Zolkiewski, p
S. H ae faut pas cependant s^exagérer ce danger. Les deux commandants du détachement, les panes Zborowski et Stadnicki, étaient de braves gentilshommes qui certainement n'auraient pas maltraité Mniszek , et il est douteux qu'à Touchino rimposteur eût osé se porter à des violences en présence de Rozynski, de Sapieha et des autres capitaines polonais.
qu'elle exprime à son père exclut l'idée d'un dévoue» ment filial. D est tout aussi difScile de lui supposer une ambition élevée. Ce n'était ni une Sémiramis ni une Catherine II j cette jeune femme qui créait à son premier mari de graves embarras à propos d'un costume de cour ou du talent d'un cuisinier. Dans le rôle de tsarine , elle voyait surtout les diamants et les robes de brocart; et, dépourvue d'un noble orgueil , elle avait seulement assez de vanité pour n'oser reparaître en Pologne, aux yeux de ses compagnes dont, quelques mois aupararant^ elle excitait l'envie. L'imposteur avait été habile en lui montrant la honte et le ridicule l'attendant au château de Sendofuir: elle préféra sejeter dans le campde Touchino. Cependant elle avait ses scrupules y et elle stipula, cVi rassure du moins , qu'un mariage secret serait célébré 9 et que le nouveau Démétrius ne pourrait réclamer ses droits d'époux avant d'avoir conquis la couronne des tsars*. Cette condition acceptée aussitôt ne fut pas observée, car Marine eut un filS|
1. Baer, p. 140, 153. — Maskiewicz, p. 14. — C'est par la lecture des IcUrcs de Mariue à Moiszek que Je me suis fait UDe idée du caractère que je viens d*esquisser. La traduction très-littérale de deux de ces document permettra au lecteur d^apprécier la justesse de mes conjectures. Eiiùnt g&té, élevée
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et ne rentra dans Moscou que chargée de chaînes. Quant à Mniszek, il tint la promesse faite à Basile, et
dans une cour brillante, Marine sent cruellement son changement de fbrtnne; sa vanité lui inspire une certaine résignation apathique, troublée de temps en temps par des souvenirs de sa famille et de ses jeunes années :
«N°l. — Très-gracieux seigneur et père, avec le phis humble respect, je m^offre à voire grâce.
«Je ne sais que vous écrire dans le chagrin que j*ai, tant à cause de votre départ, qui me laisse ici dans un tel moment, mon gracieux seigneur et père, que parce que je ne vous ai pas demandé, comme j^aurais voulu le faire, comme j'avais Tespoir de Tobtenir, la bénédict on de votre bouche paternelle. Mais, sûrement je n*en étais pas digne. Maintenant, par celte lettre, tombant à vos pieds, je vous demande d'abord avec larmes, que si jamais je vous a* donné quelque mcjontenlemenl par imprudence, Tolie de jeunesse, mauvaise passion quelconque, vous daigniez me le pardonner, mon gracieux seigneur et père, et envoyer voire bénédiction paternelle à votre fille demeurée dans risolement et la désolation. Je Thonorerai comme le plus grand bonheur. Je vous supplio humblement de n<) |)as m^oublier, non plus que les afTàires que j*ai en Pologne et que vous n*avez ()u terminer avant votre départ. Lorsque vous écrirez au tsar, souvenez-vous de moi, afm que J*aie gr&ceel honneur auprè3*de lui, et de mon côlé, mon cher père et seigneur, je vous promets de faire tout ce que vous désirez et de me conduire selon votre commandement. Ko* morski ne part pas encore , et je pense que son voyage est relardé, jusqu^à ce quMI soit décidé s'il quittera le Isar. Il est clair quMl n*est pas facile de le quitter de si tôt. Je vous prie, mon cher père , de m*envoyer douze aunes de velours noir
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s'il ne cessa pas complètement toutes relations avec sa fille f du moins il ne parait avoir éprouvé que de l'aversion pour son nouveau gendre. Dégoûté de la
pour un6 robe d*éié pour le carême. (Le carême russe. Probablement elle Jouait à TouebiDO la même comédie qu*à Moscou, et le faux Démétrius Tobligeait à suivre les pratiques de l*église grecque.) « Écrit du camp devant Moscou (Touchino), 96 janvier 1609.
« Marine , tsarine de Moscovle. »
m PS» Mou très-cher père, je n*ai ni malle ni cassette. Je vous prie de m*en envoyer cet hiver. Je vous expédierai toutes les aflkîres qui m*ont été communiquées par mon frère, avec on état. »
N*8. — Très-gracieux seigneur et père! avec le témoignage de mon plus humble respect , je m'offre ardemment à votre gr&ce paternelle.
« Depuis si longtemps j'avais Tespoir que vous seriez heureusement et en bonne santé sorti de Russie, et rendu auprès de Madame ma mère. Maintenant j*ai appris que vous n'étiez pas encore arrivé chez vous. Gela m*inquiète et m'étonne. Je ne sais pas encore avec certitude où vous êtes et en quelle situation. Je suppose que vous avez été retenu, ou par les devoirs de la dièle, ou par les ordres de S. M. C'est pourquoi, Je vous en supplie très-humblement par votre amour pour moi, ne manquez pas de m*informer de votre situation et particulière* ment des aff'aires de Russie. Elles dépendent de vos efforts, et c*est en cela qu'est toute mon espérance. Je voudrais, mon cher père, vous donner quelque bonne et heureuse nouvelle, mais je n*ai rien à vous mander, sinon que les affaires sont dans l'état où vous les avez vues. L'armée polonaise est arrêtée pour un temps. Elle manque de solde, jusqu'à ce qu'il
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Russie , pleurant peut-être ses rêves ambitieux , il s'empressa de retourner en Pologne , et désormais ne prit plus une part active aux affaires politiques *. L'arrivée de Marine au camp de Touchino , suivie de la reconnaissance tant bien que mal jouée des
plaise à Dieu d^amener laconclasion désirée. M. le Hetman (le général Rozynski ) a été blessé dans une affaire sous Moscou» mais grâce à Dieu, il n*y a pas de danger. Je vous apprendrai que je me porte bien, et m*offrant avec affection à votre amour et bonté paternelle , vous prie humblement de ne pas me les retirer.
« Du camp devant Moscou, 33 mars 1609
« Marine , tsarine de Moscovie. »
A cette lettre est joint un billet qui semble y avoir été glissé furtivement.
« Je ne sais que vous dire de nos affaires , sinon qu*il y a retard de jour en jour, et rien pour en finir. On se conduit avec moi comme loreque voue y éliez^ mais non pas comme on Vavait promis au moment de votre départ, ( N*est-ce pas un allusion à la promesse exigée de Timposteur et mentionnée par Baer et Maskiewicz? ) Je vous en écrirais plus long, mais le chambellan est pressé et j*écris à la hâte. Je ne puis vous envoyer des gens à moi, car il faudrait leur donner à manger, et je n*eç. ai pas le moyen. Je me souviens, mon cher père, des bons saumons qu*on accommodait chez vous, et du bon vin vieux qu'on y buvait. Ici je n*en ai pas. Si vous en avez, je vous supplie tiès-humblement de m'en envoyer. »
Ces deux lettres autographes sont conservées aux archives impériales de Moscou. Gos. Gramoty, II, p. 350 et 359.