moulin de Givray et se dirigeait de là sur Bois-Baudry en suivant très probablement le chemin d'ex[)loitation (lui limite, d'abord les comamnes d'Ayron et de Maillé, puis celles de Challandray et de Cherves.
Au delà du hameau de Bois-Baudry, la voie traversait la forêt d'Autun et venait aboutir à la ferme de la Ghaussée-Faubert où
s'embranchait une route allant de Limonum à Jidiomagus (Angers).
La voie de Nantes se retrouve à la Chaussée, commune de Gourgé. Elle s'y rendait sans doute en passant à proximité du hameau de la Boissière, du château de Maurivet et des fermes de la Galenderie et de la Jonchère. Les Brandes se trouvaient sur son parcours. On la perd jusqu'au delà de Gourgé, mais on la retrouve entre le hameau de Puileron et la station du chemin de fer; elle passait au nord de la ferme de Bonnevault, franchissait le ruisseau de la Lime sur le pont de Puileron^ et se dirigeait de là sur le hameau de l'Ageon et la ferme du Grand-Bois, commune de la Boissière-Thouarsaise. Sa direction générale est alors indiquée par le chemin d'exploitation qui franchit le Gebron et, par le moulin de la Basse-Raconnière, se dirige sur Amailloux.
Au moulin même de la Basse-Raconnière la voie se perd totalement pour ne plus reparaître que sur le territoire de la commune de Ghiché. On peut alors la suivre depuis la ferme de la Misardière jusqu'au Thouaret; on la devine jusqu'à Fayel'Abbesse ; elle passe par les Grânières, mais il n'est plus possible de la suivre au delà.
G'est sur cette voie que se trouvait la station romaine appelée Segora.
Faut-il en accepter l'identification, si souvent proposée, avec les quelques fermes qui constituent le hameau de la Segourie, commune du Fief-Sauvin prés Baupréau? Nous l'ignorons. Ge n'est pas une simple consonnance, peut-être fortuite d'ailleurs^ qui pourrait la justifier en tout cas, et nous nous bornerons à dire ici que la Gommission de géographie historique de l'ancienne France l'a rejetée.
La route de Limonum à Burdigala {Hordesiux] sortait de Poitiers par la Tranchée. On la suit à peu près constamment sur la carte d'état-major, jusqu'au village de Rom, où ont été découvertes diverses antiquités. Elle passait par le Fief Glairet, traversait le bois qui précède le ruisseau de Fontaine-le-Gomte, passait ce ruisseau à l'est de Mezeaux et se dirigeait sur Yivonne.
De là son tracé se trouve indiqué par un chemin d'exploitation parallèle à la route moderne de Poitiers à Bordeaux, mais situé à une distance de 600 mètres environ, à l'ouest de cette voie. Elle passait au signal de Mont-Frault, se confondait pendant plus d'un kilomètre avec la limite actuelle des deux arrondissements de Montmorillon et de Poitiers, se dirigeait en droite ligne sur le hameau de la Barre, en se tenant à égale distance du hameau des Minières et de la ferme de la Gubertière, passait près et à
l'ouest de La Forêt, où M. Berthelé croit avoir remarqué des milliaires anépigraplies, entre la Chaussée et la Pérotonerie, franchissait la Dive et entrait à Rora par le nord. On ne la retrouve plus ensuite qu'à de très rares intervalles, mais nous savons qu'elle passait à Brioux et Aulnay, dont les noms anciens nous sont donnés par la Table et l'Itinéraire. Pour atteindre le premier de ces deux points elle devait très vraisemblablement se diriger sur Ste-Solline, passer entre la Villatte et Verinnes, couper la route de St-Maixent à Uuffec à hauteur du château de Germain, passer à Saint-Coutant, près et à l'ouest de Ghatenay, couper la route de Niort à Limoges à 300 mètres au nord de Maisonnay, passera Jeune Lié, entre Merilly et Puyberland, et décrire enfin un grand arc de cercle dont la convexité était tournée vers le nord. Tout ce parcours est encore suivi par un chemin d'exploitation.
