FAIT PAR FERRAND
L'aile où se trouve la grande porte d'entrée est plus récente de quelques années que l'autre. On lit d'abord en grands caractères romains :
SPES • DiPn • TANQVAM • LANVGO • EST • QVE • A • VENTO • TOLUTVR • SAP • S •
Vespoir de Vimpie eit comme un flocon de laine que le vent emporte. Ltvre de la sagesse f 15, pensée reproduite ch. X, f 28, XI, 7 des Proverbes, et au psaume I, 4.
A côté des avis de la sagesse divine, les conseils de la prudence humaine :
LOQVAQ • NE • GREDAS •
Ce mot : If* ajoute pas foi aux paroles du bavard, se trouve au-dessus d'une niche assez grande contenant un chevalier à gauche; et un peu plus brs une autre niche montre ces deux mots : Ne crois pas si promptemeni.
NE CREDAS GTTO
Sur le même plan, mais à droite, une niche, garnie aussi de son personnage, conseille de louer les gens de bien.
LAVBA PROBOS
Horace a dit au livre 1, épitre I :
VilinB argentam est anio Tirtatibas aumm.
Le sculpteur a écrit au-dessus de la porte d'entrée intérieure en redoublant inutilement deux mots et en intervertissant Tordre rhythmique :
AHGENTVM EST AVRO YIRTVTIBVS AVRVM VIRTVTIBVS VILIVS EST AVRVM ANNO DNI 1540.
V argent a moins de valeur que Cor, et Vor que les vertus; les vertus ont plus de prix que For, L'an du Seigneur 4540,
J'imagine qu'il a simplement voulu indiquer l'année où il a gravé cette vieille sentence ; et non pas dire qu'en l'année 1540, on cherchait la vertu avant la richesse. Car de son temps déjà le cri de guerre des La Valette était : NON JES SED FmES; Hon des écus, mais la fidélité; et la devise des Adhémar : Plus d'honneur que d'honneurs.
Dans une salle de cette aile, construite en 1540, aujourd'hui grenier, j'ai trouvé ce verset, 9, ch. XXIV, des Proverbes : La pensée de F insensé est le péché,
COGETATIO STVLTI PECCATVM PRO
L'Écriture ajoute : € Et le médisant est t abomination des hommes; et abominatio hominum detractor. »
Sur la façade intérieure, au-dessus du chaiz, ime inscription un peu gauloise et épicurienne se déroule en cette manière, autour d'un Bacchus à cheval sur un tonneau et tenant en main pichet et coupe. Des guirlandes de pampres, de fruits et d'épis l'entourent.
BON Vm ES NE te PVTS LE SSER CAR lE TES MAMOVR DOVNE lESPERE MOT BAQV S QVE NOVS AVRONS BON NE VINE ET POVR MIEVLX BOYRB FAVLT DVNG lAMBON
C'est Bacchus qui parle. Heureux Dieu I II connaissait le prix d'un jambon pour exciter la soif et trouver le vin bon. N'oublions pas d'ailleurs qu'Usson est dans la Champagne. Le seigneur du lieu le savait bien.
La légende attribue à plusieurs la construction du ch&teau, entre autres à François F qui l'aurait élevé pour Diane de Poitiers, maitresse de de son fils. Ce qui a pu peut-être prêter quelque ombre à cette invraisemblance, ce sont les croissants qui se reproduisent à pro. fusion sur la tourelle de la cour et à le façade du pavillon central. Le croissant est le symbole de Diano; les anciens en ornaient le front de Phébé ou Diane, déesse de la lune. Il passa de là en^raldique. Au fronton du Louvre, sur rélég^nt manoir d'Ânet, bâti par Henri n en l'honneur de la belle duchesse de Valentinois , détruit en 1792, il s'étale, accompagné des chiffres D et H entrelacés, et de ces mots : donec totvm impleat orbem. Jugqu'à ce croisiant soit un disque, devise de Henri H et de Catherine de Médicis, qu'on a pris poup celle de Diane de Poitiers et comme allusion à la durée de leurs amours, tandis qu'elle rappelait l'ambition des IMédicis. Malheureusement, au lieu du chiffre royal, il y a ici un écusson décoré d'une fasce et de six coquilles. C'est celui des Habaine qui portaient : D'argent à la fasce de gueules aeeompagnie de six coquilles de Saint-Michel de même, trois en chef et trois en pointe posées en orle.
