‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 44 sur 190 · CD -CD · texte numérisé non relu

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A Germanicus César, fils de Tibère Auguste, petit fils du divin Auguste, arrière petit-fils du divin Jules, augure, flamine augustal, consul pour la 2^ fois, salué empereur pour la 2^ fois.

A Tibère César Auguste, fils du divin Auguste, souverain pontife, consul pour la 4^^ fois, salué empereur pour la 8° fois, revêtu de la puissance tribunice pour la 22® fois.

A Drusus César, fils de Tibère Auguste petit-fils du divin Auguste, arrière petit-fils du divin Jules, pontife, augure.

« Il est évident, dit Millin, que cet arc avoit été élevé à Germa- « nicus après sa mort, et que, po ir Q3 pas offenser l'orgueil f( Jaloux de Tibère, les Santones lui adjoig-airent ce prince et son « fils Drusus, Tan de Rome 774 et l2l de Jésus-Christ » .

Tibère ne porte pas le prénom Imperator dans la partie de la dédicace qui lui est relative. Suétone (1), Dion Cassius (2), et d'autres auteurs encore, nous font en effet connaître qu'il y renonça.

Ce fut aux calendes de janvier 2J qu'il commença son quatrième consulat. Il entra le 27 juin suivant dans sa vingt-deuxième puissance tribunice, et nous avons ainsi, d'une façon précise, la période de temps pendant laquelle les lignes en son honneur furent g*ravées. Or, à cette époque, Germanicus était déjà mort à Antioche depuis deux ans. Comme les indications fournies par l'épigraphe qui lui est particulière, tendent à faii e comprendre l'arc de Saintes (3), parmi ceux qui ont été construits entre les calendes de janvier 18 et le 9 des ides d'octobre 19, nous pensons qu'il faut les considérer moins comme une date, que comme un hommag'e rendu h la mémoire du jeune général, et nous sommes par fruité d'avis qu'il n'y a pas lieu d'en tenir compte dans la détermination de l'âge du monument.

Une inscription de Nimes, aujourd'hui perdue, devait être presque identique à la partie de la dédicace qui est relative à Drusus (4j M. Allmer en a conclu que ce prince était peut-être le patron de cette colonie.

(1) . Suétone, Tib. 26.

(2) Dion Cass. 57, 2.

(3) . Edward Bari'y, dont on connaît les savants travaux, a commis une légère inexactitude, que nous nous permettrons de signaler ici, en écrivant dans la nouvelle édition de V Histoire du Languedoc, i. II, p. 271, 2«col., que les prêtres «lo Rome et d'Auguste, bâtissaient, « à leurs (rais, des monuments publics, comme le célèbre « pont romain de Sriintes, dont l'un des portiques est encore debout <' [18741, surmonté d'une inscription gravée sous le règne de Tempe- « reur Tibère... »

(4). Allmer, i. I. p. 249.

Les inscriptions de la frise doivent être ainsi complétées et lues :

a. — Façade du côté de la ville :

C- iuLWS G- iVLî- o^VANEVNi F- RVFV5- c iiiH geienionis nepos. eposierovidi pron. SACEriifos womae et avgvsti- kh- aram quae est ad confluentem praefectusfabrumd.

b. — F açado du côté du faubourg :

c. IVLIW5. C luli otuaneiini. F- Rw/us g-ivl/ GEDemoîiis nepos" EP0.s7eR0ViDr PRon. sacerdos romae et augusti ad aram quae Est a^conjliientem praefectus fabrumd,

Oaius) Julius, C{aii) JuU{i) Ocuaneunl /{tlius)^ Ru/us, C{aii) JiiU{i) Geciemonis iiepos, Eposierovidi pron{epos}, sacerdos Romae et Augusti ad aram quae est ad confluentem, praejecius fabrum d{edicaoii),

Caiuâ Julius Rufus, fils de Caius Julius Otuaneuiuis, petit-fils de Caius Julius GedemoQ arrière-petit-fils d'Eposterovidus, prêtre de Rome et d'Auguste a l'autel des trois Gaules, préfet des ouvriers, a dédié [ce monument] .

Il est proba'jle que le iils d'Eposterovidas avait été fait citoyen romain par César. En faisant remonter sa liliation jusqu'à son bisaïeul, Caius Julius Rufus tenait à monti^er peut-être que depuis trois générations successives sa famille possédait le droit de cité.

