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ircux de sa prise de possession du noyaume éternel. L'Eglise a proclamé eomme dogme de foi l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge. J'appelle de tous mes vœux l'heure sainte où elle proclamera aussi, comme dogme de foi correspondant, la olorieusc Assomption de la Mère de Dieu. Ainsi s'exprimait Jeanne, et on l'écoutait non sans surprise. Puis elle ajoutait :
C'est pour la solennité de l'Assomption que je
verrai la fin de mes cruelles misères... Dès que la \''')'^ Vierge m'aura guérie, je veux revêtir ses couleurs... ^^' Allons! allons! qu'on prépare ma parure : la robe
blanche et la ceinture bleue !
■^u Une telle exubérance d'espoir faisait trembler pour ^!?i^ le cas d'une déception. Toutefois, nul n'osait troubler cette conviction assurée et avoir l'air de douter... On se trouvait dans un courant qu'il n'y avait aucun moyen de remonter.
Donc, cédant au désir de Jeanne, Mme de Fontenay envoya chercher la couturière, afin de lui commander le vêtement de lête. Mais la pauvre enfant, le lendemain, ne pût même se soulever pour essayer le blanc corsage.
Une de ses jeunes parentes, très aimée d'elle, Mme Harold de Fontenay, était venue, ce jourlà, comme elle le faisait parfois, passer quelques instants a^ec elle.
— Eh bien! lui dit la malade,
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rcMiinlaccz-inoi, chèie v'^ ;;
amie! Vous ètos à peu près de ma 't*\ . taille : ce (jui \ous ua bien sei a paifait là
pour moi. Et puis je serai contente que ^^
\otic souvenir se mêle à ma robe de résui rection.
La jeune femme essaya le costume Tandis ^rk. qu on l'habillait, les yeux fiévreux de Jeanne suivaient attentivement les moindres détails Z^ MliyWC'^ et se rendaient compte de l'ajustement et "^"^-M/' ^' r' '^-"^ de la coupe. Les proportions avaient été /. J/tvl'M^H^'i'M i très bien prises, et la couturière avait bien dirigé ses habiles ciseaux. Tout était à souhait. Il y avait quelque chose de gracieux et de terrible dans cette scène. Pour que Jeanne, pour que la pauvre infirme, impuissante à se 5^ soulever de son lit, pût revêtir ce
costume qu'une amie essayait à sa place, pour qu'elle pût porter la robe blanche aux longs j)lis flottants et la ceinture bleue, il ne fallait rien moins qu'une inter- ^ vention du Dieu tout-puissant et un de ces miracles
inouïs comme en opérait la main de Jésus - Christ. ^' — Mettez-vous donc devant la glace, dit Jeanne à
sa cousine. Yoilà comment je serai dans huit jours, lorsque Notre-Dame de Lourdes m'aura guérie. Mme Harold était bouleversée. La mousseline légère pesait sur ses épaules comme une tunique sinistre, et il lui tardait de se dépouiller de ce vêtement, blanc comme le linceul,.. « Hélas! pensait-elle, cette robe de résurrection ne sera peut-être que la virginale parure de son ensevelissement!;) Elle avait hâte de soi-tir, car les larmes l'étouffaient... A peine eut-elle fermé la porte de la chambre que ses sanglots éclatèrent.
— Qu'avez-vous ? qu'avez-vous ? lui dit son mari, qui l'avait attendue dans le salon voisin.
— Ce que j'ai, mon ami? Le langage de cette pauvre Jeanne tient du délire. Elle affirme sa guérison. Elle fait préparer sa robe de fête!... Oh! je n'ai jamais si bien compris à quel point elle est malade^*!
Dès le matin du lundi 10 août, «le bon Supérieur » apporta à Jeanne la
sainte communion, viatique bien nécessaire pour un si périlleux voyage,
entrepris, à l'encontre de toute prudence humaine, jjour aller chercher un
remède divin.
X^ On eut les plus grandes difficultés à mouvoir la malade dans les circuits
^^^ et les coiudors de la ^ maison et àla
coucher dans le 1 a n d a u qui devait la conduire au chemin de fer.
loiJOf-
temps les cruels élancements que lui faisait
Ile ^ "
éprouver
toute flexion du corps empêchaient, cuand on voulait la déplacer, de l'asseoir sur un pliant ou sur les bras. Il fallait la transporter dans la position horizontale, comme le moribond dans la civière ou le cadavre dans le cercueil.
Toute la domesticité et quelques autres personnes amies
qui entouraient la voiture ne pouvaient s'empêcher de pleurer.
Au milieu de tous ces visages inquiets ou désolés, Jeanne était
radieuse d'espérance.
— Ne pleurez point, dit-elle en souriant, mais regardez moi bien. C'est la dernière fois que vous me voyez ainsi.
— Dieu le veuille! ma chère enfant, répondit une tante, vraiment excellente et pleine de sollicitude, Mme Joseph de Fontenay, mais il faut tout prévoir. Tu sais que, dans les gares de province, les commandes de wagons-lits doivent être faites au moins une semaine à l'avance. A-t-on bien pris la précaution d'en
retenir un pour le retour?
— Pour le retour? s'écria Jeanne. Je reviendrai comme tout le monde, et en troisième s'il le faut.
De telles paroles produisaient sur ceux qui les entendaient les effets les plus différents.
— Quelle foi ! disaient les uns.
— Quelle exaltation! pensaient les autres.
La malade fut installée dans un coupé-lit. Auprès d'elle s'assirent sa mère et une ancienne domestique, la fidèle Pierrette, à moitié percluse elle-même et affligée de surdité, qui avait voulu aller à Lourdes afin d'y prier, non ])our sa guérison, mais pour celle de sa jeune maîtresse. Selon sa promesse, M. l'abbé de Musy était dans le^train. Joseph prit place à côté de lui dans le compartiment voisin de celui de Jeanne. ^
Henry étant souffrant et condamné à garder la chambre, M. de Fontenay seul avait pu accompagner les pèlerins à l'embarcadère. Lorsque la locomotive s' ébranla,. il suivit des yeux cette longue file de noirs wao-ons, emportée bruyamment dans l'espace par les puissances
ruoissantes de la flamme
et de la vapeur; et il demeura là, immobile etl'œil fixe, jusqu'à ce que les dernières ondulations de la fumée se fussent évanouies à l'horizon, et qu'il n'entendît plus rien de cet orage de fer qui emportait loin de lui l'épouse, fille et le plus jeune fils. Où allaient les èti bien-aimés qui venaient ainsi de disparaître vue ? Ils allaient à l'inconnu, inconnu plein d' rancepeu d'instants auparavant quand tous, priant ensemble, s'excitaient à croire; inconnu plein de terreur, main- ^^ tenant que l'on était séparé et que ni l'étonnante certitude de Jeanne, m les ardentes exhortations du prêtre guéri, n'étaient plus là pour réchauffer les cœurs et ranimer la foi défaillante !...
A la bifurcation de Montchanin, le train ayant fait un arrêt de quelques minutes, les pèlerins aperçurent, sur le quai de la gare, un évoque, jeune et grave qu'ils reconnurent aussitôt.
C'était leur ëvêq Mgr Perraud, qui arrivait de Paray-le-Monial et retournait à Autun. Il s'approcha de la malade et la bénit.
Cette rencontre fut pour Jeanne une joie; cette bénédiction, une grande force.
— Je m'en vais, dit-elle, sousia protection de mes deux évêques. Au ciel, oii il est certainement, Mgr de Léséleuc tient la parole qu'il m'a donnée et il implore pour moi la sainte Yieige. Ici-bas, par une disposition providentielle, Mgr Perraud, son successeur, se trouve à notre pas- ^ ^^o^ Poui' "^e bénir, au moment même où ^ nous touchons aux frontières de son
diocèse.
