LIB . FECIT
(( L'explication matérielle de l'inscription ne présente pas par elle-même de grandes difficultés : A la déesse Oca , la très chaste Clara Cœate ou Cœotonis a volontiers dédié cet autel. Le nom de Clara est très commun chez les Romains (1), celui de Cœate est au contraire très rare, il n'en existe dans le recueil de Grœvius que trois exemples , et encore avec une légère variante (2), mais cette différence peu importante ne doit pas arrêter. Il s'agit de rechercher quelle est cette déesse Oca, ses attributs et son culte, et quelle est la cérémonie mystérieuse retracée sur le monument » (André.)
Et l'auteur qu^ nous venons de citer arrive à conclure, après une très longue dissertation, « que la déesse Oga n'est autre chose que la Minerve céleste, ou Vénus-Uranie des Phéniciens, et que c'est le culte de cette divinité orientale qui fait l'objet de [son] mémoire. »
M. Ledain accepte entièrement les conclusions du travail d'André et ne met nullement en doute l'existence de cet autel. Nous ne partageons pas , pour notre part , cette confiance ,
auteur ne connaissait évidemment pas le Recueil manuscrit que possède la bibliothèque de Poitiers.
Si de Beaumesnil est assez suspect de nos jours, ceux qui furent presque ses contemporains ne le tinrent pas toujours en très haute estime.
M C'était, dit Millin qui lui donne le. nom de Dumesnil, un ancien comédien qui voyageait continuellement à pied et dessinoil tout ce qu'il Irouvoit. Le recueil de ses dessins est actuellement à la bibliothèque Mazarine-, la comparaison que j'en ai faite avec les mêmes monuments que j'ai vus, m'a prouvé qu'il étoit impossible de jamais tirer aucune conclusion certaine d'après sa seule autorité. » {Voyage, t. iv, note 1, p. 748.)
Nous ne connaissons de de Beaumesnil que les ouvrages manuscrits ci-après : Antiquités et monuments anciens du Bourbonnois, (Bibliothèque de M. Albert Lenoir, à Paris) ;
Monuments d'A rles, fac-similés à la sanguine, (Bibliothèque de M. Albert Lenoir);
Antiquités de Poitiers, (Bibliothèque de Poitiers) ;
Antiquités de Périgueux, (Bibliothèque de M. Albert Lenoir), et
Antiquités d'Alby et de Limoges, (Bibliothèque Mazarine?).
(1) « Grœv. inscr., pages 151, 727, 811, 885, 886. 951, 970, 998, 1000 et 1117.»
(2) « Grœv. inscr., pages 622, 706 et 1042. »
d'abord parce qu'il nous paraît fort peu probable que le culte d'une divinité orientale « ait pu pénétrer jusqu'en Poitou en passant par la Grèce et par Rome (1) », ensuite parce que les circonstances qui ont accompagné la découverte signalée par de Beaumesnil sont bien faites pour nous donner des soupçons.
(( Outre l'autel, dit de Beaumesnil, on trouva un bas-relief de porphyre et deux torses de femme. Le bas-relief représentait sept femmes nues et échevelées, se livrant autour d'un cadavre au plus violent désespoir. Celle qui préside à la cérémonie porte une couronne de roses et une ceinture. A droite est un vase carré d'où sort une lance surmontée d'une peau de bélier, puis un arbre coupé et deux vases ronds; à gauche^ un buste de femme dont la base carrée rappelle les statues d'Hermès »
Nous nous abstiendrons, dès lors, de tout nouveau commentaire sur un texte dont l'authenticité n'est rien moins que prouvée, et nous ne citerons que pour mémoire l'interprétation suivante qui est presque semblable à celle d'André, et a été donnée par M. Ledain : A la déesse Oca^ la très chaste Clara Cœate a volontiers dédié cet autel.
Bibliographie: De Beaumesnil, Recueil manuscr., p. 25. — André, Mém. sur la déesse Oga ou Oca (dans Bull, de la Société d'agriculture et belles-lettres de Poitiers, t. Il, Poitiers, 1825-1830, in-8^ pp. 243 et suiv.). — Ledain, Epigr. rom., p. 12. — Coll. de dessins de la Société des Ant. de l'Ouest, carton 3, (reproduction au lavis du dessin de de Beaumesnil).