J. COUX
Curé de Lagrave (diocèse d'Albi),
a I e r t c c t Nantes, à s e i 1 1 e
KT.viT en son temps un compagnon de b('".e humeur que 1 apprenti menuisier François Macarv. Il avait le propos mI" et jovial, et nul plus que lui nétait constamment disposé à se gaudir et à rire. 11 avait le pied
iaisait son tour de Fiance : à ^viâr
Cambrai, à Nîmes, ;i Mar-
à Lyon. Il avait la main ^Hv* habile, et cet apprenti
ne tarda pas à passer maître.
Bon ou\rier et bon etuivive, il aimait le lra\ail et ne dédaignait pas le ])laisir. Les |»répigés ne le gênaient ouère. Après î.vo.t
MnTRP-niMP- uv I ni-nnirs
achevé dans quelques mauvais romans et quelques méchantes feuilles son cours très complet de philosophie, il s'était prestement tlélivré de la moindre parcelle de superstition, jetant toute croyance 2)ardessns les moulins et se débarrassant ainsi de tout hao'a^e, afin de voyager d'une allure plus leste dans le chemin de la vie.
A mesure qu'il roulait ainsi de par le monde pour se former de plus en plus dans la pratique de son métier, sa libre pensée devenait plus libre encore. Il n'obstruait point les églises. Sa voix chantait peu de cantiques : d'autres couplets avaient ses préférences.
Quand quelqu'une des bonnes femmes chez lesquelles il prenait son gîte et sa nourriture lui parlait de prière :
— « Travailler, c'est prier! » répondait-il brusquement à CCS diseuses de patenôtres.
Et jamais, en prononçant une telle parole, il ne songea à cette seconde face de la Vérité : « Prier, c'est travailler, w
En matière de religion comme en toute autre chose, son ardent caractère ne pouvait supporter ni tiédeur ni juste milieu. Macary avait donc bien vite fait sa trouée dans la fragile barrière qui sépare l'indifférence de l'hostilité...
Brave garçon, d'ailleurs, il en faut convenir: tête chaude et cœur droit. Loyal et avenant, serviable à tout camarade, franc comme l'or, doué de cet esprit naturel et de cette verve pittoresque que l'on rencontre fréquemment parmi les Méridionaux, il était partout le bienvenu. Devant ce qui lui semblait
noble et bon il s l'Miouviut tacilcinciit.
Il savait compatir aux peines crautrui, prompt à aiclor de son robuste bras quiconque était plus faible que lui, et à secourir (.le sa chétive bourse cpiicompie était plus pauvre. ..
Prompt aussi à s'emporter et vil comme la poudre. La moindre contrariété, une varlope ébréchée, un établi branlant, une planche qui avait un nœud, lui faisaient pousser un cri, et ce cri d'impatience était invariablement un jurement, une imprécation, un blasphème.
Jamais le perroquet Vert-Vert, — perverti, lui aussi, par les vova>;es, — n'avait fait entendre de pires interjections que celles qui, du matin au soir, retentissaient, mêlées au grincement des scies et aux coups de marteau, dans l'atelier de François Macary.
Il eiitoiinail tous les horribles mots
Des mariniers criant sur leurs bateaux :
<(. Jour de Dieu! Mur... Mille pipes de diables! »
Les b..., les f... vt)ltigeaient sur son bec.
Bien pis encor : des jurons effroyables!...
Les bonnes Sœurs croyaient qu il parlait grec...
Lorsque, en 1833, aj)rès huit ans passés ainsi de ville en ville à la recherche de la perfection, le compagnon menuisier rentra à Lavaur, sa cité natale, il lui restait tout juste assez de Christianisme pour désirer le sacre-
ment de Marianne **.
Disons, avant d'aller plus loin, que s'il répudiait ainsi pour lui-même et pour les hommes en général toute idée d'un culte (juelconque, il tenait ])ourtant, et beaucoup, ;i ce (juc les Icmmes eussent delà pu'lé-. ]■]{ à ceux ipii lui eherchaieiit (pierelle à ce sujet et relevaient cette contradiction
de principes, il opposait les arguments les plus inattendus.
