‹ Épilogue a lárt Chrétien (volume 2)Chapitre 23 sur 23 · Î ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

Î ÉPILOGUE

Jamais auteur ne se trouva dans une position aussi fausse que Tétait la mienne, après la publication de mon second volume; car il ne restait plus aucun exemplaire du premier, et ma résolution de ne jamais consentir à sa réimpression était plus inébranlable que jamais, de sorte que, pendant plusieurs années, le libraire ne put mettre à la disposition des acheteurs qu'un volume dépareillé.

Il était de mon intérêt, comme de mon honneur, de faire cesser cette anomalie le plus tôt possible, et si je n'avais été retenu par deux graves obstacles successifs, la. mort de ma mère en Bretagne et le mariage de ma fille en Angleterre, ce n'eût pas été en France, mais en Italie, que j'aurais passé l'hiver de 1857. Heureusement ni moi ni mes lecteurs ne perdîmes rien pour attendre, et je pus, dès les premiers jours de 1858, organiser mon travail de manière à ne jamais perdre de vue le sillon lumineux que mes études antérieures combinées avec mes voyages avaient depuis longtemps tracé devant

« tout entier est entré dans la yoie réparatrice

« Les pouvoirs publics ont fini eux-mêmes par céder à l'entraînement général. « H. Guizot a étendu la main omnipotente de l'État sur les chefs-d'œuvre du

« passé

« Le vieux Louvre a été admirablement restauré, grâce surtout à l'initiative de

« M. Thiers. .

« Ainsi donc, ayons confiance et réjouissons-nous

« Messieurs, la justice exige que nous sachions rendre un hommage légitime « à ceux qui ont été les auteurs et les principaux instruments (Je cette régénéra- « tion, et je ne crois pas me laisser égarer par l'amitié en réclamant une place « hors ligne pour M. Rio, dont -le livre jusqu'à présent unique sur la peinture « chrétienne en Italie, a initié tant de lecteurs et de voyageurs aux plus pures « merveilles de l'art religieux. »

moi. En un mot, au lieu de gravir péniblement la montagne, j'en avais maintenant conquis le sommet, et de là je pouvais promener mon regard sur tous les points de mon horizon avec d'autant plus d'assurance, que les objets y étaient éclairés par une lumière qui n'avait rien d'artificiel, puisque c'était une lumière d'en haut. Et cette lumière, décomposée par le prisme de cette faculté supérieure qui joue un si grand rôle dans la psychologie de Plat un, se résolvait, en vertu d'une loi un peu arbitrairement déduite, en trois sphères ayant chacune sa destination propre, la sphère de l'idéal ascétique pour le ciel, la sphère de l'idéal chevaleresque pour la région terrestre, et la sphère de l'idéal esthétique pour servir de lien entre les deux autres.

Quoi qu'on puisse penser de cette théorie que je ne fus pas le seul à improviser, il est certain que les applications qui en furent faites n'étaient pas de nature à la discréditer parmi nous; car nous étions deux familles tellement unies entre elles par leurs communes aspirations, qu'on aurait pu dire qu'elles n'en formaient qu'une, si la diversité de croyances religieuses n'avait été un obstacle, au moins apparent, à celte unité. Mais cet inconvénient était plus que compensé par le vif intérêt et peu à peu par l'enthousiasme réel qu'inspiraient à tous non-seulement les chefs-d'œuvre que nous avions sous les yeux, mais aussi le point de vue d'après lequel nous jugions leur valeur esthétique. Outre que notre mode d'appréciation, soit technique, soit poétique, nous appartenait en propre, nous avions aussi un procédé à nous pour 'transformer nos jouissances en instruments de progrès, et il y eut parmi

nous une àme plus privilégiée que les aulres, pour laquelle ce progrès ne fut pas seulement un progrès intellectuel, puisqu'on la vit plus lard franchir, de son dernier élan, toute la distance qui sépare le protestantisme du Carmel. C'était là ou dans quelque autre asile du même genre, que devait nécessairement aboutir tôt ou tard, pour peu qu'elle fut conséquente avec elle-même, son enthousiasme croissant pour l'idéal ascétique et pour tous les héros qui, depuis saint Benoît, l'avaient réalisé sous des formes si diverses et si merveilleusement appropriées à la diversité des vocations.

Qu'on se figure maintenant la signification que prenaient pour une intelligence ainsi préoccupée ou plutôt ainsi illuminée, les compositious mystiques du xiv # et du xv e siècle, surtout celles de Fra Angelico da Ficsole qui forment comme le point culminant du génie chrétien dans cette direction, et qui ne peuvent être parfaitement comprises que par des âmes déjà initiées au même genre d'aspirations. Or les conditions dans lesquelles s'opéra, pendant deux années consécutives, le genre d'initiation dont il est ici question, furent tellement extraordinaires, que nous y participâmes tous dans une mesure quelconque, non point par un superficiel instinct d'imitation, mais en vertu de je ne sais quel reflet qui nous éclairait, pour ainsi dire, à notre insu. A quoi il faut ajouter que fout ceci coïncidait avec le suprême effort que je faisais alors pour donner à mes idées sur l'art chrétien l'expression la plus adéquate dont il me fût possible de les revêtir. C'était, si l'on veut, une atmosphère artificielle que nous respirions