De Brioux à Aulnay, le tracé le plus probable est celui de la route actuelle de Poitiers à Saintes par le Pontioux et la Villediea où se trouvait croyons-nous la limite du territoire desPictons (i). Au delà d'Aulnay jusqu'à Saintes, et même jusqu'à la limite méridionale du territoire des Santons, on en perd la trace absolument. La voie romaine a dù se confondre avec la route moderne en de nombreux endroits. Peut-être aussi se trouvait-elle un peu plus à l'est.
Indépendamment de ces quatre voies que donnent les anciens routiers, il en existait d'au très encore dont on retrouve les vestiges en divers lieux.
La voie de Limonum à Juliomagus^ dont nous avons déjà parlé, se détachait de la voie de Nantes à la Ghaussée-Faubert. Elle remontait vers le nord-est, passait à peu de distance, et à l'est de Thenezay, devait très probablement traverser le hameau de la Moinie et se diriger plus ou moins directement sur ceux de la Lande et de Vitré. De ce dernier point jusqu'à Marnes, son tracé devait sans doute se confondre assez exactement, d'abord avec le chemin d'exploitation qui va rejoindre au delà de MaisoncelL'j la route d'Assais à Moncontour, puis avec la route elle-même.
A Marnes, la voie romaine remontait vers le nord-ouest et atteignait Saint-Jouin-lès-Marnes où elle se bifurquait pour la
(i) Nous ne partageons pas du tout, à ce sujet, la manière de voir de M. Ragon qui, dans le long mémoire dont nous avons parlé déjà (}). il et 51). place à Vinax (Charente-Inférieure), le Fines que nous préférons chercher à la Viiledieu. L'identitication proposée par M. Raison peut séduire à première vue, mais il est nécessaire, pour rétablir, de modilier d'abord beaucoup troj) les indications qui nous sont fournies par les anciens routiers, et d'admettre ensuite que la voie faisait vers l'est un long détour qui n'est rien moins que prouvé.
seconde fois. L'un des tronçons continuait à se diriger sur Angers, l'autre rejoignait peut-être, à la station romaine de Segora, la route de Nantes que nous avons décrite plus haut.
Bien qu'il ne soit pas visible d'une façon constante, le tronçon qui se dirigeait sur Angers a été reconnu en différents points, entre les communes de Saint- Jouin-les -Marnes et d'Oiron.
Il se confondait avec la route actuelle jusqu'au débouché du chemin qui relie Brie à Bilazais, puis s'en écartait vers la droite, passait à 500 mètres à l'est de Leugny, presque à la même distance à l'ouest de Laire, laissait à gauche Rigny-Monbrun, dont elle traversait le bois, et longeait le cours de la Dive jusqu'à hauteur de Tourtenay où elle sortait alors du Poitou en se dirigeant vers Montreuil-Bellay. Elle est encore indiquée, sur tout son parcours, par un chemin d'exploitation très fréquenté.
- Le second tronçon se dirigeait en droite ligne sur le Thouet qu'elle franchissait à 800 mètres environ au nord du moulin de Monguimier pour déboucher ensuite sur le plateau de la Roche, presque à égale distance entre Saint-Généroux et la Coindrie. Elle traversait ce plateau, atteignait le Thouaret entre les hameaux du Ghillas et du Ghiiiou, longeait la limite méridionale de la commune de Luzay et arrivait à la route de Bressuire à Saumur. La carte d'état-major l'indique jusque là, comme chemin resté carrossable.
