‹ Episodes from Alexander Dumas' Les Trois MousquetairesChapitre 4 sur 19 · VOYAGE · texte numérisé non relu

VOYAGE

A deux heures du matin, nos quatre aventuriers sor- $ tirent de Paris. Tant qu'il fit nuit ils restèrent muets: malgré eux ils subissaient l'influence de l'obscurité et voyaient des embûches partout.

Aux premiers rayons du jour leurs langues se délièrent; avec le soleil la gaieté revint: c'était comme à la veille lo d'un combat, le cœur battait, les yeux riaient, on sentait que la vie qu'on allait peut-être quitter était au bout du compte une bonne chose.

L'aspect de la caravane, au reste, était des plus formidables: les chevaux noirs des mousquetaires, leur tournure 15 martiale, eussent trahi ^ le plus strict incognito

Les valets suivaient, armés jusqu'aux dents.

Tout alla bien jusqu'à Chantilly, où l'on arriva vers les huit heures du matin. Il fallait déjeuner. On descendit devant une auberge que recommandait une enseigne re- 20 présentant saint Martin donnant la moitié de son manteau à un pauvre. On enjoignit aux laquais de ne pas desseller les chevaux et de se tenir prêts à partir immédiatement.

On entra dans la salle commune et l'on se mit à table. 25

Un gentilhomme qui venait d'arriver était assis à cette même table et déjeunait. Il entama la conversation sur

l8 LES TROIS MOUSQUETAIRES

la pluie et le beau temps; les voyageurs répondirent: il but à leur santé; les voyageurs lui rendirent sa politesse.

Mais au moment où Mousqueton, le valet de Porthos, 5 venait annoncer que les chevaux étaient prêts et ou l'on se levait de table, l'étranger proposa à Porthos la santé du cardinal. Porthos répondit qu'il ne demandait pas mieux, si l'étranger à son tour voulait boire à la santé du roi. L'étranger s'écria qu'il ne connaissait d'autre roi lo que Son Éminence. Porthos l'appela ivrogne; l'étranger tira son épée.

— Vous avez fait une sottise, dit Athos; n'importe, il n'y a pas à reculer maintenant, tuez cet homme et venez nous rejoindre le plus vite que vous pourrez.

15 Et tous trois remontèrent à cheval et repartirent à toute bride, tandis que Porthos promettait à son adversaire de le perforer de tous les coups connus dans l'escrime.

— Et d'un!^ dit Athos au bout de cinq cents pas.

20 — Mais pourquoi cet homme s'est-il attaqué à Porthos plutôt qu'à tout autre ? demanda Aramis.

— Parce que, Porthos parlant plus haut que nous tous, il l'a pris pour le chef, dit d'Artagnan.

Et les voyageurs continuèrent leur route. 25 A Beauvais on s'arrêta deux heures, tant pour faire souffler les chevaux que pour attendre Porthos. Au bout de deux heures, comme Porthos n'arrivait pas, ni aucune nouvelle de lui, on se remit en chemin.

A une lieue de Beauvais, à un endroit ou le chemin se

30 trouvait resserré entre deux talus, on rencontra huit ou

dix hommes qui, profitant de ce que la route était dépa^-

vée en cet endroit, avaient l'air d'y travailler en y creusant des trous et en pratiquant des ornières boueuses.

Aramis, craignant de salir ses bottes dans ce mortier artificiel, les apostropha durement. Athos voulut le retenir, il e'tait trop tard. Les ouvriers se mirent à railler 5 les voyageurs, et firent perdre par leur insolence la tête même au froid Athos, qui poussa son cheval contre l'un d'eux.

Alors chacun de ces hommes recula jusqu'au fossé et y prit un mousquet cache'; il en résulta que nos sept voya- 10 geurs furent littéralement passés par les armes. Aramis reçut une balle qui lui traversa l'épaule, et Mousqueton une autre balle qui se logea dans les parties charnues du dos. Cependant ^Mousqueton seul tomba de cheval, non pas qu'il fût grièvement blessé, mais, comme il ne 15 pouvait voir sa blessure, sans doute il crut être plus dangereusement blessé qu'il ne l'était.

— C'est une embuscade, dit d'Artagnan, ne brûlons pas une amorce, et en route.