MOiN RETOUR A L'ART CHRÉTIEN. 455

ainsi; mais, tout artificielle qu elle était, nous senlions que nous y puisions, chacun à sa manière, un surcroît de vitalilé qui s'appliquait à la fois à la perception du vrai et à la perception du beau, sans toutefois qu'il y eût toujours, parmi les divers membres dont se composait notre petite association, un parfait équilibre entre ces deux perceptions. C'était ainsi que dans cette famille étrangère, identifiée, pour ainsi dire, avec la nôtre, la perception de l'idéal ascétique et des vérités spéciales qui l'alimentent, était la perception dominante chez la sœur aînée, tandis que, chez sa plus jeune sœur, c'était plutôt la perception de l'idéal chevaleresque et de l'idéal esthétique, laquelle s'harmonis it merveilleusement avec son naïf enthousiasme, et avec d'autres dons d'esprit et de cœur qui semblaient avoir attendu, pour éclore, que nous fussions à même d'en jouir.

Jamais dans tout le cours de nos longs et fréquents voyages, nous n'avions fait une rencontre si féconde en jouissances pour le présent et en souvenirs ineffaçables pour l'avenir; et il ne faut pas oublier que ces jouissances étaient déri vées de toutes les sources imaginables, jouissances de la ville et de la campagne, jouissances d'hospitalité réciproque, jouissances esthétiques, jouissances dramatiques et, comme couronnement de tout cela, jouissances musicales ; car il y avait là des voix et des mains suffisamment exercées pour satisfaire à toutes les conditions d'une bonne exécution vocale ou instrumentale.

Pendant que cç contingent nous était envoyé par la Grande-Bretagne, le Nouveau-Monde nous envoyait

aussi le sien dans un écrivain américain nommé Charles Perkins, qui s'occupait dès lors à recueillir les matériaux de son grand ouvrage sur les Sculpteurs italiens, ouvrage qui résume tous les progrès que l'étude comparative des monuments a faits depuis Winkelman et Cicognara, ouvrage de goût, de science et d'imagination, auquel je décernerais encore plus d'éloges, si je ne craignais que la dédicace, beaucoup trop flatteuse pour moi, ne les rendit suspects à mes lecteurs (1).

D'après tout ce que je viens de dire, on comprend que les bonnes inspirations ne pouvaient me manquer ni du côté des personnes, ni du côté des idées, ni surtout du côté des objets qui, cette fois-ci, avaient pour moi une signification plus précise que jamais. Après avoir visité presque toutes les collections disséminées en Europe, il me semblait que j'avais enfin réussi à placer approximativement dans leur ordre de succession les chapitres et même les feuillets dont se compose le grand livre de l'art, et cette illusion ajoutait trop à mes jouissances pour qu'il me fût possible de chercher & la détruire. De là des tendances plus contemplatives que dans mes précédents voyages, et des appréciations plus intimes de certains produits auxquels je n'avais donné jadis qu'une attention superficielle. C'était surtout à l'égard de l'école de Sienne

(1) L'ouvrage de M. Perkins, en .rois gros volumes in-4°, est enrichi d'an grand nombre de planches qui accompagnent le texte et que l'auteur a gravées lui-même. La meilleure preuve du succès qu'il a obtenu auprès des juges les plus compétents, c'est le choix que l'Académie des beaux-arts a fait de lui comme membre correspondant pour l'Amérique.

que j'avais à réparer cette faute, et je crois pouvoir me rendre le témoignage d'avoir fait celte réparation aussi complète que possible; car nulle part, excepté peutêtre à Venise, je n'ai fait une étude si minutieuse nonseulement des œuvres d'art qui s'offraient à mes investigations, mais aussi des documents à l'aide desquels on pouvait se rendre compte du caractère général de cette école et des déviations accidentelles qu'elle avait subies.

Mais, au milieu de ces préoccupations, il y en avait une qui les dominait toutes et qui m'empêchait de jouir complètement du bonheur que je goûtais à Florence : c'était l'idée de composer mon chapitre sur mon héros favori, c'est-à-dire sur Michel-Ange, sans avoir rafraîchi mes impressions d'autrefois par une dernière contemplation des merveilles que son génie avait déployées à l'intérieur de la chapelle Sixtine. Heureusement pour moi et surtout pour mon livre, j'appris une nouvelle qui mit fin à toutes mes incertitudes et qui fit décidément pencher la balance en faveur de Rome. Cette nouvelle était celle delà prochaine arrivée de ma fille et de son mari qui nous annonçaient en même temps leur intention de passer quelques semaines avec nous et leur résolution de s'acheminer ensuite vers la ville éternelle, c'est-à-dire vers le lieu où ma conscience me disait qu'il fallait aller une dernière fois pour puiser, à la plus pure de toutes les sources, les inspirations les mieux appropriées au but spécial que je voulais atteindre.