Au delà de la route de Bressuire, la voie se perd. Tandis que Mangon de la Lande (1) la fait remonter vers le nord dans la direction de Saint-Maurice-la-Fougereuse, Gh. Arnauld, beaucoup plus précis, à notre sens, la fait continuer vers l'ouest. « De la c( Croix de Malheur, dit-il, la voie gagne les communes de Gou- (( longes-Thouarsais, de la Ghapelle-Gaudin et de Noirlieu. En « sortant du bourg de Youltegon qu'elle partage en deux parties <( dont l'une appartient à Youltegon et l'autre à Saint-Glémentin, (( la voie perd en cet endroit le nom de chemin de saint Hi- (( laire pour prendre celui de chemin de Ghausseraies ou des (( Ghaussées, puis elle se rend sur le territoire de la commune « des Aubiers, en séparant les communes de Youltegon et de « Saint-Glémentin... Après avoir traversé la commune des Au- (( biers, où l'on suit facilement ses traces, et celle de St-Aubin- (c de-Baubigné, elle sort du département des Deux-Sèvres et se « dirige sur Maulévrier. » (2)
(1) Bulh Ant. 0., 1841. p. 81 et suiv.
(2) Ch. Arnauld. Mem, D,-Sèv. t. II, 1862. p. 231.
Une autre grande voie qui n'est pas indiquée par la Table de Peutinger, se dirigeait vers Augustoritum (Limoges).
Elle sortait de Poitiers par le faubourg Saint-Saturnin, passait à la Ghapelle-Biraudelle, suivait pendant 1500'" la route de Nouaillé, se dirigeait en ligne droite d'abord sur la ferme de la Moudurerie, puis sur celle de la Lésinière, en passant à l'endroit précis où s'embranchent aujourd'hui les deux voies ferrées, et atteignait la ferme de Gervolet, à l'est de Nouaillé. De là elle se dirigeait sur le Pinier, longeait la voie ferrée jusqu'au Château- Gaillard en s'en tenant à environ 600"' à l'ouest, et se dirigeait en ligne droite, en traversant ainsi le bois de la Ronde, sur le carrefour de la Forêt. Elle est indiquée jusqu'à ce point sur la carte d'état-major.
La voie se perd dans la forêt de Verrières, mais on la retrouve à la ferme de Ghez-de-l'Age ; la carte d'état-major continue à l'indiquer. Elle passait à la ferme de Brépouil et à celle du Puimard, rejoignait la route de Verrières à Boiiresse, traversait cette dernière commune, passait au hameau de Beauregard et franchissait la Vienne près de Queaux. Elle suivait le tracé de la route de Persac à Moussac-sur-Vienne jusqu'à hauteur du moulin Bréchon, se dirigeait ensuite sur la ferme de la Grâcede-Dieu, passait à égale distance des hameaux de la Relandière et de Ghantouillet, à la ferme de la Trappe, commune de l'Isle- Jourdain, à celle du Tourraud, commune de Mou terre, et traversait l'étang de la Forge où son tracé se perd après avoir servi de chemin d'exploitation depuis Poitiers. Elle entrait dans le Limousin à peu de distance de là, et dans cette province on la retrouve en différents endroits.
De la voie de Limonum à Cœsaroclxmum se détachait, au point où la route de Poitiers à Montmorillon se joint à celle de Poitiers à Bourges, une autre voie romaine secondaire dont le tracé disparu n'est pas encore complètement reconstitué. Elle se dirigeait aussi du côté de Limoges, passait très probablement par Mignaloux, et la ferme de Savigny, laissait Tercé au nord, atteignait le hameau du Temple, s'infléchissait vers le sud pour arriver à Salles, franchissait la Vienne à Gubord, passait à la Ghapelle- Viviers et rejoignait sans doute la route de Montmorillon à Ghauvigny un peu au nord des petits étangs de la commune de Sillards.
La voie sortait du Poitou après avoir franchi la Gar tempe à Montmorillon.
