Ms. de Zolkiew>ki, p
a. Au|>rè8clu couvent de Koliazine. Baer, p. 15$
LBS FAUX DÉMÉTRIUS. 353
COU , aux acclamations du peuple enivré de ses succès. D'abord, Basile se montra reconnaissant et prodigue de récompenses pour les généraux qui venaient de rétablir son autorité dans une grande partie de l'empire; mais Tamour et le respect que les Moscovites témoignaient à.Skopine excitèrent vivement, dit-on, sa jalousie et sa haine. Il vit dans ce jeune homme si brave, si intelligent, si heureux dans toutes ses entreprises , un prétendant au trône , et un prétendant digne de l'obtenir. Dès lors, il s'appliqua soigneusement à lui enlever toutes les occasions d*acquérir une gloire nouvelle. Affectant de le combler d'honneurs , il le retint éloigné de son armée et trouva mille prétextes pour le garder à Moscou , et pour ainsi dire sous sa surveillance personnelle. Deux mois après son retour. Skopine, atteint d'une maladie soudaine, mourut âgé de moins de vingt-quatre ans (le 23 avril 1610). A Moscou et dans tout Tempire les regrets furent profonds et sincères; les Polonais eux-mêmes s'associèrent en quelque sorte au deuil général, car amis ou ennemis n'avaient pu connaître Skopine sans Testimer ^ On connaissait la jalousie du tsar, et le bruit public l'accusa d'avoir abrégé
t. Ms. de Zolkievski, p. il.
364 LBâ WAJÊTÊ. i>àmàwhix9.
par le poison les joucs^du jenne héaam qm Tavttt trop bien servi. C'est le sort «bs deq>oteft qu'en les rendte fiesponsables de tous, ka événements qui peuveni s'expiiqjueE par un* eriawS
1. Selon la Chronique des Troubles [Letopii o miatejakh\ p. 177, Skopiae aumt été empoisonné par sa tante Catherine, famine de Démétrius QiouiskL-- Palitsyne, p» iK)3,.sQupçeof]ft un crime, sans en nommer l'auteur. — Baer, pi 167, et Tauteur de la Chronique de Pskof (ap. Karamzine, XII, p. 1S6, et nete 5S4^) accusent formellement le tsar B^isile. — Zolkiewskr, p. 6â, dit que Skopiae mourut de la fièvre, maisque Basile fiit généralement soupçonné
La mort de Skopine privait la Russie de son seul capitaine , au moment où ses services lui àme^ naient le plus nécessaires. C'est en vain que le faux Démétriu» perdait ehamte iour de^ son prestige^ que larébelltmr, étouffée dmis le nord, était sur son dédia dans le» sud de Fempire , un nouvel adversaire entrait toul? à coup dans te fi€e> poov pointer fceoup de grâce au maHieureux Basile.
Lorsque Sigismond» apprit la mort du premier Dé^ métmis et le massacre des Polonais: à; Moscou., iî était trop occupé- ée la oonfédération dte- Sendomir pour songer' à^ in^venir àsais k» affiures de Bu»sie, maïs il) ne cessait pas- pour cela d'entretenir «ne corre9pORéance active avec* qualqnes boyairds acbefés^ ou séduit» , d de reentter des partisans, pour h jour o!l il^ lin serait permis de domier cai^ rSre à- ses projeta ambitieux. Cependant, il avail éosuté tes explications des ambassadeurs rvssesaa
