‹ Episodes et portraits: Deuxième sérieChapitre 11 sur 32 · LES MÉMOIRES DU GEXEUAL LE GRAND · texte numérisé non relu

LES MÉMOIRES DU GEXEUAL LE GRAND

Chn([uei,Wissembourg,Y).7. Général Le Grand, p. 157.

Il II y avait sans doute d'excellents régiments de ligne et de solides bataillons de volontaires : le 1er de Saône-et-Loire assistait l'année précédente à Valmy, le 7' de la Meurthe, le 2' de Seine-et-Marne ».

Chuquet, Cusline, p. IGl.

« Cusset s'enivrait à la cuisine ; il grisa le nègre de Beurnonvilie qu'il nommait son frère ; il se soùla avec les soldats. Beurnonvilie ne luiparlaitplus qu'avec froideur. Cusset reprit le chemin de Paris. »

« Il faut excepter d'excellentes troupes de volontaires parmi lesquelles il en est qui se conduisirent fort bravement à Valmy : ainsi le 1" de Saône-et-Loire, le 7» de la Meurlhc, le 1" de Seine-et-Marne. »

Général Le Grand, p. 129.

« Beurnonvilie avait ramené des îles deux ou trois serviteurs noirs. Cusset les appelait ses frères et se soûlait à la cuisine avec eux. Le général Unit par se f.icher et Cusset reçut l'ordre de rentrer à Paris. »

Chuquet, Cusline, p. IGO. Général Le Grand, p. 131.

« Beurnonvilie pensait trouver à Metz des chaussures à un prix raisonnable; Pache envoya des souliers qui coûtaient très chers et (jui étaient trop courts.

Beurnonvilie demanda des bas ; il reçut des bas d'enfants. Il demanda des couvertures, des capotes, des habits, des culottes, des guêtres ; il n'obtint rien.

Il demanda 600 chevaux d'artillerie ; les chevaux furent envoyés à Valence qui les garda, et l'on ne put emmener les pontons et la grosse artillerie. <>

« Notre général croyait trouver à Metz des chaussures à des prix raisonnables ; Pache a envoyé des souliers trop courts et fort chers. Le général avait demandé des bas ; le ministre lui a expédié des bas d'enfants. Nous n'avons plus de couvertures, plus d'habils.plus de manteaux, plus de guêtres. Nos chevaux ont péri. Notre général en a demandé 6 ou 700; Pache a réuni cette cavalerie et l'a envoyée au général Valence. Nos pontons, notre grosse artillerie son t restés en détresse. »

90 lîPISODES ET PORTRAITS

Ce dernier passage de Le Grand est tiré d'une lettre du général à son frère, lettre fausse puisqu'elle reproduit des phrases écrites par nous cent ans après. Ce qui confirme sa fausseté, c'est qu'elle est datée de Wissembourg. Or, Le Grand est ce jour-là, 13 décembre 1792, non à Wissembourg-, mais assez loin de Wissenibourg-, devant Trêves. Sans doute Le Grand ajoute les détails suivants qui ne peuvent être imaginés : « Ces jours derniers, un de mes brigadiers, emporté par son cheval dans les rangs autrichiens, allait succomber sous le nombre malgré ses coups de pointe et ses moulinets. Je l'aperçus, m'élançai à son secours en lui criant : « Hardi, camarade, tiens bon ». Je sabrai à droite et à gauche, fonçai droit sur lui, tuai ou blessai deux ou trois des gaillards qui allaient loccire ; les autres lâchèrent prise et je fus assez heureux pour ramener au peloton mon di'agon sain et sauf. Dans la compagnie, ils n'en finissaient plus d'acclamations à mon adresse et de vivats à la République. » ]\Iais nous lisons plus loin un certificat donné à Le Grand et ([ui atlesle (jue Le Grand « a dans deux affaires pendant la campagne de Trêves chargé la cavalerie ennemie, et, dans la dernière, délivré de sa propre personne un brigadier que son cheval avait emporté dans Icsj rangs ennemis. » N'aurail-on pas développé, amplifié et quelque peu remanié ce certificat dans la lettre du 13 déccmljre ?

