‹ Epigraphie romaine du Poitou & de la SaintongeChapitre 74 sur 190 · INSCRIPTION DU BALNÉAIRE DE POITIERS · texte numérisé non relu

INSCRIPTION DU BALNÉAIRE DE POITIERS

Musée lapidaire des Antiquaires de l'Ouest.

(( Inscription sur pierre provenant des fouilles du sol de la rue Lubac , à Poitiers , achetée directement par la Société [des Antiquaires de l'Ouest] aux ouvriers qui venaient de l'exhumer au coin de la rue Corne de Bouc et de la rue de Lubac. » (de LoNGUEMAR. — Copie dessinée).

(l) Très proviuciae Galliae primo unquam monuinentum in sua civitate posuerunl; locum ordo civilatis Viducassium liberae dédit. Positum oclavum decimum kaleiidas ianuarias, Pio et Prociilo corisulibus. (Marbre dit de Thorigay, trouvé à Vieux, près de Gaen, dans le courant du xvi» siècle.)

« Fragment d'inscription romaine sur pierre, découverte en 1870, à Poitiers, au coin de la rue Corne de Bouc et de la rue Lubac, ou de l'Est, près de l'amphithéâtre. » (Ledain b.)

Hauteur de la pierre , 0 m. 50; largeur, 1 m. 05; hauteur des lettres, 0 m. 09.

Notre copie (voir pl. xli) :

/// vIISETxxnBALL /// //// TRIBITORIAD /// //// NTEASPORT^ ////

//// :lQFHAF"^P^ //

La lecture suivante a été proposée par M. Clément Pallu de Lessert :

« In thermis et in balineo... diribitoria d.,. Antea sportulas

aqude. Hsec optuliL

« Pour quiconque a l'habitude des inscriptions municipales , dit-il, nous sommes en présence d'un texte rappelant Tinauguration de travaux faits, pour la cité, par un bienfaiteur dont le nom n'a pas été conservé. Suivant l'usage , des distributions et des jeux ont accompagné cette inauguration. Au commencement de la quatrième ligne nous avons peut-être la fin du mot spectaculaque. La même ligne donne encore la cause qui avait déterminé cette libéralité. Dans le même genre, nous pourrions rapprocher de nombreuses inscriptions d'Afrique portant cette formule : Haec obtuUt ob honorem flaminii^ ou ob honorem duumviratus « en l'honneur de son élection au flaminicat » ou « au duumvirat ».

<( La première ligne mentionne certains travaux exécutés dans les thermes et dans le balnéaire. Si l'interprétation est exacte, nous sommes en présence du seul texte épigraphique qui nomme les thermes explorés par le R. P. de la Croix. Il en résulte aussi que la ville, indépendamment des thermes , possédait un balnéaire dont l'emplacement est inconnu.

« Enfin la seconde ligne n'est pas moins intéressante. La seule restitution possible du mot qu'elle porte est diribitoria. On retrouve du reste sur la pierre des traces du D initial.

« Mais que désignait ce mot? On n'en connaît qu'un exemple à Rome; encore était-il connu sous le nom de diribitorium ; diribitoria avec sa forme plurielle est nouveau. Il nous apparaît, dans les rares textes qui le mentionnent, comme un vaste bâtiment sans cloisons intérieures, une sorte de halle couverte commencée par Agrippa et inaugurée par Auguste après la mort de celui-ci. Il paraît avoir servi à des usages multiples: les anciens grammairiens nous disent que c'était le lieu où l'on distribuait

(diribere) les bulletins de vote pour les Comices, et où l'on payait la solde des soldats ; Dion Cassius nous apprend aussi que sous Caligula, pendant un été exceptionnellement chaud, l'on y établit un plancher et l'on y donna des spectacles publics. »

M. le colonel Babinet (1) appuyant Tinterprétation attribuée au mot diribitoriiuii par M. Fallu de Lessert a cité les définitions que donnent de ce mot les dictionnaires de Forcellini, de du Cange, d'Ambroise Calepin et de Vossius. Calepin en particulier pensait que le diribitorium était aussi le lieu où demeuraient les esclaves, et Vossius que c'était la salle d'école des jeunes esclaves. Nous ajouterons à cela que d'après Suétone (2) et Pline (3), cités par Anthony Rich (4) , le diribitorium était encore la place occupée par les agents de l'empereur lorsqu'ils assignaient aux conscrits leurs corps respectifs ou lorsqu'ils passaient les troupes en revue.

M. Ledain n'a donné dans son Épigraphie romaine du Poitou, que l'interprétation déjà proposée par M. Fallu de Lessert.

(( Le dernier mot, dit-il cependant, pourrait bien être opéra. Quoi qu'il en soit, il n'en résulte pas moins de cette inscription, qui serait si intéressante pour l'histoire locale si elle était complète, qu'il y avait à Foitiers des thermes, des balnéaires, des diribitoria, dont la construction ou la réparation, ou l'inauguration donna lieu à des fêtes et largesses aux frais de quelque magistrat ou puissant personnage. »

Nous acceptons assez, pour notre compte, la majeure partie des restitutions qui ont été proposées par M. de Lessert, mais s'il nous paraît possible de lire :

... in ther'\A\'^ ET un BALK'eo

c/iRIBITORIA D

aNTEA SFORT^ las

^QV^^^^"^"* ^"^"^ulitf

in ther]mis et m hali\neo.... di]ribitoria [ a\ntea sportu[las...j

nous ne croyons pas qu'il y ait lieu de voir, au commencement de la cinquième ligne un autre mot que la conjonction que; c'est donc de préférence à toute autre que nous accepterions pour ce mot la lecture [spectacula]que ^ mais ce texte n'en demeurerait pas moins très obscur dans certaines de ses parties.

(1) Bull. kïïL 0., 1887, p. 197.

(2) Claude, xvii.

(3) Hùl. nal., xvi, 76.

(4) Dicl. des anliq. rom. et grecques, Paris, 1873, m-S°, p. 231.

Bibliographie : Bull. Ant. O., J870, p. 397 et pl. ii. — Bricauld * de Verneiiil, Bull. Ant. O., 1885, pp. 587 et 593. — Nouv. Cal., p. 10. — Cl. Fallu de Lessert, Bull. Ant. O., 1886, p. 10, et 1888, p. 450. — Babinet, Bull. Ant. O., 1887, p. 197.- Ledain 6, p. 10.— Ledain, E'pigr. rom., p. 51, (et dans Mém. Anl. O., 1886, p. 192.)

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