‹ Épigraphie santone & aunisienneChapitre 85 sur 96 · ET QVEL TIENT SON EPOVX AV QEL · texte numérisé non relu

ET QVEL TIENT SON EPOVX AV QEL

Le demi Dieu, c'est « Charles de Gomminges, sieur de Guytaut, écuyer ordinaire de Monseigneur frère unique de Sa Majesté, capitaine d'une compagnie de gens de pied au régiment de Champagne. » Son père , Pierre , seigneur de Guitaut, lieutenant au gouvernement de Brouage et des lies de Saintonge, qui prétendait descendre des comtes de Saint-Bertrand de Comminges, s'établit en Saintonge, Tan 1575, par son mariage avec Joachine Dubreuil/dame de Théon et de Meschers. Lui servit en 1621 au siège de Saint-Jean-d'Angèly, commanda le Fort-Louis, à La Rochelle, en 1627, et essaya de ramener à l'obéissance les Rochelais révoltés. En 1630, il suivit Richelieu, généralissime des troupes françaises, qui marchait en Italie contre le duc de Savoie. La ville de Pignerol, en Piémont, capitula après deux jours; seule, la forteresse, sous le commandement d'Urbain de l'Escalange, voulut résister. Le 23 mars, on l'investit; le 30, elle se rendait. C'est là que Charles de Comminges périt.

Marié à Marie de Guip, petite-fille de Charles Farnoux, seigneur de la Clochetterie, maire de Saintes en 1548, il en eut un fils, Gaston-Jean-Baptiste, chevalier, seigneur de Flèac, Saint-Fort et la Rèole, qui fut ambassadeur à Londres et à Lisbonne, et mourut en 1670, comblé d'honneurs. Son frère, François, capitaine des gardes du corps de la reine Anne d'Autriche, avait arrêté

au Louvre, 18 janvier 1650, les princes de Gondé et de Gonti, et le duc de Longueville. Il mourut le 12 mars 1663, à rftge de quatre-vingt-deux ans, laissant tous ses biens à son neveu. Gaston qui, de son mariage avec Sybille Amalbi, avait eu cinq enfants, tous décédés sans postérité, avait lui-même» dans la Fronde, arrêté le conseiller Broussel et le comte du Daugnon, dont la pierre armoriée a été, en mai 1870, découverte près de la tour Saint- Nicolas, à la Rochelle, par l'administration des pontset-chaussées, et, sur la demande de M. le commandant Théodore Vivier, déposée au musée archéologique de la ville. Elle montre, gravé au trait, d'après le dessin de M. L. de Richement, un écusson semé de fleurs de lys, timbré d'une couronne comtale, sommé d'une croix pâtée, et accompagné de deux ancres en sautoir. Ge sont les armes de

FOVGAVT DE S* GERMAIN BEAVPRE G« DV DAV6NI0N GOWERNEVR DE LA VILLE ET DELA PROVINGE

telles que je les ai vues gravées, sauf la croix, sur le

plat de r£fi>(otre généalogique de la maigan de France^ par Sainte-Marthe, à la Bibliothèque de Saintes. En effet, fils de Gabriel Foucau|t, maréchal de camp, gouverneur de la Haute et Basse-Marche, et de Jeanne Poussart du Vigean, Louis Foucault, chevalier, seigneur de Saint- Germain-Beaupré, comte du Daugnion, page du cardinal de Richelieu» attaché au duc de Fronsac, qui lui fit obtenir la charge de vice-amiral de France, fut, suivant Arcère, lieutenant général pour le roi aux gouvernements de Brouage, Oleron, île de Ré, la Rochelle et pays d'Aunis, depuis le 2 juin 1644 jusqu'au 17 octobre 1651, jour où il fut remplacé par Benjamin d'Ëstissac de la Rochefoucauld. L'un des premiers, il embrassa la ca^^e du prince de Gondé pendant la Fronde, s'empara de Brouage, qu'en 1652, après des négociations conduites par Loui^ de Bassompierre, évêqu^ de Saintes, il céda

au roi, moyennant 530,000 livres et le bâton de maréclial, « b&ton qu'on aurait dû lui donner sur les oreilles, * disait Anne d'Autriche. C'est pendant son gouvernement à la Rochelle, qu'il éleva divers ouvrages à la tour Saint- Nicolas, pour se fortifier dans les deux tours qui défendent l'entrée du havre de la ville. Le millésime que porte sur le tournant notre pierre héraldique, iBSi, indique la date de ces constructions et sa place dans un angle.