Après d'indescriptibles fatigues, après les plus douloureuses crises deteimmees par les tiepidations du chemin de fer.
Sifcïî
jamais elle ne l'avait été : le voyage avait duré trente-trois heures.
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Le lendemain elle eût voulu, dès son réveil, être portée à la Grotte : mais ce brisement de ses membres, cet écrasement de lassitude, cet épuisement de toutes ses forces, ne le permirent point. Il fallut attendre assez avant dans l'après-midi.
La matinée pourtant ne fut point perdue tout à fait. Vers onze heures on frappa à la porte de la chambre, et un prélat d'aspect rude et bon apparut sur le seuil.
— Monseigneur Peyramale! s'écrièrent avec émotion la mère et la fdle-^...
Et le souvenir des paroles du Serviteur de Marie, l'année précédente, se représenta vivement à leur souvenir.
— Nous voici encore invoquant de nouveau la puissance de Notre-Dame de Lourdes ; nous voici , croyant de toute notre âme !
— Fiat tibi sicut crecUdistl. « Qu'il vous advienne suivant votre foi ! » Ayez confiance et espérez un grand miracle !... J'ai quelque idée que la sainte Vierge va tuer le veau gras pour le retour de
l'Enfant prodigue!
— Ah! Monseigneur, priez pour nous.
— C'est déjà fait !.,.
Au mois d'août, à Lourdes, la chaleur est souvent torride. Ce jour-là, le soleil brûlant de ces contrées poursuivait sa course
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clans un ciel sans nuao-e et embrasait l'atmosphère. Et cependant la pauvre Jeanne avait froid, grand froid.
Transie et grelottante en la fleur de ses ans, On eût dit que l'hiver habitait son printemps
En la mettant dans la voiture qui devait la conduire aux roches de Massabielle, il fut nécessaire de l'envelopper de chàles, de couvertures de voyage. On plaça sous ses pieds une boule d'eau chaude...
Surmontant sans défaillance les répulsions instinctives de la chair et des nerfs, Jeanne voulut tout d'abord être immero-ée dans l'eau olaciale de la Piscine
Or, la maladie qui l'avait tant affligée dans tous ses membres, avait respecté sa puissante et magnifique chevelure. Ses tresses et ses bandeaux, quand on les déroulait, descendaient jusqu'à ses pieds... Et telle est la nature féminine, que la mère certainement, et la fille peut-être, ne voyaient point sans quelque complaisance les ondes splendides de ce manteau soyeux.
Jeanne baigna son corps dans l'onde sacrée. Cependant, tant cette fois-là que les jours suivants, on prit soin de ne l'y plonger que jusqu'au cou, afin de ne mouiller en aucune sorte cette épaisse chevelure qui eût été si longue à sécher et dont l'humidité prolongée eût pu, disait-on, engendrer le rhume et la fièvre... Précaution pleine de prudence, mêlée aux élans de la foi !
Un peu par nécessité, un peu aussi peut-être par je ne sai quelle idée semi-superstitieuse, on eut, en sortant de la Piscine, l'idée d'emprunter, pour conduire Jeanne sur ce sol de miracles, un chariot d'infirme laissé en ex-voto au sanctuaire, l'année précédente, par une paralytique qui avait soudainement retrouvé l'usage de ses jambes. 11 y a parfois dans l'esprit humain je ne sais quelle tendance enfantine à croire
que certains objets portent bonheur.
De même qu'à Jérusalem, autour des cinq portiques de la FontaineBethsaïde, on rencontrait devant la Grotte des souffrances de tout aenre, attendant l'heure incertaine de leur délivrance.
Parmi ces malades qui imploraient le céleste Médecin, quelques-uns attiraient plus jjarticulièrement l'attention.
Il y avait Là, du matin au soir, un pauvre vieux prêtre du diocèse d'Agen : M. l'abbé Cabane, qui se traînait péniblement à l'aide \
d'un bâton, paralysé qu'il était de tout côté gauche...
Il y avait là aussi, entièrement infirme et gisant dans une petite voiture, une dame déjà âgée : Mme la comtesse du Boulay, des environs de Rouen, qui demandait sa guérison avec une piété fébrile, n^
avec une ardeur extrême et pi-esquc impatiente. Depuis une ou deux semaines, passant la totalité de ses journées aux pieds de la statue de Marie, elle appelait à son secoui s les pi lèj es de tous ceux
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qu'elle supposait a^ on crédit auprès de Notre-Dame de Louides Quand un piêtie, un e\èque,un})tleiin d appaieiicelei\cnte, Happaient son legaid, elle leui dépêchait aussitôt sa femme de chambre (personne de contenance très digne et qui semblait lui être très dévouée), pour leur dire à l'oreille : « Priez, de grâce, j)our ma pauvie maîtresse, que vous voyez la-bas ! »
Comme cette pieuse ambassade se renouvelait souvent et auprès d'un grand nombre, plusieurs avaient fini par remarquer que cette camériste, qui requérait pour sa maîtresse tant de prières à Marie, n'en faisait jamais une seule de son chef et qu'elle ne s'agenouillait, ni ne s'inclinait même de- 'H \^^ ^^'f' /""' vaut l'image de Notre-Dame de !"3^: V 7^^^^^^ Lourdes.
v/IiAl^/K- Hélas! répondit :\Imc du
Boulay à la réflexion que fit devant elle quelque indiscret, cette camériste est p a r f a i t e , bonne, affectionnée, relioieuse même :
— mais elle est protestante et ne croit pas en la sainte Yicro-e.
Autour de ces infortunes suppliantes, deux ou trois cents pèlerins étaient agenouillés silencieusement ou s'entretenaient à VOIX basse.
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Traînée dans son chariot, et tenant entre ses doigts le chapelet qui ne la quittait point, Jeanne traversa la foule des Fidèles et pénétra sous la voûte de la Grotte.
Ce fut là que celui qui écrit ces pages
aperçut pour la première fois, à
demi couchée sur des oreillers et
des coussins, la malade dont il
' raconte aujourd'hui riiis-
' ^ii^ , ■ Tl 1
^^^^ toire. 11 la remarqua com- ^^^J^ me une nouvelle ^
^^ venue parmi tou-
tes ces humaines misères qui se pressent devant le rocher des Miracles ; et il ressentit pour elle cette compassion attendrie et cette pitié que l'on éprouve toujours en présence de la jeunesse, frappée dans ^*sa flo-
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raison, et vagucmtMit menacée par un trépas prématuré. Il ignorait qui elle était et ne connaissait point davantage le Prêtre, de grand aspect, qui priait non loin d'elle et qui semblait par moments l'encourager... Ce ne fut que plus tard que nous apprîmes que c'était le célèbre abbé de Musy.
Prosternée h côté de sa fdle, la Mère adressait, — non sans larmes, — ses invocations à la Vierge puissante. Auprès d'elle une humble domestique,
d'apparence soulTreteuse, joignait les mains avec ferveur. Debout, les bras croisés sur la poitrine, le regard tourné vers la statue de Marie, agité et recueilli tout ensemble, un jeune homme au front pur et dans le vif éclat de son adolescence, laissait voir sur son mobile visage tontes les ardeurs de sa foi et toutes les 1 n q u i é l u d e s de s o ii amour fraternel. C'était Joseph de Fontenay.
Le vendredi, 14 août, vigile de l'Assomption, dans la maison d'emprunt où nous avions pris domicile pour la durée de notre pèlerina<>"e . .,/ annuel, un inconnu se présenta et demanda à nous voir. On le fit entrer.
C'était le jeune homme dont la pieuse attitude et la physionomie , m'avaient >
frappé lavant-veille.
