MAE
P » (BOURIGNON
« Il faut lire :
(( AVGVSTi DISPENSATORIS VICARIVS CONJVGI CARISSIMAE VOSuU »
(AUDIAT.)
D'après Pétrone^ de la Sauvagère croit devoir faire du mot dispensator le synonyme (^aerarii praefectus, et il en conclut que <( César avait une caisse militaire dans la ville de Saintes ». C'est assurément là une très grosse erreur. Les aerarii praefecti , créés sous le règne de Néron, possédaient la garde des registres du trésor public, tandis que les dispensatores i\'éi?à&nX que des comptables placés par les riches romains dans leurs propriétés, ou des employés subalternes des légions (1). Les premiers avaient succédé aux questeurs de l'épargne et aux tribuni aerarii (2), c'étaient, par suite, des officiers d'un haut rang, tandis que les seconds n'étaient guère que des esclaves.
Le mot vicarias, qu'on aurait tort de prendre pour un gentilice , n'était, en réalité, que la désignation d'une fonction servile. Quelque infime que fût leur rang, les dispensatores n'en avaient pas moins au-dessous d'eux d'autres esclaves qui étaient appelés à les suppléer dans l'exercice de leurs fonctions, avec le titre de vicarius. L'inscription de Saintes qui a été rapportée par Veyrel ne doit donc pas être complète , et sur le commencement disparu on devait lire : d'abord le nom d'une femme, — celle en l'honneur de laquelle l'inscription fut gravée, — puis un nom au nominatif , — celui de son mari , — ensuite un nom au génitif , — celui du dispensator de l'empereur , — et, finalement, les quelques lignes qui restent encore.
Il nous paraîtrait, dès lors, qu'on doit l'interpréter ainsi :
D{iis) m{anibus) et m{emoriae)? ae, us? ...is ou ...i Augusl{i)
dispensaloris vicarius, conjugi carissimae posuit.
Aux dieux mânes et à la mémoire de a. X , vicaire de
Z qui était dispensator impérial, a fait élever (ce tombeau) à son
épouse très chère.
(1) Cf. Ciceron, Ad AU. xi, I ; Macrobe, Sat. ii, 4; Suétone, Galb. 12, etc.
(2) Cf. Tacite, Annales, xui, 28 et 29.
— 2i)li —
Delà présence du mot Augusti il ne faut pas conclure non plus, comme de la Sauvagère, que l'inscription de Saintes a été gravée sous le gouvernement de César. Pendant tout le cours de leur règne, les empereurs, quels qu'ils fussent, portaient le titre d'Auguste, et le lapicide de Saintes ne l'entendait pas autrement.
On coiinait plusieurs exemples de dispcnsatojvs militaires (1); tous s'appliquent a des sc/-vi Augasto/'utn , et cette qualité commune tendrait à faire supposer que les esclaves seuls de la maison de rem])ereur pouvaient être appelés â remplir les fonctions de dispensator.
Il ne faut pas croire d'ailleurs, que le mot esclave impliquait toujours l'idée d'un misérable ou d'un malheureux. La plupart des emplois dans les grandes administrations puljliques telles que la poste, la monnaie, les mines ou les finances, étaient donnés à des affranchis impériaux ou des esclaves (2). On cite même cet exemple d'un esclave de Tibère qui, après avoir été agent du fisc â Lyon^ avait â Rome, ii son service, un médecin, trois secrétaires, un trésorier, un intendant, deux la(-[uais, deux cuisiniers, un valet de chambre et deux autres serviteurs.
Du reste, dans la société romaine resclave faisait en quelque sorte partie de la famille, ])uisqu'il était Théritier naturel du maître qui mourait sans enfants.
La pierre qui porte l'inscription que nous venons de citer est aujourd'hui perdue. Chaudruc de Crazannes dit qu'elle « fut emportée, avant la Révolution, dans le parc du château de Jarnac, par ordre du comte de Jarnac, alors gouverneur de la province».
Bibliographie : Veyrel. p. 1-2. — De la Sauvagère, p. 23. — Bourignon, p. 4G. — Chaudruc de Crazannes, p. 164. — Audiat, j). 21.
(1) CI. L. t. XII , 11° 4471 : t. viir, nos 3288, 3289 el 3291, etc.
(2) On pourrait en trouver l.i raison, et romiirendre à ([uel mobile devaient obéir les empereurs, de même (jue les simples particuliers, lursiju'ils doiinaie.it à leurs esclaves des fonctions dont l'imporlanc« semble bien laite pour nous surprendre. Il suffirait surtout de se souvenir qu'à Rome la peine de la ipieslioii n'était pas en usage pour tout le monde, et ipie. lorsque des malversations élaient commises, la douleur pouvait arraciier d'un esclave ou d'un affranchi mis à la torture l'aveu d'une culpabilité qu'un citoyen romain laissé libre n'eût peut-être pas fuit toujours.