‹ Epines et fleurs ou Passe-Temps poétiques [microforme]Chapitre 46 sur 47 · L'ADIEU · texte numérisé non relu

L'ADIEU

D'où viennent ces accents ou plutôt ces sanglots,

Semblables aux accords des harpes qui se brisent ?

Entends-je l'ouragan qui soulève les flots,

Ou la voix des mortels alors qu'ils agonisent ?

C'est le cri du départ! C'est le chant des adieux! C'est le funèbre glas dont la plainte expirante Va partager mon âme en ce jour douloureux,

Et briser de ma main l’étreinte caressante!....

Cruel adieu! tu viens, comme l'aigle descend Sur sa proie, assaillir de tes coups les doux charmes De nos affections; et tu pars, ne laissant

Que du deuil dans le cœur, et dans les yeux, des larmes.

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larmes.

Al! que j'ai rencontré de visages amis, De cœurs tout débordants d'amour et d'innocence! Célestes visions de mes obscures nuits!

Astres d'or s'élevant sur ma triste existence!

Mais à peine, au banquet de la franche amitié, M'étais-je assis, joyeux et des fleurs sur la tête, Que déjà le destin m'arrachait sans pitié

Le calice enivrant de l'ineffable fête...

Faut-il donc tout laisser? Mes rèves de bonheur, Ueux-là que j'appelais les âmes de mon âme?

Dans ce monde si froid, faut-il que dans mon cœur

Ne s'allume jamais aucune pure flamme ?

La vie est une chaîne, une chaîne d'amour, Brisée à chaque nœud: des anges, à l'aurore, Accompagnent nos pas; avant la fin du Jour,

Hélas! l'isolement renaît plus grand encore...

Il n'est donc ici-bas que séparation !

J'ai vu le fruit laisser la branche verdoyante, L'étoile, le ciel bleu, l'épi, le frais sillon,

La brise du printemps, la rose souriante!

J'ai vu l'esquif laisser la vague qui frémit,

L'oiseau, son lit moëlleux, le buisson, sa couronne,

Le jeune enfant, sa mère, et l'ami, son ami!

J'ai vu cette heure amère aù tout nous abandonne!

Pourquoi rompre, Ô mon Dieu, tous ces chastes liens, Ces germes qui croissaient sur une même tige, Et disperser de ceux dont je me ressouviens

Avec ravissement jusqu'au dernier vestige ?

Ah! c'est pour nous donner, de ce triste vallon, L'éternel rendez-vous au séjour d'allégresse: Pour nous faire goûter de la réunion

Les délices sans fin, l’intarissable ivresse!

Car il est, par delà les soleils enflammés, Une riante plage où l’amour nous convie, Où fleurissent les cœurs sous des regards aimés,

C’est là qu'est le bonheur! C’est là qu'est la patrice!

ronne,.

donne!..:

tes liens, :

e, LARMES on, | A MA SŒUR M** Ma sœur, si les pleurs Ranimaient notre argile morte, Ainsi que la rosée apporte | Une nouvelle vie aux fleurs, és, Tu reverrais, de bonheur ivre, atrie ! Ton enfant revivre!

Comme d'un sommeil, I s'éveillerait pour te sourire, Entrouvrant sa lèvre de myrrhe; Et tu dirais: c'est son teint vermeil,

C'est son œil où le mien se mire!

F1 vit! il respire!

Hélas! au tombeau

Pas de germe qui puisse éclore.

Oh! rien qui ne renaisse encore Au sein de ce triste berceau

IT ne sort jamais de ses langes

Que l'aile des anges!

Et dans leur essor Ils emportent bien loin les âmes De ceux qu'ici-bas nous aimâmes.

Comme la chrysalide d'or Qui cherche en déployant son aile

La voûte éternelle.

Mais répands, ma sœur,

Ces pleurs dont ton âme est chargée:

Tu te sentiras soulagée Du poids glacé de ta douleu: :

Le ciel sombre se fond en pluie

Pour que l'ombre fuic.

Coulez de nos cœurs, O larmes, suave rosée

. Et sur la joue hâve et creusée

Laissez d'immortelles douleurs, — Comme au bronze que l'on cisèle, —

L'empreinte mortelle,

Car le cœur humain Qu'est-il? qu'une source de larmes Qui se gonfle avec nos alarmes:

Et dans la joie ou le chagrin Qu'un être chéri naisse on meure

Ah! toujours il pleure!

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