NOUVELLE APPARITION DE SANS-FAÇON I I I
— Rien : le plaisir d'être agréable aux bons Bleus.
Ce mot de « Bleus », revenant par deux fois dans la bouche du petit paysan, étonna fort Jacques Cavalier :
— Qu'appelles-tu les « Bleus » ?
L'enfant se mit à rire.
— Les Bleus? pardine!... ceux-là qui guerroyent contre le bon Dieu et la sainte Vierge : les soldats de la République... vous autres, Monsieur!
Le colonel se leva, tout ébahi.
— Nous ne sommes pas en République, imbécile, et nous servons l'Empereur... Aimes-tu ton Empereur?
Le gars roulait des yeux effarés et tournait son chapeau entre ses doigts.
— Aimes-tu ton Empereur? répéta Cavalier. Le jeune fieu demeurait toujours interdit et
bouche béante, mais enfin :
— Qu'est cela, l'Empereur!
— Napoléon!
— Napoléon?... Je ne connais pas... M. le curé ne nous en a jamais parlé...
Le colonel Cavalier resta muet de stup-^ur... Ainsi donc, ce nom alors proclamé le plus grand d'entre les noms des mortels; ce nom tonné par le canon en tant de batailles et jeté à tous les vents de l'Europe par les cloches de toutes les cathédrales; ce nom que la pâleur des rois disait terrible et que le râle des peuples disait infâme; ce nom de larm.es, ce nom de sang, ce nom de gloire, — Napoléon!... à quelques lieues à peine du Paris impérial, des Français ne le connaissaient même pas!...
L'heure, toutefois, n'était pas aux réflexions philosophiques. Le colonel fit appeler sur-lechamp un de ses officiers, le lieutenant Lacroix.
Ce lieutenant Lacroix, soldat blanchi dans le métier des armes, avait longtemps porté Tépaulette dans la première derni-brigade des Vétérans impériaux. II ne servait que depuis