‹ Épilogue a lárt Chrétien (volume 2)Chapitre 16 sur 23 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Depuis mon départ de Naples en 1832 jusqu'au printemps de 1837, j'avais à peine passé quarante-huit heures avec M. de la Ferronnays à Pise où il était venu en 1834 installer Alexandrine et Albert en qui les symptômes du mal auquel il devait succomber deux ans plus tard ne laissaient déjà plus d'illusion à personne. Notre entrevue se ressentit nécessairement de la tristesse des prévisions qu'on ne voulait pas s'avouer, de sorte qu'il y eut je ne sais quoi de lugubre et de forcé dans les épanchements réciproques auxquels nous essayâmes, à plusieurs reprises, de nous livrer, et qui semblaient devoir être facilités par le souvenir* des jouï6 heureux qu'Albert et moi avions passés ensemble, dans cette même ville , trois ans auparavant» Malheureusement la contrainte ne fut complètement surmontée ni de part ni d'autre, et cela joint à l'effet que produisirent sur moi et encore plus sur ma timide compagne les sombres préoccupations d 'Alexandrine, dont le cœur

était trop serré pour s'ouvrir si vite, fît que je n'obéis pas à mon premier mouvement qui eût été de passer avec eux l'hiver à Pise et de contribuer de notre mieux à laisser le moins de prise possible aux pressentiments avant- coureurs de la catastrophe que les hommes de l'art s'accordaient à regarder, sinon comme prochaine ; du moins comme inévitable. Un seul mot d'Albert aurait suffi pour nous décider ; mais ce mot, qui fut plus d'une fois sur ses lèvres, ne fut malheureusement pas prononcé.

Nous nous séparâmes donc tristement pour ne plus jamais nous revoir, et je me hâtai de mettre à profit les restes de la saison d'automne, pour aller reprendre à Munich le travail que mon expédition conjugale de l'hiver précédent m'avait forcé d'interrompre. Cette détermination que je pris à contre-cœur, et qui me donnait, vis-à-vis du fils, l'apparence de la froideur, et vis-à-vis du père, qui avait des droits plus sacrés que jamais à ma reconnaissance, l'apparence de quelque chose qui sentait presque l'ingratitude, cette détermination, disje, l'une des plus inexplicables et des moins motivées que j'aie prises dans tout le cours de ma vie, devait être pour moi plus tard la source des plus cuisants remords, même avant la mort d'Albert. Ces remords commencèrent dès mon arrivée à Munich où je trouvai M. de Montalembert très-occupé de son Histoire de sainte Elisabeth, mais occupé encore plus de l'ami malade qui l'attendait à Pise et qu'il joignit bientôt en effet, malgré les tribulations de tout genre que lui suscita la police autrichienne dans tous les États italiens où elle avait droit de surveillance.

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Notre brusque départ de Pise avait été d'autant plus blessant pour Albert, que j'avais déjà eu, envers lui et envers sa famille, le tort impardonnable de m 'arrêter à Rome et de nô pas continuer mon voyage jusqu'à Naples, ne fût-ce que pour remercier son père de sa chaleureuse intervention dans l'affaire de mon mariage. Il est vrai que j'avais alors pour excuse et pour excuse trop légitime, la peur que me faisaient, depuis mes expériences de 1831 et 1832, les chaleurs caniculaires en Italie. Mais à Pise, où notre séjour aurait coïncidé avec la saison la plus belle et la plus saine, rien de pareil n'était à craindre, et je me serais épargné les regrets amers qui m'attendaient deux ans plus tard.

Ce qu'Albert avait alors le plus à cœur, c'était de voir s'établir entre les deux jeunes ménages la même intimité qui avait existé entre lui et moi pendant notre séjour en Toscane. C'était aussi le désir d'Alexandrino qui avait conservé de nos relations de 1832 un souvenir plus affectueux que je ne le supposais et qui, malgré sa froideur apparente, regrettait de voir échapper l'occasion d'acquérir une nouvelle amie dont la sympathie, à peine entrevue, donnait des espérances qui ne devaient se réaliser que pour elle.

Tous ces regrets tardifs se trouvent consignés dans une lettre qu'Albert m'écrivait de Pise quelque temps après l'arrivée de M. de Montalembert.