— Monsieur, me dit-il, j'ai ma sœur qui est malade depuis sept ans et qui est arrivée ces jours-ci pour obtenir, s'il estpossible, un miracle
de la sainte Vierofe. C'est votre livre qui lui a révélé Lourdes et donné autrefois lapremière pensée d'implorer sa guérison et de faire ce grand voyage... Elle souhaiterait beaucoup de vous entretenir; mais elle est infirme et ne peut se faire transporter qu'au prix des plus pénibles souffrances. Aussi vous serait-elle fort reconnaissante de venir la visiter...
— Eh bien ! annoncez-lui que vous ne me précédez cjue de quelques instants.
Dix minutes après, en effet, je me rendis rue de la Grotte, h l'adresse que m'avait indiquée le jeune Joseph.
— Merci, Monsieur, me dit Mme de Fontenay, d'être accouru si vite à notre appel.
Et elle m'introduisit dans la chambre de sa fille.
La malade était dans son lit, et malgré la chaleur de la saison , littéralement ensevelie sous les couvre-pieds et les édredons.
Elle me tendit sa main amaigrie que je portai respectueusement à mes lèvres.
— Vous êtes l'auteur de Notre-Dame de Lourdes? me dit-elle d'une voix faible et en me considérant avec une curiosité naïve. Oh ! Monsieur, que vous m'avez captivée et que vous m'avez fait pleurer! Quel récit!...
— Les choses étaient si belles par ellesmêmes que je n'ai pu les gâter tout h fait, lui répondis-je en souriant. Il a plu à
Dieu de bénir ces humbles pages et de s'en servir pour sa gloire. Mais le livre, hélas! vaut mieux que l'auteur, et vous auriez grand tort, Mademoiselle, de conclure de l'un à l'autre. Malheureusement pour moi, il est pré férable de lire mes écrits que de connaître ma personne... Je suis pourtant venu puisque vous avez désiré me voir.
En quelques mots, elle me fit connaître ses longues peines.
C'est M. l'abbé de Musy qui m'accompagne h Notre-Dame de Lourdes Nous sommes ici dans l'appartement où il était lui-même l'année der- Z__ nière, et d'où il est sorti si
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JP-r,
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complètement infirme, le jonr de l'Assomption, ponr y rentrer bientôt après, si complètement o-uéri...
Oh! je crois! je crois! je snis pleine d'espoir et de confiance.
Pendant qu'elle me parlait, je la regardais attentivement et je lisais, dans les lignes si expressives de son visage, altéré et comme ruiné par la souffrance, le muet commentaire de son récit douloureux.
Elle était très piMe , et cette blanche pàressortait d'autant plus que ses grands yeux brillants étaient noirs, noirs aussi ses cheveux. Toute physionomie avait cette transparence par lière que donne parfois la maladie, lorsqu' finit par toucher à l'essence même de la Il semble alors que les opacités du corps s'écartent et s'effacent, et que la matière , devenue partiellement immatérielle , laisse entrevoir, plus que dans l'état de santé, l'éclat de l'être intérieur. A travers les. traits diaphanes de la jeune fille apparaissait une belle âme, innocente par elle-
vv^,
même et épurée encore dans le feu de l'épreuve.
La pauvre enfant se cou- ^ sidérait comme certaine de \
guérir, et de guérir le lende- f^^^.^'^ main, fête de l'Assomption
A mesurcqu elle mou- ^
vrait sou cœur, sa ^...^^^ ^ -v^^^ga:
confiance communicative me gagnait et j'avais, moi aussi, les plus heureux pressentiments. Toutefois, je n'osais m'y abandonner, parce que, en plus d'une circonstance, de jDareils pressentiments m'ont trompé... Et malgré cela cependant, je ne pouvais m'empècher d'exciter moi-même sa foi, en lui rappelant ciuelques-uns des prodiges accomplis par Notre-Dame de Lourdes. Je lui racontai, notamment, la guérison miraculeuse de Lucie Fraiture, guérison des plus touchantes que iiuds nous proposons aussi de faire connaître bientôt à nos lecteurs. ..Jeanne écoutait, tout émue, les divers détails de ce drame céleste ; et les yeux de cette souffrante pleurèrent sur les douleurs et aussi sur les joies de cette sœur inconnue, — comme elle, « enfant de Marie ». Elle reprit :
— Demain, M. l'abbé de Musy priera pour moi durant la INIesse d'actions de grâces qu'il doit célébrer h huit heures à ce maîtrerutel de la Crypte, devant lequel, l'année dernière, à pareiljour c > pareille heure, il fut lui-même guéri. Mgr Peyramale m'a promis son puissant secours et demandera instamment ma délivrance. Bernadette, ungrand nombre de Religieuses, de pauvres, d'amis, de parents, feront demain la sainte communion pour obtenir la grâce que je sollicite... Unissez-vous à ces pieuses âmes, vous qui avez été si miséricordieusement exaucé par la sainte Vierge.
cœur Mademoiselle, je la
guérir aussi, et j'assismiens, à la messe que
— De prierai de vous terai, avec tous les vous m'annoncez.
L'aurore de l'Assomption s'était levée. Joseph entra dans la salle, comme sa mère et Pierrette achevaient d'habiller sa sœur.
— Eh bien! Jeanne, c'est donc aujourd'hui que la sainte Vierge comblera tous nos vœux?
— Oui, répondit-elle avec une joie d'enfant, — et aussi avec une foi d'enfant, — oui, c'est aujourd hui que Notre-Dame va me guérir... C'est aujour d'hui, Joseph, c'est aujourd'hui !
Puis elle ajouta, après un silence :
— Veux-tu me faire un grand plaisir, mon "^ cher frère?
— Eh quoi donc? Je suis à tes ordres, — et à tes désirs.
— Va dire h Mgr Peyramale qu'au moment de partir pour cette messe, où je compte voir la fin de mes maux, j ai tenu à implorer encore de
lui une prière toute spéciale.
Il sortit en courant et fut bientôt de retour.
— Monseigneur te mande qu'il espère plus que jamais, et qu'il redoublera ses prières.
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M. l'abbé de Musy avait pris ts. Joseph se rendit la Grotte pour
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à bras et le monter à l'esplanade de la d'y être tout prêt à recevoir sa sœur et à la
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Il était déjà plus de sept heures ^'^^•et demie. A l'occasion deja solennité il V avait à Lourdes une immense affluence. La j^lupart des a oitures qui passaient dans la rue de la Grotte étaient occupées; les autres xefustiient de s'embarrasser d'une personne impotente que le cocher aurait préalablement à transporter dans les escaliers... On s'inquiétait, on se troublait, on s'alarmait : on tremblait de ne pouvoir être à la Crypte pour la messe de l'abbé de Musy.
Jeanne seule était pleine de sérénité et rassurait tout le monde.
— Ne craignez rien, disait-elle, voici bientôt l'instant béni où je n'aurai
plus besoin de me faire porter à la Grotte... Et quant à cette dernière
voiture qui m'est nécessaire, le bon Dieu saura bien — puisqu'il me
la faut — donner à celui qui la conduit la compatissante pensée de
'Mr^lJS/^ m' accepter.
Quelques minutes après, il convint en effet à un cocher de s'arrêter, sans soupçonner assurément que le Seigneur venait d'être invoqué à son sujet et qu'il était l'agent de la Providence. Non sans mauvaise humeur et rudesse, il descendit sur ses bras la pauvre malade, impuissante à se mouvoir, et retendit dans le fond du landau découvert.
ÎNIme de Fontenay s'assit en ("ace de sa fille. La voiture ne tarda pas h franchir les dernières maisons de la cité et h entrer dans cet incomparable bassin de verdure au centre duquel le Gave roule, à travers les roches et les cailloux, ses eaux limpides et écumantes. A droite, on apercevait les douces pentes des collines de Visens ou de Bartrès et, à travers la ramure des arbres, un lon^- ruban d'ondovante fumée : c'était le train du chemin de fer
c{ui amenait à Lourdes des pèlerins de Pau, d'Orthcz ou de Bayonne. Sur la oauche, les pics pyrénéens et les o-laciers éternels étincelaicnt de mille feux.