— Du temps que j'étais écolier, leur répliquaitil en riant, j'ai appris dans ma grammaire, que « la Religion » appartient au genre féminin et non point au genre masculin.
— Mais enfin, si vous trouvez que la Religion est vraie et convient aux femmes, pourquoi ne conviendrait-elle pas aux hommes et n'en useriez-vous pas pour vous?
— C'est absolument comme si vous me disiez que, du moment où je trouve qu'une robe va bien à une femme, je dois moi-même me revêtir d un jupon.
Le vrai motif cpii se cachait derrière ces mauvaises plaisanteries et ces paradoxes, c'est que Macary, très observateur de sa nature, avait remarqué dans ses voyages que les bonnes chrétiennes font les bonnes épouses, et qu'il en est tout autrement des demoiselles sans religion.
Peu après son retour h Lavaur il conduisit donc h l'autel une jeune et pieuse ouvrière, qui semblait faite tout exprès pour lui donner le bonheur.
Elle avait de la grâce, du dévouement, des qualités charmantes. Fervente catholique et aimant tendrement son mari, elle voulut aborder la grande question et ramener François dans le giron de l'Eglise par un petit discours apostolique, soigneusement médité, c|u'elle lui débita un soir à Iheure propice, en se promenant sous les arbres, aux doux rayons de la lune de miel... Mais l'ouvrier coupa court à celte homélie :
— Ma chrrc jjotito Virginie, lui dit-il, je t'aime passionncmont et tu jirèches très bien, — presque aussi bien que M. le Curé. Mais puisque je ne vais pas ehercher les sermons à l'église, c'est que sans doute ils ne me plaisent point. Il est donc inutile de les porter ehe/. moi. .l'ai mes idt'-es très fixes, — fixes comme mon cœur, ma chérie, (jui est véiitahlement tout à toi. Au lieu de me sermonner, borne-toi à m'aimer et contente-toi d'être aimée-
Ne fais pas la faute de vouloir imposer de force tes croyances à ton mari, de le harceler atout instant pourlecondnire à la messe, au confessionnal, ■lux Pâques; et ne compi'omets point notre paix, en prétendant diri ger et violenter suivant ta tète celui à qui tu dois obéir... Nous aurions des disputes perpétuelles, et cela finirait par me faire prendre en gi'ipi)^' la religion, même ehe/. les femmes. ..
La pauvre Virginie avait des larmes dans les veux.
— Allons, lui dit François en l'embras saut, ne parlons plus de cela, (ni plutôt n'en parle plus. Si tu trouves (jue je n'ai pas assez de religion, j'accepte volonhers que tu en aies davan tace : ton bon Dieu n'v perdra rien de son côté, ni moi du mien. A chacun sa tàelie dans le ménage, ma chère petite femme. Je travaillerai pour toi, et tu prier,!
pour moi. A toi nna peine et mes sueurs, à moi tes oraisons.
Virginie était intelligente. Elle comprit ce que beaucou]) de femmes ignorent) que la conversion d'un mari ne se fait point par pression extrême , insistance perpétuelle et flux de paroles, tous moyens rarement eflicr.ccs et souvent périlleux, maisparlavoie plus patiente et plus sûre, quoique plus malaisée ;i suivre, des vertus chic'-tieiines pratitpiées \\ toute heure et de mieux en mieux au foyer domesti(pie, par la voie de la prière persévérante, lia|)pant sans jamais se lasser à la porte du Ciel.
Refoulant donc sa peine en son cœur, la jeune femme se condamna i un mutisme absolu sur ce point délicat.
— Je me tairai désormais, se dit-elle ; je prierai, ^ 5v j'attendrai l'heure de A grâce, et mon uuKjue
prédication sera de m'améliorer de plus en plus et do le rendre heureux.