« Je regrette chaque jour davantage, mon cher ami, « que tu n'aies pu rester à Pise avec ta femme. La vie a intime que nous menions jadis à trois, et que nous au- « rions ici menée à cinq, aurait achevé de dissiper tous « ces petits nuages qui ont plané à notre horizon, et

« que je regarde d'ailleurs comme n'ayant jamais existé, « tant ils ont laissé peu de traces dans mon âme. Quel* « ques semaines passées ensemble eussent suffi pour « détruire certaines opinions fausses que tu t'es formées « sur mon Alexandrine. Au reste je suis tranquille sur « cet article et j'ai la certitude que tu lui rendras jus- « tice un jour... Montalembert ma parlé longuement « et délicieusement de ta femme, ce qui m'a fait regretce ter encore davantage que tu nous aies privés d'une « occasion si favorable, la seule peut-être qui se présen- « tera d'ici longtemps, d'acquérir quelques droits à son « amitié. Alexandrine me charge d'exprimer son regret « d'avoir cessé de la voir au moment où elle commence çait à se sentir attirée vers elle et à se défaire de la « timidité qui lui est habituelle, quand il s'agit de faire « une nouvelle connaissance. »

Il y avait, dans ces paroles, de quoi alléger le poids que j'avais sur mon cœur, depuis notre séparation; mais il y avait de quoi l'inonder de joie dans celles que M. de Montalembert y ajoutait, à la fin de la même lettre, comme pour porter le dernier coup à mes défiances et à mes préventions ombrageuses :

« Je ne puis te dire combien je suis content d'Alexan- « drine; elle me fait l'effet d'une tout autre personne que « celle que j'ai connue autrefois. Je n'ai pas trouvé non « plus en elle aucune trace de cette tristesse dont tu « m'avais parlé : au contraire, ils sont tous deux gais et « se font illusion à qui mieux mieux; mais j'ai trouvé « en elle une simplicité, une bonté, une enfance d'âme, « une Empfànglichheit pour toutes les idées et les sen- « satiorts religieuses, qui m'ont rempli d'étonnement et

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« de satisfaction. Son dévouement et sa sollicitude pour « Albert sont admirables. Enfin elle a fait sur moi la « plus favorable impression, et jamais je n'avais soup- « çonné que la vie diplomatique et mondaine eût pu « avoir si peu de prise sur elle; c'est surtout à ton pro- « pre égard que tu es injuste envers elle, car tu la soup- « çonnes toujours d'être prévenue contre toi, tandis « qu'elle est tout à fait prévenue pour toi et que je crois « qu'après son mari et sa mère il n'y a personne dont « elle aimerait plus la société que la tienne* »

Cette lettre qui, un an auparavant, m'aurait fait franchir les Alpes avec non moins d'empressement que j'en avais mis à franchir l'Apennin pour aller joindre Albert en 1831 , me trouva maintenant absorbé par les prévisions de ma double paternité; car mon premier volume et mon premier enfant devaient voir le jour à peu près à la même époque, et cette époque n'était plus fort éloignée. Il fallut donc attendre que le retour de la belle saison permît au pauvre malade de satisfaire en toute sûreté, après quatre ans d'absence, son immense désir de revoir sa terre natale, et alors, quel que fût le lieu qui lui serait assigné pour demeure, j'étais bien décidé à subordonner mes projets aux siens et à réaliser, autant que possible, ce rêve de vie commune qu'il avait laissé s'évanouir à Pise.

Mais les médecins de cette ville en décidèrent autrement. Ils furent d'avis qu'un grand voyage de mer, de Naples à Odessa, ferait plus de bien à la poitrine d* Albert que tout autre régime, et comme Alexandrirte voyait au bout de ce voyage le château de Korsen qu'habitait sa mère devenue princesse Lapoukhyn, la piété

filiale, d'accord avec la sollicitude conjugale, rendit la tentation irrésistible. L'absence des deux voyageurs fut longue, et leur silence presque aussi long que leur absence. Enfin une lettre de Vienne nous parvint au commencement d'octobre, lettre rassurante par le ton de gaieté affectueuse dont elle était écrite, mais désespérante par l'impossibilité où nous nous trouvions encore une fois de céder à l'impulsion qu'elle excitait en nous. Un célèbre médecin viennois, consulté par Albert, venait de lui dire que l'air des lagunes pourrait le guérir en un seul hiver, et le pauvre malade, qui ne se trouvait pas trop affaibli par son long voyage, s'accrochait à cette espérance avec une confiance qui aurait pu tromper un observateur superficiel. Il ne connaissait Venise que par l'enthousiasme avec lequel je lui en avais parlé dans nos conversations de Florence, et il était assez naturel que l'impression qui lui en était restée fit éclore de nouveau, dans son imagination fébrile, ce rêve de vie commune dont la réalisation avait été jusqu'alors impossible. On eût dit que l'intimité conjugale ne faisait que rendre plus vif son besoin d'intimité avec ses amis.