L'autel de Piome et d'Auguste était à Lyon, et touchait à la colline de Saint-Sébastien, mais Millin, et beaucoup d'autres auteurs avec lui, ont cru qu'il s'agissait d'un autel situé au confluent de la Charente et de la Seugne.

« Au bas de [cette] colline que couronnait la capitale de la « G.mle, à l'endroit où la Saône se joint au liliône, le aoiit de « l'an 742, (12 ans av. J.-C.) le prince impérial Drusus, en « sa qualité do représentant du gouvernement dans la Gaule, « dédia à la déesse Homa et au Genius du Souverain, l'autel au- « quel devait être désormais célébi^ée, chaque année, à pareil « jour, par la communauté des Gaulois, une féte de ces divi- « nités (l).

« Tous les ans, les représentants de toutes les cités élisaient « un d'entre eux prêtre des trois Gaules et celui-ci offrait, au « jour de la fête impériale, le sacrifice impérial et présidait les

(1). Suivant Dodwell et Clinton, crotte cérémonie n'aurait eu lieu qu'en l'an 10.

« jeux qui en faisaient partie. Cette représentation nationale « avait non seulement la propre administration de ses biens par (( des fonctionnaires à elle pris dans les plus hauts rang-s de le « noblesse provinciale, mais même une certaine participation « aux intérêts généraux du pays. » (1)

« D'après le peu que l'on sait, on n'a pas à concevoir une « très haute opinion de l'esprit de civisme et d'indépendance « qui animait l'assemblée. Lorsque Néron eut assassiné sa mère, « la députation g-auloise adressa par la bouche du rhéteur Ju- « lins Africanus ces paroles h l'empereur parricide : « Tes pro- « vinces de la Gaule t'en supplient César, puisses-tu supporter Q courageusement ton bonheur ! » (2)

L'honneur d'une statue était régulièrement accordé chaque année, non seulement au prince rég-nantet aux membres de sa famille, mais encore à de hauts et puissants fonctionnaires tels que, par exemple, certains gouverneurs. Le sacerdos annuel, ses parents eux-mêmes, jouissaient de cette prérog-ative. Aussi, n'est-ce pas sans raison que M. Allmer a pu faire remarquer que pour être délégué d'une cité à l'autel des trois Gaules il fallait non seulement être fort honoré chez les siens, mais encore « être extrêmement riche et payer cet honneur par d'excessives « générosités (4).

On possède sur la forme même de l'autel quelques détails assez précis :

« D'après sa figure conservée sur des médailles, il se compo- < sait, dit M. Allmer, d'un massif quadrangulaire, moins haut « que large, entre deux colonnes monumentales (5) servant de « support^ à deux colossales Victoires ailées en bronze doré qui, « ainsi dressées dans les airs, dans une situation dominante au- « dessus des vastes plaines, du côté qui fait face à l'Italie, c devaient attirer de fort loin le regard .

« La face de l'autel, entièrement de marbre, était décorée de « sculptures dans lesquelles on reconnaît une couronne de chêne t entre deux rameaux de laurier, honneurs décernés à Auguste

(1) . Mommsen, Histoire romaine, (trad. par Allmer dans Revue épifj. du Midi de la France, t. n, p. '^39).

(2) . Allmer, t. n, p. 19.

(3) . On appelait Très Gallae les trois provinces de la Gaule conquises par César. C'étaient par suite, la Belgique, la Lyonnaise et PAquitaine.

(4) . Allmer, t. II, p. 19. — Cf. également, Revue du Lyonnais, fèv. 1861.

(5) . Ces deux colonnes fragmentées soutiennent probablement aujourd'hui la coupole de la peUte église d'Ainay.

« par le Sénat, le 13 janvier de l'an 7*27 (avant J.-G.,27). (1) « Â la partie supérieure du soubassement se lisait, en gran- « des lettres de bronze, Tépig-raphe homae et wgvsto (^), et sur « une autre partie se présentait une inscription, d'étendue con- « sidérable, dans laquelle étaient nom'uées toutes les cites qui < avaient contribué à l'érection de l'autel, au nombre de soixante

« d'après Strabon (8) s'exprimant peut-être en cbiifres ronds, de « soixante-quatre d'après Tacile (4), confirmé par Ptoléraée qui « énumère 1 7 cités en Aquitaine, 25 dans la Lyonnaise et 22 € dans la Belgique. » (5).

