‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 80 sur 150 · Journal de Marine, p. 42. — Baer» p · texte numérisé non relu

Journal de Marine, p. 42. — Baer» p

%, Platon, II, p. 157.

f50 LES FAUX DÉMÉTRIUS.

des femmes mariées, la robe ceinte au-dessus de la gorge et des bottes à grands talons ferrés. À la vue de cette toilette étrange, malgré les perles et les diamants dont elle était couverte, la jeune Polonaise fut transportée dindignation et protesta qu'elle ne se déguiserait point de la sorte. L'affaire parut si grave, et l'était tellement en effet, qu'elle fut portée au (]onseil. Après de longs débats, Démétrius ayant épuisé son éloquence pour persuader à ses boyards que le choix d'une toilette était une question de la compétence d'une femme où les plus profonds politiques ne pouvaient donner un avis raisonnable , finit par s'apercevoir qu'il avait eu tort d'insister, a — A la bonne heure, dit-il, je me conformerai à vos désirs, Messieurs, et je respecterai la vieille coutume à laquelle vous tenez tant. On ne m'accusera plus, sans doute, de vouloir tout changer en Russie ! * Puis i? ajouta : a Une fois ne tire pas à conséquence. » De fait, il obtint de Marine qu'elle portât Thabillement russe à la cérémonie, mais dès le lendemain des noces, il lui présenta un costume français en disant : c Hier, j'ai fait la volonté de mon peuple; maintetenant je ferai la mienne '• •

i, Baer, p. 7S.

LBS FAUX DEUtiTRIUS. 251

Ainsi qae je l'ai déjà dit, Démétrius avait entrepris de faire croire aux Moscovites que sa femme s'était convertie à la religion grecque^ et il voulait que la cérémonie du couronnement ne laissât pas de doutes à cet égard ; mais il avait plus d'une difficulté à vaincre; d'abord les scrupules de Marine et de ses pa« rentSy puis surtout ceux de son clergé. Bien que le patriarche Ignace fàt disposé à lui obéir en tout, il n'osa point baptiser la tsarine , ce que le peuple et peu^étre le tsar attendaient, mais il imagina de l'oindre des saintes huiles^ puis de la faire communier avec le tsar * , compromis que les ecclésiastiques grecs regardaient comme un sacrilège et une lion^ teuse déférence pour l'hérésie latine, et que, sans doute, les prêtres catholiques ne pouvaient approuver davantage;

La cérémonie du mariage et du couronnement eut lieu le 18 mai 1606, dans la cathédrale de Moscou, avec une magnificence extraordinaire ; mais le peuple remarqua avec horreur que c'était un jour

1. Ignatii ee ne krestil^ a tolko myrom pomazal, i ohoïkh do SvicUago Prit chai Via dopoustU, a potom ventchal bra^ kom. Je cite les termes exprès de Platon (II, 158), qui rappoit« le faài diaprés le patriarche Philarète, probablement témoin oculaire.

252 LBS FAUX DÉMÉTRIUS.

(le mauvais augure, un vendredi, et, de plus, la vigile d'une grande fête, celle de Saint-Nicolas. On trouvait scandaleux, en un pareil jour, de célébrer une noce, et il semblait que le tsar Teût choisi à plaisir pour braver l'opinion publique *.-,En outre, la conduite des Polonais dans Téglise parut souverainement inconvenante, et l'on ne manqua pas d'en rendre Tempereur responsable. Quelques-uns s'appuyaient le dos contre Ficonostase ^, ou s'asseyaient sur des tombeaux renfermant des reliques ^ vénérées ; ils parvient haut, riaient entre eux et semblaient se moquer des mystères célébrés en leur présence. D'un autre côté, les Polonais, et particulièrement les ambassadeurs, se plaignaient de n^étre pas traités avec les égards qui leur étaient dus. Ils n'avaient point eu de sièges dans la cathédrale, et, à leur réclamation formelle, le tsar avait répondu que personne n'en devait avoir dans une église grecque, et

1. Journal des ambassadeurs, p. 1 50. — Peyerle. p. 56. — Plalon, II, p. 156.

2. LHconostau des églises grecques est une espèce de jubé terme, derrière lequel le prêtre fait la consécration. Cette partie de réglise, comme le nom l'indique, est couverte d*images de saints.

3. Platon, II, p. 157. ^ Gos, Gramoty, II, p. S96, dép. Uel. Buczynski.

LES FAUX DÂMBTRinS. 953

que lu^méme, s'il avait un trône ce jouivlà, c'était par une exception singv»iiëre, à l'occasion du couronnement de la tsarine * • Condamnés à assister debout à on office fort long^ les envoyés de Sigismond y furent des observateurs peu bienveillants. La liturgie russe avec ses rites étranges à leurs yeux, l'étiquette tra* ditionnelle observée par les officiants et les mariés, le verre rempli de vin où par trois fois les deux époux mouillèrent leurs lèvres, et que le tsar finit par casser d'un coup de pied ^, toute la cérémonie fut l'objet de critiques et de sarcasmes. L'orgueil du tsar leur sembla insupportable. Us se moquaient de voir deux jeunes gens qui ne faisaient pas un pas dans l'église sans que des vieillards à barbe blanche vinssent les soutenir par dessous les bras comme des enfants qui essaient de marcher. Pendant le baisemain qui suivit le couronnement, le tsar s'était assis sur son trône ; il fit un signe à Basile Chouiski, et surle-champ celui-ci lui apporta un tabouret pour mettre sous ses pieds. Un instant après, le firère de Basile dut en présenter un autre à la tsarine. Peut-être Démétrius voulait-il montrer à des étrangers que dans

Page 1