ANDE
CAMV
LOSTOVTI
SSICNOS
lEVRV
Le deuxième a été trouvé près de Beaune. Il est fourni par l'inscription suivante que tous les celtologues connaissent certainement (3).
ICCAVOS . OP PIANICNOS . lEV RV . BRIGINDONI • CANTALON.
M. Emile Taillebois, dans le Bulletin de la Société de Borda (4), revendique l'expression Tarbelitios pour la ville de
(1) Bull, mon., t. vu, p. 25.
(2) Dict. arch. de la Gaule, t. i, inscript, gaul, n° 6.
(3) Ibid., n° 4.
(4) Dax, 1884, pp. 11 et suiv.
Dax et donne sur le monument lui-même quelques détails qu'il n'est pas sans intérêt de reproduire ici :
« Cette pierre brute, de forme pyramidale, dit-il , a 3 mètres 900 millimètres de hauteur sur 1 m. 679 millim. de largeur à la base. Vers son extrémité, qui se termine en pointe tronquée, elle n'a que 45 centim. de largeur, sur 8 centim. d'épaisseur. Cette épaisseur, qui va croissant vers la base, est de 60 centim. à son plus grand renflement.
(( L'inscription est gravée en caractères rustiques sur la face nord et vers le milieu du menhir. »
Puis après avoir successivement reproduit les lectures de Bourignon, de Siauve, de de la Massardière (1), de Bottin, — qui « considère ce menhir comme un monument celtique sur lequel l'inscription a été placée plus tard, mais cependant avant Dioclétien, car ce fut ce prince qui abolit les frumentaires » , — de de la Fouchardière et de Cardin, — toutes deux reproduites par de Longuemar (2), qui modifia plus tard sa première opinion (3), — M. Taillebois cite enfin la lecture de l'abbé Auber (4) et s'exprime ainsi :
« Je n'ai pas à prendre parti pour l'une ou l'autre, d'autant plus qu'aucune ne me satisfait complètement ; la dernière [celle de de Longuemar], qui me tenterait le plus à cause de l'explication rationnelle du mot lEVRV, me parait manquer de clarté.
« Mais si je renonce à discuter le sens de l'inscription, je tiens du moins à relever l'erreur commise par MM. de Longuemar, Pictet, Bourignon, et par plusieurs autres savants, qui consiste à traduire Tarbelinos ou Tarbelsonios par « un homme originaire de Tarbes », tandis que ce mot signifie « Tarbellien )), c'est-â-dire de la cité à'Aqaae TarbeUicae {Dax) (5).
« C'est donc à un citoyen de Dax et non de Tarbes , que se rapporte cette inscription. Il ne saurait y avoir le moindre doute à cet égard, le nom de Tarbelli n'ajmit jamais appartenu qu'au peuple de Dax, tandis que Tarbes, qui s'appelait à l'époque romaine Castrum Bigorrense et civilas Turba, était l'une des villes, non des Tarbelli, mais bien des Bigcrriones, Bigerri ou Begerri, et ce n'est qu'au xn® siècle qu'elle reçut les nom de Tarbaet Tarda c[ui, suivant M. Longnon, ne sont pas l'équivalent de Turba. »
(1) Esquisses archéol. sur le Viettx-PoUiers. (Mém. des Antiq. de l'O., t. m, 1837. p. 103.)
(2) Bull, des Ant. de l'O., vii^ série, t. vu, 1855, pp. 303 el suiv.
(3) Epigraphie du Haut-Poitou, p. 155.
(4) Bull, des Ant. de l'O., vii^ série, t. vir, 1855, p. 321.
(5) La cité de Dax est appelée Aqux Terebellicae par la Table de Peutinger.