Que cette perspective était ravissante pour mon imagination et pour mon cœur, et do quelles jouissances

on m'aurait privé en soulevant le voile qui cachait l'avenir à mon regard! Michel -Ange et ma fille, telles étaient alors mes deux grandes préoccupations: Michel- Ange à cause de mon immense désir de ne pas rester trop au-dessous de mon sujet; ma fille, à cause des espérances incertaines placées par sa nouvelle famille sur l'enfant dont on attendait anxieusement la naissance. Et quand cette attente fut enfin remplie, de quelles riantes couleurs le présent et l'avenir se peignaient pour moi, et avec quel redoublement de verve je prenais la plume, pour rendre de mon mieux les transports d'admiration croissante que je rapportais de ma visite matinale à la chapelle Sixtine et dont il me semble que les traces doivent être perceptibles, dans mon ouvrage, pour tout lecteur doué du genre de tact qui fait qu'on sent le pouls de l'auteur battre à travers ses pages.

Je quittai Rome avec la certitude de revoir bientôt celle qui venait de décupler pour moi les charmes de ce séjour, et je me flattai de jouir encore ailleurs, et bien souvent, de ce surcroît de bonheur. Quel contraste avec ce que l'avenir nous réservait ! Cet enfant, que j'embrassais en partant, devait être privé du bonheur de connaître sa mère, et cette mère dont j'avais laut de peiue à me séparer, je ne devais plus la revoir que quand l'ennemi aurait déjà pénétré au cœur de la place, c'est-à-dire quand la maladie qui devait l'emporter à la fleur de l'âge, aurait fait trop de progrès pour laisser le moindre espoir de guérison.

Voilà comment ma dernière impression de Rome, en 1859, qui avait été plus joyeuse que toutes les autres,

mémo que celle de 1830, a été rétrospectivement transformée pour moi en une impression presque funèbre.

Mais, avant cette transformation, j'eus un intervalle providentiel de deux années pendant lesquelles mon aveugle sécurité, entretenue par la dislance qui nous séparait, me permit de poursuivre, sans une ombre d'inquiétude, la tache si attrayante à laquelle je m'étais voué depuis près de treute ans, et qui touchait maintenant à son terme; car, quand nous arrivâmes h Paris au commencement de l'hiver de 1861, l'impression de l'ouvrage était presque entièrement terminée.

J'étais trop au courant des progrès qu'avaient faits, mÊme chez mes compatriotes, les idées qui formaient la matière de mon apostolat esthétique, pour ne pas compter au moins sur cette espèce de satisfaction banale qu'on appelle un succès d'estime: Mais celui que j'obtins dépassa de beaucoup mon attente. Cette fois-ci ce ne furent pas seulement mes coreligionnaires qui me surent gré de ma croisade en faveur de l'art chrétien, leur exemple fut suivi par les organes les plus accrédités de la presse périodique, même par ceux dont l'antipathie pour les doctrines qui servaient de base à mon système, n'était un mystère pour personne. Cet hommage, presque involontaire, rendu directement ou indirectement à la supériorité esthétique de la religion catholique sur toutes les autres, était pour moi une-ré»compense d'autant plus douce qu'il me paraissait impossible qu'après un pareil aveu, on pût s'arrêter en si beau chemin, et je me faisais là-dessus les illusions les plus étranges. Decelte naïve disposition d'esprit résultait par-

fois une ingratitude presque blessante envers mes amis orthodoxes dont les éloges semblaient avoir moins de valeur pour moi que ceux de leurs adversaires. Cette préférence de ma part était encore plus marquée quand Téloge se présentait sous la forme d'une rétractation, plus ou moins accentuée, de quelque jugement sévère porté contre mes premiers débuts ; et je dois dire que rien en ce genre ne fit alors sur moi une plus forte impression que les paroles suivantes d'un juge dont la compétence en matière d'art était déjà suffisamment établie:

« D'une part, les années, les études et les frottements « de la vie ont appris à M. Rio à corriger l'excès de sa «doctrine ascétique; d'autre part, ceux que l'auteur « avait le plus étonnés par ses affirmations impertur- « bables ont fait un pas vers lui et se sont habitués à «leur étonnement. En étudiant, eux aussi, plus proie fondement l'histoire de l'art italien, ils se sont rap- « proches des opinions qui d'abord leur avaient paru « enfantées par un aveugle esprit de parti, de sorte que «M. Rio, après avoir ouvert à la critique une voienou- «velle, y a peu à peu entraîné ses adversaires eux- -mêmes (1). »

Mais le suffrage que j'ambitionnais le plus et dont l'absence avait le plus contribué jadis à mon découragement, me manquait encore: je veux dire le suffrage épiscopal, auquel il me semblait que le point de vue dans lequel mon ouvrage était conçu, me donnait une espèce de droit, même en admettant, comme je le sentais trop bien moi-même, que l'exécution laissait beau-

(I) Charles Blanc, Gautte <kt Beaux-Arts, 1861.

coup à désirer. Je n'ai pas besoin de dire que la satisfaction d'amour-propre entrait pour fort peu de chose dans cette ambition que j'eus peut-être le tort de ne manifestera personne. Mon seul regret, quand je vis que les chances, de ce côté, ne m'étaient pas plus favorables que la première fois, mon seul regret, dis-je, fut de me voir frustré dans mon espoir de conquérir des prosélytes dans les séminaires, et de faire entrer mes idées, non plus goutte à goutte, mais en quelque sorte par avalanches, dans un grand nombre d'esprits que leur vocation rendait nécessairement plus aptes à les comprendre et à les propager*