« Pourquoi, » me disait-il dans cette malencontreuse lettre arrivée un mois trop tard, « pourquoi ne passes- « tu pas cet hiver à Venise que tu aimes tant? Nous « eussions vécu ensemble, tu aurais pu apprécier ma « chère Aiexandrine et reconnaître l'affection qu'elle te « porte, comme moi, de mon côté, je me serais efforcé « d'acquérir l'amitié de ta femme. Nous eussions mené « une bien douce vie, à part de tous les bruits du « monde. »

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Hélas! oui, cette vie eût été bien douce, et le souvenir qui nous en serait resté eût été plus doux encore, à cause du soulagement que notre sympathie aurait pu apporter à des douleurs trop faciles à prévoir. Mais la même fatalité qui m'avait poursuivi en 1834 et qui devait encore me poursuivre en 1836, mettait un obstacle insurmontable à l'accomplissement d'un devoir que le nouvel appel fait à mon amitié rendait plus impérieux que jamais. Par suite d'un autre appel fait à ma reconnaissance filiale par celle à qui je devais le récent accroissement de mon bonheur, je venais de franchir le détroit et de prendre mes quartiers d'hiver, avec ma femme et mon enfant, dans le château de ma bellemère, quand la lettre de ce pauvre Albert me parvint. Plus il mettait de discrétion dans l'expression de son désir, plus j'étais tenté de m'y rendre; mais les détails qu'il me donna dans la lettre suivante, me convainquirent qu'il n'y avait pas péril immédiat en la demeure, et qu'en me rendant auprès de lui au printemps, je n'arriverais pas trop tard pour lui porter quelques consolations.

Malheureusement ce printemps ne devait m'apporter que des souffrances et des tribulations de tout genre. Un crachement de sang, causé par la rupture d'un vaisseau dans ma poitrine, me rendait non-seulement tout voyage, mais toute locomotion impossible, et cela pendant que je recevais, coup sur coup, les messages les plus tristes sur la santé du pauvre Albert, alors acheminé vers Paris. L'idée de m'y trouver avant lui, ou du moins avec lui, me poursuivait d'autant plus que j'étais encore sous l'impression de la dernière lettre qu'il m'avait

écrite de Venise, et qui surpassait, tant pour la franchise que pour la tendresse, toutes celles que j'avais reçues de lui depuis longtemps. Il m'y parlait de ses deux grands griefs, ma froideur envers sa famille depuis mon mariage, et mon injustice envers Àlexandrine; mais il m'en parlait pour me prédire que cette même Àlexandrine serait pour moi Y ange de la réconciliation, et que je ne tarderais pas à regretter amèrement d'avoir négligé les occasions de la connaître plus tôt. C'était là sa prophétie favorite toutes les fois qu'il m'écrivait; mais ici elle avait quelque chose de plus solennel, comme si un instinct secret l'avait averti qu'il m'adressait son dernier adieu.

La fausse nouvelle de sa mort me parvint le vendredi saint. Je me traînai, comme je pus, de mon lit, jusqu'à la chapelle. On comprend tout ce que cette coïncidence dut ajouter de ferveur à mes prières. Le jour de Pâques, je communiai à son intention, et immédiatement après, j'écrivis à M. de Montalembert une lettre de condoléance mutuelle dans laquelle je lui disais, en parlant de notre pauvre Albert :

« Ses deux dernières lettres, en me prouvant que « son affection pour moi était inextinguible, ont rendu « mes regrets, dans un certain sens, plus amers. Deux « ans plus tôt, j # au rais moins souffert, parce que je « n'aurais pas cru tant perdre. Maintenant je perds « toutes les douceurs que je m'étais promises d'une « liaison qui n'avait plus besoin que d'une heure de « conversation, pour redevenir ce qu'elle avait été « dans nos beaux jours de 1831 et 1832. »

Ce souvenir, qui était certainement un des meilleurs

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de sa vie, comme de la mienne, semblait lui être devenu plus cher, à mesure qu'il sentait ses forces décroître. Quand il fut arrivé à Paris, la bonne Alexandrine, qui savait tout l'intérêt qu'il prenait à mon ouvrage dont il m'avait vu tracer la première esquisse à Florence, mit un matin sur son lit le premier volume qu'il ne connaissait pas encore. Quand il l'aperçut à son réveil, un éclair de joie enfantine brilla dans ses yeux entr'ouverts. Trop faible pour en lire même un seul chapitre avec suite, il le feuilletait avidement, pour voir au moins ce que je disais de ses tableaux de prédilection que je lui avais appris à aimer et dont l'impression s'était conservée, chez lui, pendant près de cinq ans, dans toute sa fraîcheur, tant la perception de l'idéal, sous cette forme, comme sous toutes les autres, lui était devenue naturelle, par suite de l'essor tout exceptionnel qu'avait pris en lui cette faculté !

