PRÉFACE
y a dix ans que j'ai commencé à ramasser de ci, de là, les éléments de ce volume; un recueil d'inscriptions ne se fait pas en un jour. J'ai relevé la plus ^ande
Sartie de ces phrases, même quand un livre les avait éjà données. Car toute inscription doit être lue à deux reprises au moins, et, si possible, par deux personnes. Une première lecture est rarement suf9sante. on le verra quand je citerai les variantes d'un même texte reproduit par plusieurs écrivains. Moi-même, quand je l'ai pu, j'ai examiné plus d'une fois la même pierre grav^. Les changements de temps, d'heure, de saison, et aussi l'ordre d'idées qu'on suit, montrent une même ligne sous des aspects divers. Ce qui vous avait échappé un jour pluvieux ou sombre, vous apparaît clairement par un beau soleil. Qui ne sait ce que les préoccupations du moment révèlent ou cachent dans un mot! On lit avec la pensée, non avec les yeux, et on voit ce qui n'existe pas.
J'ai essayé de bien et de tout voir. Je ne me flatte pas d'y avoir réussi. En outre, presque toujours, j'ai osé donner mon avis sur les difficultés, les sigles enioarrassants, les mots douteux, d'autant que je m'astreignais à une reproduction servile. C'est plus que de la hardiesse ; c'est de la présomption. Mais je n'ai pas voulu écrire
Sour les seuls érudits. Us n'ont pas besoin de mes notes, e mes réflexions, de mes interprétations. D'autre moins initiés aux règles de l'épigraphie les jugeront peut-être utiles. Au risque de me &omper, j'ai donné mon idée vaille que vaille, ma traduction plus ou moins fidèle. U serait trop commode de sauter à pieds joints sur les endroits scabreux, et de se délivrer de l'ennui d'avoir une opinion en s'en remettant paresseusement à l'intelligence du lecteur. J'avoue que, quand j'ai fait appel à sa sagacité, c'est que la mienne était complètement en défaut.
La plus grande partie de ces inscriptions est inédite. Mon projet était même d'abord de ne mentionner que celles qui n'avaient pas encore été citées. Mais, à l'exem-
81e de plusieurs épiffraphistes distingués, l'ai pris tout, ^n recueil doit embrasser le nouveau ex Tancien, le connu et l'inconnu. Comment se nroourer ces frac;ments épars dans vin^ ouvrages? Se ngure-t-on un aictionnaire biographique qui ne s'occuperait que des gens dont nul n'aurait encore parlé !
Est-ce à dire que cet ouvrage est complet ? Même en copiant toutes les inscriptions déjà imprimées, je répondrai hardiment : Non. Qui peut être complet en telles matières ? Il faudrait parcourir toutes les villes, tous les bourgs, tous les villages, tous les hameaux, fouiller toutâ les mes, scruter diaque maison de la cave au grenier. En dépit du flair de l'épigraphiste, beaucoup d'inscriptions se cachent si bien qiron ne les peut découvrir d'abord. Pour les voir, il faut les conncutre. On questionne. Mais ordinairement la réponse est ou'il n'y a rien. Et puis le badigeon I Combien il nous en oissimu* lait I Gomnien il nous en dérobe encore 1 Sans doute ce volume n'est qu'une partie du tout; mais devait-on attendre que toutes les inscriptions eussent été recueillies ? Et le volume est dëâà assez gros.
Il fallait se hftter. Déjà un certain nombre d'inscriptions que j'ai vues et relevées n'existent plus. Débris ajoutés à tant de ruines. H est même bien tard pour s occuper de ce travail. Dans cinquante ans ce ne serait peut-être plus temps. Les inscriptions s'en vont. Les vieilles disparaissent. Les nouvelles ne viennent pis. Notre siècle ne sait plus le style lapidaire. On le verra bien dans les rares échantillons que le rapprochement des faits ou des noms m'a amené à citer, il bâtit des chftteaux de carte, des maison de plâtre, et il écrit sur du papier. Autant en emporte le vent. Gravez sur la pierre, sur la pierre plutôt que sur le marbre; jamais sur le bronze. Le bronze devient utile dans un moment
tériaux. Elle a beaucoup plus de chances de durée. Mais à la façon dont nous formulons notre nensée, avec notre langue chargée de pronoms et d'articles, il faudrait des pierres grandes comme l'obélisque de Luxor pour contenir une inscription. Voyez les tombes.