LI'S MEMOIliES DU CEXElîAL LE GRAND

Mêmes emprunts clans le chapitre que ]\I. Rémond intitule Lauterhoury :

Chuquel, Wisscniboun/, p. 52.

« Les soldats juraient de regarder les Mayençais comme des traîtres. Mais lorsqu'ils virent arriver la garnison, lorsqu'ils apprirent les périls qu'elle avait essuyés, leur colère s'apaisa et ils se jetèrent tout émus dans les bras de leur frères d'armes »

Général Le Grand, p. 114.

« La nouvelle provoqua une clameur contre les Mayençais. La rage en vint à les traiter de lâches et de traîtres. Mais quand on vit arriver ces fiers débris, (juand on sut ce qu'ils avaient fait, toute la rancune, tout le dépit se fondirent en larmes, et nous leur tendîmes les bras avec effusion. »

Chuquet, Wissembourg, p. 107-108.

« Le 21, les Français dirigèrent leur elfort contre les colonnes de Kavanagh et de Gondé. Si Gilot qui commandait l'attaque, eût fait donner sa réserve qu'il avait envoyée avec Isambert sur la route de Schaidt, les émigrés étaient culbutés dans le Rhin, et déjà Gondé appelait les bateliers au bord du lleuve.

Wurmser, lui aussi, s'était laissé surprendre et on dit qu'il n'eut que le temps de se jeter sur le premier cheval qu'il trouva » .

Général Le Grand, p. 117-150.

« J'eus aflairc au général Kavanagh et au prince de Gondé. Si le général Isambert avec notre réserve était arrivé à temps de Schaidt, nous les eussions jetés dans le Rhin. Gondé avait appelé à grands cris des bateliers. Wurmser, lui aussi, s'était laissé surj)rendre. 11 n'eut que le temps de sauter sur le premier cheval qu'il put saisir. »

GuL-guET. Kpisu loi L't Portraits.

EPISODES ET PORTnAITS

Le Grand est mort en 1828, mais il connaissait déjà nos portraits de généraux. Il connaissait notre portrait de Landremont :

Cliuquet, Wissemboarg, p. 113.

« Landremont servait depuis 35 ans et comptait 7 campagnes. Tous ses grades avaient été gagnés dans le même régiment...

Noble et dévoué au système populaire... Il gardait son franc parler et osait critiquer Bouchotte... Ses lettres qu'il termine volontiers par ces mots salul el victoire respirent l'ardeur de combattre, le désir de sauver l'Alsace. »

Général Le Grand p. 151

« Il avait gagné tous ses grades dans ce régiment.

Il avait alors 54 ans, 35 ans de services, 7 campagnes.

Il était très dévoué à la République, bien qu'appartenant à l'aristocratie. Ardent, franc, il ne se gênait nullement pour critiquer le citoyen ministre. Il avait l'àpre désir de sauver l'Alsace. Il avait une crâne formule pour terminer ses lettres : salul el victoire.

Il connaissait notre portrait de Scliaucnburg

Cliuquet, Wisscmboiirrj, p. 01.

« Alsacien, né au château de Jungholtz, entré comme volontaire au régiment de Nassau cavalerie, Scliauenburg comptait 33 années de services; il était bel homme et alîable... simple ».

Général Le Grand, p.l87-

<> Schauenburg était Alsacien. Né au château de Jungholtz et engagé volontaire dans Nassau cavalerie, il avait en 1793, 18 ans, dont 31 de service. C'était un gentilhomme poli, siml)le, alîablc ».

LES MÉMOIlîES DU GENÉnAL LE GRAND 99

Il connaissait notre portrait de Desaix:

Chuquet, Hoche, p. 100

« des lèvres défigurées depuis sa blessure du 20 août par un bec de lièvre.