Non moins élogieuse que celle de Saint-Fort, estl'épitaphe de Bernard du Massés, gravée en lettres d'or à Saint- Pierre de Saintes, sur une plaque de marbre noir qui est encastrée dans la muraille de la chapelle Saint-ldichel.

INTREPIDAE VIRTVTIS MIUTI INDOMITAE CONSTANTIAE DVCI EXIMIAE PRYDENTIAE GVBERNATORI D. D. BENNARDO DV MASSES CHRISTIANNISS. REGIS A COIfSUJIS INGVLMENSI • SANTON • RVPELL • LEMOV . PROVINC • PRAEFECTO

Au guerrier fTun curage intrépide^ au général d^une fermeli inébranlable j à Vadmintstraîeur (fune rare prudence , mesHre Bernard du Massés, conseiller du roi très chrétien, gouverneur des provinces d'Angoumois, Saintongcy Aunis et Limousin.

L'épée offerte par la ville de Lyon au général Victor Oudinot, duc de Reggio, après la prise de Rome en 1849, se rapproche fort de ces phrases : genio dvgis viRTvn

MILiriS FIDSI GHBISTIANI

BENNARDO est pour BERNABDO. Lapsus du graveur. Q y a bien d'autres fautes à noter dans les distiques qui suivent.

EXIGVA EST SED MVLTA TEGrT QVAM CERNTnS VtlNA GOBDA SmVL AUIS INVU C0RP0RI6VS

NAM QVI SANTONICAE GENTIS DVH VTTA ItANERET CORDA VNVS TENVrr OMNIA VINCTA SVO

roEM SANTONIBVS MORIENS COR LIQVrT VT VNO PEBFETVO BfANEANT OMNIA CORDA LOGO

Ce sixain offre au deuxième hémistiche du second vers une assez grande amphibologie, et au premier, une faute de quantité.

Cet espace e$i étroit ; mais pour un seul corps, songe Que de cœurs ce tombeau renferme pour jamais! Celui qui dort ici, vivant j de la Saintonge A son cœur enchaîna les cœurs par ses bienfaits. Et mourant, il légua son cœur à cette terre.

Tous les cœurs sont ainsi, là , sous la même pierre.

Ce héros, qui a mérité une si glorieuse épitapheetpoui lequel j'emprunte quelques notes à la Biographie miliiain dé tAngoumois, par M. Edouard Sénemaud, est Bernard de Béon du Massés, chevalier, puîné de la maison de Béon du Massés, marquis de Bouteville, qui servit d'abord dans les bandes de Picardie, obtint, le 1^ septembre 1574, le grade de lieutenant-colonel dans les gardes-françaises, et en cette qualité prit part à la bataille de Dormans en 1575, assista en 1577 au siège de Brouage sous le duc de Mayenne, fut le 1" septembre 1584 pourvu du gouvernement de Carmagnole, et se démit de sa lieutenance colonnelle du régiment des gardes, fut créé maréchal de camp le 16 novembre 1585, employé dans l'armée du Dauphiné sous les ordres du marquis de La Vallette, et servit au siège de Ghorges. Il obtint l'agrément de lever une compagnie de cinquante hommes des ordonnances du roi. Et, en mars 1589, il fut nommé lieutenant général du gouvernement de Saintonge, Ângoumois, Aunis et la Rochelle, dont Jean-Louis de Nogaret, duc d'Epernon, marquis de La Valette, était gouverneur.

Du Massés fut reçu conseiller d'Etat en 1597, et chevalier des ordres du roi en 1604. Il commanda en Saintonge et Aunis, — l'épitaphe ajoute, en Limousin, — jusqu'à sa mort, l'an 1608. Il avait épousé en premières noces, le 1" janvier 1572, Gabrielle de Marant; il en eut une fille, Jeanne de Béon, qui fut mariée à Jean-Louis de Rochechouart, seigneur de Glermont. Sa seconde

femme, Louise de Luxembourg, fllle de Jean de Luxembourg, comte de Brienne et de Ligny, de la très illustre maison de Luxembourg, qui a produit plusieurs empereurs, rois de Bohême, etc., mourut le 4 juin 1647, à l'âge de quatre-vingts ans. Elle fut la mère de l'épouse du comte de Brienne, secrétaire d'Etat.