(l). Nous (levons à l'oblif^eance de M. Savigné, imprimeur à Vienne, de pouvoir reproduire ici le cliché de l'autel de Rome et d'Auguste spécialement destiné à former l'emblème bibliograpiiique du Bulletin Epigraphique que dirige M. Movvat.

(2'i. Les lettres de cette épigraphe avaient 0™38 de haut ; elles étaient probablement en bronze doré. Des fouilles pratiquées en 1858 sur la place des Terreaux, ont fait découvrir les deux premières lettres du mot romae. On a trouvé, de même, des guirlandes de feuilles de chêne qui ont dû faire partie de l'autel.— Voy. à ce sujet : Aug. Bernard, Le temple cV Auguste et la nationalité gauloise. Lyon, 18G3, in-fol. avec planches.

(J). Strabon, IV, 192.

(4) . Annales, liv. ÏÏI, ch. 44.

(5) . Allmer, t. Il, p. 18. — Cf. aussi : Duruy, Hist. rom., Paris, 1877» t. m, p. 238 et suiv.

La réunion des délégués des trois Gaules avait lieu chaque année et durait tout le mois d'août. Elle correspondait à une grande foire où des marchands de tout l'Empire se rencontraient (1).

L'amphithéâtre était peut-être (2) dans le voisinage immédiat do l'aulel. D'autres édifices destinés aux fêtes s'y trouvaient aussi. C'est dans l'amphithéâtre, que l'empereurCaligula, pendant son séjour à Lyon, avait imaginé de faire discourir des rhéteurs, bien souvent pâles d'épouvante, car ceux d'entre eux qui ne plaisaient pas devaient effacer leurs compositions avec leur langue, à moins qu'ils ne préférassent exécuter un saut dans le Rhône et se dérober de la sorte aux plaisanteries du tyran (8). Pour qui connaît le caractère de Oaligula, il est d'ailleurs permis de croire que les malheureux rhéteurs n'avaient pas souvent à choisir.

Les délégués à l'autel des trois Gaules devaient être nécessairement gaulois. Ils prenaient le titre de /^{/a^M.set,pour être désignés, devaient sans doute avoir préalablement remplitoutes les plus hautes fonctions municipales dansleurscitésrespectives,(own/^î^s honoribus functus in civitate sua). C'était au sacerdos annuel que revenait tous les ans la présidence de l'Assemblée, mais les fonctions sacerdolales [)araissent avoir été inamovibles car on connaît des sacerdo tes qui sont restés en exercice pendant plus de vingt ans.

Ason tilrede prêtre, Caius JuliiisRufus joignait encore celui de prœfeclus fahrum. Les préfets des ouvriers n'étaient pas toujours des employés militaires chargés, sous le commandement direct du tribun, de diriger et de surveiller les ouvriers forgerons, charpenliersouconstructeurs de machines que comptait lalégion. C'étaient encore des employés civils placés à la tête de certains ateliers ou de certaines corporations et, comme ils étaient nommés pas les gouverneurs annuels de leurs provinces respectives, il y a tout lieu de supposer que leur charge était annuelle aussi. Il est toutefois probable qu'elle pouvait être réitérée pendant plusieurs années consécutives, car nous avons des exemples de

(1) . On a découvert à Lyon, entre autres épitaphes, celle d'un Syrien « victime de l'irascible destinée » dans la capitale des Gaules, où les affaires de son commerce l'avaient attiré.

(2) . Nous disons peut-être car il paraît aujourd'hui prouvé que l'amphithéâtre du Caput Galliarum était sur les hauteurs de Fourvières. — Cf. à ce sujet : J . Pierrot- Des^ellUgnij, Comptes-rendus de l'Acad. des Inscript, et belles-lettres, 2° trirn. 1887, p. 256, et Bulletin monumental, p. 415.

(3) . V. Duruy. Histoire des Romains, Paris, 1877, t. ni, p. 503; — Suétone, Caligula, ch. xx.

praefecti fahrum restés en exercice pendant quatre ou cinq ans. Quoi qu'il en soit, le titre même ne paraît plus avoir été porté partir de Septime Sévère (1).

Voici quelle est la liste des prêtres de Rome et d'Auguste dont les noms ne se sont pas perdus.

