‹ Episodes et portraits: Deuxième sérieChapitre 10 sur 32 · LES MÉMOIRES DU GÉNÉBAL LE GRAND · texte numérisé non relu

LES MÉMOIRES DU GÉNÉBAL LE GRAND

masses républicaines sortaient Je terre ainsi que des champignons, et au bas, en note « expression de Ditfurth )^. Là dessus, M. Rémond s'imagine que M. le baron ^laximilien de Ditfurth, Hessois, cité pourtant dans notre Hoche, comme auteur d'un ouvrage paru en iS8i sur les campagnes des Ilessois, est un Autrichien qui com]3attait en 1793, et il écrit, non sans arrondir la phrase : « On a beau l)attre les soldats de la République, disait un Autrichien, Ditfurth, rien ne les rebute, leurs masses sortent de terre comme des champignons ! » Et quel rôle prépondérant attribué au général Le Grand dans les opérations de l'armée du Rhin ! « C'était, dit M. Rémond, c'était surtout le général Le Grand qui attaquait si rudement. » Il y a là de l'exaeération.

Je passe à René Le Grand, frère du général. En lisant quelques-uns de nos volumes sur les guerres de la Révolution, U invasion prussienne, Valmy, Cusline, Wissembourg, Hoche, M. Rémond a vu soit dans le texte soit dans les notes le nom de Legrand : >( Noies de Legrand... Legrand dit... Legrand rapporte...» Je n'ai pas dit qui était ce Legrand. C'était un chef de bataillon du génie qui signa plus tard Legrand-Mollc-

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rat et qui reçut le grade de maréchal de camp en 1822 lorsqu'il quitta le service. Il fut, en 1795, nommé historiographe militaire et chargé de recueillir, sur place et aux armées, des renseignements sur les campagnes du Rhin, et ses très intéressants mémoires, conservés aux archives de la guerre, ont souvent la même valeur que des documents originaux. M. Rémond s'est imaginé que ce Legrand n'était autre que René Le Grand, commissaire des guerres sur le Rhin, frère du général Etienne Le Grand, et, au lieu de venir s'informer aux archives delà guerre, il a jugé plus commode de publier mes citations du chef de bataillon Lcgrand en les attribuant à René Le Grand et en assurant qu'il lésa extraites des archives du château de Mercey ou de celles de la guerre. 11 a même fini par forger, à l'aide de mes récits, des notes de René Le Grand. C'est de notre Wissemhourg qu'est tiré ce détail que Dieltmann était hls d'un vitrier de Lunéville et de la Trahison de Dumouriez qu'il était au 5 avril le seul divisionnaire du camp de ^Maulde. C'est pe Wissembourg qnesl tiré ce trait que Beauharnais avait excité la jalousie de Joséphine, qu'il était « doux » et « élégant », qu'il n'avait « ni audace ni conception quelconque (1). » C'est de Wissemhourg ({ue sont tirées les prétendues notes de René Le Grand sur le plan de Ferino et l'échec

(1) J'avais écril « audace de conccplion ».

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(le Ferrier au 27 juillet, sur le général Morcaux et sur la défaite de Pirmasens. 11 y a mieux. J'ai dit dans Wissemhourg : « La trop fameuse léoion de la ^Moselle était devenue la terreur du pays de Sarrebrûck » : cette phrase est. paraît-il, de René Le Grand. J'ai dit dans Hoche : « Des ofTiciers, maudissant dans le secret de leur cœur le régime nouveau, cherchèrent à se faire tuer sur les champs de bataille et y tiouvcrcnt avec la gloire les premiers grades » et, en note, « plusieurs, écrit Legrand, me l'ont dit depuis. » M. Rémond (ajoutant comme toujours Archives de la guerre, loc. cit.), attribue à René Le Grand la phrase suivante : « Plusieurs officiers m'ont dit depuis que tout en maudissant en secret le régime des Jacobins, ils cherchèrent à se faire tuer sur les champs de bataille et y trouvèrent avec la gloire les premiers grades ». A quoi bon insister ? Toute une page, la page 38-39 de notre Hoche sur la mission de Saint-Just et Le Bas « Ces deux conventionnels qui juraient de vaincre et qui tenaient parole, n'étaient pas des hommes ordinaires. Quelle habileté dans leur première proclamation à l'armée ! Ils la savaient démoralisée et composée de poltrons et de fuyards. Ils voulurent en faire une armée de héros et lui parlèrent comme à une armée de héi'os. Tout au contraire de Ruamps et de ses collègues, ils ji'excitaient pas les soldats à pérorer au club cl à prendre des leçons d'insubordination dans les