Bernard du Massés, que Massiou nomme ridiculement « le sieur du Masse, > fut grand-père de Jean-Louis de Luxembourg de Béon, marquis de Bouteville, qui épousa Marie de Gugnac de Dampierre, dont il eut Antoinette- Louise-Thérèse, mariée à Jean-Hippolyte de Beaumont, frère de Louis de Beaumont, évèque de Saintes. Il avail fait construire le château de Bouteville. La terre donnait 16,000 livres de revenu.

Ce n'est pas un guerrier, mais un jurisconsulte qui repose dans la chapelle de Notre-Dame-des-Anges, en l'église de Sainte-Colombe, à Saintes.

EPiTApmvM Domm gobofredi

DE PRAHEG

HIC lACET ILLE SENEX ANOSVS GLORIA GENTIS

PRAHESIS NOliEM CVI GODOFREDVS ERAT ILLE AIOS GENTVM VITA LVSTRISQVE BVOBVS

TRANSEGrr SIMILIS NON MINVS IPSE SVI ESSET GV EFFOETV CORPVS TRTTVQVE TOT aÏÎiS

INGENU MANSrr QVI TAMEN ANTE VIGOR SIC SEMPER LIBERALIS ERAT SIC LARGVS EGENIS

GOSIUV GVNCnS SIGQVE FmELE DABAT DENIQVE CV TATA VIRTVS COIVNCTA BilCABAT

DOCTRINA VT DVEHES HAEC Srr AN ILLA PRIOR QVOD SVPERËST GHRISTO VIVIT U QVISQ PRECEMVR

ILUVS EXSMPLO VIVERE DET DOMINVS

La pierre qui porte l'inscription incrustée dans la muraille, a un écusson à l'angle droit, où l'on distingue éearteU : au i tine fcaet ; au 3 troiê annelets^ besants ou tourteaux; au S et au 4 un ehevnm aeeampagni de tiroie toute.

— 3tO —

dnut m èKef, vne en fointe. Je crois pouvoir attribuer ces vers au xvi* siècle. Us sont bons, malgré une faute de quantité au septième.

L'auteur de la Re$tauration à Saintes de t église de Sotlnle- Colombe^ Tabbé Briand, a traduit l'expression latine: Enfin, QUOD superest in christo vrvrr, par : Ce qui reste de lui, vii dans le Christ, et le nobien gui godofredus erat^ A s'appelait Geoffroy, par : Son nom était Gui-Geoffroy; un peu comme Lesson qui, ignorant le nom latin, Eparghus, de saint Cybard, en fait deux personnages : « On trouve, dit-il, I, 7, l'église mentionnée sous le nom d'EeelesiA saneti Euparchii de Periyne dans un titre de 1377; et cependant celle actuelle est consacrée à saint Gybard. »

Ici gtt un vieillard. De son illustre race Godefroy de Prahee fut ForgueU et f amour.

n vécut cent dix ans. Durant ce long espace Jamais on ne le vit se démentir un jour.

Accablé par les ans^ vaincu par la vieillesse^ n conserva pourtant sa première vigueur.

Sage, U donnait à tous conseils plems de sagesse; Bon, au pauvte il ouvrait et sa bourse et son cœur; Grands était sa vertu; grande aussi sa science; Nul ne sait s'il fut plus savant que vertueux. Il reçoit maintenant du Christ sd récompense. Imitons-le sur terre, afin de vivre aux deux.

Prahee^ chef-lieu de canton du département des Deux- Sèvres, est sans doute le flef patronymique dont les Prahee de Saintonge ont pris et gardé le nom. La famille est ancienne. M. Beauchet-Filleau cite cette phrase d'un vieux manuscrit dont le latin eût réjoui Molière : « Petrus de Prahëc est homo ligius domini comitis Pictaviensis de feodo Gostura ad vn libras de placito et equum de servicio (1). »

(1) « Pierre de Prahee est homme lige de M. le eimite de Poitiers, pour son fléf de liGt«liiie,ra-defoir deseptUTresde plaid'et d'u cheva^daseMoe.» UyM

