UN CANTON DI£ I- EMPIPE FRANÇAIS
ramassés... Ils se dressaient naguère l'un et l'autre, — le haut baron et le Dieu du mo^'cn âge, — bien au-dessus de la petite \ ille bourgeoise; mais aujourd'hui, l'humble cite a monté jusqu'à eux, et seul le Dieu n'a pas encore croulé.
De ces lieux, par un clair jour d'été, Toeil peut contempler un gracieux paysage. D'abord, au pied de la colline, se développe une prairie sans limites où la Vègre serpente parmi les peupliers et les saules. Bientôt, le terrain se relève, se mamelonné et s'ondule. Sur les coteaux s'étendent alors de larges vergers encadrés de haies \ives, murailles mouvantes que n'élague jamais la serpe ; et de loin en loin émergent de la verdure quelques villages miroitant au soleil. Là-bas, enfin, dans les dernières bruées de l'horizon, cette tache qui s'allonge, sombre et noire, est le bois de la Charnie, le lieu même où jadis se blottissait le faux saulnier, où se terra plus tard le chouan.
Au sommet du plateau, et enveloppant la ville de sa grande ombre mystérieuse, se déploie, large et profonde, la forêt de Sillé. C'est un taillis immense, un fouillis sauvage d'arbres et de bru3'ères, de roches et d'ajoncs, tout peuplé de fauves et hanté longtemps de terreurs. Çà et là, des ravines déchirent le sol, ouvrant passage à des sources qui bruissent de chute en chute sur le grès rougeâtre. Au plus feuillu de la forêt, un lac étale sa nappe dormante : le bois l'enserre et Tétreint. Par les chaudes journées de l'été, aux mois où le soleil a transformé l'étang en une vase fleurie, la solitude de ce lieu est étrange et remplit l'àme du vo3^ageur de toutes les épouvantes du silence. Mais à l'automne, quand souffle la bise, poussant les nuées accourues de l'Océan, cette clairière s'anime et prend une parole. Le chêne frissonne, le bouleau se tord, l'étang se gonfle, s'allonge, déferle, et tous ces murmures s'unissent à la plainte du vent qui passe... Alors, ce recoin perdu du vaste monde est