M. Lcdain ne propose pas de signification nouvelle et se borne à reproduire, en les accompagnant de quelques commentaires, les interprétations de Monin et de Pictet. Il exprime cependant ainsi ses préférences :
(( Malgré les incertitudes de lecture et d'interprétation, on pourrait considérer le menhir du Vieux-Poitiers comme un monument funéraire élevé à l'époque romaine, pendant laquelle, on le sait, la langue celtique demeura en vigueur. »
Nous avons enfin réservé pour les placer ici deux interprétations qui laissent une trop large part à la fantaisie^ et sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas, mais que nous tenons à citer quand même, car elles montrent bien toutes les divergences de vues que peut faire naître l'inscription celtique du t'ieux-Poitiers.
La première est due à jNI. de la Foucliardière :
« Cette inscription jusqu'à ce jour inexpliquée
RATN BRIVATIoM FRoNTU TARBELNO lEA^RV
pourrait être interprétée ainsi qu'il suit :
« Durât nalus Brivatio morluus frontu tarbelUno Jeuru.
« A Durât, né dans cette Briva (1), mort à la tète des Tarbelliens. Jeuru.
« Ou bien :
« Duratnus Brivatio mortuus fvoniu tarbelUno ^ Jeuru.
« Duratius. mort dans celle Briva, à la tête des Tarbelliens. Jeuru (2).
La deuxième, plus bizarre encore, est due â un journaliste de la Presse, M. Mathieu:
«... L'inscription du menhir de Poitiers (sic), dit cet écrivain, est exactement transcrite en lettres modernes dans l'ouvrage de Cambry sur les monuments keltiques, page 223. Elle est évidemment antérieure à l'introduction du christianisme^ et probal)lement même à la naturalisation des divinités romaines dans les Gaules. Nous pensons qu'elle se rapporte à une défaite du lieutenant de César, C. Caninius , implicitement avouée au vni'' livre des Commentaires, ch. xxvi.
(1) Dans la pensée de M. de la Foucliardière, Briva [Limonum] serait l'ancienne appellaiion du Vieux-Poiliers.
(2) Bull, des Anl. de FO., 1880, p. 125.
RATN BRINTION FROT- V TARBEINO lEVRV '
« En séparant, pour la traduction, les mots qui sont accolés^ nous aurons (1) :
RAT N BRINTI ON FROT- V
Souvenir-en de la bataille-notre sacrifié ici
TAR BEIN 0 lEVRV
un taureau roux à Jevru
(( Nous savons qu'en Egypte et en Perse les taureaux roux étaient sacrifiés au soleil, â cause de leur couleur qui rappelait celle de l'astre (2). »
M. PaulJoanne, dans les Guides de la collection Hachette, s'exprime enfin de la sorte :
« Tout près du Vieux-Poitiers s'élève un menhir haut de 2 m. 66 (3), et portant l'inscription suivante en langue gauloise:
RATN BRIVATIOM FRONTV TARBEILINIOS lEVRV
(( Ainsi interprétée :
« Tarbellinus a élevé près du pont ce monument à Frontus. »
Du long exposé qui précède il est bien facile de conclure que le dernier mot n'a pas été dit sur l'inscription celtique du Vieux-Poitiers. En attendant c^ue quelque savant vienne nous fixer d'une façon définitive sur le sens qu'il convient de lui attribuer, nous ne saurions mieux faire que de reproduire ici (( l'impression personnelle » d'un celtologue dont la parole est très justement écoutée.
« Sur la lecture, nous a écrit M. Ernault, professeur â la faculté des lettres de Poitiers, il ne me paraît y avoir qu'une difficulté relative au second mot de la deuxième ligne :
RATIN BRI VA TIOM (/ et N liés) FRONTV TARBELS...NIOS lEVRV
« Ratiii Drivaiiom Frontu Tarbc.nios ieuru.
(1) Nous supprimons pour chaque terme Ifis renvois aux mots gallo- francs, bretons ou germains sur lesquels l'auteur s'appuie pour établir son interprétation.
(2) Jourual la Presse, n" du 2 septembre 1874.
(3) Ce nombre n'est pas tout à fait exact.