Il faisait un temps superbe en cette belle matinée de l'Assomption, et la Nature, comjnef Eglise, semblait en fête et en liesse. Le ciel était pur, le soleil radieux. La brise légère des montao-nes ncioeuses apportait à tout ce qui respire sa vivifiante fraîcheur. Çà et là, les oiseaux gazouillaient gaiement.
Sur la route, piétons et voitures se pressaient en foule et se croisaient rapidement: les uns courant en hâte à la Grotte et à la Basilique ; les autres retournant en ville ou se dirigeant vers la prairie du Chalet après les Messes de l'aurore. Ceuxci portaient en bandoulière ou à la ceinture le .'" gros Rosaire ^
à six dizaines, particulier à ce pavs; ceux-là s'étaient munis d un panier de provisions et allaient, après la Communion, faire en famille ou entre amis une agape chrétienne sous le chaume et les ombraoes de la Rotonde rustique -'j. Plus T/ loin, c'était un groupe de jeunes
' ' filles qui suivaient le chemin en chantant \ Ave maris Stella ou quelque cantique à Notre-Dame de Lourdes. Et sur tous ces visao-es se voyaient l'innocente joie, la bienveillance fraternelle, le contentement cordial des enfants de Dieu.
— Voilà une pauvre infirme qui demande sa guérison. Que Notre-Dame de Lourdes l'exauce !
disait-on en rencontrant la malade.
Mais à ce beau paysage et à ce vivant spectacle, Jeanne scm-
Comme on venait de dépasser la Rotonde, ses yeux, qui regardaient en haut, aperçurent tout à coup le clocher de lu Basilique, ce clocher qui s'élançait du sol de ce monde vers le bleu firmament. C'était l'image et le symbole de son espérance, laquelle aussi, fuyant la terre, se tournait tout entière vers la céleste miséricorde... A cette vue, elle fut saisie d'une émotion si profonde que sa prière, impuissante à s'exprimer par le langage articulé, se traduisit par l'explosion des larmes.
Pleurez, pleurez, ma sœur! Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés !
Sur l'esplanade de la Basilique, son frère Joseph, entouré d'un groupe sympathique, l'attendait avec le chariot. Il y avait là des personnes de sa parenté, Mme de Fontenay de Sommans et sa fille Jeanne, cousine de la malade Elles arrivaient de Luchon, pour unir leurs supplications aux siennes. Citons aussi, parmi ceux qui étaient présents : Mme la comtesse du Boulay, tristement assise dans sa voiture d'infirme; le pauvre abbé Cabane, h demi paralysé et s'appuyant sur son bâton; Mme la duchesse Salviati, Mme et Mlle de Montille, Mlle de Charodon, Mme la comtesse d'Ar-
ff
riaillé et ses nièces. D'autres encore, désireux d'assister à la messe anniversaire qu'allait dire à la Crypte le jarêtre miraculé, stationnaient également sur le parvis.
Ce fut avec les plus grandes précautions que l'on sortit Jeanne de la voiture pour la placer dans le chariot à bras. Toutefois, malgré tous les soins qu'apportait à ce transbordement la sollicitude fraternelle, on surprenait sur les traits de la malheureuse jeune fille les contractions de la douleur, tant le moindre mouvement lui était pénible et cruel.
Chacun s'empressait autour d'elle, lui adressant un mot d'espérance, lui faisant une jjromesse de prières...
Elle remerciait, elle répondait avec gratitude. INIaiselle avait soif de cettepaixet de ce recueillement que l'on ne rencontre que sous les voûtes sacrées ; il lui tardait d'être en face de l'Autel :
— Il est temps, mon bon Joseph, conduismoi à la Crypte.
Or le sujîérieur des Missionnaires, le R. P. Sempé, dont l'active piété et le zèle universel dirioeaient toutes choses dans lePèlerinage, avait coutume, aux jours de Fête, d'interdire absolument aux Fidèles l'accès de la Crypte, afin que tout le monde fût contraint à assister aux cérémonies de la Basilique et, par suite, à en augmenter l'éclat et la pompe. La porte extérieure de la Crypte se trouva donc fermée à double tour. En vain, pour la faire ouvrir, Joseph et maint autre y frappèrent-ils h coups redoublés.
— C'est inutile de tant frapper,
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NOTRE-DAME DE LOURDES
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dit l'un des Frères attachés à la maison: le Révérend Père Supérieur a défendu de laisser entrer ce matin dans la Crypte. Cette interdiction jeta ce groupe de pèlerins clans une véritable angoisse et une consternation malaisée à décrire.
— Mais c'est impossible !
— Je vous dis que c'est l'ordre du Supérieur, répète le bon Frère.
— Mais pourquoi cet ordre?... Peut-on au moins lui parler, au Supérieur?
— Non. Il est occupé à faire les recommandations à la Basilique.
Joseph s'avise alors d'un moyen qui lui permettra peutêtre d'arriver jusqu'à la Crypte par une voie détournée. Quittant Jeanne et sa mère, après les avoir averties tout bas, il monte à la Basilique, parvient à percer, non sans efForts, les rangs pressés des assistants, fait irruption dans la sacristie et descend en hâte l'escalier de la chapelle souterraine, où M. l'abbé de Musy se préparait déjà à célébrer les Saints-Mystères. Par un pur hasard ce dernier avait pris le chemin de l'Eglise haute, et était ainsi entré sans obstacle, et sans se douter en quoi que ce soit des prohibitions de sa Révérence.
— Mais où donc est votre sœur? demande-t-il apercevant Joseph.
— Elle est dehors. Le P. Sempé a inteji'dit de venir ici ce matin entendre la Messe et ordonné de tenir fermée h
. -Ti/v-Ni— ^-
'"i- L'abbé de Musy se
lève aussitôt et s'adresse aux em- 't i^ ployës du Temple, lesquels lui oppo-
sent encore la prescription formelle du Supérieur... Il insiste comme on insiste en une circonstance urgente et suprême : il commande presque. Devant l'ascendant du prêtre que la Vierge a guéri, les frères lais et sacristains finissent par céder — Ils essayent du moins de limiter le mal à une seule exception.
— Rien que les infirmes ! Rien que f?^ les infirmes! C'est la volonté du Révé- L rend Père Supérieur! crie h la foule \ celui d'entre eux qui va entr' ouvrir la
ii-K. porte.
'^ Mais, malgré cette impérative
injonction, ceux qui étaient en avant ne craignent point de se précipiter irrésistiblement à la suite de Jeanne et des autres malades. Cinquante à soixante personnes pénètrent ainsi, à rencontre de tous les ukases, dans l'intérieur de l'édifice.
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avant que la porte ait pu être repoussëe sur le flot des envahisseurs.
Un ecclésiastique à cheveux blancs, et deorande distinction, M. l'abbé Bouvier, était l'un des plus ardents dans cette pieuse insurrection. Il croyait au miracle et voulait en être témoin à tout prix.
Cette porte était déjà refermée, et de nouveau entourée d'un groupe compact faisant entendre des réclamations et doléanc lorsque, suivant ma promesse de la veill Mlle de Fontenay, j'arrivai, un peu av huit heures.
— Monsieur Lasserre ! s'écrièrent plusieurs de ces pauvres gens, dites, je vous prie, que l'on nous permette d'entrer.
— Hélas ! mes bons amis, je n'ai aucune autorité pour cela. Ne pouvant, pas plus que vous, me faire ouvrir, je vais essayer de tourner la difficulté.