Enfin, dans les premiers jours de juillet, j'appris que tout était consommé! C'était M. de Montalembert qui m'annonçait celte triste nouvelle avec les émouvants détails que tout le monde a lus dans le Récit d'une sœur, et même avec un détail de plus qui me concernait personnellement, et qui fut pour moi une immense consolation, « Très-peu de temps avant sa mort, » me disait mon correspondant, « je me suis approché d'Albert et « je lui ai parlé de toi et de ta dernière lettre où tu « t'exprimais sur lui avec tant de tendresse. Il m'a « serré la main avec émotion et m'a dit : Rio, oh! oui, « ce bon garçon, dis-lui que je l'aime bien. — 11 ne par- « lait déjà plus, du moins à moi. »

Ce fut là mon legs qui était comme le prélude d'un

autre legs encore plus précieux, mais en jouissance duquel je ne devais entrer qu'un an plus tard.

Ce second legs était l'amitié de sa femme à laquelle il n'avait cessé d'inculquer, surtout depuis leur récent séjourà Venise, la conviction de l'influence quej'avais eue sur son progrès intellectuel et moral, progrès qu'il attribuait, trop modestement et trop exclusivement, aux relations intimes qui avaient existé entre nous, immédiatement avant la découverte du trésor qui devait faire briller, dans tout leur éclat, les belles qualités de son âme.

La première explosion de cette affection, que je pourrais appeler testamentaire, eut lieu un peu plus de deux mois après la mort d'Albert, quand Alexandrine et moi nous nous rencontrâmes à Paris ; elle revenant d'Allemagne pour se rendre au château de Boury, moi venant d'Angleterre pour me rendre en Bretagne. C'était le soir, et la chambre où nous l'attendions était assez mal éclairée. Quand j'entendis la voiture s'arrêter à la porte, je ne pus m'empêcher de trembler, et quand j'entendis des pas sur l'escalier, je tremblai encore davantage ; car la pauvre femme ne savait même pas que je fusse en France et je redoutais l'impression que mon apparition imprévue ne pouvait manquer de produire sur elle. En effet, elle ne m'eut pas plutôt aperçu en franchissant le seuil de la porte, qu'elle se précipita vers moi avec un cri déchirant auquel se mêlait mon nom indistinctement articulé ; puis, passant convulsivement ses bras autour de mon cou, elle parut comme suffoquée par le paroxysme de sa douleur, jusqu'à ce qu'elle se fût soulagée par un torrent de larmes, après quoi ses

yeux devinrent tout à coup mornes et secs, et elle ne parut rien entendre de tout ce qui se disait autour d'elle. La secousse avait été des plus violentes. C'était de toutes les rencontres qu'elle pouvait faire, celle qu'on redoutait le plus, à cause des souvenirs que ma vue devait nécessairement réveiller en elle.

Le lendemain je la trouvai calme et bien plus affectueuse pour moi qu'elle ne l'avait jamais été. C'était un dimanche. Elle me demanda de la conduire à la grandmesse dans l'église de Saint-Sulpice, afin que nous pussions prier ensemble pour Albert; puis, l'office terminé, elle prit avec moi le chemin de la rue Madame, et m'introduisit dans la chambre mortuaire où elle avait reçu le dernier soupir de son mari. Son premier soin fut de me rassurer contre le retour d'une scène violente comme celle de la veille. Après quoi, elle me fit une sorte d'inventaire funèbre de tous les meubles, m'indiquant Tordre dans lequel ils avaient été placés, tant pour l'appareil de la communion nocturne que pour celui du suprême adieu. Son calme ne se démentit pas un instant devant tous ces objets, pas même devant le fauteuil dans lequel Albert avait rendu le dernier soupir, pas même quand elle s'agenouilla près de moi, pour dire une courte prière à son intention. Quand je me relevai, il me sembla qu'un lien nouveau s'était formé entre nous trois et que mon amitié pour Alexandrine venait de recevoir une sorte de sanction sacramentelle qui la rendrait féconde non-seulement en jouissances pour le cœur, mais aussi et surtout en bénédictions pour l'âme. On voit que nous approchons

peu à peu des régions de l'idéal.

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Mais ce n'est pas Àlexandrine seule qui aura le privilège de nous y introduire. Elle a depuis longtemps auprès d'elle une âme sœur de la sienne, coulée, pour ainsi dire, dans le même moule, mais cependant plus prononcée dans sa tendance à s'élever toujours de plus en plus vers l'immuable et l'infini. C'était bien d'elle qu'on pouvait dire : Ascensiones in corde suo disposuit. Cette âme privilégiée était Eugénie dont j'avais déjà entrevu les hautes aspirations en 1830, mais sans en soupçonner toute la portée. Depuis lors, ses pensées, mûries par les angoisses dont elle avait été témoin et qu'elle avait partagées avec un dévouement sans mesure, s'étaient arrangées dans son esprit, pour ainsi dire, à son insu, et elle les avait écrites naïvement sans autre but que celui de se familiariser avec les idées qui lui promettaient le plus de consolations. Je savais déjà, par une lettre de M. de Montalembert, que ce journal existait. Il l'avait lu, sans que l'auteur en sût rien, avec la connivence d' Alexandrine, et la manière dont il me parlait de l'impression que cette lecture avait faite sur lui avait vivement excité ma curiosité.