En 1242, Geoffroy de Prahec prend les armes avec le comte de la Marche, Hugues de Lusignan, contre Louis IX. En 1354, on trouve un Hugues de Prahec; en 1390, Jean de Prahec, gui, le 2 mars 1405, rend un aveu signé David pour son hébergement de Mongon, à Jean, duc de Berry, comte de Poitou; en 1446, Nicolas de Prahec; en 1449, 1467, Jean de Prahec, abbé de Nanteuil-en-Vallée, près de Ruffec; en 1458 et 1477, Gollin de Prahec; puis Amice de Prahec, dame de la Paye, en Ângoumois, qui, vers 1470, épousa Denis Martineau, dont : Jeanne, mariée en 1496 à Méry Le Forestier, seigneur d'Orignac ; Jeanne de Prahec, qui épousa, vers 1520, Pierre de Barazan, seigneur de laSalmondière, près de Niort; de 1519 à 1575, un François de Prahec, écuyer, du Petit-Civray, qui épousa Marie Presvot, dont : Antoinette de Prahec, mariée, le 27 mai 1575, à Amable de Bosquevert, écuyer, seigneur du Montet; enfin, le 4 avril 1522, nous voyons Guy et Geoffroy de Prahec, deux frères que Briand réunit en un seul, tous deux « licenciés ès-droit, » faire un échange avec le seigneur de Dampierre-sur-Boutonne. C'est assurément le dernier qui figure comme jurât dans la liste des maires de Saintes à Tannée 1487 sous celte mention : c Honorable homme et saige maistre Geoffroy (le Prahec, licencié en lois. » De plus, un arrêt qui contraignait Guy de Pons à rendre au prieur de Saint-Eutrope, Louis de Bochechouart, plus tard évêque de Saintes, le moulin de Chantemerle, situé dans la paroisse de Gourcoury, fut prononcé, le 5 février 1494, par Geoffroy de Prahec, assesseur du lieutenant général sénéchal de Saintonge, qui était alors Jean de Fontenelle, vicomte de Bochechouart, seigneur de Tonnay-Charente.

On peut croire que ces trois personnages n'en font

flœihm, était ce qui était dû an seigneur qnand le vassal décédait on changeait son fief. « Jnrare fidelitatem et ceutnm solides de placito, tempore mntationls, » disait nne charte dn Danphiné, en 1240 ; et la coutnme de Poitiers, chapitre 70, ijontait : « Est den hommage... d'avoir ponr chaqne mutation plet et chenl de

lenrice. i — NùU» emimumigvéei par M. Th. de Bremoni.

qu'on; même prénom, même titre, on grade qoi suppose le titre. Enfin, quand on a vécu cent dix ans, on a pu être jurât en 1487, juge en 1494, client en 1521. Je crois donc que nous avons là la tombe du jurât de 1487; et les caractères de3 lettres ne s'y opposent pas.

Le tombeau de Godefroy ou Geoffroy de Prahèc fut violé pendant la Révolution. On se contenta d'en enlever la ch&sse de plomb. Les ossements y sont encore; la prochaine fois, on en fera du noir animal.

Dans nos fastes municipaux, se distingue un autre Prahec ; c'est Arnaud de Prahec, conseiller du roi, élu en l'élection de Saintes, maire de la ville en 1558. c Protestant, il fut privé de sa charge, puis réintégré quand il alla à la messe. » En 1577, il fut envoyé auprès du roi pour obtenir la confirmation des privilèges de la ville, il fut remplacé en 1586 à l'échevinage par Thomas Dreux, sieur de la Pommeraye, près d'Ëcurat, receveur des deniers en la généralité de Poitiers, procureur du corps de ville de Saintes, dont sont sortis les Dreux-Brézé. Arnaud de Prahec était seigneur de Thérac. On voit encore le ch&teau de ce petit fief entre les Gonds et Gourcoury, sur les bords de la Charente ; il a conservé sa porte fortifiée, les- deux tours jumelles qui la gardent comme deux dogues fidèles, un chemin de ronde et de profondes douves. Une pierre, mise en œuvre et à contre-sens, porte inscrit :

VIRTVS m ASTRA TBNBrT MORTE

Un autre Geoffroy de Prahec, chanoine de Saintes, que Briand, n, 190, nomme « messire du Pratié, » était enterré à Saint-Pierre, près de la porte Pax œtema. Tous les ans, le 10 décembre, on célébrait une messe anniversaire pour le défunt, et l'on venait chanter là un LU^era. Geoffroy de Prahec avait donné à cette fin « le revenu du pré qui est la Paluz, que l'on appelle le pré de Prahec. » Une grande plaque de cuivre indiquait en lettres d'or le lieu de la sépulture.

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