EPITAPHE DE* MATERNA
Musée de Saintes.
(( Dans l'année 1816, en démantelant le mur de ville servant en ces derniers temps de clôture à l'hôpital général de Saintes, on a découvert, parmi les dél)ris antiques employés à la construction de cette précieuse (.'i) muraille, un cippe sépulcral ayant la forme des autels des anciens, et de cinq pieds de hauteur sur deux de largeur (pi. v, 1), et représ(^ntant dans une niche une fenune debout vêtue d'une longue t unicpie â manches : la tête orné(i de bandelettes et les cheveux bouclés en anneaux tout autour du front, et olîrant im reste de peinture rouge et violette. Les yeux ont été peints. Le bras droit tombe le long
(1) [n script, rom. de Bordeaux, t, i, p. 261.
(2) Ibid., Schuennans, Siglcs figulins, p. 235.
(3) Cliaudruc (le. Crazannes expli(pie en note l'emploi de ce mol en disant que « ces débris ont appartenu an monnaient du capitole des Sanlones, délrnit au commencement du quinzième siècle ». Sur la non existence du capitole, cf. Audiat, le Capitole de Saintes, Saintes, 1881, in-8", (extrait de Bull. arch. S.).
du corps. Dans la main un rameau ou branche de laurier; reste de peinture verte aux feuilles. Le bras gauche ployé; â la main, des pavots qu'elle appuie sur la mamelle droite. Au dessus de la niche :
* S • MATERNAE • IVL • *
AMATHVS T MARI
POSVIT
« L'interprétation est facile, la sigle S doit s'entendre par Sepulchrum.
« Le cippo de Materna était expliqué de deux manières difîérentes par deux hommes également savans et recommandables, MM. Millin et de Tersan.
« Le premier de ces archéologues, se fondant sur le costume et les attributs de la statue, croyait qu'elle offrait la représentation d'une prêtresse de Cérès ou de quelque dévote ou initiée au culte de cette déesse .....
(( M. de Tersan voyait dans notre cippeun monument et
un tombeau des premiers chrétiens, d'une époque antérieure au
libre exercice de leur culte dans l'empire romain Le T [qui
suit le \\\ot A mathas paraissait, â notre docte antiquaire^ avoir été placé sur la sépulture de Materna comme un symbole caché
delà croix Au lieu des pavots, M. de Tersan voyait des
roses dans la main gauche de Materna enfin, la branche
d'olivier lui paraissait être le rameau porté âNoé par la colombe après le déluge, et par suite, le signe de réconciliation des hommes avec Dieu » (Chaudruc de Crazannes).
« S • MATERNAE • ILV...
AMATHVST-MARl...
POSVIT •
« Cippe tronqué, mais haut encore de 5 pieds; sa largeur est d'un peu moins de deux pieds. Sur la face antérieure on a creusé une niche carrée haute d'environ trois pieds et décorée d'un bas-relief d'une forte saillie. Ce bas-relief représente une femme vêtue de la stola, tenant de la droite une branche de laurier, et de la gauche des pavots. La pose est gracieuse; il y a du naturel dans ce bras qui descend mollement le long du corps, et dans cet autre bras dont la main tient sur le sein de la morte un ))ouquet de pavots (1). La parure de tête est en
(1) « V. l'esquisse «ie ce tombeau dans l'atlas du Cours d'antiquilés de M. de Caumout, fig. 13, pi, xxviii. » Jouannet,
cheveux cannelés , formant une couronne de boucles autour du front: l'effet n'est pas désagréable; mais pourquoi ces bandelettes qui tombent du haut de la tête comme celle d'une victime? Pourquoi aussi ce laurier toujours vert, qui porte encore quelques traces de sa couleur primitive? Il serait facile de répondre par des conjectures; mais les conjectures expliquent tout et ne prouvent rien. » (Jouannet.)
« Très belle pierre tumulaire d'un mètre 35 de long sur 65 de large et 49 d'épaisseur :
S • MATER NAE • IVL AMATHVST • MAR • POSVIT •
» (AUDIAT.)
Notre copie (voir pi. xliii) :
^ S • MATERNAE • IVL ^r VMATHVST • MAR * POSVIT *
En se basant soit sur les divers ornements du bas-relief, au dessous duquel l'inscription se trouve gravée, soit sur la forme du T de la seconde ligne dont on a fait le symbole de la croix, soit encore sur les feuilles de lierre qu'on a voulu prendre pour des cœurs, nous avons vu que Millin, Chaudruc de Crazannes, de Tersan, et nous pourrions ajouter M. Audiat, faisaient de Materna tantôt une prétresse de Cérès ou dTsis, tantôt une femme chrétienne des premiers siècles.
L'érudit président de la Société des archives de Saintonge suppose, en particulier, que « cette sépultiu^e est catholique » et il en interprète ainsi l'inscription :
« s. {scxtae?) matern.e jviâus amathus lilulum mariïi/s posuit »
A notre avis, M. Audiat commet une indiscutable erreur : Materna n'est ni plus ni moins qu'une gallo-romaine, dont le mari, par excès d'amour conjugal, a fait reproduire les traits sur la pierre qui fut destinée à recouvrir son tombeau.
Plus rares en France, — et plus particulièrement dans nos provinces de l'Ouest, — les cippes funéraires qui reproduisent en demi-relief les portraits des défunts sont excessivement communs en Afrique. Il nous serait bien facile d'en citer de nombreux exemples, qui ne seraient peut-être pas sans présenter de très grandes analogies avec celui que nous venons de décrire.
La lecture de M. Audiat nous paraît de plus difficilement admissible. Celle que voici nous conviendrait mieux :
S{epuUura?) Mateniae. Jul{ius) Amathusl{iis), mar{iius), posuiL
Sépulture de Materna. Son mari, Julius Amathustus a fait placer (cette pierre).
Outre qu'à l'époque romaine les femmes ne recevaient généralement pas de prénom, l'abréviation habituelle de celui de Sextiis, d'où dériverait la forme Sexta, n'était pas celle que nous aurions ici. Elle s'obtenait, non pas par la seule initiale, mais bien par les trois premières lettres du mot , et très exceptionnellement par un S barré.
Le nom d'homme Arnathus, écrit sous la forme Amatus s'est assez souvent rencontré , mais nous ne connaissons aucun exemple du dérivé Amathustus. Quelque peu certaine que puisse nous paraître cette lecture, nous la croyons préférable cependant à l'interprétation : Amatlîus t(Uulum) maritus posait. Si le mot titulum était admis, le mot maritus ne serait plus à sa place, ou du moins ne serait plus au cas demandé par le sens de la phrase ; il faudrait le mot murito qui ne pourrait en aucune façon désigner Materna.
Bibliographie : Chaudruc de Crazannes. Notice sur les antiquités de la cille de Saintes^ découvertes en 1815 et 1816, Paris, 1817, in-12, pp. 22 et 37 et figure. — Annales encyclopédiques, t. i. 2^ partie, fév. 1817. — Chaudruc de Crazannes, pp. 101 et 130. — Guide musée 5., p. 6, n° 17. — De Caumont, Cows d'anliquilés, fig. 13, pi. xxviii. — Jouannet, p. .539. — Audiat, p. 37. — Audiat, Catalogue, n° 171,