Ses beaux yeux ardents, ses cheveux noirs comme l'ébène... II avait la voixdouce... Il mettait presque toujours un habit bleu sans broderies. »

Général Le Grand, p. 200,

« Depuis sa blessure du 20 août, il avait la lèvre supérieure fendue par un bec de lièvre. Sa parole n'en n'était pas moins douce. Sa chevelure noire lançait des reflets comme l'aile du corbeau. Les yeux limpides, il s'en allait au combat en habit bleu sans galons (1) ».

Nous devons donc nous défier des notes que M. Rémond nous présente comme des noies du général Le Grand. Quand Le Grand énumère, par exemple, les militaires fusillés ou châtiés à l'armée du Rhin, tous ces noms sont empruntés à notre Hoche. Mais l'arrangeur se trahit toujours. Voyez ce portrait de Bourcier (p. 208):

« Enfin, Bourcier, chef délat-major, un Vosgicn de 33 ans, ancien dragon, général du 20 octobre, actif, inflexible sur la discipline, seconda admirablement Piehegru. C'est lui qui mit à l'ordre de l'armée que quiconque baltrait en retraite, sans l'autorisation du général en chef, serait puni de mort ».

(1) Dans le portrait de Hoche, p. 205, je signale celle phrase : « Son écriture était du style sans-culotte. » Comme si le mot écrilare s'employait alors dans ce sens!

100 EPISODES ET POIiTRAITS

Ces lignes sont inspirées par la p. 102 de notre Hoche :

« Pichegru prit Bourcier pour chef d'élal-major. Il fit, comme Saint Just et Le Bas, des exemples de rigueur. Après Texécution disambert, il déclara que quiconque battrait en retraite sans ordre du général en chef, subirait la peine de mort. »

M. Réniond a In dans notre livre : « Pichegru prit Bourcier pour chef d'état-major », puis dans la note : « Bourcier, né en 1760, à la Petite Pierre, dragon dans la légion royale, général de brigade (20 octobre) », et il a écrit: Bourcier, chef d'état-major, un Vosgien de 34 ans, ancien dragon, général du 20 octobre (comme si Etienne Le Grand pouvait sa^oir exactement cette date!). Mais ici il commet une faute. En poursuivant la lecture de Hoche, il applique à Bourcier ce que je dis de Pichegru : k 11 fît des exemples de rigueur. Il déclara que quiconque battrait en retraite sans ordre du général en chef subirait la peine de mort», et, en un instant de distraction, dans la pensée qu'il s'agit de Bourcier, M. Réniond continue à écrire : « actif, inflexible sur la discipline, mit à V ordre de l'armée que, etc. », comme si Bourcier pouvait mellrc pareille chose il Tordre de rarniée de son propre clicf et sans une instruction de Pichegru !

LES MÉMOir.ES DU GÉNKRAL LE GRAND 101

Concluons. Tout le monde aujourd'hui est historien. On a des pièces et notes de famille ; on désire les publier et au lieu d'une modeste brochure, on écrit un gros livre ; on étoffe, on corse ce que l'on a; de là, des enjolivements, voire des supercheries, et si adroit, si habile qu'on soit, avec quelque dextérité qu'on déguise le larcin, on est pincé — que le lecteur me pardonne le mot — parce que les originaux parlent, parce que le plus malin se laisse prendre, parce qu'on attribue à Pierre ce qui est à Paul, et aussi, parce qu'on fait trop bien, parce que l'auteur qu'on ressuscite sait trop de choses qu'il ne pouvait savoir. Les Mémoires abondent sur le marché, et beaucoup sont insignifiants ou faux. Il faut signaler ceux-ci, ceux que M. Réniond a publiés sous le nom du général Etienne T.e Grand, empêcher qu'ils soient regardés comme une source authentique, et bien qu'il en coûte de se citer soi-même, dénoncer le démarquage et le plagiat.

Chuouet. Kpisodos et Portraits. G.

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