<( Tu sais, me disait-il, que je suis assez versé, de- « puis quelque temps, dans la littérature ascétique, « dans l'étude des saintes et belles pensées que l'a- « mour de Dieu et du ciel a dictées aux âmes élues; « eh bien, je te déclare, la main sur la conscience, « que jamais et nulle part, pas même dans Suso, je « n'ai lu quelque chose de plus admirable ; de plus dé- « licieux, de plus édifiant. Jamais je n'ai cru que « l'horreur du mal, que l'amour passionné et exclusif « de Dieu et du ciel pouvait maîtriser à un tel point

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« une âme humaine, surtout dans le temps où nous

« vivons, h

Maintenant mon tour était venu, grâce à la même connivence, de me livrer à la même délectation, et ceux qui ont lu les fragments de ce journal, publiés à la suite du Récit d'une Sœur, comprendront sans peine qu'à dater de ce jour, mon admiration, sinon mon affection, ait été presque également partagée entre Àlexandrine et Eugénie, chacune d'elles réalisant ou aspirant à réaliser le genre d'idéal qui correspond à la passion du sacrifice. Quelle délicieuse initiation quelques mois ou même quelques semaines de vie intime avec des âmes si privilégiées, ne promettaient-elles pas à qui pourrait les comprendre ou seulement suivre de loin l'essor qu'elles semblaient si pressées de prendre par delà les préoccupations terrestres !

C'était là précisément la douce perspective que j'avais alors devant moi. On me pressait d'aller à Boury, que je ne connaissais pas encore et, si je n'avais pas eu un devoir filial à remplir en Bretagne, j'aurais certainement obéi à l'attrait qui me sollicitait dans une autre direction. Cet attrait était la présence de M. de la Ferronnays que je n'avais pas vu depuis deux ans et sur lequel on disait que la mort si édifiante de son fils avait produit une impression dont les effets devenaient chaque jour plus visibles. Dans de pareilles conditions, aucune pensée ne pouvait être plus attrayante pour moi que celle de faire un détour par Boury, quand je repasserais par Paris pour retourner en Angleterre. Mais le même obstacle qui m'avait retenu de l'autre côté du détroit, pendant l'agouie d'Albert, vint encore con-

trarier ce dernier projet, et quand ma santé fut assez bien rétablie pour me permettre d'en entreprendre l'exécution, une sommation impérieuse m'arrivait d'Angleterre, où, par suite d'un discours prononcé par moi l'année précédente, j'avais été nommé président du Cymrigiddion ou congrès gallois qui avait été annoncé pour la fin d'octobre dans la ville d'Àbergavenny. On jugera de ce que dut me coûter mon sacrifice, par la lettre suivante que je reçus la veille même de mon départ :

« Boury, samedi soir.

« Cher Monsieur Rio,

« Je ne saurais vous dire combien je regrette de ne « pas vous avoir vu ici. J'espérais tant y causer long- « temps avec vous ! Je vous y aurais montré encore « mille choses écrites bien précieuses (1), et il m'eût été « si doux de voir encore quelqu'un de plus de ceux « qui aiment Albert et qu'il a tant aimés. — Je vous « aurais encore donné des preuves de sa tendre et « constante affection pour vous ! Hélas, cher ami, souci vent je ne puis encore me figurer de l'avoir vraiment « perdu, malgré cette horrible habitude de 5 mois déjà ! <« priez pour moi, pour que mon exil ne soit pas

« long

« Mon beau-père vient encore de me charger de vous « prier de venir nous voir. Je lui ai dit que je craignais « que cela ne se pût pas, puisque vous partiez après-

(1) C'était le Journal qui a été publié dans U Récit d'une Sœur.

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« demain pour l'Angleterre. Mais> cher bon M. Rio, « je vous en conjure, s'il arrivait encore un retard à « votre départ, oh alors venez, venez, vous serez si « bien reçu ! — Que Dieu vous comble de bénédictions « toujours ! Je demande à voire excellente femme une « petite prière pour moi, mais ni pour ma sauté ni pour « la prolongation de ma vie.