Ce qui rendait mon désappointement plus amer, c'était le souvenir d'un avertissement très-hostile qu'une certaine Revue protestante avait donné à ses lecteurs, pour les prémunir contre le piège que cachaient, disaiton, mes prétendues découvertes en matière d'esthétique, piège devenu doublement dangereux, depuis que la traduction anglaise de mon livre avait paru. On ajoutait qu'il n'y avait pas d'étude plus compromettante pour l'orthodoxie anglicane que l'étude de l'art chrétien, ni d'enthousiasme plus dangereux que l'enthousiasme inspiré par cette étude ; car non-seulement elle donnait le démenti à ce qu'il y avait de plus sacré dans les traditions nationales, mais elle ébranlait, par contre-coup, les convictions politiques et religieuses, et pour peu qu'on se laissât prendre à cette chimère de l'idéal, on finirait par perdre tout respect pour les grands iconoclastes qui lui avaient fait la guerre sous toutes ses formes. Dans une crise comme celle par laquelle nous passons, disait l'auteur de la diatribe, ce serait une arme

trop dangereuse à mettre entre les mains de nos adversaires.

. C'était donc un instrument de controverse de plus que j'apportais aux chefs de la lutte engagée alors sur plusieurs points, et je l'apportais avec d'autant plus de confiance que je m'en étais servi moi-môme avec succès. C'était bien là un argument ad hominem ; mais, pour les faire valoir, il aurait fallu un concours de trop de circonstances favorables pour qu'elles pussent jamais être fortuites.

Restait la voie de l'enseignement universitaire qui avait paru se relever à plusieurs reprises de son infériorité relative et qui passait pour avoir reçu une impulsion nouvelle du génie de M. Cousin, par suite de ses fréquents voyages en Allemagne. Telle fut en effet la conviction de M. de Montalembert et la mienne, quand nous vîmes ce coryphée de l'école française investi des fonctions de ministre de l'instruction publique. Telle fut aussi la conviction de Schelling qui lui avait souvent signalé cette lacune, non-seulement dans nos cours de Facultés, mais aussi dans tous les ouvrages philosophiques qui paraissaient en France. Il est vrai que M. Cousin, en traitant du Vrai et du Bon, n'avait pas dédaigné d'y joindre le Beau, mais à condition de n'avoir pas à fléchir le genou devant l'idole mystique des peintres trop chrétiens du moyen âge. Il faut voir comment il traite, chemin faisant, ce pauvre Fra Angelico da Fiesole dont tes mystiques ébauches, ainsi que celles de ses contemporains tant vantés, languissent devant des compositions comme celles de Lesueur.

J étais chez M. de Montaleuibert, à son château de

la Roche-en-Breny, quand nous lûmes ensemble cette étrange appréciation. Ce fut lui qui se chargea de la réfuter, mais sans donner à sa réfutation toute la publicité que j'aurais voulue. Il y avait trop peu de temps qu'il était devenu le confrère de ML Cousin à l'Académie française, pour qu'il ne gardât pas envers lui les ménagements que lui imposait un lien de confraternité si récente; il se contenta donc de lui faire part de son impression personnelle, et il le fit avec un si heureux mélange de franchise et dç courtoisie, qu'il obtint presque l'équivalent d'un acte de contrition. « Vous gé- « missez, » disait-il à celui qui avait été, en 1828, son premier initiateur à la philosophie allemande, « vous « gémissez de n'avoir pas vu la chapelle Sixtine : géa missez plutôt de n'avoir pas admiré les fresques de « San-Marco. Si vous aviez vu la fresque de la salle « del Capitolo, vous y auriez reconnu un pathétique, « une profondeur, une noblesse au-dessus de tout ce « qui a pu se faire au xvu* siècle, et vous trouveriez « avec moi que Fia Angelico est aussi supérieur à Le- « sueur que Démosthène Test à Isocrate ou Bossuet au «Père de Ravignan. »

Il n'est donc pas étonnant que l'esthétique et l'histoire des beaux-arts aient été si complètement étrangères aux préoccupations de M. Cousin pendant tout le temps qu'il gouverna, en maître absolu, le département de l'instruction publique. Pour moi qui avais salué son avènement comme le gage de la prochaine réalisation d'une de mes espérances les plus chères, ce désappointement, qui coïncidait avec l'échec de mon premier ouvrage, fut presque aussi amer qu'un dés-

appointement personnel. Après la Révolution de 1848, je crus, à degix reprises différentes, qu'il allait être réparé. Je le crus fermement à l'époque où M. le comte de Falloux, l'ami intime de M. de Montalembert, devint ministre de l'instruction publique, et je suis sûr que ma confiance n'eût pas été trompée si les événements ne s'étaient pas précipités avec tant de violence. Enfin je crus plus fermement que jamais à la réalisation, et même à la réalisation immédiate de mon désir patrio-" tique, le jour où j'appris que M. Fortoul venait d'être chargé du ministère duquel dépendait la mesure que je sollicitais de tous mes vœux.

