‹ Épigraphie santone & aunisienneChapitre 76 sur 96 · FERNEL · texte numérisé non relu

FERNEL

Les libraires n'étaient pas moins lettrés que les médecins. On peut voir sur le chemin qui conduit au cimetière de Saintes un portail assbz richement décoré. Derrière, dans le jardin, sont gravés ces trois distiques, attribués par les uns à quelque Romain ou du moins à quelque Gaulois lettré, par d'autres à quelque poète dassique, ou même aux Jésuites, directeurs du collège de Saintes, et qui sont simplement l'œuvre d'un imprimeur français del'ftnl%84:

QBRNJS VT IN qElfINA REDIVIWS DfAGINB SPLBNDET KAIESTÂTIS HONOS ET PIETATIS AMOR

HINC ANTONINI EFFIGIEM LAPIS iERE REGVSAM REDDIT FAVSTINAE CONIVGIS INDE DECVS

TALEH SPONSA VIRVM DEGVIT PAR NOBILE NAHQVE VRBIS VTERQVE PARENS VRBIS ET ORBIS AMOR

En tout cas, ces vers ne sont que d'un flatteur : l'histoire s'exprime autrement qu'eux, surtout sur Faustine. Ântonin, né à Lanuvium, le 17 septembre en l'an 86 après J.-C, d'une famille romaine établie à Nismes, se maria à Anna Galeria Faustina, dont il eut deux fils morts en bas âge et deux filles, l'une décédée fort jeune et l'autre, Faustina, épouse de Marc-Aurèle ; il mourut en 161, Âgé de soixante-treize ans, cinq mois et quelques jours. Faustine l'avait en 141 précédé non pas dans la tombe, mais dans le ciel ; car Marc-Aurèle Antonin, qui avait eu fort à souffrir de ses vices, l'admit au rang des dieux.

Voui voytz dans cette double image remvre et briller la majesté du trône et Cédât de la piété. Ici la pierre nous rend les traits d' Antonin, gravée sur V airain] là, les grâces de Faustine, sa femme. L'épouse méritait un tel époux. Couple illustre! Ils firent le bonheur de Rome et furent les délices de Rome et de funivers.

Outre ces vers, il y a sur la pierre trois médaillons gravés, mais tellement endommagés qu'on n*y peut presque rien distinguer ; le premier avait la tête d' Antonin laurée, et en légende on lit : A S I débris

de la phrase : Antonivs avg • pivS ' p • p * trib • - ///; Antonfn Auguste, père de la patrie; tan de la puissance tribunitienne..., consul pour la troisième fois, La légende de Faustine était conçue ainsi : favstina avg. pn avg; Faustine Auguste, épouse d'Auguste le Pieux; il en reste : F IN...

La troisième, qui est au milieu des deux autres, formait le revers de la médaille de Faustino ; on v vovail Ténus

en robe longue avec une pomme dans la main, et antour : VSNV8 Avo. Vénui (profcdfiee) tAuguiU; et dans le champ s. G. Par déerH du Sénat. Il n'y a plus que ces lettres : vxNvss. a

En 1676, on trouva dans un champ auprès du chemin de la Pinellerie, à Saintes, des médailles antiques. Le propriétaire les fit reproduire sur la pierre avec les vers que nous venons de voir. Là ne se borna pas son zèle. Sur le piédestal carré d'un cadran solaire il eut soin de faire sculpter Auguste avec une couronne radiale, av* ovsTvs, avec la légende : câesar. Sur la troisième face, Trajan : traiànvs avgvstvs. Une guirlande embrassait le milieu du piédestal et soutenait deux autres médaillons: Romulus et Rémus allaités par la louve, cos • r - f- c •

puis une biche qui met bas ses faons, avec ce vers : HORimnGOs coEU PARrr nrrsR gebva fragorxs

La bieke enfante au mUieu des éclaté terrifiaitts de la femitt. Sur la guirlande, on a mis cette phrase :

HAS ICONES IN AERE CVSAS ET IN MEDIOLANO SANTOlfVH RBPERTAS ANNO D • 1676 HIG INSCVLPI GVRAVIT STEPH • BICHON ANNO D • 1684

Ainsi tout cela était destiné à nous rappeler une trouvaille et à reproduire quelques médailles romaines. Où sont les médailles? où sont les médaillons?

Cee imagée frappées eur le bronze et trouvées dans la Mtdiolanum des Santons Van du Seigneur 4676, furent gravées ici par les soins d*Etienne Bichon^ en 4684.

Etienne Bichon, amateur d'antiquités et conservateur archéologue, était un libraire de Saintes; plusieurs volumes qu'il publia portent la dewSe transcrite plus haut:

Honiflcot oadit ptrii inter cem fragores.

Citons en particulier la Coutume du siège royal de Soàit- Jean'éAngély interprétée et commentée par M. Cosms Beekét,

aooeat au parlement de Parié, — Saintes 1689, — qui, né en 1572, mort en 1652, ne put être maire de Saintes en 1662 et 1675, comme le veut M. Rainguet. La bkhe gui met bas au milieu de Torage, c'est Bichon qui brave tout pour éditer un volume.

Etienne Bichon ne se borna pas là. Sur la façade extérieure de la porte d'entrée de son jardin, il sculpta différents emblèmes : d'abord, dans le tympan, avec les monogrammes de Jésus et de Marie, le 1 1 du ps. XLI : Comme le eerfeoupire apréê Veau des foniamee^ ainei mon àme eoufrire aprée vou$t Seigneur , dont on ne voit que ces mots:

MA IHS lU SICVT DESmEHAT CERWS.. AD FONTES AQV.... ITA ANI.. MEA AD .. D.VS.

Au-dessous, en bas relief, sont dessinés des cerfs qui accourent d'une fontaine jaillissante; des arbres forment une forêt. Le millésime est au bas 1696. Enfin un médaillon ovale, placé au cintre, reproduit la biche au milieu des éclairs et des tonnerres. De la devise, il ne reste que ces syllabes :

• . . «IrvXEIi G* a • •

Les cerfs servent à compléter le rébus que le passant n'aurait pas suffisamment saisi avec la biche; c'était de plus une allusion peut-être aux eaux vives du savoir qui s'échappaient de ses presses et où venaient s'abreuver les lecteurs altérés. Ajoutons qu'Etienne Bichon^ copiait un peu Guillaume Bichon, libraire à Paris en 1588, qui avait rue Saint-Jacques une boutique « à l'enseigne du Bichot. » Bichot , (nchat et biehetae sont des diminutifs de biche, qui désignent le faon.

Pendant la Révolution on martela la croix, les monogrammes, le verset de David, les cerfs et la biche qui n'en pouvaient mais ; mais à l'intérieur on mutila aussi les médaillons de Faustine et d'Antonin; on les aura

pitÈ pott^ quelque» el-devant. Bl poartnit. mptovk

Feostine, qui ne reudit pas son époux heureux tous les jow.

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