sociétés populaires. Ils leur défendaient formellement de quitter le camp. Ils punissaient de mort quiconque abandonnait son poste, etc. etc. », cette page 38-39 qui est entièrement de moi, M. Rémond la met entre guillemets et il écrit en note : « René Le Grand, loc. cit. Archives de la guerre » !!

Venons enfin au point le plus important et le plus grave, au carnet et aux notes d'Etienne Le Grand, de ce général Le Grand à qui M. Rémond consacre sa biographie, et examinons successivement les chapitres que l'auteur intitule Nancy, Verdun, Valmy, Trêves, Laxdcrhourg , Wissemhourg .

Nancy. ]\I. Rémond a soin de remarquer que ce récit a été composé par le général Le Grand de 1790 à 1804. Le Grand (puisqu'on nous dit que Le Grand est l'auteur de ces pages), Le Grand a donc pu connaître les Mémoires de Bouille parus en 1801, et il les a, en elTet, copiés et paraphrasés presque partout. Etail-ce son droit ? C'est le nôtre, en tout cas, de déclarer que cette partie de la publication n'a aucune valeur historique, ({u'ellc n'est c{u'un calque des Mémoires de Bouille, qu'on n'y trouve rien de neuf et qu'elle contient peu de détails personnels, fl est vrai

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que le sous-lieutenant Le Grand sait être constamment au bon endroit; tout en chevauchant avec ses dragons, il est à Frouard parmi les ofliciers de l'escorte de Bouille, il est avec Bouille à la porte Stainville, il suit Bouille dans Nancy; aussi, plus tard, lorsqu'il retrace ses souvenirs, il n'a qu'à puiser dans les Mémoires de ce Bouille qu'il n'a pas quitté d'un pas durant l'afTaire !

Vej'dun. Quel homme, dirons-nous de nouveau , que ce Le Grand! Quelle belle mémoire ! Quel savoir étendu ! Il a, d'après ^L Rémond, écrit ces pages sur Verdun de 1792 à 1815, et il connaît des faits quin'ont été connus qu'à notre époque par les relations allemandes et par nos fouilles dans les archives. Il n'ignore pas que les Prussiens entrèrent en France le 19 «oût par Rcdange sous une pluie froide et furieuse. Il rapporte jusque dans les menus détails l'entretien de lIohenh)lie- Ingelfîngen (et non IIohenlohe-Kirchberg) et de Deprez-Crassier qui n'a été reproduit que de nos jours. Il sait que le commandant de Longwy se nommait Louis-François Lavergnc-Champlorier, que le colonel du 34" s'est noyé dans le Chiers, que le duc de Chartres envoyé par Luckner au secours de Verdun a rencontré les ennemis entre Ronvcaux et Ilaudiomont (détail qui ne se trouve que dans le Feldzvg de IMinutoli et dans notre Invasion prussienne), que Galhsiud s'est heurté à Kalkreuth et a résolu de se replier sur Metz par Ligny, Toul et Nancy (Invasionprussienne , p. 232).

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Il a même dépouillé, le terrible homme, nos Guerres de la Révolution, bien que je ne fusse pas né quand il rédigeait ses souvenirs. Contrôlons, en efTet, et comparons.

Chuquet, Inv. pr., p. 165-

Général Le Grand, p. 78.

