‹ Épisode de l'histoire de Russie; Les faux DémétriusChapitre 92 sur 150 · Baer, p. Si · texte numérisé non relu

Baer, p. Si

assiégeait les portes criait du dehors : a Que dit le bouffon polonsus? Quelques-uns répondaient par les fenêtres : «Il avoue son imposture. »— « Sabrez-le I Tuez-le! » hurlaient mille vdx confuses, parmi lesquelles on distinguait celles des troîs frères Chouiski à cheval dans la cour du palais , qui pressaient leurs complices d'en iSnir avec l'usurpateur. Bientôt un cadavre défiguré, déchiqueté, le ventre ouvert, les bras hachés à coups de sabre , est traîné sur le perron. On le jette en bas des degrés et il tombe sur le corps de Basmanof. a Vous vous aimiez vivants; morts on ne vous séparera pas ! » disaient les meur* triers dans leur sauvage triomphe '.

' 1. Cfr. Baer, p. Si , 85 ; — Peyerle, p. 6i et suiv. ; ^Journal des ambassadeurs polonais, p. 174 et suiv. ; — Letopis mtatejakh, p. toi. — L'auteur de ceUe derniers relalion raconte que, Démétrius étant déjà mort, les Moscovites demandèrent à la tsarine Marpha s'il était son fils? et qu*elie répondit : « Il fallait me le demander quand il était vivant, A présent il rCest plus mien.» — Pelreïus, p. 3i8, contre toute vraisemblance, rai^rte que Basile Chouiski envoya inierrogor la tsarine mère, et qu'elle renia Démétrius pour son fils, sur quoi on le massacra. Ghomski était trop prudent t>our hasarder pareille question lorsque son ennemi vivait encore.

On remarquera que la populace, dans ses outrages, appelait Démétrius le bouffon polonais^ le (tuteur polonais^ mais non pas Grichka Otrepief. Personne ne croyait alors à ridentité des deux personnages.

280 LES FAUX DÉHÉTRIUS.

Tandis que Démétrius était assassiné au Kremlin, la papulace excitée par les conjurés faisait main basse sur les Polonais. Dispersés dans les différents faubourgs de la ville et surpris dans leur sommeil , un grand nombre fut massacré sans résistance. La fureur du peuple s'acharna surtout contre les musiciens du tsar, qui , au nombre de plus de deux cents, furent tous égorgés dans le monastère qu'on leur avait assigné pour logement. Les dévots ne leur pardonnaient pas de faire entendre aux heures des repas des symphonies, qui avaient remplacé à la cour de Démétrius les prières usitées sous ses prédécesseurs *. Les prêtres catholiques n'obtinrent pas plus de pitié, et quelques-uns furent massacrés aux pieds de l'autel ^. On doit remarquer cependant, qu'au milieu de cette affreuse boucherie, la multitude épargna les Allemands établis à Moscou , et même les gardes du corps du tsar* Elle n'en voulait qu'aux Polonais, et l'insurrection n'était en effet qu'une vengeance nationale. Comme toutes les vengeances populaires, elle fut féroce et stupide. La canaille mit en pièces un vieux cheval polonais, et promena

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