Les Rabaine, dont le nom vient d'un fief de l'île d'Oleron, et qui l'ont donné au village des Rabainières, près Saintes, sont connus dés l'an 1018. Outre la terre de Pisany, un des quatre premiers marquisats de Saintonge, ils possédaient, en 1316, beaucoup d'autres flefs en Guienne et dans l'île d'Oleron. Au xvi* siècle je trouve, fils de René de Rabaine et de Marie Gombaud, dame de Tanzac, un Paul de Rabaine, seigneur de Tanzac, Jazennes, Gemozac, Gozes, Briagse et Uason. C'est le premier qui soit désigné comme seigneur d'Usson. De plus, outre Louise de Beaumont, fille de Paul de Beaumont, seigneur de Chatenet, gentilhomme de l'hôtel du roi, déjà veuve de Joseph de la Tousche, seigneur de Morineau, outre Jeanne de Ransanne, ce Paul de Rabaine avait épousé, en premières noces, Diane Stuer,deD Stuer
ou Estuer, seigneurs dudît lieu, paroisse de Bréhand- Loudéac, en Bretagne, qui descendaient d'Alain d'Estuer, témoin d'un accord entre les vicomtes de Rohan et de Léon, en 1388. Thomas, Tun d'eux, se fixa, vers 1400, en Saintonge, où il fut seigneur de Saint-Mégrin. De cette branche étaient Gaussade de Saint-Mégrin ^ favori de Henri III, tué en 1578 par le duc de Guise, et Guillaume d'Estuer, sénéchal de Saintonge , que Louis XI phargea de rétablir dans ses biens Jacques de Pons dépossédé par Charles Vil. Cette famille a posàddé la sêfigtiëiirie de Caussade, la principauté de Garency, et le comté de la Vauguyon. Elle s'est fondue dans les Quelen en 1670. Les Stuer devinrent ainsi seigneurs dé Saint-Mégfiii, en Saintonge, princes de Carency, ducs dé la Vdùguyon, et en 1759, pairs de France (P. de Courcy). ïl^ portaieût éf argent àU sautoir de gueules avec cette devise : Uéq
▲DVBRSA BECUSO.
Au lieu de sculpter les armoiries héréditaires de sa femme, Paul de Rabaine à tfôùvé plus poétique de représenter son prénom de Diane. On s'explique ainsi les croissants alternant avec ïôs coquilles. Les unes sont du seigneur, les autres de la dame de céans.
La famille de Rabaine n'existe plus. Sa généalogie est dans Lachenaye, mais tî^êi^ îûÊompléte. Voici quelques noms omis : Jean de Rabaine, seigneur d'Usson , qui eut de Jaccjuette de Sainte-Maure un fils aîné , Jacques, qui épouâa, le 1 8 juin 1 544, Renée d'Isave ; Pierre de Rabairïô, baron de Yillexavier, 1057^1674, marié à Marief Filleàu; Marie de Rabaine, morte en 1650i La cloche de Saint- Quentin de Ransanne nous en donnera d'autres.
Âvançônd; voici l'élégànté chapelle devenue TétaÈlé à brebis. Dérision!... Le troupeau^ rentrant repu soug son toit, peut voir sur la porte ce sévère avertissement :
^^REHBLB VECBSVk mS9 TS HSOABDX
Le berger lui-même, j'en suis sûr, ne lève pas la tète
pour tire un peu plus haut i
le
DEVM TDfE ET MANDATA EIVS OBSERVA
Craim Dieu H obêerve te» eommandemeniê.
De chaque côté de la porte, sous des crânes que supportent des tibias en sautoir, il y a, à droite : Soumem-toi de moi.
MEHENTO MEI
et àgauche : Songe àiafin.
BESPIGE KINEM
La galerie qui unit le pavillon central à la chapelle a des médaillons nombreux d'empereurs romains et des bustes en ronde bosse de personnages contemporains. Dans di£férents cartouches sont gravés en gros caractères ces conseils :