« Le malin du 19 août Deprez-Crassier avait quitté Fontoy avec deux compagnies de grenadiers et cinq escadrons. Il vint dans le brouillard se heurter à l'avant-garde de Hohenlohe. Les hussards de Wolfradt ou, comme on les appelait aussi, les hussards bruns, les suivaient de près. On avait surnommé ce régiment le régiment des bouchers (Fleischhauer)... Dcprez donna l'ordre de la retraite. Les escadrons français prirent le galop...

Les autres résistèrent avec acharnement... Les chasseurs s'étaient battus en désespérés ; ils ne voulaient pas accepter de quartier et préféraient mourir en criant : Vive la liberté!... Les Prussiens s'étaient avancés en vue du camp de Fontoy ; mais un détachement dinfanlerie se jeta sur leurs flancs,... et les batteries du camp les avaient pris en écharpe ».

« Le 19 août, au matin, nous étions sortis de notre campement de Fontoy avec Deprez-Crassier, 150 grenadiers et 350 cavaliers.

Le brouillard ne nous permettait pas de distinguer à plus de vingt toises. Aussi ne lardâmes-nous pas à tomber brusquement dans tout un régiment de hussards bruns (régiment de hussards de Wolfrndt surnommé Fleischhauer, le boucher). Deprez commanda la retraite et nous revînmes en un temps de galop. Le reste fit une défense désespérée. Plusieurs chasseurs et dragons, sommés de se rendre, se firent tuer en criant :

<> ^'ive la liberté ». Nous rentrâmes dans le camp établi à Fontoy. Arrivés là, les Prussiens trouvèrent à qui parler. Un régiment d'infanterie et une batterie d'artillerie les arrêtèrent net. "

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Chuquet, Inv. pr. p. 198. Général Le Grand, p. 83.

<> Luckner levait le camp de Fontoy, puis le camp de Richeraont ; il abandonnait Sarrelouis et Thionville à leurs propres forces ; il reculait sur la rive droite de la Moselle et se i-éfugiait sous le canon de Metz. Le 24 août, à Taube, l'armée du Centre campait à Frescaly, dans une position détestable, au fond d'un entonnoir... Les commissaires envoyés par l'Assemblée législative, Delaporte, Lamarque et Brual, arrivaient à Metz en même temps. Ils y firent une entrée solennelle au son de la vieille cloche de la Mulle...

Luckner pleura... Ses protestations touchèrent les députés. •)

« Luckner décampa de Fontoy, évacua Richemont, abandonna Sarrelouis, se sauva de Thionville et se réfugia en désordre sous Metz. Le 24 au matin, l'armée du Centre campe à Frescaty, au fond d'une cuvette à sol bourbeux. Ce même jour arrivent trois commissaires de l'Assemblée législative. Ils entrent à Metz au son des cloches de toutes les églises Ces Messieurs se nomment Bruat, Delaporte, Lamarque. Ils se mettent à se lamenteravec Luckner. »

Ainsi appuyé, le générai est toujours exact. Signalons pourtant à ]M. Rémoud, dans ce chapitre Verdun, une légère erreur. Quand le général écrit que Beaurepaire répondit à la sommation par un refus écrit, il assure qu'on pouvait lire les signatures de Marceau, de Radet et de Dclaage au-dessous de celle de Beaurepaire. 11 se Irompe: la signature de Delaage manque, et tout en disant que Delaage fut baron de Saint-Cyr (cf. notre Invasion prussienne, p. 228), il a tort d'ajouter que ce même Delaage qui n'a été que général de

brigade, fut maréchal d'Empire. L'erreur est étrange chez un vieux soldat qui écrit en 1815 au plus tard et qui devait savoir sur le bout du doigt sa liste des maréchaux. Ou bien aurait-il, auraiton confondu Dclaage de Saint-Cyr et Gouvion Saint-Cyr ?

