L'abbé Tiron. L'abbé Chantier
3. Le Chapitre de Notre-Dame de Paris en ijgo, par l'abbé Meuret, i vol. in-8°, Paris, 1904, Picard. — Arch- Nat.,LL, 232*' (Séance du 2 avril 1788).
fait jusque-là l'intérim de Le Sueur, fut chargé de continuer à enseigner la musique et la composition aux enfants de chœur ^
Dugué était prêtre ; Le Sueur refusait de le devenir. Au déplaisir que cette résistance causait à l'archevêque, se joignait, pour les chanoines, l'ennui d'avoir été entraînés à des dépenses exagérées "^ D'après Ducancel, il y aurait eu des difficultés entre eux et Le Sueur pour le paiement de ces frais ; mais le compositeur avait obtenu une attestation honorable de ses services. Afin de faire cesser tout conflit, il aurait même acquitté de ses deniers la dette qui incombait au chapitre^. D'ailleurs, tous les membres ne lui étaient pas hostiles, et l'un d'eux, Bochard de Champigny^, qui était
1. Le Chapitre de Notre-Dame de Paris, etc. (Séance du 9 avril).
2. Dés le 3 mars 1788, ils chargeaient Dugué « de faire chanter suivant l'usage le Regina et le mottet [sic) en symphonie du Samedi saint, comme aussi la messe et les vespres sans symphonie du jour de Pâques » (Ibid.).
3. Je n'ai pas trouvé au registre des délibérations trace de ces discussions pécuniaires. L'attestation délivrée par les chanoines de Notre-Dame est aux Archives de l'Opéra. Datée du 2i mars 1788. elle déclare que la probité et l'honneur de l'artiste sont irréprochables.
4. Ce chanoine était le frère de Bochard de Saron. Par une délibération du 20 octobre 1788, ses collègues l'avaient
fort riche, le recueillit dans sa maison de campagne. C'est là que Le Sueur passa les premières années de la Révolution et qu'il écrivit, sur un livret de Dercy, son opéra : la Caverne.
La Révolution a donc été accusée à tort par certains auteurs de notices d'avoir privé Le Sueur de son gagne-pain. Sa démission forcée est antérieure de plus de deux ans aux deux décisions du chapitre, imposées par les événements politiques, portant suppression de l'allocation extraordinaire obtenue par Le Sueur pour les grandes fêtes, et de la classe de plain-chant et de musique, prononcées les 27 octobre et 11 décembre 1789. Cette dernière délibération avait réglé que « les voix et instruments appelés aux solennités de l'Église », ne le seraient plus « jusqu'à ce qu'il en soit autrement ». C'était la destruction définitive des restes de l'œuvre de Le Sueur.
Quelles sont les compositions religieuses de Le Sueur qui datent de cette première période de sa
nommé conservateur de la chasse à eux appartenant dans toute l'étendue de la terre et seigneurie de Sucy. Il devait, par suite, établir un garde aux armes du chapitre, poursuivre les délinquants ; un droit de jouissance personnelle de cette chasse lui était accordé, sans qu'il put le céder. Arch. Nat. 'Ibid.). Le Sueur vécut chez lui jusqu'en 1792.
vie? Il est bien difficile aujourd'hui de le déterminer, ses biographes ayant négligé de nous l'apprendre et ses manuscrits ayant été dispersés. Quelques lignes de Berlioz dans sa notice nécrologique sur Le Sueur \ permettent de penser qu'en dehors de l'Oratorio de NoëL le seul pour lequel on ait une date certaine, le jeune maître de chapelle avait pu en écrire d'autres, outre des motets et des messes. Par un manuscrit appartenant à la bibliothèque du Conservatoire et qui date du temps où Le Sueur exerçait ses fonctions à Saint-Martin de Tours, nous savons qu'à cette époque il avait composé trois motets: Beati omnes qui liment Dominum, un Slabat Mater avec orchestre et le psaume Super Jlumina Baby^lonis, qui fut édité longtemps après en grande partition, après avoir subi des changements importants'. Fétis parle
1. Ga'{ette musicale du 15 octobre iSSy. Elle a paru le même jour dans le Journal des Débats, très peu modifiée. Voir la Musique et les Musiciens, avec préface par M.André Hallays, i vol. in-iS", Paris, igoS, Calmann-Lévy.
2. Ce fait confirmerait le dire de Stephen de la Madelaine, d'après lequel Le Sueur aurait, avant de faire du théâtre, « fait parler les prophètes, les patriarches et les saints ». Le Stabat Mater, ainsi qu'une messe, avait été exécuté aux Innocents, en décembre 1784 [Journal de Paris du 24 mars 1785).
d'un Régi fia cœli et d'un Gloria, qui auraient été chantés à Notre-Dame avec une pompe inusitée.
Si la Révolution ne fit pas perdre sa place à Le Sueur, elle l'obligea du moins à renoncer momentanément à la musique religieuse*. Les encouragements de ses amis, son inclination naturelle et les événements conspirèrent à le tourner vers le théâtre. Porté au Théâtre-Feydeau, son Télémaque fut représenté en 179C, après la Caverne (1793), Paul et Virginie (1794). Ses succès à la scène firent la réputation de Le Sueur, lui valurent un poste d'inspecteur des études au Conservatoire, dès la fondation de cette école ^. Je passe brièvement sur cette partie de sa carrière, parce que c'est la plus connue et surtout parce qu'elle n'a aucun rapport avec le sujet de cet article. Je tairai aussi ses démêlés avec l'Opéra au sujet de la Mort d'Adam, à laquelle la Direction avait fait l'affront de pré-
1. Et même à composer des hymnes politiques. M. Constant Pierre en a donné la liste et le texte musical dans son ouvrage sur la Musique pendant la Révolution. Le Sueur y chantait l'amour de la République, la haine des tyrans, l'anniversaire du 21 janvier 1798, etc.. Voir aussi la Musique à Abbeville, br. in-S", Abbeville, 1876.