Donc, François iMacary fut heureux.
Mais le bonheur est un oiseau fugace. Et l'on a à peine mis la main sur lui, cpi'il s'envole tout à coup et disparaît au loin en rpielquc branchage toullu. Telle fut, hélas ! la rapide félicité de Macary.
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Il n'était marié c[ue depuis quelcpies mois, jouissant des premières douceurs de son union avec cette épouse excellente, lorsqu'un mal, dont il avait déjà été vaguement menacé dans les derniers temps de ses voyages, prit des proportions plus sérieuses. 11 lui vint aux jambes de fortes varices. On sait combien ce mal est douloureux et accablant. L'infortuné qui en est atteint éprouve à se tenir debout une lassitude extrême et une souffrance vive. Macary en fit la pénible expérience.
Dur à lui-même, il se mit à lutter contre l'infirmité de son corps.
— Mes jambes sont des paresseuses! disait-il. Elles veulent se lever tard, se coucher tôt et ne rien faire. Si c'étaient deux servantes, je les mettrais à la porte et j'en prendrais d'autres. Mais puisqu'il faut que je les garde, je leur secouerai si fort le tempérament que je les forcerai, bon gré, mal gré, à remplir leur devoir.
Et se faisant violence toute la journée, rabotant et varlopant comme de coutume, il se refusait obsti-
nenicMit a ^ aller chez le méilecin.
> Qacl(|iu's années se passèrent de la sorte. Mais un ineiilent, la maladie de sa mère, amena chez lui le docteur Rossiofuol.
— Eh bien! François, lui dit ce dernier, vous êtes donc toujours infatigable? Je ne passe jamais dans la rue sans vous voir à la besoirne.
— Infatigable? dit Macary, pas précisément! Le matin, à peine debout, et durant toute la journée j ai du plomb dans les jairets et parfois des élancements comme SI vous m'y promeniez votre lancette. Le soir mes jambes sont tout enflées...
— Vous travaillez trop, mon ami.
— Parole de riche ! le pauvre ne travaille jamais assez. Ma fdlette et mon garçon mangent déjà comme des loups.
— Est-ce que vous n'auriez pas une grosse veine le long de la cuisse?
— J'en ai deux qui sont devenues énormes : une à chaque jambe.
— Voyons un peu...
— Ce sont des varices, reprit le docteur, après avoir examiné. Elles sont énormes, en effet, et menacent d'atteindre des proportions tout à fait anormales. Il y a des nodosités considérables, avec engorgement très caractérisé. Vous avez à prendre les plus sérieuses précautions.
— Lesquelles ?
— ■ D al)ord comprimer vos jambes avec des bandages de toile, emprisonnés eux-mêmes dans des guêtres en peau de chien. VA puis vous reposer et vous tenir étendu sur le lit à la moindre fatiofue.
Les vitres durent trembler au formidable juron que fit entendre Macary.
— Me sevrer de travail ii l'âge de vingt-six ans? Vous voulez fairedeFrançoisMacaryun jolipère de lamille! Vous vous... mo(juez de moi.
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Il eut orancrpeinc à ne pas chasser le Docteur par les épaules.
Il continua son propre régime. Mais le mal s'aggrava rapidement. Macai y alla consulter un autre médecin, celui de la société de secours mutuels de Saint-Louis, dont il était membre. Le docteur Ségur lui parla ccmme le docteur Rossignol.
— Si vous ne laites pas ce cpie je vous conseille, vous allez droit dans un fauteuil d'impotent. A quarante ans, vous serez vieux.
Or Macarv avait un sens très pralictue. L'accord parlait des deux médecins, commenté d'ailleurs par d'invincibles accablements et des douleurs qui commençaient à devenir intolérables, le réduisit èla raison. Non sans fureurs, imprécations et tonnerres, il se résigna, comme le voulaient les dootcur.s, à se reposer de temps en temps, à emprisonner ses jamljes depuis la naissance des orteils jusqu au genou, dans des Ijandelettes de toile, niainteiuies dans des guêtres en peau de chien, guêtres qui se laçaient avec une courroie, à la façon d un corset de femme, et que Ion serrait fortement.