(( Sur la construction grammaticale il ne peut pas non plus y avoir de cloute :
<( Frontti, sujet;
(( Tai'bc .ntos, qualifie le sujet;
(( ieuru, verbe ;
(( raiia^ complément direct ;
<( Brivatiom, complément du régime direct.
« Autres détails certains :
« Fi'ontu, nom propre, c'est la prononciation gauloise du latin Fronto. (Cf. Mém. de la Soc. de linguistique de Paris (1886), t. VI, p. 159.)
(( Tarbe. ..n ios est un patronjaiiique : « Fils de Tarbe. . . nios )> . 11 n'y a donc qu'un intérêt secondaire à compléter définitivement sa lecture. (Sur les patronymiques gaulois en ios, cf. M. L. Stokes, Revue celtique, v, 120, 121.)
« ieuru = a fait ;
« ratin, accusatif d'un nom commun, ratis.
« Brivatiom, génitif pluriel de Bricatis , dont le sens propre est « habitant (près) d'un pont » .
« Reste à déterminer le sens de ratin. C'est là le point central du débat. Je crois qu'on a eu raison d'identifier ce mot avec l'irlandais raith-n, ace. àeraith, forteresse ronde, qu'habitaient les rois d'Irlande. (Cf. d'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, ii, 90, 91; i, 180.) « On montre encore... sur la « montagne de Tara l'emplacement de la forteresse ou rath de « Loégairé. C'est une enceinte circulaire formée de deux rangs (( de fossés concentriques avec rejet de terre en dedans. » Windisch, Irische Texte, i, (Leipzig, 1880) p. 732, cite de ce mot irlandais les définitions suivantes : a résidence surrounded by an earthen rampart ; et a circular eanlien fort. Pictet, Nouvel Essai, 43, traduit raith « une station fortifiée par un retranchement circulaire et contenant une habitation. »
« L'explication de iMonin. « en faveur des Brivates » n'est pas insoutenable, parce que l'irlandais rath veut dire « grâce »; mais il y a des difficultés â cause de Vi et Si-U^tout à cause de cet emploi de j.'accusatif absolu^ comme en grec yjkptv.
« Mais ce qu'elle a de bon, â mon avis, c'est qu'elle fait de Brivatiom un ethnique. Ce mot peut désigner les habitants d'une localité d'importance très minime ; mais il me parait malaisé d'en faire un adjectif pris substantivement dans le sens vague depofitilium.
« Je serais donc disposé à modifier ainsi la traduction de M. Stokes (Celtic declension, 2*= édition, Gœttingen, 1886, p. 67,
propugnaculum pontil'mm Fvonto , Tarbeisoni filitis, fecit = Rev. celt.,\, 11^):
« Caslellum BrivcUium {=ponlis accolarum), Fronto Tarbe..,ni fdius fecit. »
Les quelques lignes que nous venons de citer contiennent peut-être le mot de l'énigme qui semble posée par l'inscription celtique du Vieux-Poitiers. Cependant la savante interprétation de M. Ernault nous parait surtout subordomiée â l'exacte signification du verbe iearu. Il se peut que ce mot ne corresponde pas au l^Xmfecit. En lui attachant une idée votive analogue à la formule v(otwn) s(oIdU) l(ibens) m(erito), nous avons vu que M. Mowat donnait" â l'appui de sa thèse de trop bonnes raisons pour qu'il n'y ait pas lieu d'en tenir compte. Ratin ne correspondrait vraisemblablement plus alors au mot Castellum, mais désignerait quelque divinité. Toutefois , nous ne croyons pas devoir entrer plus avant dans le débat qui se trouve engagé, car il ne nous appartient certainement pas de le clore, et nous ne pouvons que remercier très sincèrement M. Ernault de la communication qu'il a bien voulu nous adresser.
Le nombre des inscriptions celtiques que l'on connaît n'est pas très grand. Le Dictionnaire archéologique, édité avec tc»ut le soin que l'on sait par la commission de la topographie des Gaules, n'en contenait que dix. Ce sont les suivantes :