Prenant alors la voie indirecte qu'avait suivie Joseph de Fontenay, un
instant auparavant, je
réussis comme lui à ga-
gner la Crypte, accompa- Tué de tous les miens et de deux ou
Assise et presque couchée dans son chario Mlle de Fontenay, que notre regard chcrch tout d'abord, s'était fait porter contre le double pilier de gauche, à la place où se tenait M. l'abbé deMusy, Tannée précédente. Auprès d'elle étaient sa mère, la fidèle servante, les parents ou amis que nous avons nommés plus haut.
Quelques minutes plus tard, la porte s'entrebâilla encore par faveur. Mais, cette fois, les précautions furent si bien gardées contre les invasions de la foi populaire qu'on ne laissa pénétrer que Mgr le duc de Nemours, le prince Ladislas Czartoryski, la princesse Czartoryska, la «princesse Blanche d'Orléans. Tous les autres pèlerins, malgré leurs instances, demeurèrent exclus.
Un tiers de la Crypte à peine se trouva occupé.
Ainsi que je viens de le dire, 3n attention s'était la malade. Comme la
mon attention s'était dirigée sur
première fois que je l'avais vue elle tenait /
entre ses doigts le chapelet de Pie IX... Ses yeux s'arrêtaient parfois sur sa mère; et leur expression filiale faisait bien clairement comprendre que si elle désirait tant guérir, ce n'était point seulement pour elle-même, mais bien plus encore pour ceux dont elle était aimée... ^-
On croit aisément ce que l'on souhaite et mon cœur ému était rempli d'espoir.
Ce fut un religieux tressaillement lorsque M. l'abbé de Musy, revêtu des ornements sacrés, s^ravit les degrés du Sanctuaire.
Joseph de Fontenay, frère de Jeanne, remplissait l'office de servant de Messe.
Le Saint-Sacrifice commença et se poursuivit au milieu du recueillement général. Après s'être nourri lui-même de la chair divine, le prêtre distribua le Pain du Ciel à tous ceux qui se présentèrent h la table eucharistique; puis, descendant parmi les Fidèles, il alla porter aux divers malades, et enfin à Jeanne, le corps sacré de Jésus-Christ.
Ainsi s'acheva la messe de M. l'abbé de Musy. Mlle de Fontenay était toujours immobile dans son chariot. Le Roi de gloirel'avait-il visitée sans la guérir et entendait-il lui laisser h jamais la croix et la maladie? Voulait-il seulement éprouver par la déception d'un instant cette malheureuse enfant et cette famille, pour rendre leur foi plus méritoire et la récompenser ensuite d'une façon plus magnifique? Ou bien, dans le mystère et h l'insu de tous, s'était-il accompli quelque action surnaturelle ? L'anxiété était unanime.
Il y avait visiblement dans l'assistance le sentiment que tout n'était point fini : car chacun resta, semblant attendre un dénouement.
Accompagné, lui aussi, du jeune Joseph comme enfant de chœur, le prêtre qui allait célébrer la messe suivante sortit de la sacristie. Ayant
levé la tète au moment où il passa devant moi je le reconnus... Et, en le reconnaissant, toute espérance m"'abandonna soudain.
Ce prêtre étaitM. l'abbé Sire, professeur au séminaire Saint-Sulpice , ce même abbé Sire qui, rannéeprécédente,enla même fête de l'Assomption, et h cette même heure de huit heures et demie, offrait le saint Sacrifice à ce même autel de la Crypte, lorsque ^^ M. l'abbé dcMusy fut guéri. Or, à l'aspect inattendu de sa personne, un flot de pensées s'imposa impétueusement à ma raison -Étrange égarement! medis-je. La famille de Fon- ^
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tenay aura convié cet ecclésiastique, afin que toutes les condi tions extérieures dans lesquelles s'est ac complie,il y a un an, la guéri son de M. de Musy se trouvant minutieusement et scrupuleusement copiées et répétées aujourd'hui, le même phénomène surnaturel se produise encore !.. . Et l'on est allé s'imaginant que parce que ce serait la même place, — le même pilier, — la même messe, — le même autel, — la même fête de la Vierge, — la même date, — la même heure, — le même célébrant, — on verrait tout à coup se renouveler le même miracle!... O vaines superstitions ! Le Miracle n'est pas un précipité chimique que l'on puisse réaliser à son gré, en mélangeant et unissant ensemble, dans des conditions identiques, les mêmes doses des mêmes éléments. Dieu est Esprit ! — et les actes de sa puissance et de sa ^ r^ bonté n'ont rien de commun avec ces habiles agencements de choses externes et ces mathématiques calculs de combinaisons matérielles. Le Seigneur s'indigne, . ^' au contraire, contre cet ou-
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traae à son intime essence.
La pauvre Jeanne ne sera point exaucée et restera
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irme : . . . »
Tandis
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ainsi
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le cours logique de mes déductions, M. l'abbé Sire finissait la lecture du Saint-Evangile, qu'avait peu écoutée mon oreille distraite.
Faut-il l'avouer? Ces consideiations me semblaient empreintes d'une philosophie si rationnelle et si leligieuse, que je m'admirais quelque peu, in petto, d'analyser avec tant de justesse les actes de Dieu et les lois mystérieuses de l'ordre surnaturel.
Quelques vagues échos de l'action de grâces du Pharisien, quelque sotte ressemblance ave l'imbécile vanité de Garo, se mêlaient h méditation et h ma prière. « Oui vraiment, gneur, et je vous en remercie, vous m'avez accordé le rare bienfait d'une foi équilibrée, clairvoyante et sagace ! Comme je m'élève, grâces à vous, au-dessus de ^Vâ-' \
ces puérilités de forme et de ces ten- ^^'^^^-^^^^"^^-^K^ danccs superstitieuses si répandues, ^-^
hélas! et qui, encore aujourd'hui, ont égaré cette jeune fille, — qui ne va point guérir!... »
J'en étais là de ma complaisance en moi-même lorsque, plus rapide qu'un éclair, un l'rissonnemeut électrique fit se dresser toutes les têtes...
Jeanne venait de se lever de son chariot, laissant tom-
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ber à SCS pieds les châles et les tures dont elle était enveloppée...
couver-
Que s'était-il donc passé dans l'âme si vivante et dans les membres si infirmes de Mlle de Fontenay ?
Pour le bien retracer, il faut remonter un peu en arrière.
. Durant la messe de l'abbé deMusyetpcu de
temps après la communion, Jeanne avait ressenti dans ses jambes inertes un pénible fourmillement.
— Qu'est-ce qui va m'arriver? s'était-elle demandé alors avec angoisse.
i Serait-ce une crise ?...
i?9<^ Eh quoi ! sainte Vier- c:„, Sî^^^
"" ge, vous ne voulez donc "■"^" pas me guérir?
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Le pénible fourmillement avait cessé aussitôt. Et la jeune fille avait poursuivi sa prière : Notre-Dame de Lourdes, ayez pitié de moi ! »
]NLub de nouveau ce fourmillement l'a reprise, et Jeanne s'adresse encore à la céleste Mère.
Eh quoi ! très sainte Vierge, vous ne voulez donc pas me guérir?
Au murmure de cette plainte, le fourmillement, ainsi que tout à l'heure, s'est arrêté net...
Il s'est arrêté : et Jeanne, par une sorte de divination du cœur, comprend tout h coup que ce travail intime qui pénètre ses fibres, ses muscles, •f fin. ^^^ nerfs et jusqu'à la moelle jT{^ ^/ SIC- " ^^^ ses os, c'est la guérison qui \%^iP^ s'opère dans le mystère de son
organisme. Elle s'abandonne sans
^fvV^*"xf ^i P-W reserve :
2i'/ÎO^V^'^V\^^"'>^- "" ^ ^^'''"^' ""'"^ Mère! Ali
1^ ^^^J \^ ''MiSr^ '"^ Et, comme
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si le Dieu souverain M^^^ \^ 1^/ \^V>^^y
n'eût attendu que cet acquies- Cement , 1 que le corps !anne est «envahi tout i' par l'action providen 1 lui semble qu'il se fait en ses mbres et dans son sanof nnc fermentation sourde, pareille à celle du vin nouveau; la chalcurrënovatricebouillonne en elle et la brûle comme un feu intérieur. Puis le calme s établit graduellement, ne laissant d'autre agitation que celle de l'àme, toute tremblante encore de ce qui vient de s'accomplir.