Illusion bien étrange sans doute, mais illusion bien naturelle pour quiconque était au courant des services antérieurs du candidat. Non-seulement il avait voyagé en Allemagne, comme M. Cousin, mais il la connaissait beaucoup mieux que lui, il l'avait étudiée plus à fond, et surtout il n'avait pas passé aussi dédaigneusement que son prédécesseur devant les ateliers des artistes. J'avais lu, près de vingt ans auparavant, son ouvrage sur Y Art en Allemagne, et quoique la dédicace à son oncle Manuel m'eût un peu effarouché, il m'était resté de cette lecture une demi- satisfaction d'amour-propre, comme si j'avais découvert dans l'auteur, ou du moins dans certains chapitres de son livre, un écho affaibli de certains chapitres du mien. C'était évidemment une illusion de ma part ; mais c'était une illusion dont je ne pouvais guère me garantir, quand je lisais les lignes respectueuses qu'il a consacrées à l'école ombrienne et dans lesquelles il constatait que les artistes sortis de cette école, après avoir été longtemps accablés par le mépris

ou par le silence, avaient reçu de nos contemporains une illustration tardive et méritée (1).

J avais donc de très-fortes raisons d'espérer que les souvenirs rapportés d'Allemagne par M. Fortoul ne seraient pas aussi stériles que ceux de M. Cousin, et qu'à défaut de la compréhension philosophique qui dépassait évidemment sa portée intellectuelle, il trouverait dans sa compréhension esthétique un mobile suffisant pour risquer quelque innovation analogue à celles qui avaient tant contribué au mouvement de régénération dont il avait été témoin pendant son voyage d'outre-Rhin. Malheureusement ce n'était qu'un goût superficiel qui n'était pas fait pour survivre à la publication de son livre, et dont en effet il ne restait plus aucune trace, quand il fut en son pouvoir de mettre en pratique, dans son propre pays, les idées qu'il y avait importées lui-même d'un pays étranger. Et non-seulement il n'en restait plus aucune trace, mais le ministre sembla ne plus aspirer qu'à se mettre en contradiction avec lui-même et avec les lois et usages qu'il avait tant admirés dans les universités germaniques. D'ailleurs, de quel intérêt pouvait être l'enseignement de l'idéal, sous quelque forme que ce fût, pour le prosaïque inventeur du système de la bifurcation des études?

Faut-il conclure de tous ces échecs successifs et de tant d'autres qui les ont précédés, que l'idéal, ou du moins l'idéal esthétique, est une plante qui n'est pas faite pour prospérer sur notre sol, ou que, si elle réussit

(1) De l'art en Allemagne, vol. 3, p. 30.

quelquefois, cultivée par des mains habiles» c'est au moyen d'une température artificielle et, pour ainsi dire, en serre chaude? Il est certain que celui ^qui serait assez dépourvu d'amour-propre national pour soutenir cette hypothèse, trouverait dans nos annales littéraires des deux derniers siècles, plus d'arguments qu'il n'en faudrait, sinon pour la justifier complètement, du moins pour la rendre très-plausible. Prenez, l'un après l'autre, tous les grands écrivains dont le génie a le plus contribué à faire resplendir le règne de Louis XIV, et mesurez la place que l'art a occupée dans leurs écrits, même quand ces écrits sont aussi volumineux que ceux de Fénelon, de Saint-Simon et de Bossuet; cette place est à peu près imperceptible. Et cependant si quelqu'un était appelé, par droit de conquête et par droit divin, à planer à toutes les hauteurs, n'était-ce pas à l'aigle de Meaux, à celui qui planait si bien dans la sphère de l'idéal ascétique (1), que ce privilège devait appartenir? Oui, mais entre cette sphère et l'autre, il y avait une ligne de démarcation que Bossuet lui-même ne put pas franchir; ou, s'il s'aventura quelquefois au delà, ce fut au risque de compromettre, s'il y avait eu des juges compétents, l'espèce d'infaillibilité doctrinale qui était son apanage en d'autres matières. Qu'on se figure, par exemple, l'effet que produirait sur des lecteurs ou des auditeurs d'aujourd'hui, ce programme tiré du Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même :

« Les arts diffèrent d'avec les sciences en ce que,

(1) Voir surtout l'admirable discours qu'il prononça pour la prise d'habit de M"* de la Vallière. C'est ce qu'on peut appeler le sublime du genre,

MON RETOUR 4 J/4BT CHRÉTIEN. i$7

(i premièreflafiqt, il$ npus font prpduire quelque pu- « vrage sensible, ou bieq que les science eiarpe^f seua lement ou règlent |es opérations intellectuelles; pt a secondement, en ce que les arts travaillent eq fpatièrp « contingente.

« J^ps prmpipaux arts spnt : la grammaire, qui fait .«parler pQweptemppt; h rhétorique, qui fait p$r}pr a éjoquepurçeni; la poétique, qpi fait pq.rjer divinp- « nient et comme si ou était iqspiré. La sculpture et « la peinture qui, pp imitait je patine}, nacpflpaisseat «qu'elles dpmeurepf; bpaupopp ai*TdpssQp§... (3 mu- « sique, l'architecture, h flajécapiqpp, r^r^njé^ique, « la médecine et ses dépendances.... »

Voilà ce qu'il japppllp Je§ ar(s libéraux.

