I. Arch. nat., O
d'engagement l'auraient permis en effet ^ En ce qui concerne l'orchestre, il proposait de remplacer les honoraires par des adjoints, nommés au concours, bien entendu.
Les surintendants se réunissaient ainsi pour formuler leurs vues sur les mesures de réorganisation ou pour adresser à l'intendant des Menus- Plaisirs ^ leur rapport annuel sur les mérites de
1. La voici : « Nous, Louis-Alexandre-Céleste d'Aumont, duc de Villequier-Aumont, premier gentilhomme de la chambre du Roi, etc., sur la connaissance que nous avons des talents du sieur X..., nous l'avons reçu au nombre des musiciens ordinaires de Sa Majesté en qualité de..., aux appointements de..., à charge par lui de se rendre aux messes du Roi et de la Reine, de faire le service des spectacles, répétitions et concerts, toutes les fois qu'il en sera averti par ses supérieurs ou de leur part.
« Il jouira en outre d'une gratification annuelle de... s'il s'en rend digne par son zèle et son exactitude à remplir ses devoirs. »
2. L'intendance des Menus-Plaisirs fut supprimée, comme institution surannée, par une ordonnance royale du 19 décembre 1820, sans d'ailleurs que cette suppression portât atteinte aux prérogatives des premiers gentilshommes de la chambre, les ducs d'Aumont et de Duras, qui furent chargés d'administrer le Théâtre-Français et l'Opéra-Comique. La subvention et la comptabilité regardaient seules le ministère de la maison du Roi. Pour le baron de la Ferté fut créée la fonction de directeur des fêtes et spectacles de la cour. Investi à peu près des mêmes attributions que l'ancien intendant des Menus-Plaisirs, ce fonctionnaire avait
chaque musicien de la vocale ou de l'orchestre ^ Ils proposaient le taux des gratifications et laissaient à la bienveillance de leur supérieur le soin de fixer les leurs '.
En dehors de ces circonstances exceptionnelles, les surintendants, aux termes de l'article premier du Règlement, alternaient par quartiers dans l'exercice de leurs fonctions. Pendant un trimestre, ils dirigeaient la chapelle, composaient les programmes à leur gré. A Cherubini étaient dévolus les premier et troisième trimestres, à Le Sueur, les second et quatrième, qui comprennent les
autorité et surveillance sur la musique de la Cour et de la chapelle (Minute des ordonnances, Arch. nat., O' 290).
1. Voici un exemple de ces appréciations; il s'agit des deux hautbois : « Le second est un peu faible, mais assez apt {sic) à remplir sa partie. Il est d'ailleurs brave homme et bon royaliste. Tous deux exacts » [Rapport de Cherubini, en i8i6 (O^ 291)].
« Mme Regnault, récitante, bonne pour chanter les récits quand elle les a appris par cœur. N'étant pas du tout musicienne, elle est nulle pour les chœurs » [Ibid.].
Sur l'état de 1817, on lit que Mme Armand est souvent malade (elle fut réformée en effet), de Mme Staïti que sa voix s'en va. Mme Gide, coryphée honoraire, est très utile, elle a une superbe voix de contralto. Boulïet, bon lecteur.
2. Sur l'état de gratifications de 1824, l'un et l'autre sont portés pour 5oo francs; Plantade pour 3oo francs, le violoniste Kreutzer pour 200.
fêtes catholiques les plus importantes : Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la Fête-Dieu, la Toussaint, le jour des Morts et la Noël. Pendant les trimestres dirigés par Le Sueur, la chapelle n'exécutait pour ainsi dire que des œuvres de Le Sueur; durant ceux appartenant à Cherubini, la plupart des morceaux exécutés sont de Cherubini. Parfois cependant, le programme admettait une œuvre d'un compositeur ancien, le Stabat de Pergolèse, le Requiem de Jomelli, un fragment de messe de Zingarelli ou de Mozart. Une très petite place était laissée aux compositions des musiciens faisant ou ayant fait partie de la chapelle: Paësiello, Martini, Persuis, Kreutzer, Plantade, et l'on s'en étonnera moins lorsqu'on apprendra que l'audition en était défendue par l'article i*' du Règlement du 27 février 1816, approuvé par les ducs d'Aumont et de Duras, qui réservait ce privilège aux seules productions religieuses des surintendants. Néanmoins, l'on apportait parfois des dérogations à cette défense, puisqu'on voit Le Sueur, le i5 novembre 18 16 \ recommander les messes de Plantade à
I. Arch. nat., O' 290. Le carton O^ 291 renferme les programmes manuscrits de la chapelle royale de 1817 à 1823. Il est bien regrettable que ceux d'après soient égarés.
