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11 ne faut pas oublier non plus que tous les symptômes n’acquièrent leur signification véritable que lorsqu’on peut les rattacher avec certitude à des accès épileptiques, complets ou incomplets.
Ceci m’amène à dire un mot encore de Yépilepsie larvée, à laquelle certains auteurs, et notamment Legrand du Saulle, ont fait jouer en médecine légale un rôle exagéré et injustifié. Comme le dit fort bien Motet : « Quant à l’épilepsie larvée, je crois qu’on ne saurait être trop prudent, trop réservé, quand il s’agit de faire reposer sur des données vagues, incertaines, l’appréciation de la responsabilité ou de l’irresponsabilité d’un prévenu... Je ne consentirais jamais, pour ma part, à formuler des conclusions, s’il me restait quelque incertitude dans l’esprit : je suspendrais mon jugement jusqu’au jour où j’aurais pu constater moi-môme les troubles vertigineux ou intellectuels, que j’aurais pu soupçonner peut-être, mais qui ne m’auraient pas été directement démontrés » (1).
Je serai encore plus catégorique, et je dirai que l’expert ne peut et ne doit invoquer l’épilepsie larvée que lorsqu’il s’est convaincu qu’il y a épilepsie méconnue.
Pour terminer, je dirai encore un mot du mariage des épileptiques.
On peut, au point de vue social, au point de vue sentimental, médical même, déplorer que les épileptiques se marient. Mais peut-on les en empêcher?
Je suppose, pour un moment, que la loi leur interdise le mariage : il faudra donc, quand un jeune homme et une jeune fille se présenteront devant l'officier de l’état civil, que celui-ci sache si l’un des futurs conjoints est ou non atteint d’épilepsie. Or, qui le lui dira? Ce ne sera ni le malade, ni la famille qui aura lait, au contraire, l’impossible pour cacher sa misère, encore moins le médecin qui ne trahira pas le secret professionnel. Première difficulté à laquelle je ne vois guère de remède.
Seconde difficulté ; que fera-t-on à ces malades qui sontréellement épileptiques sans le savoir, qui s’imaginent qu ils n ont qu’une affection nerveuse à laquelle le mariage portera remède?
Enfin, si l’on interdit aux épileptiques le mariage légal, leur
(I) Annales d'hijijiène et de médecine légale, octobre 187o, p. i2li.
défendra-t-on aussi le concubinage? Et si l’on ne veut pas qu’ils aient des enfants légitimes, a-t-on un moyen de les empêcher de procréer des enfants naturels?
Toute disposition législative me parait Vaine : nous voyons des mariages d'épileptiques jusque dans les familles les plus élevées. Et je ne sache pas que ces mariages soient plus malheureux ou donnent de plus mauvais résultats que beaucoup d’autres.
Ce que peut faire le médecin, c’est de conseiller le célibat à ses clients épileptiques ; il ne sera pas toujours écouté, mais du moins il aura fait son devoir, car il est clair que la cohabitation avec un épileptique offre des inconvénients graves et même des dangers.
Où je voudrais que la loi intervienne, c’est quand il s’agit d’un mariage dans lequel l’un des deux conjoints a dissimulé l’infirmité dont il est atteint : ce devrait être un cas d’annulation du mariage. En dehors de ce cas, je ne vois réellement pas ce que la loi pourrait faire.