Maintenant, si l'on passe de ^ossijet à Fiépriv^in doublement officiel qui, au point de yue fje J'arf, piarque jp. trapsitjpp du xyn e siècle au xyui 8 , je vepx/chrp si Von passe à l'abbé Dubos qui avait voyagé /comme diplomate dans prpsque Jtpute l'Europe et qui dpvait être un des oracles de l'Académie française, ppisqp'Jl eQ était ]p secrétaire perpétue), oq trppvera certainement un progrès, puisqu'il ps|tr,auteur d'un ouvrage spécial sur h pPjésip, la peiptppe et la musique; seulement je 'était un progrès en largeur plutôt qu'ep hauteur ou en prpfoudeur, et il fallait qup Jps 4 apadémicipps ses confrères fussept ou jtrèsrpeu yeuses dpps cptjte Jftaitèjre pp Jr&sdisppsés à rindulge^c^, ppijir applaudir, corn nie ^s le i]m4? à «cette entreprise ic^rienne. Mais les conservateurs du temps, c'est-à-dire les littérateurs qui tenaient h passer pour orthodoxes, trouvaient dans l'abbé Dubos un corps de doctrines qu'ils croyaient pouvoir opj^pser

victorieusement à celles de l'école philosophique qui commençait dès lors à les déborder. Aussi était-il, pour la plupart d'entre eux, une sorte de prophète, et son livre une sorte d'Évangile esthétique dont ils respectaient la lettre presque autant que l'esprit. Les plus avancés disaient avec lui que le sens des peintres gothiques était grossier, comme leur art, même à la fin du xv e siècle, qu'à cette même époque, les artisans (c'est son terme favori) n'avaient pas encore le moindre feu ni la moindre étincelle de génie, enfin qu avant Jules II, les papes, aiec toutes leurs libéralités, ri avaient pu faire prendre l'essor à aucun artisan (1).

Au moment où l'abbé Dubos mourait, c'est-à-dire vers le milieu du siècle, l'école qui poussait à la rupture avec toutes les traditions dont l'art avait vécu, voyait déjà presque toutes les barrières s'abaisser devant elle, et le goût national allait subir une épreuve donl, hélas! il ne devait pas sortir victorieux. La lutte était trop inégale pour pouvoir durer longtemps, et les nouveaux législateurs du Parnasse, procédant aussi par voie d'annexion, étendirent leur autorité du domaine de la littérature à celui de l'esthétique qui, dans aucun temps ni chez aucun peuple, n'avait été souillé par de pareilles profanations. C'est même au point qu'il est difficile de flétrir leurs auteurs, autant qu'ils le méritent, à cause de l'impossibilité où Ton est de reproduire le langage cyniquement blasphématoire dont ils se sont servis, toutes les fois qu'une question accidentelle, rela-

(1) Réflexions critiques sur la poésie, la peinture et la musique, t. II, p. 184.

tive à un produit de l'art chrétien, leur en fournissait l'occasion. Mais leurs contemporains étaient aguerris contre ce genre de faiblesse, et il y a telle page de Diderot dont nous aurions quelque peine à continuer la lecture jusqu'au bout, et qui trouvait alors, dans les régions sociales les plus élevées, non-seulement des lecteurs, mais des lectrices enthousiastes qui poussaient quelquefois l'impudeur jusqu'à se parer de leur enthousiasme.

La thèse favorite de Diderot, la thèse qui lui a valu le plus de partisans parmi les lettrés de son temps, est celle de la supériorité absolue de l'art païen. C'est aussi celle où il s'est livré avec le moins de contrainte au dévergondage de son impure imagination. Le sujet y prêtait plus qu'aucun autre, et il n'était pas homme à laisser passer une si belle occasion (1).

Quant à Voltaire, qui fut son rival, et même quel? quefois son rival heureux dans ce genre d'exploits, ce n'est pas d'après la valeur de ses ouvrages didactiques qu'on peut le juger, puisqu'il n'en a composé aucun ; mais les questions d'art et les appréciations qui s'y rapportent reviennent si souvent dans sa critique littéraire et surtout dans sa correspondance, qu'on peut aisément se faire une idée plus qu'approximative de sa manière de voir et de sentir en pareille matière. Ou plutôt on pourrait substituer à ce procédé de juxtaposition un procédé d'induction et se donner à résoudre le problème suivant :

Étant donné le poëme de la Pucelle, trouver le sys-

(1) Voir son ouvrage, intitulé : Mes pensées bizarres sur le dutin.

tëme d'esthétique le pltife ert hartiionie avec les inspirations de Fauteur ? La solutioh à priori que Ton obtiendrait ainsi; ha différerait que pour les détails, de celle dont la lecture de ses œuvres fournirait les éléments. C'est tout aussi itnpie qiie Diderot, et ce n'est pas moins obsfcènë. On dirait même qu'il y a$ entre ces deux champions de la même cause ^ une émulàlioh persistante d'impiété et d'obscénité» C'était en fcfcla que leur accord était le plus complet, et leur notion de l'idéal dérivait dé la mêuie source. Potir Didferbtj « l'homme idéal est * celui que la nature à fbrnlé pour remplir le plus aisé- <t nient possible lés deux graiides fonctions de la vie, la a conservation de l'individu et là propagation de l'espèce (1). » Pour Voltaire* le beau c'est 1(b nu et rien que le nu. C'est là l'idéal dont il ne peut se Rassasier et dont l'image le poursuit jusqlie dans sa retraite de Fferney. C'était sa nièce, M ml de Fontaine, qui était chargée d'entretenir et de flatter, par des dessine et des peintures appropriées à son but, cette étrange passion que le progrès de l'âge semblait plutôt irriter que calmer. « Peignez-vous d'après le nu -, » lui écrivait-il un jour dans un de ses plus frénétiques accès, « apportéz-moi surtout vos dessins les plus immodestes « pour me réjouir la vue. » Et ce qui prouve que cet appel n'avait pas été fait en vain, c'est que deux ans après, en 1758, l'oncle écrivait à la nièce : «Toutes « nos petites délices sont ornées de vos ouvres. » Enfin, en 1757, on voit que l'appétit lui est venu en mangeant, car il veut que M m6 de Fontaine s'àdjoigde debx auttes