Aramis, tout blessé qu'il était, saisit la crinière de son 20 cheval, qui l'emporta avec les autres. Celui de Mousqueton les avait rejoints, et galopait tout seul à son rang.

— Cela nous fera un cheval de rechange, dit Athos.

— J'aimerais mieux un chapeau, dit d'Artagnan; le mien a été emporté par une balle. C'est bien heureux, ma 25 foi, que la lettre que je porte n'ait pas été dedans.

Et l'on galopa encore pendant deux heures, quoique les chevaux fussent si fatigués, qu'il était à craindre qu'ils ne refusassent bientôt le service.

Les voyageurs avaient pris la traverse, espérant de cette 30 façon être moins inquiétés; mais bientôt Aramis déclara

qu'il ne pouvait aller plus loin. En effet, il avait fallu tout le courage qu'il cachait sous sa forme élégante et sous ses façons polies pour arriver jusque-là. A tout moment, il pâlissait et l'on était obligé de le soutenir sur son cheval; S on le descendit à la porte d'un cabaret, on lui laissa Bazin, son valet, qui, au reste, dans une escarmouche, était plus embarrassant qu'utile, et l'on repartit dans l'espérance d'aller coucher à Amiens.

— Morbleu! dit Athos, quand ils se retrouvèrent en 10 route, réduits à deux maîtres et à Grimaud et Flanchet,

morbleu! je ne serai plus leur dupe, et je vous réponds qu'ils ne me feront pas ouvrir la bouche ni tirer l'épée d'ici à Calais. J'en jure. . .

— Ne jurons pas, dit d'Artagnan, galopons, si toute- 15 fois nos chevaux y consentent.

Et les voyageurs enfoncèrent leurs éperons dans le ventre de leurs chevaux, qui, vigoureusement stimulés retrouvèrent des forces. On arriva à Amiens à minuit, et l'on descendit à l'auberge du Lis-d'Or.

20 L'hôtelier avait l'air du plus honnête homme de la terre, il reçut les voyageurs son bougeoir d'une main et son bonnet de coton de l'autre; il voulut loger les deux voyageurs chacun dans une charmante chambre, malheureusement chacune de ces chambres était à l'extrémité de

25 l'hôtel. D'Artagnan et Athos refusèrent; l'hôte répondit qu'il n'y en avait cependant pas d'autres dignes de Leurs Excellences; mais les voyageurs déclarèrent qu'ils coucheraient dans la chambre commune chacun sur un matelas qu'on leur jetterait à terre. L'hôte insista, les

30 voyageurs tinrent bon; il fallut faire ce qu'ils voulurent. Ils venaient de disposer leur lit et de barricader leur

porte en dedans lorsqu'on frappa au volet de la cour; ils demandèrent qui e'tait là, reconnurent la voix de leurs valets et ouvrirent.

En effet, c'étaient Flanchet et Grimaud.

— Grimaud suffira pour garder les chevaux, dit Plan- 5 chet, le valet de d'Artagnan ; si ces messieurs^ veulent, je coucherai en travers de leur porte; de cette façon-là, ils seront sûrs qu'on n'arrivera pas jusqu'à eux.

— Et sur quoi coucheras-tu? dit d'Artagnan.

— Voici mon lit, répondit Planchet. 10 Et il montra une botte de paille.

— Viens donc, dit d'Artagnan, tu as raison: la figure de l'hôte ne me convient pas, elle est trop gracieuse.

— Ni à moi non plus, dit Athos.

Planchet monta par la fenêtre, s'installa en travers de 15 la porte, tandis que Grimaud allait s'enfermer dans l'écurie, répondant qu'à cinq heures du matin lui et les quatre chevaux seraient prêts.

La nuit fut assez tranquille, on essaya bien vers les deux heures du matin d'ouvrir la porte; mais comme 20 Planchet se réveilla en sursaut et cria qui va là] on répondit qu'on se trompait, et on s'éloigna.

A quatre heures du matin on entendit un grand bruit dans les écuries. Grimaud avait voulu réveiller les garçons d'écurie, et les garçons d'écurie le battaient. Quand 25 on rouvrit la fenêtre, on vit le pauvre garçon sans connaissance, la tête fendue d'un coup de manche à fourche.