Malgré ces précautions, les varices se développèrent d'année en année. Vers l'âge de trente-cinq ou quarante ans, les deux Acines saphênes internes s'étant enflées démesurément faisaient saillie d'une épaisseur de doigt. Des nodosités se formèrent dune dimension extraordinaire : une grosseur d'œuf. Elles ressemblaient, lorsque le malade retirait son appareil compresseur, à des'loupes énormes. X\\ peu plus tard, il se déclara des ulcères, et on fut ol)ligé de recourir aux pansements de charpie et de eérat.
Mi
T.e malheureux ne pouvait dorénavaut travailler que quelques heures par jour. Souvent luènie il était obHgé de suspendre tout labeur pendant un mois et plus, et de garder le lit ou la longue chaise, recouverte d'i ii matelas. Comme 1 avait prévu le docteur Ségur, la vieillesse arrivait prématurément, du moins quant aux jandjes, car le reste du corps était parfaitement sain, et l'esprit, toujours vif, gardait sa jeunesse.
Ce triste état s'empirait lentement. Autour de lui, Macary voyait grandir ses enfants, et s'indignait de ne pas être le premier et le dernier au travail.
— Je ne vaux pas le quart d'un apprenti! s'écriait-il souvent en assénant sur l'établi un coup de niarteau foi-niidable.
Parfois, hoi's de lui et grinçant des dents, il défaisait ses guêtres de cuir, ses bandages, ses ligatures, et les jetait par la fenêtre, comme si, en se débarrassant du remède, il eût expulsé la maladie. Puis, quelques instants après poussait des rugissements. Les varices et les nodosités n'étant plus comprimées, il s'v portait des flots de sang, et des douleurs cuisantes comme le feu s'allumaient duns les chairs. Macarv, souffrant comme un damné et jurant de même, redemandait alors son appareil avec la même ^jf fureur qu'il avait mise à ^^f\
je s en débarrasser. ^^^
— Allons! allons, s'écriait-il, rcmettcz-moi ma peau de chien sur ma chienne de peau.
Le mot remettez-moi n'est qu'un synonyme adouci du verbe qu'il employait, et que la dignité de l'Histoire ne nous permet point de faire passer du lanoaoe parlé dans le lanoaoe écrit. Nul dictionnaire ne l'a encore osé.
Aussi triste que le présent, l'avenir ne présentait aucun espoir de guérison. Le menuisier avait consulté encore d'autres médecins, notamment le docteur Bernet : partout et par tous il avait été déclaré incurable. La Faculté était unanime.
Il ne lui restait donc qu'à prendre son mal en patience et à se résigner. Mais Macary ne connaissait point la patience, et la résignation était une llenr qui ne poussait point parmi les fruits ;"ipres de son jardin. Cet homme actif et impétueux, condamné à l'immobilité ; cette nature de salpêtre et de poudre, violemment refoulée et tenue captive entre quatre murs, s'exhalait en imprécations. Il grondait, tempêtait et fulminait du matin jusqu'au soir. C'était un tonnerre en chambre.
Cet orage de douleur et d'emportement dura dix ans, dura vingt ans, dura trente ans. Pendant trente années, Macary au supplice ne sut à quel saint se vouer, ou plutôt, le lecteur le devine, ne songea à se vouer h aucun saint, se donnant au contraire à tous les diables depuis le matin jusqu'au soir. Il ne s'adressait au Ciel que par des jurons; et, pour lui, le blasphème remplaçait la prière. Non precahat, imprccahat. Le nom de Dieu ne retentissait h toute
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iHHiicMlans son lo^Is (|uo pour cxpiimcr des formules de frénésie et des interjections de colère.