(1) Lettres à Sophie. L. T7.

artistes pour copier ce qu'il y a de plus beau et de plus immodeste dans la galerie du duc d'Orléans. Non-seulement elle se prête à ce désir avec une docilité touchante, mais elle ehchérit sur les suggestions de son oncle en y ajoutant les siennes qui sont marquées au même coin. Le vieillard en est ému, peut-être jusqu'aux larmes. « Votre idée, » lui^dit, « de faire peindre de belles nu- « dites d'après Naloire et Boucher, pour ragaillardir a ma vieillesse, est d'une âme compatissante? »

Voilà où en était notre esthétique dans la dernière moitié du xvm e siècle; car il ne faut pas oublier que toutes ces citations sont empruntées aux deux écrivains les plus accrédités en matière de goût, non-seulement parmi leurs contemporains* mais aussi parmi les générations suivantes, malgré le spectacle de réaction philosophique, littéraire et religieuse dont elles furent témoins il y a cinquante ans* réaction nécessairement incomplète, tantque l'esthétique n'y était pas comprise. Nos premiers philosophes réactionnaires, dans l'acception la plus légitime dii mot, comme Royer-Collard et Laromiguière, avaient une sorte d'excuse dans l'ignorance où on les avait laissés de là révolution qui s'opérait chez nos voisins d'outre-Rhin^ et qui semblait avoir pour principal résultat, du moins dans l'école de Scheiling, de mettre la science du beau au-dessus de toutes les autres sciences. M. Cousin qui faisait, dès 1820, des pèlerinages philosophiques en Allemagne, aurait pu rapporter de Berlin ou d'Heidelberg quelque chose de mieux que ce que nous connaissons de lui sur cette matière, à laquelle il avait eu cependant une si belle occasion de se faire initier un peu davantage. Mais il

est probable qu'il ne remplissait pas, au degré voulu, les conditions psychologiques sans lesquelles tout essor soutenu vers les régions de l'idéal est à peu près impossible. Un seul, entre tous ceux qui s'attachèrent à sa fortune philosophique, aurait pu remplir cette lacune : c'était le mélancolique Jouffroy qui, par une exception probablement unique parmi les candidats au doctorat, avait pris pour sujet de ses deux thèses le beau et le sublime, comme s'il avait voulu signaler aux arbitres de sa destinée universitaire la voie dans laquelle un instinct secret lui disait d'entrer. Il y entra en effet, mais ce fut, pour ainsi dire, en contrebande et sans aucun des encouragements qu'aurait dû lui attirer, de la part de ses supérieurs, la spécialité de sa vocation. Il y eut donc, grâce à lui, dans la capitale de la France, un vrai cours d'esthétique, mais suivi seulement par une douzaine d'auditeurs qui se réunissaient, à jour fixe, dans une petite chambre de la rue du Four, comme s'il s'était agi de renseignement de quelque science occulte. Parmi les initiés, il s'en trouva plus d'un que la révolution de 1830 transforma tout à coup en hauts fonctionnaires de l'Université, sans que cette transformation avançât en rien la cause, désormais impopulaire, de l'esthétique. Le maître lui-même se laissa gagner par la contagion des discussions parlementaires, et il perdit si bien de vue celte science qui avait été, pour ainsi dire, son premier amour, qu'il ne paraît pas avoir songé à user de son influence ou de celle de ses amis pour lui faire accorder droit de cité dans la république universitaire.

Peut-être cette exclusion, qui ne pouvait pas être for-

tuite, tenait-elle à des susceptibilités d'amour-propre que la comparaison de nos essais philosophiques avec les systèmes compactes des penseurs allemands, avait éveillés. Chez ces derniers, l'esthétique formait partie intégrante de ces systèmes, au moins de ceux auxquels les noms de Kant, de Hegel et de Schelling ont donné une importance contre laquelle il serait inutile de protester. Mais s'ils ont eu raison philosophiquement parlant, d'assigner à la perception du Beau un rôle corrélatif à la perception du Vrai dans les facultés de l'âme, il s'ensuit que tout système qui ne tient aucun comple de cette corrélation, doit être nécessairement incomplet, et qu'il n'y a pas d'enseignement supérieur qui mérite vraiment cette qualification, du moment où cet ordre d'idées s'en trouve systématiquement exclu. Cette opinion est si bien établie dans les universités allemandes, qu'il n'en existe peut-être pas une seule qui ûe soit pourvue de son professeur d'esthétique, indépendamment des cours publics ou particuliers qui se font sur l'histoire des beaux-arts, laquelle est regardée avec raison comme le complément indispensable de l'histoire littéraire. En effet, si la littérature nous intéresse comme manifestation spontanée du génie des peuples, l'art doit nous intéresser au même titre, d'autant plus que l'une et l'autre se nourrissent des mêmes inspirations, et que les symptômes qui accusent la décadence de Tune sont aussi ceux qui accusent la décadence de l'autre. Je dirai plus, c'est que la parfaite intelligence des œuvres d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide est impossible à quiconque ne comprend pas celles de Phidias, de Polygnote et de Polyclète. Outre

