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Quelques jours après le départ de son fils pour la prise de
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vc, Mme de Miisy sentit s'a<r-
graver soudainement la maladie de eœur que lui avait donnée la joie du Miraele, et dont, — sans la <>uéiir, Iielas! — la période heureuse n'avait lait que suspendre le eours. De nouveaux symptômes plus alarmants se déclarèrent, et les médecins ne tardèrent point a reconnaître leur impuissance à arrêter mal.
— Elle n'en a que pour peu de mois, diicnt-ils.
La Femme forte descendit cette pente surème, elle suivit cette avenue de la tombe, avec la sublime sérénité de sa vie habituelle.
— Si vous deviez mourir demain, demandait-on à un Saint occupé à travailler ou à écrire, que feriez-vous ?
— Je Continuerais ce que je fais.
Mme (leAIûsy n'eut rien à changer et ne changea rien à l'ordonnance de ses occupations quotidiennes.
Elle continua de s'entretenir avec Dieu, pur la lecture, la méditation et la prière; elle continua de gouverner sa maison; elle continua d'accomplir ses œuvres de miséricorde; elle continua de secourir les pauvres et les malades. La nature de son mal lui permettait d'être evée et de se tenir dans son f\uiteuil. II n'y eut Vq^ donc qu'une seule difîerence : c'est que ceux vers qui elle allait durent venir à elle. Les malheureux, conduits par Claudine, arrivaient autoi de ce siège de mourante.
Deux jours avant sa (in, elle voulut
encore panser les plaies de Jésus-Cl clans la personne d'un indi<»ent de la coni doigts défaillants elle plaça elle-même et assup pie et les bandages. Héroïne de la charité, elle e champ de l)ataillc.
De temps en temps, son fds bien-aimé retournait auprès d ('lie. Quelles heures douces et amères ils passaient près de l'autre !
Le 7 juillet, elle l'envoya chercher ii Ghagny. — Madame désire vous voir, lui dit le domestique.
— Serait-elle plus mal?
— Je ne sais.
J M. l'abbé de Musy accourut en toute hâte.
— Mon fils, lui dit-elle, je veux régler aujourd'hui toutes mes afï'aires, spirituelles et temporelles.
Elle se confessa alors à l'enfant cju'elle avait envoyé à Notre-Dame de Lourdes, si infirme et si accablé de maux, et que la Mère de Dieu lui avait rendu si fort. Soumettant à la saoesse et
il la puissance du Prêtre toutes ses difficultés ou ses inquiétudes, elle épancha une dernière fois son âme dans la sienne avant de quitter , ce monde. Et quand quelque mouvement, quelque accent de la voix, quelque signe, lui laissaient deviner les sanglots intérieurs qui étouffaient la poitrine de son fils, elle s'interrompait doucement : « — Allons, mon cher Victor, du courage ! » et elle poursuivait sa confession.
— Kl maintenant, reprit-cllc, quand elle eut reçu 1 absolution , il faut également mettre ordre à toute afl'aire temporelle.
Cela disant, elle tendit à Victor la clef du secrétaire pour qu il dépouillât sous son regard, en recevant ses instructions et éclaircissements, divers papiers de famille. Sa mémoire était nette, son esprit tranquille sa parole claire et précise, sa physionomie parfois souriante : la lumière de cette lampe bril ait sans intermitte accoutumé...
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Cette paix profoiule rassurait un pou rame filiale de l'abbé de Mu. ,-, et, saus lui enlever sa tristesse, nièhut à ees suprêmes entretiens d(>s dernières semaines ou des derniers jours une souveraine douceur..
Malgré les médecins, il se laissait aller à une vague espérance. Il est des réalités (]ue le cœur se refuse à voir.
Mme de Musy lui remit, pour un pauvre infirme, le prix d un vovage ;i I.ouiiles :
— Il V priera pour moi ! dit-elle.
— Pour votre guérison ! ajouta le fils. RUe secoua la tète et répéta gravement :
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V priera pour moi
Ayant îi (^hagny des malades dont la vie ('tait doublement en danger du côté du corps et du côté de lame, 1 abbé de Musy devait v renti'M-, ce soir-l;i. pour être de retour le lendemain. Mais un peu avant son déjiart j)()ur sa Paroisse et comme le beau soleil de juilleî descendait vers l'horizon, Mme de ^lusv se tourna vers lui :
— Mon fils, dit-elle, le moment est arrive'' ili' me donner le sacrement de l'Extrème- Onction, que je veux recevoir de tes mains.
— l'.h (pioi! ma mère!..,
— Allons, mon enfant, encore du couiage /htuie est venue. . .
Il obéit, et, au milieu de la famille en larmes, il procéda à cet'.e cérémonie solennelle.
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^lle-mènic son fils, profoiult'ment trouble et contenant ses t sanglots. Il oignit de 1 huile sainte ces yeux malevnels si souvent fixés durant le coi
e la vie sur l'image du Chiist Jésus ; -^J^^ ces oreilles qui, à travers les ])ruits discordants de la terre, avaient écouté les
larmon
ies du ciel et les enseionements de
la Sainte-Église; cette langue, aux paroles chrétiennes, qui avait répandu tant de vc- ;^=^ rites et consolé tant de douleurs; ces pieds, qui connaissaient si bien le chemin du pauvre et qui avaient marché dans la voie droite; ces mains charitables, qui avaient répandu l'aumône et pansé les plaies de tant de malheureux. Il disposa à la mort celle de qui il avait reçu la vie ; il prépara h l'entrée du cercueil celle qui 1 avait jadis couché lui-même dans le berceau.
