FRŒSCHWILLER
sonner « ; il les paye de même monnaie. Ses récits, bien que trop mêlés de citations, sont parfois saisissants, poignants. Il donne la sensation de la bataille. S'il traite les grands chefs sans nulle mesure et avec trop de rigueur, il loue dignement les soldats qui suppléent par leur valeur à l'incapacité des généraux : les fantassins qui se jettent sur Wœrth avec une si belle impétuosité, ou qui montent avec un tel entrain à l'assaut des hauteurs de Gunstett, ou se battent avec tant d'acharnement et de furie dans les taillis du Niederwald et la ferme de Lansberg, sur les pentes du Calvaire et autour des haies d'Elsasshausen et de Frœschwiller ; les turcos, qui, après la prise d'Elsasshausen, se ruent, fous de rage, sur les Prussiens terrifiés et les culbutent par leur fougue suprême ; les cavaliers qui, « impuissants et superbes, tombent les uns après les autres en brisant leurs sabres contre les maisons deMorsbronn remplies d'invisibles ennemis », ou qui, en avant de Frœschwiller ne peuvent, sous une pluie de fer, aborder l'adversaire; les artilleurs qui se servent si habilement, si courageusement de leurs mauvaises pièces. En lisant ces pages si animées, si ardentes de Duquet, on ne s'étonne plus de la phrase qui revient souvent dans la relation du grand étatmajor prussien, que les Allemands n'avancent qu'au prix des pertes les plus graves.
Enfin, si Duquet se laisse aller par instants — et nous employons ici ses propres expressions — à
la dissertation et à l'hypothèse (l),au lieu de s'en tenir aux faits et à la réalité, il expose fréquemment des idées justes et perçantes. Nous ne croyons pas, comme lui, que les Français, s'ils avaient eu d'autres généraux à leur tête, auraient au G août remporté la victoire : c'est oublier que les Allemands leur étaient infiniment supérieurs par le nombre et par l'artillerie, et que s'ils n'avaient pas les qualités incomparables du troupier français de ce temps là, ils ne manquaient pas de vaillance et d'énergie. Mais Duquetinsiste sur la position de Gunstett, de ce Gunstett qu'un général du génie, Poitevin de Maureillan, proposait jadis de fortifier, de ce fatal Gunstett où s'établirent les canons qui firent de si grands ravages dans nos bataillons et les arrêtèrent dans leur élan. Il développe avec sagacité le plan d'une opération que Failly aurait dû exécuter : non pas rejoindre le 1®"" corps, mais assaillir la ligne des communications ennemies, déboucher par Lembach sur les derrières des Bavarois, répandre ainsi la panique jusque dans les troupes qui combattaient sur les bords de la Sauer. Combinaison ingénieuse sans doute, manœuvre peut-être eiïîcace, mais dont un Bonaparte, et non un Failly, était capable (2).
(2) Et cette manœuvre est-elle une de ces choses simples qui seules réussissent? Ne serait-elle pas un peu compliquée ?l\emarquons qu'il y a trente-deux kilomètres de