‹ ÉpilepsieChapitre 57 sur 111 · SEXE — AGE · texte numérisé non relu

SEXE — AGE

beaucoup moins rare qu'on ne le pense généralement. Lasègue prétendait que l'épilepsie vraie ne survenait qu'entre quatorze et dix-huit ans. On a afOrmé que, passé vingt-ans, on n'avait plus à craindre l'épilepsie héréditaire (Nothnagel, Echeverria.)

Cette dernière opinion est erronée ; car, nous savons aujourd'hui que l'épilepsie peut survenir dans un âge avancé, et il est de règle au contraire, dans ces cas, de rencontrer une tare héréditaire, une prédisposition, qui s'est accentuée en vieillissant, sous l'influence de la mauvaise hygiène, des excès ou des émotions. Notons, en passant, que l'épilepsie tardive est plus fréquente chez la femme, et que la ménopause semble jouer un rôle important dans son apparition.

Ce qu'il est vrai de dire, et en cela l'opinion de Lasègue a quelque fondement, c'est que l'épilepsie dite idiopathique, c'est-à-dire celle qui survient sans cause connue, se déclare ordinairement dans l'adolescence.

Mais la distinction entre l'épilepsie idiopathique et l'épilepsie symptomatique est le plus souvent arbitraire. Nous verrons que la distinction, en clinique, en est fréquemment impossible ; et, il n'est pas moins arbitraire de vouloir

94 ÉPlLEPSIlî — CONVULSIONS DE l'enFANCE

faire une catégorie à part des éclampsies, aussi bien des convulsions de la première en/anee que de celles qui surviennent au cours de la scarlatine ou de la picerpéralilé par exemple.

On n'hésite plus d'ailleurs aujourd'hui à rattacher à l'épilepsie les convulsions de l'enfance. L'identité des deux affections est surabondamment prouvée, non seulement par l'analogie du tableau symptomatique, mais aussi par l'influence héréditaire, par la fréquence des convulsions infantiles dans les antécédents des épileptiques confirmés. « 11 n'y a, dit Baumes, entre l'éclampsie des enfants et l'épilepsie, qu'une différence de marche que le temps seul peut établir. » Pourquoi distinguer alors les convulsions infantiles de l'épilepsie, et dire que l'épilepsie est rare ou n'existe pas chez les enfants ? C'est au contraire chez eux qu'elle est le plus fréquente.

L'accord est encore moins général quand il s'agit de l'éclampsie des adolescents et des adultes. Dans les affections rénales compliquées d'urémie, les convulsions sont attribuées à un poison circulant avec le sang, et exerçant une action irritante sur le système nerveux central (urémie, ammoniémie, créalinémie,etc...); mais, on peut se demander si ce n'est pas là simple-

ÉPILEPSIE — ÉGLAMPSIE

ment une cause déterminante, agissant chez un névropathe prédisposé aux réactions cérébrospinales. C'est qu'en effet les formes cliniques si variées de l'urémie permettent de supposer que, si tous les individus ne réagissent pas de la même manière sous l'influence de la même altération du sang, c'est qu'ils présentent des prédispositions organiques différentes. Nous sommes convaincu, pour notre part, que l'éclampsiedes maladies infectieuses, celle des femmes en couches, est une manifestation morbide du même ordre que l'épilepsie vulgaire ; et nous reproduirons brièvement ici, à l'appui de cette opinion, quelques argument tirés d'un travail antérieur.

Si l'on veut bien s'enquérir des antécédents chez les malades qui présentent des attaques d'éclampsie, soit dans la convalescence d'une scarlatine, soit pendant une grossesse ou au moment de l'accouchement, on pourra dans bien des cas découvrir une tare névropathique héréditaire ; ou bien on apprendra qu'il y a eu antérieurement dos accidents convulsifs à forme éclamptique à propos de la dentition, d'affections gaslro-intf3stinales, de maladies infectieuses, etc. On f>eut dire que cette enquête a été particulièrement négligée {»ar les observateurs.

HÉRÉDITÉ DADS l'ÉCLAMPSIE

Mais, d'autre part, l'éclampsie ne constitue pas toujours un accident passager : elle peut faire place dans la suite à des attaques d'épilepsie vulgaire. On est donc en droit de dire que l'épilepsie aiguë est alors passée à l'état chronique. C'est donc qu'il existait un état morbide antérieur qu'une cause occasionnelle n'a fait que réveiller, Gowers avait déjà fait remarquer que la scarlatine est la maladie à la suite de laquelle on voit le plus souvent se développer l'épilepsie. Nous avons vu, pour notre part, le mal comitial s'élablir définitivement à la suite de crises éclamptiques puerpérales.

Enfin, l'élude de descendance des éclamptiques n'est pas moins intéressante à cet égard, en montrant que l'état névropathique peut se transmettre aux enfants sous des formes variables, sous la forme de crises convulsivesen particulier.

On peut citer, il est vrai, telle malade épileptique qui n'a pas présenté de convulsions à propos de la grossesse ou de la scarlatine ; mais ce fait ne constitue pas un argument péremptoire contre la thèse que nous soutenons : il nous conduit seulement à admettre, chez certains sujets, l'existence de zones épileptogènes dont l'irritalion est particulièrement efficace pour la production de la névrose.

ÉPILEPSIES KCLAMPTIQUES

Il existe donc des épilepsies aigries, épilepsies éclamptiques, qui sont déterminées par certaines conditions pathologiques ou physiologiques ; mais qui, comme l'épilepsie vulgaire, ne se développent qu'en conséquence d'une prédisposition névropathique trahie par des accidents antérieurs héréditaires ou personnels. Ces épilepsies aiguës de l'enfance, de la puerpéralité, etc., peuvent se terminer par la guérison, en laissant l'organisme en état d'opportunité convulsive, ou passer à l'état chronique et se transformer en épilepsie vulgaire.

Page 1