Tout en conservant le texte d'inscriptions disparues, ce livre aura un autre avantage. 11 éveillera l'attention sur celles qui existent encore. On les regardera, puisque d'autres les regardent, et qu'on les recueille, et qu'on les imprime. On Tes respectera. J'ose aussi un peu espérer
Îu^n me signalera celles qui m'ont échappé, celles qu'on écouvrira.
— vu —
C'est grftce à la Commission dea Arts et MonusMBts de la Charenterlnfèrieure que YEpiaruàhie 9aruanê et aunt- $ienne (i) a pu Yoir le jour. Chargée de veiller à la conservation des monuments de la province, elle a voulu garder sur le papier ces phrases diverses que la pierre, sous TefTort au temps ei sous les coups des hommes, laisse périr chaque jour. Elle a voulu aussi signaler l'importance des inscriptions, et par là en empêcher la destruction.
Je dois aussi des remerciements à tous ceux gui m'ont aidé. MM. Gaston Laverny, John Flomoy, Marcel de Fonrémis ont dessiné les bois du texte. J'aurais voulu
inscriptions : Ceit grand pitié quand argent fauli à aens qui voudraient voUmtieri.
D'autres m'ont signalé ou envoyé des inscriptions. M. Louis de Richemond, archiviste à fa Rochelle ; M. P.-D. Rainguet, dont j'ai dû cependant plus d'une fois rectifier les erreurs, tout en reconnaissant ses utiles et natients efforts; bien d'autres dont la liste serait longue. Ils voudront bien, je les en prie, me continuer leur concours. Car je continuerai à collectionner les inscriptions. Qui sait? peut-être un jour quelque société savante imitera le bon exemple que donne la Commission de la Charente- Inférieure, ei voudra publier le supplément de VSpigrapbù que je vais commencer à faire.
Le plan suivi ici a été l'ordre chronologique. Toutefois, en me condamnant à reproduire tout, même les fautes évidentes, je ne me suis point astreint à la rigueur des millésimes. Et quand deux inscrcriptions de (^tes différentes se ressemblaient, quand la suite des idées l'exigeait, j'ai bravement rapproché ce qui s'appelait. C'est une association d'idées dans le temps et dai^s respace. Car j- ai voulu non pas seulement composer un recueil», mais un livre. Sans doute, c'est un travail de récolter de tous côtés, de classer et d'étiqueter des inscriptions. J'ai fait plus. Après avoir place la. plante dans mon herbier^ j'ai essayé de la décrire. Le labeur est plus fatigant, plus périlleux. Je l'ai cru aussi plus utile, une inscription ne dit souvent rien par elle-même. Placée ici, elle a une siRuiflcation. La date lui donne de la gravité. Le nom quelle cite ajoute à son importance. Date, nom, lieu, j'ai tout rapporté pour éclairer la phrase.
(1) Président dlioimeiir, M. le baron EschassârUnz, ddpnté an Corps législatif, of&der de la Lésion d'honneur; président, M. Taboé Lacnrie, chanoine honoraire de La Rochelle, inspectenr dii^isionnaire des monuments historiques ; secrétaire-trésorier, M. André Taillasson. pharmacien, memhre de U Société des Antiq[ttiree de Normandie» de la Sodété des Arts et Beiles-Letties de Saintes» etc.
— vin — Parfois la glose a été considérable et le commentaire
'ouvrage pouvait ajouter quelque de la province dont il s'occupe, l'auteur serait bien payé de ses peines.
eruata
Je ne signale qoe les erreurs importantes, celles qni changent le sens on défigurent les noms. Pour les fautes parement typographiques, le lecteur aura la bonté de ne les pas apercetoir.