Planchet descendit dans la cour et voulut seller les chevaux; les chevaux étaient fourbus. Celui de Mousqueton seul qui avait voyagé sans maître pendant cinq ou six 30 heures, la veille, aurait pu continuer la route, mais, par

une erreur inconcevable, le chirurgien vétérinaire qu'on avait envoyé chercher, à ce qu'il paraît,^ pour saigner le cheval de l'hôte, avait saigné celui de Mousqueton. Cela commençait à devenir inquiétant: tous ces acci- 5 dents successifs étaient peut-être le résultat du hasard, mais ils pouvaient tout aussi bien être le fruit d'un complot. Athos et d'Artagnan sortirent, tandis que Planchet allait s'informer s'il n'y avait pas trois chevaux à vendre dans les environs. A la porte étaient deux chevaux tout

lo équipés, frais et vigoureux. Cela faisait bien l'affaire. Il demanda où étaient les maîtres; on lui dit que les maîtres avaient passé la nuit dans l'auberge et réglaient leur compte à cette heure avec l'hôtelier.

Athos descendit pour payer la dépense, tandis que

15 d'Artagnan et Planchet se tenaient sur la porte de la rue. L'hôtelier était dans une chambre basse et reculée, on pria Athos d'y passer.

Athos entra sans défiance et tira deux pistoles pour payer; l'hôte était seul et assis devant son bureau, dont

20 un des tiroirs était entr'ouvert. Il prit l'argent que lui présenta Athos, le tourna et le retourna dans ses mains, et tout à coup, s'écriant que la pièce était fausse, il déclara qu'il allait le faire arrêter, lui et son compagnon, comme faux monnayeurs.

25 — Drôle, dit Athos, en marchant sur lui, je vais te couper les oreilles.

Au même instant quatre hommes armés jusqu'aux dents

entrèrent par les portes latérales et se jetèrent sur Athos.

— Je suis pris, cria Athos de toutes les forces de ses

30 poumons; au large, d'Artagnan! pique, pique! et il lâcha deux coups de pistolet.

D'Artagnan et Flanchet ne se le firent pas re'pe'ter à deux fois. Ils détachèrent les deux chevaux qui attendaient à la porte, sautèrent dessus, leur enfoncèrent leurs éperons dans le ventre et partirent au triple galop.

— Sais-tu ce qu'est devenu Athos? demanda d'Arta- s gnan à Flanchet en courant.

— Ah! monsieur, dit Flanchet, j'en ai vu tomber deux à ses deux coups, et il m'a semblé, à travers la porte vitrée, qu'il ferraillait avec les autres.

— Brave Athos! murmura d'Artagnan. Et quand on lo pense qu'il faut l'abandonner! Au reste, autant nous attend peut-être à deux pas d'ici. En avant, Flanchet, en avant! tu es un brave homme.

Et tous deux, piquant de plus belle, arrivèrent à Saint- Omer d'une seule traite. A Saint-Omer ils firent souffler 15 les chevaux la bride passée à leurs bras, de peur d'accident, et mangèrent un morceau sur le pouce tout debout dans la rue, après quoi ils repartirent.

A cent pas des portes de Calais, le cheval de d'Artagnan s'abattit, et il n'y eut pas moyen de le faire se rele- 20 ver, le sang lui sortait par le nez et par les yeux; restait celui de Flanchet, mais celui-ci s'était arrêté, et il n'y eut plus moyen de le faire repartir.

Heureusement, comme nous l'avons dit, ils étaient à cent pas de la ville; ils laissèrent les deux montures sur 25 le grand chemin et coururent au port. Flanchet fit remarquer à son maître un gentilhomme qui arrivait avec son valet et qui ne les précédait que d'une cinquantaine de pas.

Ils s'approchèrent vivement de ce gentilhomme, qui 30 paraissait fort affairé. Il avait ses bottes couvertes de

pousssière, et s'informait s'il ne pourrait point passer à l'instant même en Angleterre.

— Rien ne serait plus facile, répondit le patron d'un bâtiment prêt à mettre à la voile, mais ce matin est ar-

5 rivé l'ordre de ne laisser partir personne sans une permission expresse de M. le cardinal.

