‹ Episodes et portraits: Deuxième sérieChapitre 32 sur 32 · FRŒSCHWILLER · texte numérisé non relu

FRŒSCHWILLER

Il faut résumer encore et apprécier le chapitre que Duquet consacre au général de Failly. Dans son travail de 1879, il avait publié une lettre écrite le 6 août, vers 5 heures du matin, à Failly par Mac-Mahon. Il l'avait obtenue et comme arrachée de M""" de Failly, qui voulait démontrer par

Bitche à Lembach, que Failly— ou tout autre — aurait du marcher durant tiuit heures entre des hauteurs boisées, que les Bavarois auraient été avertis de ce mouvement et qu'une brigade qu'ils auraient détachée, suffisait à arrêter lavant-garde française. Mais serrons la question d'un peu près. Admellons que la colonne quitte Bitche à quatre heures du malin et qu'elle débouche sur Lembach vers midi. Nous savons, d'après l'ouvrage du grand état-major prussien, que la 3« division bavaroise était le 6 août, à raidi, en observation à Lembach, face à Bitche: à 11 heures et demie Hartmann lui envoie l'ordre de venir à Langensoulzbach, et à 1 heure elle s'ébranle ; à midi, elle aurait donc tenu tète à la division française qui se serait acheminée par le défdé qui s'étend en aval du pont de Tannen, (cette Tannenbrùcke où Gouvion Saint-Cyr ralliait le 12 septembre 1793 les troupes de Ferey) ; dans ce défilé qui a bien deux kilomètres de long, les Français n'auraient pu se déployer; ils auraient été évidemment retardés, d'autant qu'à Lembach la vallée de la Sauer s'élargit et que les Bavarois auraient pu recevoir sur un front assez étendu l'adversaire qui sortait, pour ainsi dire, d'un goulot ; il semble même, au vu de la carte, qu'ils auraient trouvé sur la croupe 270 au sud de Lembach et vers la côte 283 d'excellentes positions pour leur artillerie.

là que son mari n'avait fait qu'obéir aux ordres de Mac-Mahon. La lettre en effet justifiait le général : Mac-Mahon y prescrit à Failly d'envoyer aussitôt une division à mi-chemin de Frœschwiller, à Philippsbourg, et non pas à Frœschwil- 1er. Mais cette instruction, qui fut apportée par le commandant Moll, elle est non avenue ; Failly ne l'a eue dans les mains que le 6 août, à 2 ou 3 heures de l'après-midi, lorsque la bataille était perdue, et il n'avait pas communiqué à Duquet une dépêche qu'il avait reçue le 5 août, à 11 heures du soir. Cette dépêche était ainsi conçue : « Venez à Reichshofïen, avec tout votre corps d'armée, le plus tôt possible ; vos troupes viendront par la grande route, et j'espère que vous me rallierez dans la journée, demain. » Elle condamne Failly. Ne devait-il pas exécuter l'ordre qu'elle contenait? Ne devait- il pas l'exécuter surle-champ, pas même de grand matin, pas même au point du jour, mais dans la nuit et sans nul retard ? Il aurait ainsi renforcé la droite du maréchal ; il aurait, non pas joué le rôle de Desaix h Marengo, non pas changé du tout au tout le sort de la bataille, mais grandement atténué le désastre. Or, la division Guyot de Lespart, la seule qui fût prête, la seule que Failly voulût bien donner, la seule sur laquelle Mac-Mahon pût compter dans cette funeste journée de Frœschwiller, ne s'ébranla qu'à 8 heures du matin, et elle n'atteignit Niederbronn qu'à 4 heures ! 11 lui

FUŒSCHAVILLER

fallut huit heures pour faire six lieues, parce que Lespart, craignant pour sa gauche, ne cessait pas d'arrêter la colonne au croisement de chaque chemin et ne la remettait en mouvement qu'a, près le retour des reconnaissances !

Failly est donc coupable. 11 a désobéi au maréchal. Non seulement il ne lui a pas envoyé tout son corps d'armée ; non seulement il ne lui a prêté qu'une de ses divisions, la division Lespart ; non seulement il a gardé ses deux autres divisions, la division Goze et la division L'Abadie, parce qu'il prétendait, le malheureux, garder toutes les routes et parce qu'il tremblait pour la sûreté de Bitche, comme si cette forteresse ne pouvait se défendre elle-même ! Mais il n'a envoyé la division Lespart au secours de Mac-Mahon qu'à contre-cœur et très tardivement. Ne disaitil pas au commandant INloll — comme Moll l'a répété depuis à un de nos amis — : « Le duc de Magenta se tirera seul d'affaire « ?

...Et nous voici revenus à Mac-Mahon et aux reproches dont Duquet l'accable, justement d'ailleurs, mais sans égard ni ménagement daucune sorte. Pourquoi iNIac-Mahon, après la dépêche qui appelait Failly en toute hâte, a-t-il écrit la lettre que porta le commandant Moll ? Pourquoi,

dans la dépêche, veut-il que les troupes prennent la grande route, et non la voie ferrée ? (1) Pourquoi, dans la lettre, veut-il que la division Lespart vienne coucher le soir du 6 août à Philippsbourg pour n'arriver à Frœschwiller que dans la matinée du 7 ? Pourquoi, durant toute la bataille du 6, bien qu'il dispose des lignes télégraphiques et du chemin de l'er, n'a-t-il pas envoyé un seul ordre à Failly et à Lespart ? Pourquoi n'a-t-il pas prescrit à l'un et à l'autre de presser la marche de la division ? Evidemment, il ne pensait pas qu'il serait aux prises le G août avec les Allemands, et lorsqu'il fut aux prises, il eut confiance dans son étoile, il crut qu'il saurait à lui seul et sans l'assistance de la division Lespart, grâce à la force de ses positions et à la merveilleuse bravoure de ses soldats, repousser l'assaillant. Il se trompa, et l'irréparable défaite de Frœschwiller nous coûta l'Alsace.

(1; A vrai dire, il avait raison, quoi qu'en dise Duquel, de recommander la grande roule, et non la voie ferrée : le matériel manquait, et le temps d'embarquer les troupes; elles devaient, à pied, arriver plus vite, et c'est ce qu'on fait aujourd'hui encore lorstiu'il n'y a que de petites dislances à franchir.

iv'

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