356 LES FAUX DÉMÉTRinS.
sujet de Témeute de Moscou; il y avait répondu même par une ambassade auprès de Basile , et rien dans son langage n'annonçait qu'il eût des desseia^ hostiles contre la Russie. Mais, la confédération dissoute, Sigismond , se voyant à la tète d'une armée considérable, comme il arrive d'ordinaire après une guerre civile , crut le moment venu de réaliser le rêve d'Élienne Batthori, non plus par une transaction , mais par une conquête dont les prétextes ne manqueraient pas. La dynastie Yarègue était éteinte en Russie , et Sigismond , issu des Jagellons par sa mère, pouvait se prétendre héritier du tp/^ne vacant. A leur retour de Moscou , les ambassadeurs lui peignirent la situation déplorable de la Russie : afifaiblie par deux années de révoltes et de pillages continuels, haïssant Chouiski et méprisant le faux Démétrius , elle était prête , disaient-ils, à se donner à un prince qui lui rendrait Tordre et la tranquillité. £n même temps , des seigneurs russes confirmaient ces rapports et annonçaient que le fils du roi de Pologne, le jeune Wladislas, était désigné par Topinion publique pour devenir le sauveur de leur malheureuse patrie^ et qu'il n'aurait qu'à se montrer pour rallier tous les partis. On prétend même que Basile Chouiski, sans doute au moment où les succès du faux Démétrius
LES FAUX DÉMfiTRIUS. 357
rayaient réduit au désespoir, offrit à Sigismond d'abdiquer en faveur du prince royal de Pologne, pourvu qu'il délivrât la Russie du bandit de Touchino * . Si cette offre fut faite réellement , il est permis de douter qu'elle fût sincère ; mais elle prouvait la détresse du tsar et son impuissance à conserver son autorité. Toutes les incertitudes de Sigismond cessèrent. Il témoigna une indignation soudaine du
1. Baer, p. liO. Selon cet auteur, cette ouverture aurait eu lieu vers la fin de 1609 ou au commencement de 1610. Il prétend que c*est en faveur de Sigismond lui-même que Basile promettait d'abdiquer. -«- Zolkiewski, dit que ces offres furent faites à Wladislas dès avant la mort du premier Démétrius, et qu'elles furent renouvelées aux ambas:^adeurs de Sigismond à Moscou, par plusieurs boyards, entre autres par Démétrius Ghouislii, frère du tsar. Il ajoute, il est vrai, que dans la suite Démétrius Ckouiski , en présence de Zolkiewski lui-même, nia qu'il eût jamais tenu un tel langage. Zolkiewski s'en réfère aux archives de la chancellerie royale , mais je ne sache pas qu'on y ait trouvé rien qui puisse prouver une proposition formelle. V. Ms. de Zolkiewski, p. 24 et suiv. — Lubicnski, auteur d'un mémoire sur les motifs qui portèrent Sigismond à envahir la Russie, ne dit rien des prétendue<i offres de Ghouiski. ^- « Quare multi , iique primarii viri egerunt cun legatis atque aliis Polonis, quos Suiscius seroductus pœnitentia e vinculis dimiitebat, suadercnl Rcgiae Maieslali ut ad capcssendum Moiichoviticum imperium, extincla veterum Russise ducum stirpe, illi ipsi maternum genus secundum Jagellonicam domum ex eadem gente ducenti , debitum animum adjiceret. » Lubienski, op. post. 156.
3ffS ERS FAUX DÉMB'TIkltrB.
ma&sacre de se? sujefe^ à Moscoir, et aanonça. qull voulait en tirer mie écMante vengeance. En inânte temp?, il Msah revivre les prétentions âe la Pdogne sur le duché de Smekiisfc;' maîs^ d^atlleucs^ il évitait de &'eiipliqner ouvertinnsnt sur d^aaitres pcélentiens qui M étaient personneilies» La diëte partageant ies dispositions belHqaeiises *" du roi , toirt; se prépava pour la guerre ou pfotôt pour «ne expédition> qu'on ne regardait alors que comme une promenade militaire, et à la fia de septembre 1609;, aloss que Skoipine et La Gardie gu«iTo;afen<» en«ore dans le nend de la Russie , Sîgîsmond parut tout à coup devant SiBQlanfik à la tète d!uae armée, de douze miUe Bomines^;
11 avait auprès de lui pour hetman ou général de la couronne, Stanislas Zolkievu^i ,. \(ieu& guerrier, élève de Battiiori , mutilé dans fes combats, et qui, à soixante ans, alliait à la.prudeûca la plus consommée l'énergie et Paudaeei' d^un je«mei homme ^. Zol< kiewski désapprouvait rexpéditibn contre Smdfensk. Au son. avis,, c'était par la. Sév^éria qu'il fallait entrer
t, IffSv dl) Zolkiewrid-, pi 30.
91 MSiskaewiez, lUi
3. Il était; né en t9ri7. Une blessure à la jambe l^vidcranfai boiteux.
sur le terpïtoîPe tmwcovîte , et, »pfè6 avcfc tpavereé sans isombat lejs provmocfis déjà taocupëes par des troupes ipolcuaifiies à la solde -de 'rîmpoBteur-, ils^oolait qu'on se poilât rapidement sur JMbsoon poonjr prodamer Wladœlas; maisses eooiséils'nefuraeitpfis suivis. Les Potocfci, ses adveisabes dedans , l-empoartèfent auprès du roi , promettanft que âmolensk se rendrait sans ooup fàtrir. On ne tarda pas à ireconnaitre combien on s'était exagéré le découragement des Moscovites. Mauvais soldats en rase campagne, ils savaient se battre vigourensement derrière des murailles; fune indomptable opiniâtreté <leur «tenait Heu de sdence n^iftatre , et , pour franchir une bvèche , il fallait passer sur :1e cadavre du dernier de ses défenseurs. En outre, <il y avait dans Smolensk , pour voyévode , un ^omme ^de cœur et de tête , nommé Michel Cftiein , insensible aux menaces comme aux séductions des Polonais. Après quelcpiaB assauts inutiles , irrité d'une Tésistance quUl n'avait pas prévue^ SigisnffOBd oublia Ions les intérêts de sa politique pour la 'satisfaction de rtriompber dains cette espèce de duel entre Cheîn et lui. Ce duel devait durer près de deux ans.
