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c Envoyés du sérénissime , haut et puissant seigneur, Sigismond III, par la grâce de Dieu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanien les ambassadeurs Nicolas Olesznicki et Alexandre Gonciewski, frappent du front devant le trône de Ta Majesté césarienne. B Alors Olesznicki récita sa harangue de félicitation , dans laquelle il ne donna à Démétrius que le titre de Grand-Duc de toutes les Russies; puis il remit au secrétaire Afanassi Vlassief une lettre autographe de Sigismond pour Démétrius. Après en avoir lu la suscription, et pris l'ordre de son maître à vois basse, Vlassief répondit : « — Nicolas, et vous Alexandre, nous venons de présenter cette lettre à notre souverain (et il eut soin de répéter toute l'énumération des titres précédents); elle est adressée à je ne sais quel Grand-Duc de Moscovie. Sachez que Démétrius est César dans son vaste empire ; reprenez cette lettre et la rendez à votre maître. »
Aussitôt les ambassadeurs se récriant qu'on offensait le roi et la république, Démétrius les interrompit brusquement : a Je sais, dit-il , que ce n'est pas la coutume qu'un souverain assis sur son trône discute
1. Vlassief omettait, sans cloute à dessein, de donner à Sigismond le titre de roi de Suède et des Vandalfts qui lui appartenait.
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avec un ambassadeur; mais le roi de Pologne nous oblige à nous écarter des usages reçus. Il devrait savoir^ et l'ambassadeur qui vous a précédé aurait dû vous dire, qu'ici nous sommes non-seulement prince 9 non-seulement seigneur , mais empereur. Nous en portons le titre, non point en paroles seulement, mais en actions et avec non moins de droit que les monarques mèdes ou assyriens, ou que les Césars de Rome K Nous ne reconnaissons point d'égal dans le Nord. Nous n'obéissons qu'à Dieu et qu'à nous-mème. Tous les rois nous reconnaissent pour empereur; comment se fait-il que le seul roi de Pologne nous conteste ce titre? x>
Sans se déconcerter à cette vive sortie, Olesznicki allégua les anciens usages et cita maintes pièces diplomatiques des archives de Pologne et de Lithuanie , pour prouver que jamais Grand-Duc de Mos* €Ovie n'avait prétendu au titre de César. Puis, après avoir rappelé les services rendus par les Polonais» services payés, dit>-il, par une étrange ingratitude, il déclara qu'il allait retourner auprès de son maître et ne cacha pas qu'il redoutait les conséquences de la réception qui lui était faite.
) Ce trait d^éruditiofi est à noter.
Le tsar reprit avec vivacité : « — Nos titros sont ceux que nos prédécesseurs ont portés, et nous vous les montrerons écrits sur parchemin. En nous offensant, le roi de Pologne offense Dieu et toute la chrétienté. Mous sommes son bon voisin, son frère et son nmi, et il en use à notre égard plus mal qu'un prince infidèle ne saurait faire, t
Mniszek, présent à Taudience, et témoin de l'irritation croissante, jetait des regards suppliants tantôt sur le tsar, tantôt sur les ambassadeurs. Olesznicki, se radoucissant un peu, protesta qu'il serait désolé qu'une question de titres fit couler le sang chrétien, a — Votre Majesté, dit-il, ne doit pas ignorer que la Diète n'a point encore statué sur cette question. Elle lui sera portée : jusqu'à ce qu'elle ait prononcé, je dois m'en référer aux précédents. Je supplie Votre Majesté de permettre que cette question soit traitée dans les formes diplomatiques. »
ff — Je sais, s'écria Démétrius avec ironie, je sais que la Diète a terminé sa session.» Puis, d'un ton plus doux, il ajouta : — « Pane * Olesznicki, recevriez-vous une lettre où vos qualités seraient
1. Seigneur, monsieur, litre dû à lout gentUbomme polo* nais.
2ii LES FAUX DÉMÉTRIOS.
omises? Nous ne vous recevons pas comme ambassadeur. Comme notre ami y soyez le bienvenu. Voici' notre main.