Valmy. C'est, nous dit-on, la partie de son carnet cà laquelle Le Grand « tenait beaucoup » ; il l'a revue, remaniée, complétée, et il en a remis le manuscrit à Mortier en 1834. Ici encore, admirons-le. Rien n'a échappé à ce simple capitaine, de dragons. Jamais auteur de mémoires n'a dis-| posé d'un tel bagage de réminiscences et de notes. Il reconstitue tous les ordres de bataille. Il possède tous les états de situation. 11 connaît les noms de tous les généraux. Il cite avec exactitude, avec minutie tous les emplacements. Il craint même d'en faire trop, et, après avoir cité de suite seize endroits qu'il voit d'un seul coup d'œil dans la journée du 20 septembre, il s'excuse d'être si complet en disant qu'il a relevé tous ces noms le soir même de Valmy sur une carte que Levavasseur lui prêta. A quoi bon, puisque son récit, selon l'éditeur, a été terminé en 1828 ? Mais quel dommage que le volume n'ait pas paru avant cpie nous ayons rédigé le chapitre « La jonction » de notre Valmy ! Combien il nous eût aidé! Que de détails il nous eût fournis qui s'accordent avec les documents que nous avions consultés aux archives ! Le Grand n'a pas eu

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SOUS les yeux, pour retracer les marches de Kellermann et ses contremarches et ses perplexités, la correspondance du général, mais il l'a devinée. Toutefois, il aurait pu mïnduire en erreur sur l'organisation de l'armée. 11 a, malgré tout, des défaillances de mémoire. A plusieurs années de distance, il ne se rappelle plus évidemment certains détails et dans son récit se glissent quelcjues lapsus. Comment peut-il croire que la légion Kellcrmann est « un fort bataillon d'élite », que les carabiniers forment le 10* régiment de cavalerie, que PuUy commandait les hussards qui étaient au 2'' corps davant-gardc avec Deprez-Crassicr et les carabiniers ([ui étaient à la réserve avec Valence, que Deprez-Crassier resta à Bar-lc-Duc tandis que ce fut La Barolière ? Que veut dire cette phrase que « l'artillerie comptait pour un bataillon » ? Comment notre brave Le Grand ne sait-il plus qu'il y avait, non pas un, mais trois bataillons de volontaires à l'armée du Centre ? On trouve aussi dans le récit de Valmy des erreurs et des étrangetés. Au commencement de l'action, à 8 heures du malin. Le Grand aurait chargé par deux fois avec ses dragons sur les carrés prussiens et les sabres auraient fait « rage »; les relations des deux partis ne mcntionnenl qu'un combat d artillerie.

Au milieu de l'alTaire, il voit le roi de Prusse,

Frédéric-Guillaume : «■ Le roi, dit-il, est en tète, haut de taille, bien en selle, impassible I » Et

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que ne voit-il pas ? Il voit le premier coup des canonniers prussiens mettre Kellermann par terre et le deuxième culbuter Senarmont. 11 voit Kellermann, après l'explosion des caissons , « bondir ventre à terre à travers les boulets « en criant : Oà allez-vous donc, Messieurs ? Il s'étonne que la cavalerie française n'ait pas chargé les bataillons prussiens, comme si elle aurait pu agir sur ce terrain coupé et fangeux ! Il croit que Clerfayt qui n'arriva qu'au soir après la bataille, a paru vers une heure de l'après-midi devant le village de Hans. Il assure que le duc de Chartres, son colonel, partit dans la nuit du 21 septembre pour Paris et Chartres était encore à Dampierresur-Auve le 24. Il écrit qu'il se trouvait le 23 au cantonnement de Saint-Jean-sur-Tourbe, lorsqu'arriva la nouvelle de l'abolition de la royauté, et les Prussiens occupaient alors Saint-Jean-sur- Tourbe ! ! II ajoute qu'à cette nouvelle, beaucoup pensèrent que le duc d'Orléans, le duc de Chartres, Dumouriez, peut-être Kellermann « serait proclamé président national, prolecteur de la liberté ou de la nation, ou consul, ou empereur ». Une pareille pensée pouvaitelle alors germer dans le cerveau d'un Français!' Quel anaclironisme !

Trêves. Là éclalenl les emjîruuls Ilagranls. Il n'y a (juà citer :

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