« A revoir, je l'espère au ciel encore plus que sur « terre. Croyez-moi toujours votre amie et aimez-moi « pour l'amour d'Albert.

« Alex/indrine. »

Il fallut donc différer encore de neuf mois, c'est-àdire jusqu'à Tété de 1837, la satisfaction d'un désir ou plutôt d'un besoin auquel cette série de désappointements n'avait fait que donner une intensité toujours croissante. Heureusement pour moi, j'avais affaire à des cœurs que l'absence, quelque prolongée qu'elle fût, ne pouvait pas refroidir, et les lettres que nous recevions , prouvaient assez que Pimpatience était réciproque.

1837 ! Tune des dates les plus précieuses dans tout le cours de ma longue carrière ! année pleine de jouissances et de bénédictions de tout genre, année d'espérances non trompées, qui s'ouvre par la naissance de ma seconde fille, la seule hélas ! qui me soit restée, et qui se clôt par les premiers témoignages de tendresse échangés, à l'île d'Arz même ; entre sa mère et la mienne; et dans l'intervalle de temps, placé entre ces deux compléments de mon bonheur domestique, six semaines de béatitude ineffable dans le château de Boury, sans

parler des relations que me procura mon début dans ce qu'on appelle la saison de Londres, relations pour la plupart superficielles, mais dont plusieurs, par compensation, devaient tenir beaucoup plus qu'elles ne promettaient.

La correspondance fut très-active entre nous et les solitaires de Boury pendant l'hiver de 1836 à 1837, et l'on ne manquait pas une occasion de nous rappeler l'engagement que nous avions pris. Mais il y avait des obligations de famille qui passaient avant toutes les autres, et je fus obligé de partir seul. Ma première rencontre avec M. de la Ferronnays, eut lieu à Paris. Nous ne nous étions pas vus depuis que je lui avais présenté ma femme à Livourne, c'est-à-dire depuis trois ans ! Quel changement et quelle surprise, malgré tout ce qu'on m'avait dit pour m'y préparer! quelle douceur dans le regard , quel attendrissement dans la voix , jadis si ferme et si sonore, et surtout quel charme, tout nouveau pour moi, dans ce mélange de noblesse et de mélancolie, devenu, depuis son malheur, le caractère distinctif de sa physionomie que j'avais trouvée, dans les premiers temps, presque trop imposante, surtout quand il y joignait le ton un peu militaire, quoique jamais impérieux, dont il donnait ses ordres!

A ce changement extérieur correspondait un changement intérieur dont il était plus pressé de s'entretenir avec moi qu'avec aucun autre de ses amis, à cause de l'espèce de remords que lui causait le souvenir de notre controverse, un peu chatouilleuse, de 1832, sur ce qu'il appelait alors les tendances mystiques du pauvre Albert, tendances qu'il jugeait au point de vue

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de l'homme du monde et qu'il regardait comme incompatibles avec le genre de progrès auquel iF attachait le plus d'importance. Maintenant que la lumière qui éclaire les régions du monde idéal avait commencé à luire pour lui, il avait appris à subordonner les intérêts de la vie pratique à des intérêts supérieurs, et en appliquant ce nouveau mode d'appréciation à la revue rétrospective des symptômes de prédestination qui avaient marqué les cinq dernières années de la vie d'Albert, il était obligé de s'avouer à lui-même que ce qui lui avait causé jadis tant d'alarmes, n'était pas une des moindres consolations que Dieu lui avait ménagées dans sa douleur.

De là à l'application du grand remède des âmes malades qui sont pressées de guérir, il n'y avait qu'un pas, et ce pas avait été franchi. La petite église de Sainte- Valère avait été le théâtre de cet événement, le plus mémorable de tous dans une vie qui se compose, pour ainsi dire, d'événements mémorables, bien qu'ils ne soient pas tous éclatants. La visite d'action de grâces que nous y fimes ensemble, dès le lendemain de mon arrivée, était, en quelque sorte, le pendant de celle que j'avais faite, l'année précédente, à la chambre mortuaire de la rue Madame, et l'on devine sans peine, d'après ce début, sur qui et sur quoi roulèrent nos conversations devenues plus intimes que jamais. Les rôles étaient désormais intervertis. Ce n'était plus moi qui défendais les aspirations idéales contre le positivisme de mon correspondant de 1832, c'était mon correspondant positiviste de 1832 qui, pour m'élever à la hauteur où il était lui-même parvenu, faisait appel à mon cœur

encore plus qu'à ma raison, et suppléait , par la tendresse, à ce qu'il pouvait y avoir d'incomplet dans ses arguments.

