‹ Episodes miraculeuxChapitre 15 sur 48 · CT · texte numérisé non relu

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était le premier venu ou le dernier venu, — un publicain aussi !

Ce livre intitule Notre-Dame de Lourdes lui ayant été apporté assez tard dans la soirée, le malade le prit nonchalamment le lendemain à son réveil et se mit à en parcourir les premières pages, s'interrompant de temps en temps pour donner quelques ordres de travail, pour s'informer si telle ou telle livraison avait été faite, pour intervenir, en un mot, dans les détails du ménage ou de latelier. ^Nlais, peu à peu, son attention devint captive et sa bouche muette. Il parut, pour ainsi dire, ne plus rien voir et ne plus rien entendre des choses extérieures. De même qu'un voyageur, quittant la grande route, toute brûlante sous le soleil de l'été, et entrant dans une foret touffue, se sent peu h peu envahir par l'ombre épaisse, la fraîcheur et le silence; de même qu'en marchant sous la voûte des vieux arbres et dans les sentiers solitaires, il se voit séparé du reste des humains et comme perdu dans le sein majestueux de la grande nature : — de même Macary, h mesure qu'il s'avançait dans cette lecture, se sentait gagné par une émotion inconnue qui le pénétrait et labsorbait invinciblement, de même il se voyait, hors de toute préoccupation d'ici-bas, comme entouré mvstérieusement par l'atmosphère vivifiante et par la présence du Dieu souverain.

Les larmes inondaient l'énergique visage de l'ouvrier.

— Eh quoi! tu pleures? s'écria sa femme dans une profonde stupéfaction. Qu'a donc ce livre de si terrible ?

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— Ma jDauvre amie, je ne puis l'exprimer... Laisse-moi ! laissemoi !

— Lis-m'en quelques pages alors, que je sache au moins ce que c'est.

— Xon! non! c'est impossible! Los /> larmes m'étouirent... Plus tard, nous le

lirons ensemble. Mais pour le moment il / faut qu'il soit pour moi seul.

Il semblait à François Macary qu'il s'éveillait d'un long- rêve, et que se dissipaient brusquement les ténèbres d'une immense nuit. Il entrevoyait des clartés nouvelles, et une lumière inattendue pénétrait son œil ébloui. Sa patrie, la patrie des âmes, depuis si lono-temps oubliée, se retrouvait devant lui avec ses fleuves deau vive, sa paix rafraîchissante et ses célestes horizons. Le vieux Macarv renaissait à la foi de son enfiince.

Qui donc agissait si puissamment sur lui?

Etait-ce ce livre lui-même? Non certes!

pas plus que n'agit dans le baptême l'onde vulgaire des terrestres fontaines, — pas plus que n'agissaient les trompettes des Juifs quand s'écroulèrent, au son de leur musique, les L murailles de Jéricho. Il n'y avait que la bénédiction de Dieu, se servant d'un moyen par luimême sans valeur aucune. A Celui qui a créé le monde avec le néant, tout est instrument pour le bien.

Lorsque Macary fut parvenu aux divers chapitres où l'auteur raconte les mira-

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ciilcux effets de la Source suinatuiellc que la Vierge Marie a fait jaillir à la Grotte de Lourdes, il eut en lui-même comme un tressaillement.

Et moi aussi, se dit-il, si je pouvais me pro" curer de cette eau, je serais guéri !

La foi ne rentrait point seule en son âme; elle y ramenait l'espérance

Ayant ouvert le livre aux premières lueurs de l'aube, il le termina aux derniers rayons du soleil.

VU

Ce jour-là, qui devait être une date dans sa vie, était un dimanche, le 16 juillet 1871, fête de Notre- Dame du Mont-Carmel, treizième anniversaire de la dernière Apparition de la très sainte Vierge à Bernadette Souhirous.

« Dès cet instant, écrivait-il plus tard à un ami, la main de Dieu fut sur moi et se mit îi me ffuider. Et il le faut bien pour que, étant en ce moment cloué par mes varices sur ma chaise et ne pouvant me tenir debout sans éprouver d'atroces souffrances, j'aie pourtant eu l'idée de sortir et de faire les quelques pas qui devaient me conduire sur un chemin béni que je ne soupçonnais guère. »

Il était environ huit heures du soir. La chaleur était accablante.

— Je n'en peux plus sur ma longue chaise, dit Macary : il faut que je prenne l'air ! Sortons un peu.

— Où veux-tu aller, mon pauvre homme ? lui répondit sa femme. Tu ne peux pas marcher.

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