— J'ai cette permission, dit le gentilhomme en tirant le papier de sa poche, la voici.

— Faites-la viser par le gouverneur du port, dit le pa- 10 tron, et donnez-moi la préférence.

— Où trouverai-je le gouverneur ?

— A sa campagne.

— Et cette campagne est située ?

— A un quart de lieue de la ville; tenez, vous la voyez 15 d'ici, au pied de cette petite éminence, ce toit en ardoises.

— Très bien! dit le gentilhomme.

Et, suivi de son laquais, il prit le chemin de la maison de campagne du gouverneur.

D'Artagnan et Flanchet suivirent le gentilhomme à 20 cinq cents pas de distance. Une fois hors de la ville, d'Artagnan pressa le pas et rejoignit le gentilhomme comme il entrait dans un petit bois.

— Monsieur, lui dit d'Artagnan, vous me paraissez fort pressé.''

25 — On ne peut plus pressé, monsieur.^

— J'en suis désespéré, dit d'Artagnan, car comme je suis très pressé aussi, je voulais vous prier de me rendre un service.

— Lequel ?

30 — De me laisser passer le premier.

— Impossible, dit le gentilhomme, j'ai fait soixante

lieues en quarante-quatre heures, et il faut que demain à midi je sois à Londres.

— J'ai fait le même chemin en quarante heures, et il faut que demain à dix heures du matin je sois à Londres.

— Désespéré, monsieur; mais je suis arrivé le premier, 5 et je ne passerai pas le second.

— Désespéré, monsieur, mais je suis arrivé le second, et je passerai le premier.

— Service du roi! dit le gentilhomme.

— Service de moi! dit d'Artagnan. 10

— Mais c'est une mauvaise querelle que vous me cherchez là, ce me semble.

— Parbleu! que voulez-vous que ce soit?

— Que désirez-vous?

— Vous voulez le savoir? 15

— ■ Certainement.

— Eh bien! je veux l'ordre dont vous êtes porteur, attendu que je n'en ai pas, moi, et qu'il m'en faut un.

— Vous plaisantez, je présume.

— Je ne plaisante jamais. 20

— Laissez-moi passer!

— Vous ne passerez pas.

— Mon brave jeune homme, je vais vous casser la tête. Holà, Lubin! mes pistolets.

— Planchet, dit d'Artagnan, charge-toi du valet, je me 25 charge du maître.

Planchet sauta sur Lubin, et comme il était fort et vigoureux, il le renversa les reins contre terre et lui mit le genou sur la poitrine.

— Faites votre affaire, monsieur, dit Planchet, moi, j'ai 30 fait la mienne.

Voyant cela, le gentilhomme tira son épée et fondit sur d'Artagnan; mais il avait affaire à forte partie.

En trois secondes d'Artagnan lui fournit trois coups d'épée en disant à chaque coup:

5 — Un pour Athos, un pour Porthos, un pour Aramis.

Au troisième coup, le gentilhomme tomba comme une masse.

D'Artagnan le crut mort, ou tout au moins évanoui, et

s'approcha pour lui prendre l'ordre; mais au moment où

lo il étendait le bras afin de le fouiller, le blessé, qui n'avait

pas lâché son épée, lui porta un coup de pointe dans la

poitrine en disant:

— Un pour vous.

— Et un pour moi! au dernier les bons!^ s'écria d'Arta- 15 gnan furieux, en le clouant par terre d'un quatrième coup

d'épée dans le ventre.

Cette fois le gentilhomme ferma les yeux et s'évanouit.

D'Artagnan fouilla dans la poche où il l'avait vu re- 20 mettre l'ordre du passage, et le prit. Il était au nom du comte de Wardes.

Puis, jetant un dernier coup d'oeil sur le beau jeune homme, qui avait vingt-cinq ans à peine, et qu'il laissait là gisant, privé de sentiment et peut-être mort, il poussa 25 un soupir sur cette étrange destinée qui porte les hommes à se détruire les uns les autres pour les intérêts de gens qui leur sont étrangers et qui souvent ne savent pas même qu'ils existent.

Mais il fut bientôt tiré de ces réflexions par Lubin, qui 30 poussait des hurlements et criait de toutes ses forces au secours.

Flanchet lui appliqua la main sur la gorge et serra de toutes ses forces.