les classique en vers et en prose, il y a aussi Jes classiques en marbra, on du moins leurs reproductions qui, si Ton savait s'en servir, seraient im excellent commentaire aux poésies d'Homère et de Virgile. Une corrélation du même genre serait facile à établir entre Dante et Pétrarque d'une part, Giûtto et Simon Memmi de l'autre, et pourrait se continuer ainsi, de siècle en siècle, jusqu'à l'époque de la décadence commune des arts et &g$ lettres. Quel fruit n'y au rai Ml pas à tirer de ce genre de rapprochement, je ne dis pas seulement pour compléter, mais même pour inaugurer ce qu'on appelle l'éducation classique de la jeunesse, et quel dommage que rérainent artiste qui dirige, avec une si rare compétence, notre École des beaux-fls, ait échoué dw& ]a tentatiye faite p$r lui, il y a deux ou trois ans, auprès du ministère de l'instruction publique, afin d'obtenir qu'il y eût dans la bibliothèque 4e chaque collège h défaut (Je quelque chose de mieux, un exemplaire de Y Art chrétien, pour le cas où un professeur de rhétorique ou de philosophie &p sentirait Ja vacation d'initier ses élèves on de .s'initier lui-même à cette scjenee dn b#0n dont rien, dans tes traditions universitaires, ne lui faisait soupçonner l'importance {l).

De cette init#t/pn jéjjépft&n taire à la fondation 4e chaires spéciales, il #'y ^rait eu qu'un pas, et ce pjas ne pouvait manquer 4'être bientôt franchi, m vertp de x# même mouv,eme# 4 t ascendant qui aboutit à ce qu'on

(1) l/etyqtfjpn fatfe à }f. £uiUawne (car le iqqjpur comprend qjie c'est 4e lui qu'il est question) est trop curieuse punr être passée sous sMe/ice. «^.'arl chrétien! y pensez-vous? le substantif, encore passe ; mais avec un pareil adjectif, il n'y « rien t fairt.

est convenu d'appeler les /mutes études dans le domaine des sciences, comme dans celui des lettres, comme dans celui de la théologie où elles sont plus hautes que partout ailleurs. De cette manière, nous aurions eu aussi etnou6 aurons peut-être un jour les hautes études esthétiques, et sans prétendre nous élever à la hauteur où sont parvenus, dans cette direction, les fondateurs des grandes écoles philosophiques et les continuateurs de leurs doctrines, nous pourrons voyager en pays étranger, sans entendre ces humiliantes exclamation de surprise auxquelles donne lieu, delà part de nos rivaux en progrès intellectuels, l'aveu de notre ipdiffé* rence ou peut-être de notre inaptitude à ce genre d'études; encore si nous n'avions à nous incliner que devant la suprématie germanique fondée sur un droit d'aînesse universellement reconnu; mais ce n'est pas seulement dans les universités de Prusse, de Saxe, de Bade, de Wurtemberg, de Bavière ejt d'Autriche, que nous trouvons la science du Beau formant la matière d'un enseignement officiel qui ne cesse de porter ses fruits. Il y a quelque chose de bien autrement blessant pour notre amour-propre national dans le succès avec lequel M. Gortz, à Moscou, et M. Gornostaeff, à Saint- Pétersbourg, traitent le même sujet devant des auditeurs qui les comprennent aSsez pour entretenir le zèle de ceux qui les instruisent et pour développer en eux-mêmes, autant que leurs études antérieures le permettent, les germes latents que la culture esthétique a pour mission de faire éclore et que l'on dit être un des apanages distinctifs de la race slave.

Enfin la race anglp-sa&cmne, Après avoir commencé

par s'assimiler peu à peu les conquêtes de l'érudition germanique, a fini par tourner aussi ses yeux de ce côté-là, et M. Gladstone vient d'acquitter son ancienne dette envers l'université d'Oxford, en y envoyant un professeur non moins original que fécond (M. Ruskin) pour remplir une lacune depuis longtemps signalée. De plus, tout annonce que l'exemple donné par la mère patrie ne sera pas perdu pour la branche transatlantique de la môme famille, et, pour peu que les circonstances soient favorables aux inspirations patriotiques que nous avons vues poindre dans des âmes bien dignes d'une pareille mission, nous ne tarderons pas à apprendre que des institutions analogues à celles dont l'Allemagne a donné le premier exemple ont été ou vont être fondées dans les États-Unis d'Amérique, ce qui nous permettrait d'espérer que le souvenir des innovations que nous avons jadis empruntées à ce pays nous donnera le courage de lui emprunter aussi celle-là.

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