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mais n'en donne pas mieux l'explication.
Aussi difficile à interpréter est ce fragment qu'on lit sur une pierre encastrée dans le mur de soutènement du Bastion :
Par ces quelques lettres finissent les inscriptions gallo-romaines du pays des Santons. Avons-nous tout transcrit ? Nous ne l'espérons pas. Peut-on jamais être complet en ces sortes de matières ?
Nous voudrions bien citer une dernière inscription. Elle serait fort importante, si elle était authentique. Sortie d'une cave , où des moyens artificiels lui préparaient de longue main une teinte «ai generis et toutes les apparences d'une antique, elle apparut un beau jour pour recevoir des visites empressées et exciter des admirations enthousiastes. Donons-la, pour épargner aux archéologues futurs une mystification que n'a pas évitée un de nos prédécesseurs, et afin que, si on la trouve dans quelque ouvrage, on ne manque pas de lui tirer une révérence.
DMETM-
TVLLIAEFTMARTII
CENTVRIONISD-
AAETATISXX-
ETVRDCCLXXI-
Vite cette inscription est proclamée « la plus remarquable et la plus curieuse » de la collection. Elle est ainsi interprétée :
Dus Manibls et Memorl£ (sous-entendu ^etern^) TULLLE FiLiM TuLUi MARTII CENTURIONIS Dkfuno- TM (ou DECEssrr) Anno iETATIS XX ET URbis ( sousentendu ROALE GONDITifi) DGGLXXI.
Aluv dieibx Mânes et à la mémoire de Tullia, fille de Tullius fou Titus) MartiuSy centurion^ morte âgée de vingt ans. Van de la fondation de Roms 771.
Et comme enivré de sa pénétration, Técrivain continue : « Elle est insolite ; et dans les immenses recueils qui existent d^inscriptions tumulaires ou sépulcrales, on n'en connaissait pas qui rappelassent la date de la fondation de Rome. — Je le crois donc bien. — L'an 771 de Rome remonte au principat de Tibère ; et la forme et la beauté des caractères de Tinscription indiquent qu'elle appartient à cette époque. »
Ce n'est pas tout; la science ne manque pas tout à fait de cœur comme on Ta prétendu; écoutez plutôt : « Le centurion Tullius Martius était, sans doute, un citoyen romain en garnison à Saintes avec la cohorte qu'il commandait ; il eut le malheur d'y perdre sa flUe, et par un sentiment d'orgueil et d'amour-propre digne d'un citoyen romain et peut-être aussi par la force de l'habitude, il data l'année de la perte de sa chère Tullie de l'ère de sa patrie. » Quel dommage que ces pleurs versés par ce pauvre père sur sa chère Tullie soient causés par le rire d'un homme d'esprit I Et encore peu s'en est fallu qu'on interprétât vr par vrW< santonicœ; c'était l'avis de Visconti. Nous aurions eu la date de la fondation de Saintes. Voilà comme parfois les antiquaires se trompent. Il est inutile de dire qui a commis cette bévue : elle est dans les Antiquités de Samtesy page 137. Mais si les plus doctes sont sujets à de telles méprises, que deviendront les disciples? Aussi faut-il être très indulgent pour les savants et un peu pour ceux qui voudraient l'être. A ceux-là surtout on devra pardonner les inexactitudes et les fautes commises pour toutes les extravagances qu'ils auraient pu débiter.
Telles sont les inscriptions romaines que nous pou-
vons transcrire. La plupart, on Ta vu, n'existent plus que dans les livres; et c'est à titre de souvenirs qu'on les a mises ici. Heureux encore si elles avaient été fidèlement relevées et exactement conservées \ Celles qui ont survécu aux dévastations sont dans ce volimie aux ^ I,
V, VI, VII, XII, XXII, XXIV, XXVI, XXVII, xxvm,
XXIX, XXX, XXXI, X5ÙaV, XXXV, XLIV et XLVI. Le Musée de Saintes les conserve presque tous. Qa'il est regrettable qu'on n'ait pas songé plus tôt à le créer, et que l'on pense si peu à l'augmenter !
mscÈtP'rïONS du moyen âge
Les inscriptions gallo-romaines qui sont parvenues jusqu'à nous sont rares; on s'en est aperçu. Celles du moyen âge ne le sont pas moins. Il est même étonnant qu'après toutes les révolutions, les guerres et les dévastations qu'a subies la province, il en reste une seule. Aussi celles qui subsistent encore ont-elles été récemment retrouvées, souvent sous la terre qui les conservait mieux. De là vient la' nécessité de les relever promptement, si l'on en veut au moins garder Ib souvenir.