« — Je suis flatté de l'honneur que me fait Votre Majesté, répliqua Tambassadeur reculant d'un pas» mais fi Elle ne me reçoit pas comme ambassadeur, il m*est impossible d'obéiraux ordres de Votre Majesté.
— Comme ambassadeur, soit! » s'écria Démétrius en lui tendant la main avec impatience , et le Polonais la baisa selon le cérémonial accoutumé. Alors Vlassief décacheta la lettre de Sigismond, la lut à voix basse au tsar , puis , s'adressant aux ambassadeurs * a — Bien qu'il y eût lieu, dit-il, de ne pas accepter cette lettre à cause de Tomission des titres dus à l'empereur mon maître. Sa Majesté césarienne veut bien oublier l'offense en considération de son mariage. Elle reçoit la lettre du roi et accueille ses ambassadeurs. Mais dites à votre maître qu'il n'envoie plus de semblables lettres : elles ne seraient pas reçues. »
Les ambassadeurs s'assirent, et Vlassief après eux, qui, sur l'ordre du tsar, remercia le roi de Polofçne du consentement donné par lui au mariage de la fille du palatin de Sendomir. « Le conseil de Sa Majesté césarienne, ajouta-t-il, conférera avec les ambassadeurs sur les affaiœs internationales. »
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Les discussions d'étiquette n'étaient pas terminées. Olesznîcki prit la parole pour rappeler que, selon un ancien usage, les souverains de Russie s'informaient, auprès des ambassadeurs admis en leur présence, de la santé de Sa Majesté le roi de Pologne , et qu'en fiiisant cette question ils se levaient.
— Ck)mment se porte Sa Majesté? demanda Démétrius avec cette pétulance qui lui faisait enfreindre à chaque instant l'étiquette qu'il prétendait établir.
L'ambassadeur répondit : a — Sa Majesté se por^ tait bien et régnait glorieusement quand nous avons quitté Varsovie; mais permettez-moi de faire observer à Votre Majesté que c'est en se levant qu'Elle aurait dû nous faire cette question. »
a — Seigneur Olesznicki, répondit le tsar, chez nous' l'empereur se lève, mais après avoir fait la question. I» Et il se leva à demi sur son trône , en ajou» tant : « Nous nous réjouissons que Sa Majesté jouisse d'une bonne santé. »
C'est ainsi que finit Taudience. On offrit aux ambassadeurs de riches présents et on les invita à dîner , mais ils s'excusèrent et retournèrent à leurs quartiers assez mal satisfaits*.
1. Journal de Marine, p. 8S-iO. — Journal des ambassadeon poloaaif^ p. 127 et suiT.
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Je crois qu'on se ferait une idée inexacte du caractère de Démétrius, si l'on n*attribuait qu'à la vanité puérile du parvenu cette obstination à faire reconnaître des titres auxquels^ malgré ses affirmations, les précédents diplomatiques ne lui donnaient aucun droit. Il me semble y voir Tindice d'un projet politique qui y s'il ne fait pas grand honneur à sa loyauté , prouve du moins qu'il se préoccupait de rindépendance de son pays et de la grandeur de son rang. On n'a pas oublié les promesses faites à Sigismond par Démétrius ^ lorsqu'il n'était encore que rhôte et le protégé des princes Wiszniowiecki et de Mniszek. Il avait souscrit de sa main la cession de Smolensk et d'une partie de la Sévérie. Un jour, évidemment, il allait être sommé de tenir ses engagements. Le moyen de s'y soustraire, c'était une rupture avec Sigismond, ou du moins une discussion qui lui permit de gagner du temps dans des argumentations frivoles. Malheureusement sa pétulance naturelle remportait malgré lui, et lui donnait du désavantage dans une lutte de formalités avec de vieux diplomates. Des historiens polonais l'ont accusé d'avoix!, dans le même temps, fomenté des troubles dans la république, et d'avoir envoyé secrètement des secours à une Confédération , c'est-à-dire une