Page 73, 6* ayant4emière ligne : 1 centimètre pour 10 ceiUtm^Irei .
Page 87, 4« ligne : mU huit cent pour mil quatre cent; 5* aYant-demiére ligne: JfontoiU pour MoKtaut.
Page 06, %• ligne : ou JV7« siécU pour ou XIV tUck; if ligne : qd esT BovcAard d'iii6eterre pour gui est Chabanais.
Page il8, 19* ligne : Jfonyesier pour Mongesir.
Page 180, § XLV, 10« ligne : supprimer et carâiiuit.
Page 199, 8* ligne : Mwtieu pour MmUUeu.
Page 175, 4* ligne, Chadenier pour CJkdmpdmier.
Poge 254 , lignes 4« et 9« : Lignaire pour Ugnaige,
Page 958, 8« afant-demiére ligne : mort fréa 1662 pour mort apréi 166S.
Page 959, 8* aTant-demiëre ligne : 16 novembre pour 15.
Page 269, 5« avant-dernière ligne : mettre, en la commune pour mettre, comme en la commune.
Page 270, 8« ligne (sur quelques exemplaires) : Tendimue in tottum pour Tendtmiit in Xottion.
Page 290, après I8TA 8ÀLYTEM, mettre U data MBCCXUIU.
Page 294 8* aTant-dernière ligne ; csttt pour cati.
Et sans doute encore un bon nombre qui m'auront échappé.
On a cru longtemps que la capitale de la Saintonge avait été surtout brillante pendant l'occupation romaine : les monuments de ce^ époque qui nous restent encore, semblaient en attester la population et l'importance; c'était une erreur. Il faut remonter beaucoup plus haut. Ce pays, en efiet, colonisé par les Troyens fugitifs qui y importèrent les vocables indigènes, — Saint-Georges de Didanne, en mémoire de Didon; XoMnctes, en souvenir du fleuve Xanthe; Royan, Roiânus, qui ressemble tant àTnoiANus, Traym, et même Tboiânus, Trojan, évêque de Saintes, qui a donné son nom à une paroisse de File d'Oleron, — ce pays, disons -nous, ne devait pas tarder à faire refleurir les arts, les lettres, les sciences et la civilisation si avancée de la métropole détruite par les féroces Achéens. Aussi est-ce sans surprise que nous lisons dans Armand Maichin (1) ce passage significatif : c La Ville de Saintes a eu sa naissance sous les premiers Roys des Gaules, et le lustre de sa grandeur et de sa puissance a principalement éclatté du temps d'Ambigat, qui tenait le Siège de son Empire dans la Ville de Bour-
(1) Eùtioin de StmUimge , Mtw, àvnùt et An^oomoif , — k Saint ieaa d'instly, 1671 ; pige 114.
ges^ du temps de Nabuchodonosor, Roy des Babiloniens, et de Tarquin le Vieil, Roy de Rome. Sa gloire a continué long-temps après ; mais elle n'a pas esté du tout si vive ny si éclatante du temps des Romains. »
Malheureusement Thistorien, qui sait la généalogie des quarante-deux rois Gaulois, depuis l'an 283 après le déli^0 jtisqif i Ambigat, ran 1386 do Ift dr<atidii du mondé, qui connaît leurs faits et gedteS, â négligé de nous dépeindre la splendeur de Saintes, 2062 avant Jésus-Christ. Cette lacune est regrettable dans son livre si neuf. Et, comme il ne nous reste de l'époque gauloise que quelques dolmens, menhirs dispersés çà et là, et quelques médailles qui ne semblent pas prouver l'apogée de l'art numismatique , comme surtout je n'ai trouvé doeone inscription qui sie rapportât à eés Aèeîes florissante, je me vois forcé de passer de stdte & la i4Ue romaine, sani» mentionner autretoent la ville ^eltiqtiê ou troyemi^. Quelque antiquaire futur sera peulhdtr» ph» kettreux; jd le lui souhaite, sans jâkmsie.