(( Au sud une voie qui s'embranchait probablement sur celle (( de Poitiers à Saintes vers les Minières (commune de Paire), (( suivait à peu près la même direction que la route moderne de (( Poitiers à Angoulême. Dans des titres de 1562 et 1741, elle (( est appelée chemin de la chaussée^ tendant de Ghaunay aux (( Maisons Blanches. Dom Fonteneau a cité phisieurs actes du « XIV" et du XY^ siècle, où cette voie, au delà de Ruffec, e.-t « appelée via publica de la cJiaussade. D'après des observations « récentes, elle laissait Angoulême sur la droite et tendait vers « Périgueux. »
« Quant aux voies transversales [de la Vienne] qui n'aboutis- « saient pas à la capitale des Pictons, la seule sur laquelle on (( ait des données positives, d'après les indications de Dom (( Fonteneau, est celle qui passait à Gharroux, désignée dans un « acte de 1259 par les mots via seu strata publica antiqua, et (( qui, d'un côté se serait dirigée sur Ruffec pour rejoindre à « Aunay la voie de Poitiers à Saintes, et, de l'autre, se serait (c inchnée vers le nord-est pour atteindre, vers Queaux, la voie « de Poitiers à Limoges (1). »
Mais avec les précédentes, d'autres routes encore parcouraient nos anciennes provinces. On pourrait plus particulièrement citer celle de Limoges à Nantes qui coupait à Rom la route de Poitiers à Bordeaux et traversait diagonalement le département des Deux-Sèvres, où elle porte de nos jours le nom de chemin des chaussées. Cette voie est jalonnée, d'une façon générale, par le territoire des communes de Vançais, Chenay, Exoudun , La Mothe, Saint-Eanne, Nanteuil, Exireuil, Saint- Georges-de-Noisné, Verruyes, Mazières, Saint-Pardoux, Allonne, Secondigny, le Beugnon, Yernoux, l'Absie, Saint-Etienne, Saint- Paul, les Moutiers et Saint-Pierre-du-Ghemin.
On pourrait citer enfin, les routes secondaires qui traversaient le département de la Charente-Inférieure, celles aussi qui sillonnaient en tous sens le département de la Charente, mais une pareille étude nous entraînerait trop loin.
Nous n'avons voulu décrire d'ailleurs que les grandes voies qui rayonnaient autour de Poitiers ; pour les autres, nous renverrons le lecteur aux divers mémoires qui ont été publiés dans les Recueils des sociétés archéologiques de l'Ouest et, plus particulièrement, aux travaux des éruclits de nos pays, tels que
(1) Ih'det, Dict. topoçj. de la VieMie^ Introduction.
Lary (1), Mangon de la Lande (2), de la Fontenelle (3), Foucart (4), Redet (5), Lacurie (6), Michon (7), Ch. Arnauld (8), M. Lièvre (9) et tant d'autres encore.
Nous le renverrons surtout à une excellente étude de M. Alexandre Bertrand. Elle a été publiée dans la Revue Archéologique en 1863 (10).
Comme nous l'avons vu, il n'est pas toujours facile de déterminer avec certitude la date des milliaires qui ont été découverts sur les anciennes voies du Poitou et de la Saintonge. Leur mauvais état de conservation s'y oppose le plus souvent.
Sauf celui d'Ambernac^ au nom des divers empereurs de la Tétrarchie (voir pl. III bis), tous les milliaires que nous avons décrits sont cylindriques. Quelques-uns reposent en outre sur une base carrée, et les milliaires d'Antonin, qui sont de ce nombre, se distinguent encore par leur fini d'exécution.
Les inscriptions sont gravées à la partie supérieure des monuments sans y être accompagnées d'aucune moulure ni encadrement.
Les caractères, variables de forme avec les diverses époques, ne sont réellement beaux que sur les milliaires d'Antonin.
La plus grande latitude paraît avoir été laissée aux lapicides pour la gravure des milliaires d'un même empereur sur une même voie. Les lettres ne sont pas toujours semblables, leur hauteur est variable, et la division des lignes n'est pas uniforme.
Il nous semble que sous les premiers empereurs les bornes de notre région ont toujours porté une double série de numéros d'ordre, commençant soit à Limonum, soit au Mediolanum des Santons, et se terminant au Fines de la voie dont elles faisaient partie^ mais il ne nous parait pas que cet usage se soit continué à partir de Tacite. On ne peut cependant rien dire d'absolu à ce sujet.
