‹ Épisodes des journées de juin 1848;Chapitre 17 sur 30 · PEUPLES · texte numérisé non relu

PEUPLES

Mais n’importe, des devoirs sont créés à la révolution future, et par le 24 juin 1848, et par le 15 juin 1849. C’est

la question sociale, à l'intérieur; c'est la question politique, à l’extérieur; ce sont les deux bouts par lesquels la Révolution dévidera son écheveau.

Point d’ambages, deux dates : juin 48! juin 49 !

Quand le drapeau rouge sera arboré, il ne lui sera point reproché d’avoir marché contre des frères en république, car il s’est levé contre le drapeau tricolore, et, pur de toute tache, pour l’alfranchissemcnt universel, il pourra faire le tour du monde.

Que les républicains italiens se souviennent que le parti, irresponsable des faits accomplis, a protesté en leur nom ; que le principe violé en eux a été sanctionné, à défaut du sang versé, par soixante et dix condamnations, trente détenus, quarante réfugiés ! que les divers éléments révolutionnaires ont fourni leur contingent : comités socialistes, représentation nationale, presse, garde nationale. Que n’a-t-on répété plus souvent que le 15 juin était dans les devoirs de la démocratie française ! Pourquoi affecter de vouloir jeter dans l’oubli un avorton de Révolution, en disant : N’en parlons plus?

Serait-ce parce que, à l’Assemblée, on n’a pas osé se souvenir de cet appel aux armes , une des plus belles paroles qui ont honoré cette pauvre tribune de la législative, si richement pourvue d’opprobre et de défaillance? Serait-ce parce que la presse libre et forte était restée sur le carreau, avec scs rédacteurs et son matériel ?

Et maintenant , pourquoi le peuple, dont la mémoire fidèle chante un hymne perpétuel au peuple polonais, et qui a mis sa première assemblée en déroute au cri de : Vive la Pologne! pourquoi ce peuple, à propos de l’Italie, a-t-il laissé quelques milliers d’hommes s’évertuer à souffler l’insurrection , succomber dans leur isolement , et ne s’est-il pas levé, innombrable, avec ce bourdonnement qui tient la ville , avec cette affluence qui semble faire pousser un homme entre chaque paire de pavés, avec cet ébranlement

indéfinissable qui trouble le soldat lui-même, et fait dire à tout le monde : Une révolution est là?

Pourquoi ?

Parce qu’il est une parole déjà vieille dans la tradition révolutionnaire, et pas encore apprise par la génération moderne :

Disons à l’Europe que si les cabinets engagent les rois clans une guerre contre les peuples, nous engagerons les peuples dans une guerre contre les rois ;

Parce que, d’un autre côté, ce sont les Cosaques qui ont eu raison des lanciers polonais, et que ce sont les chasseurs de Vincennes qui visaient les tirailleurs de Garibaldi; parce que c’est le dôme des Invalides qui rendait visite à la coupole de Saint-Pierre-du-Vatican, et que ce sont les tours du Kremlin qui sont venues s’implanter sur les tours de Varsovie; parce qu’en un mot, c’est le drapeau russe qui avait passé la Vistule, et le drapeau français qui flottait sur les bords du Tibre!

Chauvinisme.

Ne cherchons point de raisons subsidiaires, voilà la déterminante. Et la preuve, c’est qu’aujourd’hui, Rome républicaine, ramenée sous le joug du pape, ne compte point, dans la légende du prolétaire, comme le vieux souvenir des insurrections à peine libérales de la Pologne de 1850.

Et pourtant, ô sœur cadette de la République française ! il nous est doux d’être tombés avec toi dans la même poussière... cette poussière féconde dont la révolution pétrit des milliers de vengeurs !

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