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LVf.
Jeanne avait l'intuition que le regard de la sainte Vierge était sur elle. Et elle |f~^ entendait une parole qui lui répétait avec une impérieuse douceur :
— Lève-toi ! lève-toi !
C'est en ce moment que M. l'abbé j
Sire était monté à l'autel.
Bouleversée et hésitante, la , jeune fdle interrogeait le Sei- .
«■neuv et s'interrooeait ellemême.
— O mon Dieu ! mon Dieu !
qu'est ce que j'éprouve? N'est-ce pas un rêve du ciel?... Ne ,^^^ suis-je pas dans l'illusion? /
^"('.../i. Que faire ? que faire ? Doisje donc me lever et tra- "M^^^ > verser cette foule?...
Et, peu daut
" qu'elle appelle
àri(il>
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^wf.^-'
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une réponse d'en haut à sa perplexité croissante, l'Officiant a prononcé la première phrase du Symbole : Credo in uniim Deum Patrem omnipotentem. « Credo! je crois » : c'était le mot qu'il fallait dire.
« Credo ! je crois » : c'était le sentiment qu'il fallait
avoir. — « Credo ! je crois » : c'était l'acte qu'il fallait faire. . . '^^-^ Et c'est alors que Jeanne s'était dressée toute droite et que 7l'électrique frisson avait parcouru l'assistance.
Elle descendit de la petite voiture. Puis, faisant quelques ^^.^ pas en avant, elle alla s'agenouiller à la balustrade du Sanctuaire.
J'étais auprès d'elle, et j'entendais ses sanglots... Les pleurs avaient jailli de mes yeux; et, en vérité, en vérité, je ne songeais plus à ma philosophie"!
Il s'est fait dans cette assemblée en prière comme un tumulte étouffé et une agitation contenue.
Entendant cette vague rumeur d'exclamations à voix basse, ce mouvement extraordinaire qui se produit et dont il io-nore la cause, le jeune Joseph de Fontcnay, qui servait la Messe, se retourne vivement pour imposer silence et rappeler d'un geste qu'on est dans la maison de Dieu... Mais voici qu'il manque défaillir en apercevant devant lui sa sœur bien-aimée, sa sœur Jeanne, marchantvers la o-rille du Sanctuaire et s'y prosternant... 11 se trouble et peut à peine continuer de répondre aux diverses oraisons du Saiut-Sacrilicc. Jeanne de-
..Ci:;
mm ^--vlT
meura prosternée de la sorte durant le Credo, l'Offertoire et 1 Élé\ation. .. Des larmes irrésistibles, des larmes d'une ineffable douceur coulaient sur son visage que cachaient ses deux mains Elle n'avait jamais pleuré ainsi, A}ant communié à la messe précédente, elle se i étira au moment même où les Fidèles s'approchèrent de la Table sainte, el revint à côté de son chariot s'agenouiller sur une chaise d'église que la main émue de 1 un des assistants s'empressa de lui offrir.
Tel était cependant le recueillement de cette famille, telle était aussi la religieuse ciainte de tous, en présence du tia\ail de Dieu sur sa créature, que v^ nul ne se pencha vers Jeanne,
^W ^ pas même sa inère,afin de l'in- ^/^^ teiroger et de savoir ce qui se passait en elle. Pour pénétrer dans le mystère du divin labeur, il semblait qu'il fallût un homme consacré, un ministre du Seisrneur.
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de l'ctat extiaordinaire de ^Ille de Fontena\ , M. l'abbé de Musy arme :
— • Qu'est-ce donc ^ lui dcmande-t-il tout bas et qu est-il ad\enu'' Etes-\ous gueiie '^
Chacun a dcMue le sens des questions
posées, chacun s'attend à \oir, sur la le-
ponse de la jeune fille, s'illuminer d alle-
giesse le Msage du prêtre et celui de la
mèie.Mais, tout au contiaiie,les traits de
l'un et de l'autie dcMcnnent soucieux.
» Inquiet et presque troublé, M. de
Musy s'éloigne silencieusement pour *« montei àreoliiscsupérieuieachexei son
Ti^^-v action de giàee Et, dans toutes les
, ^J^^^âAt âmes, le doute reprend le dessus. ^^^^fe.^/*^ L'explication de tout ceci,
Y ^ f <5r ^ c'est que Jeanne était tellement '^V V oppressée qu'elle n'a\ait pu par-
ler, et satisfaire, même par un mot, aux interrogations qui lui étaient faites. La voix lu lavait totalement A.'^ mai-lqué ; et elle avait été 1- aussi impuissante à faire
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son de ses lèvres, que si, comme Zacharie dans le Temple , elle eût été frappée de mutisme par le contact du Surnaturel.
La messe de M. l'abbé Sire était terminée, et Jeanne demeurait toujours absorbée en son adoration et aussi immobile qu'une statue de la Prière. Tous les yeux étaient fixés sur elle.
Quelques minutes s'écoulent ainsi.
Enfin Jeanne se lève de nouveau. Faisant lentement un grand signe de croix, elle regard e une dernière fois l'autel ,
qu'elle semble ne quitter qu'à regret.
Puis, au milieu de l'inexpri- / /y niable émotion des Fidèles, elle traverse la Crypte. Elle entre dans le long couloir qui mène au dehors, et voyant l'espace libre, elle s'élance et court, émue, agitée, transfigurée, superbe. Mais, comme on V se le rappelle, la porte de sortie était fermée par ordre. Arrêtée par cet obstacle, Jeanne revient vers la Crypte.
Une haie de respect, que la mère elle-même n'ose franchir, se forme au-devant de ses pas. Seul, dans un élan fraternel, Joseph, se précipite vers elle et la serre étroitement dans ses bras : — Oh! ma sœur! ma chère sœur!
Le cœur de Jeanne, cependant, se reporte vers le prêtre , miraculé comme elle, qui l'a amenée à Lourdes, et qui, depuis tant de mois, l'encourage à espérer et à croire...
En passant auprès de celui qui écrit ces
pao'cs, elle lui dit :
— Je voudrais voir M. l'abbé de Musy.
Je gravis rapidement l'escalier qui monte à la Basilique.
— Descendez! descendez! criai-je à M. de Musy. Mlle de Fontenay vous demande.
Tl arrive en hâte.
— Ah ! mon Père ! dit-elle, je ne puis plus douter. Je suis guérie !
— Eh bien! répond-il, suivez l'impulsion intérieure et obéissez à ce que la sainte Vierge vous inspire.
Jeanne se dirige alors vers la place où elle vient d être touchée et guérie parla droite toute-puissante du Dieu sauveur. En se reculant pour lui faire passage, on s'interroge de toute part :
— Que va-t-elle faire? Que va-t-elle faire?... Ce qu'elle va faire ? Elle va prendre le timon de son chariot
et réaliser à la lettre cette parole de l'Evangile : Toile grabatum f tuum et çade, « Emporte toi-même ton grabat. »
Quelques-uns veulent lui prêter secours et pousser derrière elle ce siège roulant.. .
— Non ! non! s'écrie Joseph. Que personne ne l'aide. Et elle se met en marche.