— Monsieur, dit-il, tant que je le tiendrai ainsi, il ne criera pas, j'en suis bien sûr-, mais aussitôt que je le lâcherai, il va se remettre à crier. Je le reconnais pour un Nor- s mand, et les Normands sont entête's.

En effet, tout comprimé qu'il était, Lubin essayait encore de filer des sons.

— Attends! dit d'Artagnan.

Et, prenant son mouchoir, il le bâillonna. lo

— Maintenant, dit Flanchet, lions-le à un arbre.

La chose fut faite en conscience, puis on tira le comte de \Yardes près de son domestique.

— Et maintenant, dit d'Artagnan, chez le gouverneur !

— Mais vous êtes blessé, ce me semble? dit Flanchet. 15

— Ce n'est rien, occupons-nous du plus pressé; puis nous reviendrons à ma blessure, qui, au reste, ne me paraît pas très dangereuse.

Et tous deux s'acheminèrent à grands pas vers la campagne du digne fonctionnaire. 20

On annonça M. le comte de Wardes.

D'Artagnan fut introduit.

— Vous avez un ordre signé du cardinal? dit le gouverneur,

— Oui, monsieur, répondit d'Artagnan, le voici. 25

— Ahl ah! il est en règle et bien recommandé, dit le gouverneur.

— C'est tout simple, répondit d'Artagnan, je suis de ses plus fidèles.

— Il paraît que Son Éminence veut empêcher quelqu'un 30 de parvenir en Angleterre-

— Oui, un certain d'Artagnan, un gentilhomme gascon qui est parti de Paris avec trois de ses amis dans l'intention de gagner Londres.

— Le connaissez-vous personnellement? demanda le S gouverneur.

— Qui cela?

— Ce d'Artagnan.

— A merveille.

— Donnez-moi son signalement alors.

10 — Rien de plus facile.

Et d'Artagnan donna trait pour trait le signalement du comte de Wardes.

— Est-il accompagné? demanda le gouverneur.

— Oui, d'un valet nomme' Lubin.

15 — On veillera sur eux, et si on leur met la main dessus, Son Eminence peut être tranquille, ils seront reconduits à Paris sous bOTne escorte.

— Et ce faisant, monsieur le gouverneur, dit d'Artagnan, vous aurez bien mérité du cardinal.

20 — Vous le reverrez à votre retour, monsieur le comte?

— Sans aucun doute.

— Dites-lui, je vous prie, que je suis bien son serviteur.

— Je n'y manquerai pas.

Et joyeux de cette assurance, le gouverneur visa le 25 laissez-passer et le remit à d'Artagnan.

D'Artagnan ne perdit pas son temps en compliments inutiles, il salua le gouverneur, le remercia et partit.

Une fois dehors, lui et Planchet prirent leur course.

Le bâtiment était toujours prêt à partir, le patron 30 attendait sur le port.

— Eh bien? dit-il en apercevant d'Artagnan.

— Voici ma passe visée, dit celui-ci.

— Et cet autre gentilhomme?

— II rie partira pas aujourd'hui, dit d'Artagnan, mais soyez tranquille, je payerai le passage pour nous deux.

— En ce cas, partons, dit le patron. 5

— Partons! répéta d'Artagnan.

Et il sauta avec Flanchet dans le canot; cinq minutes après ils étaient à bord.

Il était temps de s'occuper de la blessure ; heureusement, comme l'avait pensé d'Artagnan, elle n'était pas ro des plus dangereuses: la pointe de l'épée avait rencontré une côte et avait glissé le long de l'os; de plus, la chemise s'était collée aussitôt à la plaie, et à peine avait-elle répandu quelques gouttes de sang.

D'Artagnan était brisé de fatigue: on lui étendit un 15 matelas sur le pont, il se jeta dessus et s'endormit.

Le lendemain, au point du jour, il se trouva à trois ou quatre lieues seulement des côtes d'Angleterre; la brise avait été faible toute la nuit et l'on avait peu marché.

A dix heures le bâtiment jetait l'ancre dans le port de 20 Douvres.

A dix heures et demie, d'Artagnan mettait le pied sur la terre d'Angleterre en s'écriant:

— Enfin, m'y voilà!

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