Dans cette même maison cependant, ce même nom sacre se prononçait aussi tout bas. — La pieuse femme de Macarv et sa fdle
Delphine priaient de tout leur cœur Et Celui
dont l'oreille entend ce fpie 1 âme chrétienne murmure dans le secret était plus attentif sans doute ;i ces humbles paroles qui ne troublaient point le silence, qu'aux bruyants éclats de voix de l'ouvrier exaspéré.
N'espérant point la guérison d'un mal incurable et ne demandant point l'impossible, elles suppliaient Dieu d'adoucir du moins l'amertume de l'épreuve, et d'apaiser cette âme frémissante.
Ajoutons, pour ne rien oublier, que si Macary se rebellait ainsi contre le Ciel par une sorte de guerre ouverte, il avait constamment vécu en paix avec la terre, étant demeuré — en son âge mur et au soir de la vie — l'homme franc, ouvert et serviable qu'il avait été en sa jeunesse... 11 chérissait femme et enfants. Et assurément, s'il était mort en ce moment, on eût pu sur sa tombe graver en toute vérité l'épitaphe (si souvent menteuse!) que l'on lit à chaque pas sur le marbre des cimetières : « Il fut bon père et bon époux. » Ses colères s'en prenaient aux choses, à la maie chance, nullement aux personnes. Il était doux et profondément alTectueux pour la compagne de sa vie; et quand, au milieu de ses impatiences et de ses
jurons, arrivait près de lui quelqu'un de ses enfants ou petits-enfants (car, le temps ayant marché, il était déjit grand-père), il se calmait soudain et se prenait à sourire. Il était excellent voisin, charitable et cordial. L'indigent ne frappa jamais en vain à sa porte.
IMacary avait peu; mais ce peu, il le partageait de grand cœur. Sa compassion des peines d'autrui lui faisait oublier les siennes; et si son propre mal -lui arrachait des cris, le mal du prochain lui arrachait des larmes. Combien de fois, faisant l'aumône de son travail, si pénible pourtant! il se donna la noble joie de fabriquer un ht, une armoire, une table, pour quelque pauvre ménage manquant de tout. De même que la veuve dont parle l'Evangile et que loua le Sauveur, il donnait sur sa subsistance même, — comme si céder à la pitié lui eiit été plus nécessaire que le nécessaire.
Quand un homme sans religion a ces qualités, parlons plus justement, quand il possède ces vertus envers le prochain, son apparente impiété envers Dieu n'est vraiment qu'un malentendu. Il ne blasphème que parce qu'il ignore, parce qu'il ne comprend pas, parce cju'il a de fausses idées.
Le mal qu'il commet alors (quelque monstrueux qu'il soit dans sa forme et qu'il paraisse à notre jugement) procède infiniment moins de la perversion de la volonté que d'une erreur de l'esprit et d'un enténébrement partiel de la raison, — misères intellectuelles dont le Seigneur a pitié et dont il tient grand compte dans le touchant verdict de sa pardonnante justice.
A travers les fanges du ruisseau, le regard do Dieu discerne le diamant pur. Aussi advient-il que ce Père de toute miséricorde se plaît souvent à prendre ses serviteurs et ses amis parmi ces égarés généreux. Tandis que ces blasphémateurs profèrent leurs blasphèmes et que ces furieux exhalent leurs
l'^tK
nvo le jour tic ;ràce niar(|uc par sa ProviJcnco : i appelle alors tout à coup comme il appela saint Paul, et d'une voix qui les lait tomber à genoux il leur dit : « Pourquoi me persécutes-tu ? » A la stupeur de tous, il donne la préCérence, entre mille autres, à la demeure de ces publicains, pour y recevoir riiospilalité : « Zachée, descends vite! je veux aiijourd luii loger en ta maison. » — Bien
plus! il les cite parlbis pour exemple aux orthodoxes ofiiciels, aux hommes de dogme strict et de pratique littérale; et s il veut montrer à ces derniers un type et un modèle ;i suivre, il s'en va, sur la route de Jérusalem ;i Jéricho, choisir quelque enfant perdu, qui, tout en étant hors de la voie par rintelligenee, est dans la droiture par le cœur, et il raconte à ses Disciples la divine histoire du secourahle Samaritain.