Quand tout fut terminé, elle dit h son fils :
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e voilà en règle maintc-
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liant, et toutes choses sont accom- .^ , plies... Rctournedans ta Paroisse. '^^^
Il y a des àmcs qui ont besoin de toi.
Mais le prêtre, bouleversé autant que sa mère était calme, la conjure de lui permettre de rester.
ij —Non! dit-elle, |\
, ton devoir
est à
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Chagny, auprès de ceux ^ qui vont mourir... Moi, je suis prête.
L'abbé de Musy, le cœur déchiré, insiste :
— De oràce, de grâce, laissez-moi auprès de vous !
— Eh (|uoi ! manquerais-tu décourage? ditelle. Dieu t'appelle là-bas !,.,
Et la Femme iorte donna le baiser d'adieu à son enfant bien-aimé.
Puis, quand il fut parti, elle écarta le rideau de la fenêtre, et demeura là, le regardant s'éoigner jusqu'au moment où la voiture qui emportait son fils eut tout à fait disparu, et où elle cessa d'entendre le grelot lointain du cheval.
Alors elle fondit en larmes.
Quelques instants après, elle fut saisie par la fièvre. Durant toute la nuit elle demanda Victor... Ilélas! lorsque le lendemain Victor arriva, sa mère vénérée, étendue sur le lit d'une chapelle ardente, s'était endormie pour jamais.
Voici que six ans et plus se sont passés depuis cette mort. Le comte de Musy et son lils llunibert reposent à côté de la chrétienne admirable dont nous avons essayé de faire revivre ici la physionomie si suave et si ferme.
Symphorien de Mnsy, le fils d'ilumbert, habite le château de Digoine. Sa sœur Marie, devenue Mme la comtesse de Prunelé, y vient souvent avec tous les siens. Pour marcher dans la voie du bien, les uns et les autres nOnt qu'à suivre la route tracée.
/ 11 y a, à travers bois, un sentier,
moins long que l'avenue, qui mettait en communication plus tlirecte et
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plus proche les malades
et le remède, les pauvres et le s
cours, les misères du dehors et
charité du dedans. Un poteau, pi;
l'entrée, porie le nom cpie la conti
tièie a donné à ce chemin héni : Pa
(K' la JJonuc-Da/ii'.
Notre ami, ■NI. l'abhé Antoine, après avoii été piofesseur au séminaire d'Autun, est Diiecteur de la Maîtrise de ChaulTailles, p; épaiant les âmes au sacerdoce, comme ui-mème y l'ut préparé, et rendant au ' centuple à lÉglise le bienfait cpie lui-même a reçu.
Mlle Geneviève de Musy s'est l'ait constiuire une petite -habitation attenante au presbytère de Chagiiy, et s'associe
aux bonnes anures de son irère.
Ainsi qu'il lavait annoncé à
SCS paroissiens, le prêtre guéri
a voulu cpie Notre-Dame de Lour
des fût son secours de toutes les
heures et la Reine de cette con
i^ trée. Le trône où il l'a assise
■^ est semljlable à celui ^. . (| u E 1 1 e
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s'était cllc-môme clioisi au pied des Pvrcnôcs. M. l'abbé de Mupv a érii^é dans son Eglise une reproduction de la Grotte de Massabielle, avec la statue de Marie. Devant cette Grotte est un autel où chacjue matin celui qui fut si longtemps paralytique vient remercier sa bieniaitrice et lui dire : « Que voulez-vous que je fasse aujonrd luii? »
Employant tout son canir, toute son intelligence et toutes ses forces au soin de la vigne que Dieu lui a confiée, il travaille à convertir la génération actuelle et consacre sa fortune à préparer une génération meilleure. Il a bâti à ses frais de vastes écoles où sont élevés des centaines d'enfants.
A ces écoles on le voit tous les jours; — de temps en temps il visite Digoine; — chaque année il va à Lourdes, pour l'anniversaire de sa miraculeuse guérison. Et c'est ainsi, s'il lui advient une fois ou l'autre de ren contrer quelque tristesse dans le présent, qu'il retrempe constamment et réconforte son âme, par la contemplation de l'avenir et la mémoire du passé.
Abolis soussi^/iés,
C/ianes Macanj, /ueiiuisier, fils de François Macarij ;
Marie Boita fous, née Macanj, sa sœur;
P. Bo/iafous, prêtre, professeur au Pedt-Sc/uiuaire, sou neveu;
Aijant reçu communication du rccit intitule Lk Mi> NUisiER DE L.vvALK, cn attcstotis l'entière exactitude. Les faits qui // sont relates sont absolument tels ([ue les racontait François Macary, — tels (pie nous, membres de sa famille, en avons été les témoins, — tels (pi ils sont notoires dans le ville de Lavaur.
Lavaur, le 7 juin 1882.