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insurrection armée contre Tautorité du roi. Cette accusation ne peut être ni prouvée ni réfutée; cependaD> la réception étrange faite aux ambassadeurs de Sîgismond peut lui donner quelque vraisemblance '• Les ménagements de Démétrius pour la Suède^ contre laquelle, en dépit de ses promesses, il ne fit aucune démonstration sérieuse, sont un autre indice de sa politique jalouse et du désir qu'il avait de s'opposer à l'agrandissement de Sigismond. Enfin, et ce dernier motif pouvait seul diriger la conduite du tsar, par sa hauteur vis-à-vis des envoyés polo-
1. Un passage fort curieux de 1» correspondance entre le cardinal Borgbese et le nonce Rangoni , eonfirmerait celte conjecture. Le cardinal écrivait au nonce, de Rome, le 21 octobre 1606 ; Se è yero che egli (Demetrio) abbia avuto parte nemotivi (sic pourmoft) dei rogno (di Polonia), ha giusta causa di ttar nascosto, quando non per altro, almeno per non sentire il giudilio che si farà delb sua persona dopo lanii beneficii ricevuli dal Re. Pur cbe sia vivo si potrà accoxnmodare ogni cosa. Si scriveranno ii brevi^ e si farà ogni possibite oâicio per riconciliarlo con sua Maestà, dalla cui cortese uatura si promette moUo N. S. (Tnrghenief, Mon. hist.pat., II.) — Const^ns eo tempore fama erat, nonnullos e factione Rokossiana promissis Démet rii inescatos, clam cum eo de tradendo illi regno consilia iuivisse, aique de Lublinensis conventus eveatu, impendentiumque motuum successu, ccleriter per disposiios equos misse nuntio, cerliorem eum reddidisse : vérumneid fuerit, affirmare non ausim. (Lubienskii p. 71.)
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nais, il espérait flatter la vanité nationale des Russes et repousser le soupçon de concessions humiliantes au prince qui l'avait accueilli dans le temps de son exil. Tous ces calculs étaient erronés. Le choix de son épouse, sa partialité pour les usages de TEuropo occidentale, surtout le peu d'attention qu'il apportait dans Tobservation des pratiques religieuses, l'avaient déjà irrévocablement perdu dans Tesprit du peuple. En effet, chaque jour ajoutait à l'irritation des esprits, et les incidents les plus futiles devenaient le texte des accusations les plus graves. Marine, enfant gâté, qui ne pouvait concevoir qu'on hésitât à satisfaire un seul de ses caprices, s'ennuyait fort au couvent, séparée des dames de sa suite. La règle et les usages d'un couvent russe lui étaient insupportables, et elle ne pouvait s'y résigner, même pour une semaine. Elle fit dire au tsar qu'elle ne pouvait manger de la cuisine russe, et qu'elle voulait avoir la sienne. Aussitôt Démétrius lui envoya un maître d'hôtel et des cuisiniers polonais, à qui les gens de sa bouche durent remettre les clefs de l'office ^^ 'le la cave* Les cuisiniers russes, humiliés, jetèrent les hauts cris, et, ne supposant pas que leur habileté pût être mise en doute, publièrent par la ville que si le tsar et sa fiancée voulaient avoir des cuisiniers hérétiques,
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c'était afin d'enfreindre tout à leur aise les commandements de réglise orthodoxe sur les viandes défendues et les jours d'abstinence *• Dans son couvent. Marine se plaignait encore d'être obsédée de prêtres grecs et d'avoir à entendre les longs offices des religieuses. Pour la dédommager de ces petits désagréments, le tsar lui menait ses musiciens. On donnait des concerts dans le couvent, des bals, et même des mascarades, ce qui semblait une abominable profanation du saint lieu^ Lorsqu'il s'agit de régler le cérémonial du mariage et du couronnement, Marine voulut aller à l'église en costume polonais, ou plutôt à la mode de la cour de France, qui régnait déjà à Varsovie. Taille longue et serrée, cheveux relevés et crêpés, fraise de deux pieds de diamètre^ ainsi s'habillait Marie de Médicis, et Marine ne croyait pas qu'une impératrice pût se montrer autrement. On représenta à Démétrius que les Russes trouveraient de la plus haute indécence qu'une femme laissât voir sa taille et ses cheveux, et que jamais tsarine n'avait été couronnée que portant le costume national, c'està-dire les cheveux cachés par le kakochnik^ coiffure