Ne l'oublions jamais! ce n'est point en vain que le Seigneur a voulu être nommé « le Bon Dieu ». Parmi ses perl'ections sans limite et sans nombre, c'est en quelque sorte la bonté qui est sa perfection maîtresse; et c'est avant tout la bonté qui constitue le vrai caractère de ses enfants. « Soyez miséricordieux, dit-il, comme « votre Père lui-même est miséricordieux... « Bienheureux les miséricordieux, car ils (( obtiendront miséricorde! n Aussi quiconque est bon, semblàt-il hors du bercail, appartient au troupeau ; — et voici que le céleste Pasteur vient alors, dans un moment béni, chercher la brebis fuyante ([ui porte sa mar([ue, la drachme perdue qui porte son efligie et sa devise : Deus chaiitas est!
Plutôt que de ne point sauver de telles âmes et de tels cœurs, Dieu accomplit un miracle. Faisant entendre, du sein de l'Invisible, une parole accessible au sens, il criera à Augustin : « Prends et lis : ToUc, L-gc ! )) et il placera sons ses yeux la page apostolique qui le doit convertir.
Le bon blasphémateur Macary était donc depuis plus de trente années dans l'état que nous venons de décrire.
Ainsi que nous l'avons dit, s'il pouvait se tenir debout, travailler quelques heures et marcher un peu durant certaines périodes, il y en avait d'autres, et de bien longues ! où il était contraint de demeurer étendu. Cela arrivait notamment lorsque ses ulcères variqueux suppuraient plus abondamment que de coutume.
La petite industrie de l'ouvrier avait dû être organisée en vue de ces chômages, qui eussent fini, si Ion n'y avait pourvu, par ruiner entièrement la famille, en lui faisant perdre toute clientèle. Macary avait formé son fils Charles à la profession de menuisier, et ce dernier l'égalait déjà en habileté. Charles était marié et habitait une maison voisine ; mais il venait chaque matin pour le travail du jour et faisait marcher l'atelier paternel.
Vers la mi-juillet 1871, l'intensité du mal et les
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|)lai(.'s vives des ulcères ayant ainsi condamné
Macarv ;i une entière immobilité, il était depuis
six «semaines étendu sur la chaise à matelas. Ses sout-
IVances phvsiques et morales étaient grandes : son corps
H\f^»j^W était rongé par la douleur, et toute son âme dévorée par un
^^ ^^ prolond ennui.
Pour se distraire, il voulut lue, et demanda un livre dont on lui avait parlé comme contenant des récits extraordinaires. Il indiqua cet ouvrage, de même qu'il eût nommé les Contes de Perrault ou les Mille et une Nuits. La Providence cependant allait se servir, pour ses desseins, de cette lecture de hasard...
Lorsque Dieu, dans les heures d hier, — il va quinze siècles, mais pour Lui ce n'est pas un jour, — lorsque Dieu voulut conquérir le fils de Monique, il mit dans la main de ce philosophe, de ce penseur, de ce prince de Inittlligence et du savoir, le livre divin lui-même, le texte tracé par la plume du grand apôtre Paul et inspiré par le Paraclet. Mais pour le menuisier Macarv, pour ce Samaritain peu lettré, pour ce ])auvre puMicam. pour cet ouvrier aux mains ^y calleuses, maniant sur son humble établi la scie
■essaire de recourir ni à ces prondeurs, ni h l'Epître d'un Saint, ■ipiré.
Le volume cpi'avait demandé Macary était un ouvrage contemporain, une histoire dAp- |)aritions et de Miracles, et était écrit par un laïcpie, par un homme du monde ([Ui
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