C'est cnoc m un usage oriental
LES FAUX DéMÉTRlCS. 237
Le banquet se termina, mais il n'y eut pas de dessert. En quittant la table, chaque convive défila à son rang devant l'empereur, qui lui remettait de sa main deux pruneaux de Hongrie comme un témoin gnage de sa satisfaction ^
Deu::\ jours après , Démétrius mena ses hôtes à la chasse. Les veneurs traquèrent un ours énorme que personne n'osait attaquer. Le tsar, sautant à bas de cheval, malgré les remontrances de ses parents, prit un épieu et en frappa l'ours avec tant de force que le bois vola en éclats. D'un coup de sabre il acheva la bête, aux cris de joie des Russes, ravis de voir des étrangers témoins de l'intrépidité de leur médire *. Démétrius voulait éblouir ses hôtes de toutes les manières; son luxe barbare, ses chasses héroïques sentent fort son parvenu ; mais à sa table, où il se réserve le privilège de manger dans une assiette, on le trouve un peu embarrassé de son rôle, tandis que dans la steppe, en face d'un ours furieux, l'intrépide aventurier reprend ses avantages.
Le 12 mai. Marine fit son entrée à Moscou. Une foule innombrable s'était portée à sa rencontre. Le
1. iouroal de Marine, p. 23-S6. — Journal des ambass»» détkrs, p. tel et suiv. ^Margeret, iOOet suiv. 9. Journal do lUarine, p. 2-8.
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tsar, qui avait luiHnéme réglé aiinulieusement tout le cérémonial y siu'veilla les apprêts de sa réception. U était à cfaev:>l, très*simplement vêtu et incognito, l'étiquette Vempéchaat sans doute d'aller au-devant de sa fiancée, qui ne devait lui être présentée qu'au Kremlin. Sur le pont de la Moskva une tente magnifique avait été dressée. La tsarine, dans un carrosse traîné par huit chevaux gris poounelés, la queue et les crins teints en ronge % s'arrêta à l'entrée de la tente où elle descendit pour recevoh* les félicitations des grands dignitaires. Les harangues terminées, on la conduisit à un autre carrosse doublé de velours rouge, avec des coussins brodés de pertes, et traîné par douze chevaux tigrés. C'était un nouveau présent du tsar. Au premier mouvement qu'elle fit pour s'en approcher, les principaux boyards l'enlevèrent respectueusement dans leurs bras et la déposèrent sur ies riches carreaux de la voiture. Puis, au son des iastruments, au bniit des cloches, aux détonations de Tartillerie, elle fut menée au monastère habité parla tsarine Marfa. Elle devait y demeurer jusqu'au
1. Usnge persan. Les chevaux da schah ont la queue et les jambes peintes en rougp. Gela veut dire qu*ils reviennent de la bataille et se sont baignés jusqu^au ventre dans le sang des ennemis.
jour de son couronnement, et l'on disait au peuple, qui se gardait de le croire, que pendant son séjour au couvent elle s'instruisait dans la religion orthodoxe par les soins de sa pieuse belle-^mère ^
Si la jeunesse et la beauté de Marine pouvaient désarmer la rancune des Moscovites , son cortège suffisait à réchauffer leurs vieilles haines nationales. Autour de la fiancée marchaient les gardes du corps allemands; puis les hussards polonais de sa suite, ou qui étaient venus lui rendre hommage, tous armés de pied en cap, la lance à la main, précédés de leur musique guerrière qui jouait leurs airs nationaux comme en un jour de combat* — a On dirait qu'ils entrent dans une ville vaincue, murmuraient les Russes* Pourquoi ces cuirasses et ces lances? — Chez vous, se couvre-t-on de fer pour aller à une noce? » demandaient-ils aux marchands étrangers domiciliés depuis longtemps à Moscou* Ce fut bien pis quand les Polonais se dispersèrent par la ville pour chercher leurs logements. Tous ces gentilshommes s'attendaient à faire une campagne contre les Tartares, et chacun apportait ses meilleures armes. Onlesvoyait tirer de leurs chariots tout un arsenal. Quelques-uns