Elle sort de la Crypte; elle longe les vestibules; elle dépasse l'esplanade de la Basilique et arrive sur la grande route entourée de sa famille, en larmes ! vv V ^^ Et, à ce moment, sa famille, c'était nous tous ; c'était ce peuple,
saintement tumultueux, dont les flots ofrossissaient autour d'elle. Elle était ^j^xM notre sœur, elle était notre enfant.
Rayonnante et les yeux baissés, ressentant îi la fois, et la gloire de la o-râce reçue et la confusion d être le
centre de cette grande scène, la jeune
NOTRE-DAME DE LOURDES
kJ-
fille descend la route d'un pas très ferme.
Jeanne s'aperçoit cependant qu'elle a oublié, dans le lieu saint, le chapelet de Pie IX, ce chapelet qui avait été le comjsagnon de sa maladie et que le souvenir du Miracle allait rendre plus précieux encore. Lorsqu'elle s'était dressée soudainement, il était tombé contre le pilier.
Sa jeune cousine, Mlle de Fontenay, de Sommans, remonte aussitôt le chercher, et on s'arrétepour l'attendre. Jeanne se retourne vers le Temple auguste. Elle se prosterne : et, tenant en ses mains le timon du chariot, elle récite à haute voix la prière virginale : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seip-neur est avec vous... » Toute cette multitude s'est agenouillée comme elle et répond : (( — Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs. »
Le chapelet est retrouvé. L'heureux cortège poursuit son chemin vers la bifurcation qui conduit à la Grotte.
Or, en ce temps-là, le R. P. Sempé, alors Supérieur des Missionnaires, avait jugé nécessaire de faire tendre jour et nuit, en travers de la route, des chaînes cadenassées permettant aux piétons de circuler de chaque côté, mais opposant un obstacle aux voitures, jusqu'à ce qu'une autorisation de lui, ou de quelqu'un des Pères, levât le i^eto pour un malade ou une personne favorisée. Cette formalité, dont l'exécution était parfois compliquée par l'ab- [ij^ sence du Gardien, avaitmalheu-
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souvent ù une longue attente les infirmes qui se faisaient transporter en voiture à la Grotte ou à la Piscine.
M. l'abbé de Musy songea instincti vement Iv cette circonstance par la quelle il avait été lui-même gêné un an auparavant, ainsi que Mlle de Fontenay les joui précédents. 11 courut, par un sentier de traverse, à la résidence des IMissiounaires, se fit donner la clef et alla lui-même ouvrir le gros cadenas de la fermeture : de sorte que, ■-f^:^t^ lorsque arriva Jeanne, traînant son chariot et suivie par les foules, elle vit, étendus à terre sur le sol de la route, les lourds anneaux de la chaîne de fer. ^
Se souvenant alors, par une subite ^%iy réminiscence, de la fête de Sainto^^*^ ,,.. • Pierre-aux-Liens et des
^ r^^^-^^ paroles qu'il avait fait «"^^ ^"^
entendre du haut de l'a u- ""^S^ , . .
tel à la pauvre
ti
malade, qui gisait dans le ht de douleui, l'abbé de Musy s'écria, avec l'accent de l'Hosanna :
• — Vous pouvez passer I Vous pouvez passer!.. Les chaînes sont tombées!!...
Et Jeanne passa.
Jeanne, en ce moment, ne se ressemblait plus à ellemême. Toute sa personne était animée d'une force mystique. La poitrine était haute et toute haletante. La tête était rejetée en arrière par un mouvement d'une incomjoarable noblesse. Le visaoe, naguère si pîde, avait pris un éclat extraordinaire... Ah ! sans doute, c'étaient les premières respirations d'une vie nouvelle, c'était, dans cette frêle enveloppe, la première course d'un sang plus vif et plus fort; mais, — avant toutes choses, — c'était le divin reflet et le rayon d'en haut qu'avait laissés sur cette fille des hommes la main lumineuse de la Reine du Ciel.
Loin de s'épuiser, sa surnaturelle vigueur allait grandissant. Après avoir foulé sous son pied les chaînes tombées, la jeune fille, ainsi qu'un coursier échappé, précipita son pas et prit le oalop, entraînant après elle, comme un char de triomphe, ce misérable grabat roulant sur lequel, un instant auparavant, étaient tenues captives et immobiles toutes les énergies de sa ieunesse. Elle galopait, elle galopait, pleurant, riant, tirant parfois son chariot par brusques saccades etsejouant en quelque sorte au milieu du Miracle, comme l'enfant sous les caresses de sa mère. N'ayant aux pieds que des pantoufles de malade, il lui advenait, tous les cinq ou six pas, de perdre une de ses chaussures. Elle se baissait, agile et souple, ramenait en place la pantoufle fuyante et remettait à courir.
Non loin de la Piscine elle fait halte. , Et son frère, le jeune Joseph,
appor Jeanne ce qu'elle a réclame, ce dont son cœur a soit plus encore que ses lèvres : — une
verre de l'eau miraculeuse, un verre de cette
eau, jaillie jadis au commandement de sa
Bienfaitrice.
A peine a-t-elle bu, qu'un prêtre à cheveux
blancs se précipite sur ce verre, devenu
pour lui une relique, et s'en empare avec
un empressement tel, que nous croyons ne
point calomnier le bon abbé Bouvier, en
soupçonnant que les gardiens du Pèlerinage
n'ont jamais revu ce gobelet.
Elle reprend sa course, et arrive devant les Roches ]Mas-
sabielle. Il y avait, dans le magasin des INIissionnaires, un
cierge énorme : Joseph le saisit et le présente à sa sœur.
Et c'est ainsi, arborant de la main gauche ce ciero-e allumé, et
traînant de la main droite son chariot triomphal, qu'elle fait son
entrée dans la Grotte des Apparitions.
Elle s'est jetée à genoux, et elle adresse tout d'abord à la Vierge une silencieuse prière de gratitude. Mais le besoin d'une action de
grâce pu
blique s'imposait à toutes les âmes, et canne cherche du regard M. l'abbé de Musy, pour qu'il entonne le Magnificat ou le Te Deinn.
— Le voyez-vous dans la foule? me demaiidct-elle tout bas.
— Non, Mademoiselle. Et il ne viendra point.
Je devinais que ce prêtre si humble, redoutant les ovations, avait dû se dérober à cette fête. Je '^'^ devinais que, s'il avait été à la peine, il ne voulait pas être à la
glolre et qu'il était allé remercier Notre-Dame de Lourd daus l'ombre de la Crypte ou dans solitude de sa chambre.
Un ecclésiastique alors prononce ces mot
J'appartiens au diocèse d'Autun ^^; et h
ce titre j'élève la voix pour bénir le Seipucur : Magnificat anima mea Dominum!...
Le chant de la Vierge éclate sous la voûte v>y<r ■
de la Grotte, et la multitude y répond du de- ^=^-^'fe/j
hors avecunindescriptibleenthousiasme. -v-^ H^'^
f?^ On récite ensuite une dizaine de cha- ^V^ ^
W^ pelet pour les malades, qui attendaient
encore leur guérison.
Deux malades, en effet, étaient présents : Mme la comtesse du Bonlav, dans sa petite voiture d'injt^]^^^:-^^ firme ; et le prêtre h moitié para- ^|\j\Ni ^%< lysé toujours péniblement appuyé sur sa canne noueuse
<' Jy
Pauvre femme, qui avait appelé avec ^ .
tant dardeur impatiente et tant d'espérance tenace la k-'^ . guérison de ses maux! Pauvre prêtre, vieux et indigent, qui \,
avait tant besoin de la santé pour exercer son saint ministère !... En les apercevant, mon cœur se serra, et une ombre *^»4 passa sur mon allégresse. '^'
Aussi, à peine le dernier Ave Maria fut-il achevé, que je m'apjîrochai de Mme du Boulav.