Connaissant d'une part le tracé des voies romaines, et de l'autre les distances qui séparaient les diverses stations, il serait
(1) Bull. mon. 1840, p. 304.
(2) Bull Ant. 0. 1841.
(3) Bull. Anl. 0. 1841.
(4) Mém. Ant. 0. t. II, 1837.
(5) Dict. topog. de la Vienne, Paris, 1881, in-4o, Introduction.
(6) Bull. 7non. 1844, p. 590.
(7j Slatisiique monumentale de la Charente, Paris, 1844, in-8o. (8) Mém. D.-Sèv. t. II. 1862.
(10) p 62 et suiv.
(11) Cf., également, les feuilles de la carte de letat major portant les n^^ 118 à 120, 130 à 133, 141, 142, 152 à 155, 161 à 164, 171 à 181. Certaines voies, entre autres cel'e de Saintes à Limoges, y sont indiquées sur tout leur parcours.
facile de déterminer, presque mathématiquement, les points où se trouvaient autrefois les milliaires que nous possédons.
M. Aurés a fait un travail de cette nature pour la partie de la voie Domitienne comprise dans les départements du Gard et de l'Hérault. 11 a remarqué que les milliaires se trouvaient très souvent placés sur les limites mêmes des diverses communes que les voies traversent, et il en a conclu que les bornes romaines avaient dû servir à les fixer plus d'une fois.
(( Depuis cette époque, déjà si éloignée de nous, dit-il, ces (( bornes, ont pu disparaître, mais n'ont pas entraîné en tom- « bant le changement des limites qu'elles avaient d'abord servi « à marquer^ et par conséquent l'existence actuelle de ces (( limites peut suffire, â son tour, pour déterminer avec pré- (( cision les anciens emplacements des bornes (1).
Sans essayer pour cela de généraliser et de transformer en règle absolue la remarque de M. Aurés, nous dirons de même que les milliaires, tout comme les anciennes chaussées, ont dû jouer un certain rôle dans la délimitation des communes. Nous en avons eu plus d'une fois la preuve en étudiant les voies romaines de nos deux pays.
Toutes les bornes que nous possédons ont été transformées en sarcophages ou tout au moins façonnées pour recouvrir des tombeaux. En raison même de cet empressement que mirent les anciennes populations du Poitou et de la Saintonge à se servir ainsi des milliaires l omains , nous devrions aujourd'hui les retrouver en grand nombre, surtout si toutes les séries dont nous possédons des exemples avaient entièrement existé. Comme il n'en est rien, nous croyons pouvoir en conclure que les villes ou l'Etat lui-même, lorsqu'ils faisaient réparer les voies, ne remplaçaient, à quelques exceptions près, que les milliaires qui, pour une cause quelconque, étaient accidentellement dégradés ou perdus (2).
(1) Aurés, Les milliaires du Gard, (Mém. de l'Acad. de Nîmes, 1876), p. 13.
(2) On comptait par exemple, sur la voie d'Autun à Bordeaux : 16 milliaires de Saintes à Aulnay, 8 d'Aulnay àBrioux, 12 de BriouxàRom, 16 de Rom à Poitiers et 21 de Poitiers à Ingrandes-sur-Anglin, soit au total 73 bornes qui se trouvaient ainsi reparties entre l'ancienne capitale de la Saintonge et la limite extrême du Poitou. Or il est à remarquer que les 13 milliaires de cette voie que nous avons décrits (nos i et 2, 8 à 12, 15 et 16, 19 et 22 à 24), nous font connaître les noms de onze empereurs différents. Si chaque série avait été complète, — et s'il n'existait pas d'autres séries que nous ne connaissons pas, — il faudrait dès lors en conclure que plus de 800 bornes romaines avaient été gravées pour la seule partie de la voie que nous avons considérée!
Un tel chiffre ne peut évidemment pas être admis.