Une semaine entière fut consacrée à ces épanchements réciproques par lesquels s'inaugurait une ère nouvelle dans notre amitié. J'osai demander son portrait comme souvenir de cette inauguration, et malgré sa répugnance presque invincible pour toute complaisance de ce genre, mon ambition ne tarda pas à être satisfaite. Une autre ambition que je n'avais pas moimême, mais qu'il eut pour moi, lui suggéra l'idée de me mettre en rapport avec quelques-uns des personnages les plus influents du parti légitimiste, par l'entremise desquels il se figurait qu'on pourrait assurer mon élection, comme député de mon département. Son enthousiasme pour la réalisation de cette idée, rendit son langage tellement persuasif, que tout en ne songeant qu'à me donner des patrons, il me donna des amis parmi lesquels il y en eut un dont le tempérament intellectuel avait beaucoup d'analogie avec le sien et qui, à ce titre et à beaucoup d'autres, m'inspira une sympathie prononcée à laquelle il ne manqua, pour être complètement réciproque, que des occasions plus fréquentes de nous voir et de nous comprendre, pendant le peu d'années qu'il vécut encore.

Cette nouvelle acquisition dont je n'eus pas alors le temps d'apprécier toute la valeur, était le marquis de Brézé à qui sa noble attitude dans la chambre des pairs où il représentait le parti vaincu, avait concilié l'estime et parfois l'admiration de ses collègues, sans excepter ceux qui professaient le plus d'éloignement pour ses doc-

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trines politiques. M. de la Ferronnays, par cela seul qu'il avait refusé son serment à la dynastie de juillet, se faisait un scrupule de blâmer ceux qui avaient cru pouvoir ou devoir agir autrement, pourvu toutefois que leur caractère et leur conduite les missent à l'abri de tout soupçon de vile ingratitude ou de spéculation plus vile encore. Non-seulement mon noble ami avait trouvé cette double garantie dans celui dont il est ici question, mais indépendamment des dons qui avaient trait à la vie publique, il avait trouvé, dans son ancien collègue, des qualités d'esprit et de cœur tellement attrayantes, qu'il saisissait avidement toutes les occasions de lui montrer tout le prix qu'il attachait à leur sympathie réciproque. Malheureusement ces occasions furent trèsrares, et le temps qui restait pour les faire naître ou en profiter, devait être très-court.

Malgré tout le charme de cette nouvelle relation, j'étais pressé d'arriver à Boury où Alexandrine et Eugénie nous attendaient avec une impatience facile à comprendre. Notre voyage de Paris à Gisors, dans le coupé d'une mauvaise diligence, à travers des villages trèspeu pittoresques, eût été très-prosaïque, si la pauvreté des conditions accessoires n'avait été rachetée par une faveur du sort qui voulut que nous fussions tête à tête pendant toute la route. Heureusement pour moi, il n'y avait pas encore de chemin de fer, et cette circonstance, jointe à la lenteur de notre véhicule, laissa le champ libre à mon interlocuteur pour dérouler devant moi, pendant plusieurs heures consécutives, les péripéties les plus émouvantes non pas de sa vie politique, qui n'avait plus pour lui qu'une importance se-

coudai re, mais de sa vie intérieure et des bénédictions que lui promettait la phase nouvelle dans laquelle elle venait d'entrer. Ce fut à la suite des épanchements réciproques auxquels cette longue conversation donna lieu, que je lui entendis prononcer ces belles paroles qui suffiraient pour le caractériser :

«Je ne me souviens pas d'avoir jamais éti dans ma « vie un seul mouvement de bonne opinion de moi- « même. »

Et cela fut dit non-seulement sans la moindre jactance, mais avec une simplicité pleine de candeur qui prouvait à quel point cette âme vraiment privilégiée s'ignorait elle-même. L'émotion que ce discours produisit en moi n'était pas de celles dont on supprime les marques à volonté. Je restai pendant quelque temps muet d'admiration et de respect, et quand nous descendîmes de voiture, je n'étais pas encore complètement remis de l'espèce de stupéfaction dans laquelle m'avaient jeté cette confidence et tout ce qui l'avait suivie.

Avec des souvenirs comme ceux que réveillait ma présence, il était difficile que la joie de nous retrouver ensemble ne fût pas tempérée par un retour involontaire vers un passé qui nous était cher à divers titres, et dont le contraste avec le présent était d'autant plus vivement senti, qu'il y avait plus de personnes qui participaient ensemble à ce sentiment. Or tous les membres de la famille qui avaient accompagné Albert depuis Venise jusqu'à Paris, c'est-à-dire depuis le commencement de sa longue agonie jusqu'à son dernier soupir, étaient là présents, et mon cœur, pour le mo-

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ment, n'en demandait pas davantage» Mais celui de mes hôtes n'était pas satisfait. Ils trouvaient que quelque chose manquait à la complète satisfaction de tous, tant qu'ils n'auraient pas au milieu d'eux celle qu'un devoir impérieux retenait de l'autre côté du détroit et qu'ils n'avaient fait qu'entrevoir à Livourne trois ans auparavant. On offrait d'aller à sa rencontre jusqu'au Havre, si elle voulait s'embarquer à Southampton; et moi je me laissais vaincre par des dispositions si bienveillantes envers une inconnue, et pour triompher de ses scrupules maternels, je faisais de mon autorité conjugale un usage qui ne devait pas tarder à être aussi doux pour son cœur que pour le mien. En un mot le vœu dont je m'étais rendu le très-docile interprète, fut presque immédiatement exaucé.