'^invasion duiroi n'efiraya pas moins Basile que le faux DémétriuSy et tous les deux essayèrent vaine-
360 LEd FAUX DÉMÉTRIUS.
ment d'entrer en négociations avec ce nouvel ennemi. Mais bientôt les succès de Skopine rendirent uii peu de courage au tsar^ et il s'enhardit encore en voyant que le premier effet de l'intervention de Sigismond était d'obliger le bandit de Touchino à lever le blocus de Moscou. En effet, à son entrée sur le territoire russe, le roi avait fait signifier à tous ses sujets au service de l'imposteur, d'abandonner cet homme et de se rallier à l'armée devant Smolensk. Aux exilés volontaires, jadis confédérés ^ et qui avaient porté les armes contre lui , il offrait amnistie complète ^ à tous, il promettait une solde avantageuse. Ses lettres , portées à Touchino par des officiers polonais et communiquées avec quelque mystère à Rozinski, excitèrent les inquiétudes du faux Démétrius. Marine avait vainement tenté d'intéresser en faveur de son mari le nonce du pape en Pologne; ses instances avaient été inutiles, et l'imposteur n'avait pas été plus heureux en faisant donalion de la province de Smolensk à son beau-père Mniszek^ Quelques jours après l'arrivée des envoyés de
1. Gos. Gramoty, II, p. 340-849-362. La donation de SmoenskàMniszek fut peut-être faite dans Tespoir que Sigismond abandonnerait le siège de celte ville devenue propriété d*un de ses vassaux
LBS FAUX DÉMÉTRIUS. 36t
Sigismondy surpris qu'ils ne lui eussent pas encore été présentés y ii courut seul à la tente de Rozynski et le trouva sortant de table , à peu près ivre y selon Tusage des guerriers du Nord à cette époque. Aux premiers mots qui lui furent adressés, le Polonais répondit avec emportement : a Mêle-toi de tes af- « faires , coquin ! Le diable sait qui tu es. Il y a c( longtemps que nous nous battons pour toi, et nous e attendons encore l'effet de tes belles promesses. » Le prétendu tsar s'enfuit tout éperdu auprès de Marine j et tombant à ses pieds, il lui dit avec larmes : G II faut que Rozynski meure ou que je périsse ! Il « m'a traité de telle sorte , que je serais indigne de « voir tes yeux, si je ne tirais de ce traître une ven- « geance éclatante. Assurément il trame contre a nous quelque perfidie , d'accord avec son roi. Je a quitte ce camp, où je suis en son pouvoir; toi , a chère épouse, demeure, et que Dieu te soit en a aide! x> A ces mots, il prit des habits de paysan, se jeta dans un mauvais traîneau à charrier du funiier et se dirigea vers Kalouga , accompagné seulement de son bouffon Kochelef. Personne dans le camp ne sut d'abord ce quMl était devenu , et l'opinion générale était que les chefs polonais l'avaient
fait mourir secrètement pour se débarrasser d'un
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fantôme de souverain doni ils commençaient à être honteux *.
L'imposteur ne s^arrôta dans sa fuite qu'aux portes même de Kalouga. Là, dans un couvent de moines , il écrivit à la hâte la proclamation suivante qu'il envoya aux habitants : « Le roi païen ' me demande Smolensk avec la Sévérie, disant que c'est une ville à lui; mais je ne veux pas la lui céder, de peur que le paganisme ne s'y enracine. C'est pourquoi Sigismond, pour me perdre, a séduit mon général Rozynski et les Polonais de mon armée; mais vous, hommes de Kalouga, répondez-moi, me serezvous fidèles t Si vous jurez de me servir, j'irai vivre parmi vous , et avec l'aide de Dieu et de saint Nicolas et les forces de maintes bonnes villes qui tiennent pour moi, j'espère me venger et de Chouiski et des perfides Polonais. Je suis prêt à mourir pour la Foi. Secondez mes efforts; armons-nous contre rhérésie. Ne cédons au roi de Pologne ni une mai' son , ni un pieu , encore moins une ville ou une