LA CHAPELLE ROYALE SÔUS LA RESTAURATION 12o
la bienveillante attention de M. de la Ferté. Pour le service de la chapelle royale, Cherubini a composé beaucoup d'œuvres nouvelles, plusieurs messes, un Requiem, de nombreux motets ^ Le Sueur, au contraire, se contentait le plus souvent de faire exécuter ses productions anciennes, sa messe de Noël, ses oratorios bibliques : Rachel, Ruth etNoémi, Riith et Book, Déborah, son Super Flwnina, et de puiser dans le répertoire des messes écrites par lui pour la chapelle impériale. Quand il en était besoin, il se livrait au ravaudage de ses vieilles partitions ou transformait en chants religieux des fragments d'opéras inédits ou ses hymnes politiques de la période révolutionnaire. Sauf les jours de grandes fêtes religieuses : Pâques^, Noël,
1. Les notices sur Cherubini mentionnent comme ayant été composées pour la chapelle royale cinq messes : en 1816, celles en ut et en mi \j, l'une et l'autre à quatre voix, le Requiem en «(mineur à quatre voix; en 1818, la messe en mi à quatre voix ; l'année suivante, la messe en sol ; en 182 1, la messe en si ^ à quatre voix, et en 1825, la messe du sacre, en la, à trois voix (Voir les notices de Miel (1842), de Denne-Baron (1862), de Crowest, i vol. in-S», Londres, et la Notice sur les manuscrits de Cherubini, par Bottée de Toulmon, i br. in-S", Paris, 1843. Voir aussi celle de Fétis dans son Dictionnaire des musiciens).
2. Voici par exemple, le programme du 6 avril 1817 (jour de Pâques) : Messe solennelle de Le Sueur, Kyrie, chœur ;
l'office n'a qu'une durée restreinte, et la durée de la musique est calculée sur celle de l'office. Aussi ne donne-t-on le plus souvent que des fragments d'une messe : le Kyrie, le Gloria ou le Credo seulement, et un motet pour l'Offertoire '■. Parfois cependant Le Sueur fait exécuter intégralement un de ses oratorios historiques ou une œuvre du même genre d'un autre compositeur, ou l'un de ses Oratorios de la Passion et du Carême. Mais, bien que leur longueur ne dépasse pas celle d'une messe ordinaire, ils sont rarement chantés en entier. D'autres fois, la musique vocale admet comme intermèdes un trio d'instruments, une concertante pour harpe, cor et violoncelle, propre à
Gloria, duo par Mme Staïti et Chenard ; Qui sedes, duo par Mlle Leclerc et M. Bouffet ; Credo, M. Chenard et le chœur. Le Sanctus et VAgnus sont empruntés à une messe de Planlade (Programmes manuscrits, O' 291).
I. C'est ce qui fait que Cherubini a composé tant de fragments de messes séparés : Kyrie (i3), Gloria, Agnus Dei, un Credo en ré à quatre parties, plusieurs Sanctus et tant de motets pour l'Offertoire : O Salutaris (9), Ave verum, 0 sacrum convivium, 0 fons amoris ! un Exaudi Domine, un In paradisum, un 0 Filii, un Regina cœli, un Tantum ergo, un Lœtare, deux Pater Noster, des litanies, d'autres motets enfin, tels que le Sciant gentes et VEsto mihi de 1829 (Notices précitées et programmes manuscrits).
faire briller la virtuosité des instrumentistes récitants : les frères Nadermann, le corniste Fr. Duvernois et le violoncelliste Duport.
« On avait appelé (à la chapelle royale) l'élite des instruments, les plus grands talents et les plus belles voix... L'exécution était toujours excellente. On s'arrachait les billets de chapelle », écrit le docteur Véron dans ses Mémoires d'un bourgeois de Paris *■. Mais si le pubhc, avec des cartes d'invitation, était admis aux offices en musique des Tuileries, il était défendu d'entrer dans l'enceinte des musiciens sans l'autorisation signée d'un des gentilshommes de la chambre ou tout au moins de l'intendant des Menus-Plaisirs 2. Berlioz y était introduit par son maître Le Sueur, qui prenait soin, avant la cérémonie, de l'initier au sujet de l'œuvre qu'on allait exécuter. C'était rarement le texte même de la messe ^.
Avant de quitter leur poste, les musiciens devaient attendre la sortie du Roi et de la famille royale. « A Vite, missa est, Charles X se retirait