Notre première visite fut à l'école des filles du village, où on nous avait ménagé une surprise plus propre à nous faire pleurer qu'à nous faire rire. Les deux maltresses, que nous ne reconnûmes pas d'abord, et qui s'étaient entendues avec notre introducteur, étaient en fonctions quand nous entrâmes. C'était Olga et Eugénie, dont l'ambition, en fait de charité, ne connaissait pas de limites et pour qui le soulagement des misères matérielles ou spirituelles des pauvres était quelque chose de plus qu'une distraction à leur douleur. Le goût qu'elles y avaient pris, toutes trois, avait transformé cette charité en une véritable jouissance dont l'expression combinée avec celle d'une mélancolie permanente, donnait à leur physionomie, mais plus particulièrement à celle d'Âlexandrine un attrait indéfinissable.

Ce double caractère reparaissait dans nos récréations

musicales qui étaient aussi fréquentes que le comportaient les habitudes de la famille et la délicatesse de l'organe mis en réquisition. La voix d'Alexandrine était plus triste et plus pénétrante. On eût dit qu'elle avait toujours les yeux fixés sur une tombe. La voix d'Eugénie avait quelque chose de plus céleste et se mariait admirablement avec celle de sa belle-sœur. Je n'ai pas besoin de dire que leurs chants de prédilection étaient ceux qui exprimaient le mieux leurs aspirations personnelles toujours dirigées vers le monde invisible. Il y avait surtout un chant mélancolique tiré de l'opéra du Pré aux clercs d'Hérold, et auquel Alexandrine, par un simple changement de deux lettres, faisait dire presque le contraire de ce qu'avait voulu exprimer le compositeur. Au lieu de répéter avec lui ce refrain si émouvant qui se rapporte à la patrie terrestre :

« Rendez-moi ma patrie ou laissez-moi mourir 1 »

elle pensait à la patrie céleste et elle disait, avec un accent et un regard qui pouvaient tenir lieu de tous les commentaires :

« Rendez-moi ma patrie el laissez-moi mourir 1 »

C'était avec le même genre de préoccupations qu'elle chantait ou se faisait chanter par Eugénie le Fil de la Vierge, composition charmante et vraiment idéale dans ses tendances, et si bien assortie à l'espèce de mysticisme qui présidait à nos relations réciproques, que nous ne pouvions pas nous empêcher de la fredonner partout, même dans nos promenades. Nous en eussions

ontiers fait un cantique du soir, si nous n'avions pas

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craint de profaner notre chapelle. Il y avait surtout une strophe, la dernière de toutes, qui s'était si bien emparée de l'imagination de M. de la Ferronnays, qu'il la chantait en guise de monologue, dès qu'il était seul dans sa chambre ou dans les allées de son jardin. Il est vrai que les deux derniers vers de cette strophe ouvraient une perspective bien attrayante pour une âme disposée comme Tétait alors la sienne ;

Adieu, pauvre fil blanc, je t'aime, voie encore

Mais ne vas pas T'accrocher en passant au buisson qui dévore

Et tend les bras ; Ne te reposes pas quand du haut des tourelles

Le jour a fui, Vole haut près de Dieu, les seuls amours fidèles

Sont avec lui!

Celte exhortation finale, soit qu'il se la répétât à luimême, soit qu'il se la fît chanter par Tune de ses filles, le rendait à la fois joyeux et pensif» et quand le chant finissait, il y avait toujours un silence proportionné à l'intensité de l'impression qui avait été produite. C'était comme si l'on avait proposé un verset de la Bible ou de l'Évangile à nos méditations, tant il nous était difficile de ne pas regarder comme sublime tout ce qui traduisait, ne fût-ce qu'approximativement, l'élan sympathique de nos âmes. Assurément ce n'était ni la qualité de la poésie ni la qualité de la musique qui opérait ces merveilles; mais il y avait entre les divers membres dont se composait notre petite association une sorte d'harmonie préétablie qui modifiait, à notre égard, les rapports naturels entre l'effet et la cause, de sorte

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