Pour la Lyonnaise :

Trois eduens (Autun) : C . Julius Verecundaridubnus , celui-là même qui fit la dédicace du temple, le l^"" août de l'an de Rome 742 (12 ans avant notre ère (2).

Latinivs Catapanus (inscript, perdue de Moirans, Jura) (3).

On ignore le nom du troisième, (musée de Lyon, n^ 117 du catal.) (4).

Deux carnutes (Chartres) : C, Julius Ma[ , (musée de Lyon, n*" 118 du

catal.) ;

T. Julius (inscript, perdue de Lyon) (5) ;

Trois segusiaves, (Feurs) : Sex. Julius Lucanus, (plaque de bronze trouvée près de Feurs) (6) ;

P. Maglius Priscianus, (musée de Lyon, n° 119 du catal.).

C. Ulattius Aspr[ , (inscript, de Yienne, Isère (7), et inscript.

du musée de Lyon, n° 120 du catal,).

Un senon (Sens): Sex. Julius Thermianus , (musée de Lyon, n° 122 du catal.).

Un tricasse (Troyes) : C. Catullius Deciminus^ (musée de Lyon, n** 123 di> catal.).

Un turon (Tours) : Palern[i\us Ursus, (inscript, perdue de Lyon) (8J.

Un veliocasse (Rouen) dont on ignore le nom, (inscript, perdue de Lyon) (9)*

Un venète (Vannes) : L. Tauricius Florens, (inscript, perdue de Lyon) (10).

Un viducasse (Vieux près de Gaen) : T. Sennius Solemnis, (musée de St-Lô)(ll).

Pour V Aquitaine :

Deux arvernes (Glermont) : C. Servilius Marlianus^ (musée de Lyon, n® 106 du catal.).

(1) Cf. Orelli-Henzen, t. ii, 3428 (p. 95 et suiv.).

(2) C'est à tort que le nom de ce prêtre a été souvent écrit : Verecundaridubius .

(3) Aug. Bernard, Le temple d'Auguste et la nationalité gauloise, p. 54, (d'après la copie de Muratori, Novus thes., t. II, p. mxx, 3). — Orelli, n° 184.

(4) Calai, somm. des musées de la ville de Lyon, dessins d'Adrien Allmer, Lyon, 1887, in-S^.

(5) De Boissieu, Inscript, ant. de Lyon, Lyon, 1854, in-4°. p. 90. — Aug. Bernard, p. 57. Le même auteur indique un troisième carnute : P. Veltius Perennis, qui ne nous parait pas avoir été prêtre à l'autel des Très Galliae.

(6) De Boissieu, p. 119. — Aug. Bernard, p. 58.— Il se peut que ce personnage n'ait été qu'un prêtre municipal.

(7) Aug. Bernard, p. 59.

(8) Spon, Miscell.. p. 172 ; Recherche des antiq. et curios. de la ville de Lyon, 2eédit. Lyon J857, in-S°. p. 138. — Aug. Bernard, p. 92.

(9) Paradin, Histoire de Lyon, p. 418. — Aug. Bernard, p. 65.

(10) De Boissieu, p. 258, (d'après Symeoni). — Aug. Bernard, p. 95.

(11) Revue arch. t. ix, 1864, p. 8. — Aug. Bernard, p. 107.

On ignore le nom du second, (inscript, perdue de Lyon) (1).

Un biturige cube, (Bourges) : Julius Balbus, (musée de Lyon, n** 106 du catal. ) ;

Un cadurque (Gahors): M. Lucterius Leo^ (cippe trouvé dans l'église de Pern^ aujourd'hui dans la cour de la préfecture à Gahors) (2).

Trois lemovices (Limoges) : Licinius Tauricus^ (musée de Lyon, 110 du catal. ) ;

Q. Licinius Ult[or?], (musée de Lyon, n* 109 du catal.), fils? du précédent ;

Licinius S abin[. ^ (musée de Lyon, n° 108 du catal.), frère? de

Tauricus ;

Deux petrucoriens (Périgueux) : C. Pompeius Sanctus^ (musée de Périgueux, n« 248 du catal.) (3) ;

M. Pompeius Libo, (musée de Lyon, n° 112 du catal. et musée de Périgueux, n® 248 du catal.), fils du précédent ;

Un picton (F'oitiers) : L. Lentulius Censorinus, dont nous reparlerons plus tard (musée de Lyon, n° 113 du catal.).

Trois santons (Saintes) : C. Julius Ru fus ;

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