‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 118 sur 150 · Ba^r, p. lU · texte numérisé non relu

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occupé de lui plaire , un bandit grossier, jouet d'intrigants ambitieux. Marine avait dans le cœur des sentiments assez délicats pour sentir toute Tamertunie de son sort, mais en même temps assez de vanité pour s'y résoudre et s'y résigner. Parfois elle avait des bouffées d'ambition qui lui donnaient de l'énergie ou de l'adresse pour dominer îon nouvel époux et le relever un instant aux yeux de ses sau* vagcs compagnons; mais chez elle ces mouvements généreux étaient passagers comme des caprices , et bientôt^ désespérant de faire un roi du complice que la fortune lui avait donné , elle retombait dans un découragement apathique. Cependant Talliance de Marine avec l'imposteur ne fut pas sans importance sur le destin de la RusîJie. Jusqu'alors celui-ci avait été un instrument dans les mains des généraux polonais. Humble et docile comme un misérable devant des princes et des gentilshommes, ilieur avait longtemps obéi en toutes choses. Marié à une grande dame, il en prit quelque fierté, et s'aperçut qu'il pouvait être un personnage. Ses tuteurs ne tardèrent pas à le trouver moins traitable. Malheureusement lorsqu'il prétendait exercer son pouvoir, c'était pour ordonner des supplices. Marine sut quelquefois adoucir cette nature brutale, et souvent ses prièref

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et ses larmes sauvèrent des infortunes voués à une mort cruelle.

On a vu qu'au lieu d'assaillir Moscou après la victoire de Volkhof , les généraux polonais s'étaient contentés d'en faire le blocus. Us voulurent l'affamer ens'emparant des villes voisines , ou plutôt en les dévastant. Parmi les places les plus importantes de la Russie centrale , à cette époque , on comptait le couvent de Saint-Serge-de-Troïtsa , possédant cent mille paysans , habité par une communauté nombreuse et renfermant des richesses inestimables en objets d'or et en pierreries , dont les tsars s'étaient plu à décorer son église. Fondé au xiv« siècle, restauré et agrandi auxv% le couvent de Saint-Sergeétait devenu une espèce de ville ou plutôt de citadelle, entourée de fossés profonds, flanquée de hautes tours, qui pouvait au besoin renfermer une garnison considérable. €e monastère était en outre le sanctuaire le plus vénéré de Torthodoxie russe. La piété de ses religieux, le savoir de ses abbés étaient célèbres dans tout l'empire. C'est de là que partaient sans cesse des manifestes pour appeler le peuple à la défense de la religion et de Moscou , la ville sainte. Les moines de Troïtsa avaient lancé l'anathème contre le premier Démétrius pour s'être uni à une

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femme catholique et avoir conspiré la ruine de ré" glise grecque. Non moins ardents contre le nouvel imposteur, ils ne cessaient d'exhorter les fidèles à s'armer contre lui et ses alliés hérétiques , qui pillaient les églises et profanaient les tombeaux des saints. De tout temps, chez le peuple moscovite , l'attachement à la religion s*est intimement confondu avec l'amour de la patrie. Troltsa était en quelque sorte sa capitale religieuse, et pour me servir des expressions d'un de ses pieux cénobites, elle était «le soleil qui éclairait la Russie*.» L'appui des moines de Saint-Serge valait plus qu'une armée à Basile Chouiski : outre des subsides considérables , il en recevait encore une force morale qui retenait dans l'obéissance la partie la plus saine et la plus nombreuse de la nation. La perte de tels auxiliaires aurait consommé sa ruine; aussi la prise de ce monastère était-elle d'une importance extrême pour rimposteur. L'espoir d'un bulin immense eût sufiS pour attirer son armée contre le couvent de Saint- Serge ; il avait encore un grand intérêt politique à s'en rendre maître et une vengeance à exercer contre ses habitants. Enfin il était nécessaire de diviser ses

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