Voici, p£u* exemple, l'inscription trouvée le 19 Éiai 1843 sur le tombeau de saint Eutrope, martyr et premier évèque de Saintes; dans la crypte de l'église qui porte son nom. Il n'y a qu'un mot :
gVTROPIVS
Il est gravé en caractèresjde 1 centimètre de hauteur sur un des petits côtés du couvercle, et remonte au moins au VI* siècle, sans doute beaucoup plus haut. M. Letronne a publié dans les Mémàireê cfo F Académie des InseripH&nè et Bakê-Leiïres, tome xvïi, U* partie, 1847, page 75, puis dans la Retue Archéologique de 1845, 2« année, pages 568 et 718,
un travail fort important sur cette découverte, reproduit dans le Recueil des proeédurei relatives à la reconnaissanee des reliques, 1845, page 83. Nous y renvoyons le lecteur. On sait que Tenfouissement de ce tombeau à Tépoque des guerres du protestantisme avait été si secret que tout le monde crut à sa destruction, et que les bréviaires de La Rochelle et des Bénédictins de Saint-Jean-d'Angély, le matyrologe d'André du Saussay, n'hésitèrent point à Tafflrmer. La découverte inespérée du sarcophage donna lieu à une grande solennité ; à savoir la translation des reliques de saint Eutrope. C'était la troisième, la première ayant été faite par saint Pallais évêque de Saintes, 573-583; la seconde par Ramnulfe de Foucauld, le 24 octobre 1096. En cette occasion on apposa au maîtreautel de la crypte de Saint-Eutrope une plaque de marbre noir où Ton avait gravé en lettres dorées ce qui suit :
Curante D. D. RAMNULFO. Episc. Xanton.
An. Dnï. m. XCVL Piud. Id. octobr.
In mjNC IPSUM locum
Translata, fuere. ossa. pretiosa
S. EVTROPn. L Xanton. Episc. et. Mart.
EmEM. Sepulgro. lem. remanenti. cum. Vener. Piqnor. suis
XIV Kalend. Jun. An. MDCCCXLIII. Feuctter. invknto.
POST REGOGNrriONEM. GAN0NIGE. FAGTAM.
Et. Sententiam.
A. D. D. CLEMENTE VILLECOVRT. Episc. Rupbll.
Prolatam. et. promulgatah.
postque. solebfnrrateh. piud. id. ogt. an mdgccxlv.
pllesulum. plurimorum. pilfisentia. degoratam.
Redditus. est. Sangtarum. Reliquiar. Thésaurus.
Ad. perpetuam. sepulturam.
fideliumq. solahen. et. tutamen.
Ramnulfe de Foucauld , Ramnulfus , « Hram-Hulf ou Arnoul Facaudi, » écrit bizarrement M. Massiou, issu des seigneurs de Barbezieux, avait été sacré évêque de Sain-
tes, au concile qui se tint dans cette ville en 1083, pour succéder à Boson. Le monastère de Saint-Eutrope, tombé en des mains laïques, venait d'être restauré , richement doté et enfin, en vertu d'un acte du 1 i janvier 1081, confié par Guillaume, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, aux religieux de Cluny. Hugues, abbé du monastère, vint luimême installer sa colonie, dont il confia la direction au prieur Ponce I". Les Bénédictins se mirent à l'œuvre; et sur l'ancienne église, senio collapsam, tombant de vétusté, ils en construisirent une nouvelle. Au mois d'avril 1096, l'ancien disciple de saint Hugues à Gluny, Urbain II, né à Châlons-sur-Marne, revenant du concile de Clermont, où il avait prêché la première croisade et où s'était trouvé Ramnulfe, officia pontificalement à Saint-Pierre, le jour de Pâques, et le dimanche suivant consacra à Saint-Eutrope l'autel de l'église conventuelle, laissant à l'évêque de Saintes l'honneur de consacrer celui de la crypte. Le pape Urbain II consacra aussi un autel dans l'église abbatiale de Montierneuf en Poitou, le 1 1 des calendes de février 1096, en l'honneur des saints Etienne, Laurent et Vincent, comme l'atteste une inscription.
Notre inscription latine fait sufflsanmient connaître les détails de la cérémonie du 14 octobre 1845. Nous nous bornerons à en donner la traduction :
A Dieu très grand, très 6on. L'an du Seigneur 4096, la veiUe des ides d'octobre, par les soins de M9^ Ramnulfe, évéque de SeÊsntes , en ce lieu même furent transférés les os précieux de saint Eutrope, premier évéque de Saintes et martyr; et à ce même tombeau, qui, étant là avec ses vénérables ossements, fut, le queUorziême jour avant les calendes de juin {49 mai) 484S, heureusement retrouvé, après la reconnaissance canonique et la dédsiofi que M^^ Clément Villecourt, évéque de La Rochelle, prononça et promulgua, après la solennité de la veille des ides d'octobre {44 octobre) 4845, a été , devant un grand nombre de prélats, remis le trésor de ces saintes Reliques , qui doit y être gardé à perpétuité pour y consoler et protéger les fidèles.
Un cénotaphe, dont le style romano-byzantin essaie
d'être en harmonie avec le reste de l'église, orne le tombeau du premier évêque de Saintes. Il reproduit la forme du monolithe qu'il recouvre. Sur les deux faces les plus larges on lit ces versets de l'Écriture ; au côté du nord :