— Du courage, Madame ! Espérons que Notre-Dame de Lourdes, qui, ce matin, inaugure de la sorte la belle fête de son Assomption, ne la terminera point sans vous faire aussi une pareille grâce !
— Ah ! Monsieur Lasserre , me dit-elle en me pressant la main fortement, je ne songe plus à moi-même ! Je suis trop ^heureuse! et je déborde de joie! Regardez donc les traits radieux de Mlle de Fontenay!... En la voyant hier si jeune, si jeune, si jeune ! et infirme comme dans la vieillesse, infirme comme moi, je ne pouvais en vérité penser h mon mal, et je faisais cette prière à la sainte Vierge : « Oh ! Marie ! guérissez-la plutôt que moi ! »
Puis elle se tourne vers la camériste protestante qui lui était si dévouée :
— Voyez, ma chère enfant, voyez ce que
fait la sainte Vierge !
— C'est vrai ! répond cette femme toute troublée... Il ne s'accomplit pas de semblables miracles dans notre religion!...
— Eh bien ! reprend ^Ime du Boulay, peutêtre que la sainte Vierge attend votre conversion pour me guérir, moi, votre maîtresse que vous aimez!
Et la bonne camériste pleure, balbutie, ne sait que résoudre... Eclairez-la, Seigneur!
Je vais alors vers l'infortuné prêtre du diocèse d'Agen, M. l'abbé Cabane.
De grosses larmes coulaient sur ses joues.
Le sang s'était porté au visage et sa respiration était oppressée. Il arrête vivement toute expression sur mes lèvres :
— J'étouffe de bonheur! murmure-t-il d'une voix toute tremblante : je goûte le ravissement du ciel!... Oh!
V^ que cela est beau ! que cela est beau ! Je voudrais que ^ tout le monde guérît, excepté moi!...
Et en entendant de tels accents, je comprenais de plus en plus que les
yeux du corps ne per- ^'
çoivent ici-bas que la trompeuse écorce des choses, je comprenais que les plus merveilleuses splendeurs de la vraie vie sont toutes intérieures et échappent au témoignage des sens.
Certes, la grâce de Dieu était descendue bien grande et admirable sur cette jeune fille qui venait, toute triomphante, de traîner son grabat après elle, le long du chemin; — certes, ces multitudes avaient raison de glorifier le Seigneur d'un prodige si manifeste; • — certes, nous avons nous-même raison de le laconter aujourd'hui, pour en perpétuer la mémoiie au milieu du peuple chrétien... Mais, au jugement de l'esprit et dans une réalité supérieure, n'etaitelle pas incomparablement plus grande et admirable, la grâce sans éclat visible qui était descendue secrètement sur ces âmes, perdues dans la foule, la grâce puissante et douce qui pénétrait ainsi jusques à l'essence du cœur humain, — ce cœur, si naturellement poite, ^'2 hélas! à légoïsme et au retour sui soi, — et qui y faisait germer et fleurir des sentiments si nobles, si désintéressés, si divins?
Comment se passa le reste de la matinée et de i'après-midi? En vérité, nous ne saurions le dire. Sauf les détails qui, durant ces heures extraordinaires, furent à jamais éclairés pour nous par la réverbération du Miracle, tout s'est effacé aujourd Iiui dans le brumeux horizon de nos souvenirs.
Je sais seulement que ^Ille de Fontenay, toute ouérie qu'elle était, voulait encore quelque chose qui lui paraissait devoir être comme le sceau de la faveur céleste : il lui manquait la bénédiction de Mgr Peyramale. Elle courut à Lourdes la demander.
Le Curé des Apparitions étendit sur elle ses mains vénérables :
— -Votre foi vous a sauvée!... Allez maintonant et ne doutez plus !
Puis, se tournant vers Joseph dont la 5-.^
physionomie juvénile était éclatante de félicité, il l'étreignit dans ses bras puissants; et le pressant sur sa poitrine :
— Heureux mortel ! s'écria-t-il, je vous l'avais bien dit!
Il voua Jeanne à porter pendant ua an, à partir de cette ^
date, les couleurs de la e^â%^^ --^^ , -^^^^-r^ '"s ' ti.'-^j*'^ ' X saiilteViersc:le . — î^?"^ 4 '^'nS *{s,§'*t^-
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bleu et le blanc. On s'ait que, des Autun,
elle s'y était préparée.
En la consacrant de la SOI te, le patriarche de Lourdes, tout rempli de la pensée de la grande Assomption, adressa à la miraculée ces simples et grades paroles :
— Ma fille, vivez saintement, afin qu'à votre mort l'on puisse dire de vous, comme de la sainte Vierge : Assiimpta est in ca?/i5«Elle est partie pour le ciel ! »
C'est à l'issue des vêpres de l'Assomption, .^^ que, depuis l'origine du pèlerinage, la ville n de Lourdes fait sa procession solennelle à la Grotte. Ce jour-là fut le premier où l'on vit ^Igr Peyramale revêtu de la cappa niagiia du prélat romain. Ce fut aussi le dernier. Il souffrait vivement de tout ce qui le signalait aux regards, et le pom peux costume ^^ gênait sa simplicité profonde. Mais moment, ster au d qui lui di
riionneur du Miracle et pour le couteutcment de votre peuple , mettez aujourd'hui la robe de o-loire et habillez-vous du manteau de fête. )) A côte du Curé de Lourdes marchait l'abbé de Musy.
Dans les rangs de la Procession et au milieu des EnCauts de ^larie, Jeanne-Marie de Fontenay avait pris sa place. Revêtue de a robe blanche et de la ceinture bleue, elle 'avançait d'un pas paisible parmi cette légion irginale, et elle chantait avec ses compagnes :
Un souffle de grâce Pousse vers ce lieu :
Ce souffle qui passe Est celui de Dieu!
Ai-e, aye, ave Mariai Ave, ave, ave Maria!
Vers cinq heures du soir, je me trouvais devant la Grotte. Sachant que j'avais été présent à la guérison miraculeuse accomplie le matin à la Crypte, des pèlerins s'assemblèrent autour de moi pour m'interroger et m'en demander le récit. .. Un groupe considérable s'était formé promptement. On voulait ouïr un témoin qui pouvait leur dire : « Voilà ce que j'ai vu de mes yeux. »
Vprês avoir répondu à toutes les questions qui m'étaient faites, je m'éloignai pour aller, à la suite de tant d'émotions, chercher un peu de so- ^, \
litucle. Un inconnu se détacha alors de la foule et m'aborda, non sans trouble. C'était un Anglais.
Monsieur, me dit-il, j'ai entrepris le voyage des Pyrénées en touriste, pour admirer...
— Et vous avez, en effet, rencontré un jaays admirable, n'est-ce point?
— Very beaiitiful! Very splendid! INIais, j'étais venu à Lourdes en incroyant, pour tout dénigrer et pour tout coiiibattre.
— Eh bien ?
— Eh bien! Monsieur, en arrivant avant-hier, j'ai voulu lire l'histoire des événements qui ont été l'origine de ce Pèlerinage. Voici ensuite qu'à l'instant même, je vous ai
entendu raconter cette guérison, dont on s'entretient dans toute la ville... Et je sens que je commence à tourner. Je tourne, je tourne, je tourne... Monsieur! Monsieur! que dois-je faire?
— Tourner tout à fait!... Oui! tournez tout à fait : l'heure a sonné de la conversion totale !
Mais il paraît que les gonds étaient durs. Catholique de naissancCj l'Anglais avait perdu la foi depuis longtemps; et, quoique fort ébranlé par l'évidence des faits, il essayait encore, par quelques objections, de se dérober à l'étreinte de la grâce de Dieu, qui le saisissait et l'entraînait vers la Vérité. Je tentai de lui faire comprendre que c'était la Providence elle-même, qui, pour le ramener à sa première croyance, l'avait conduit devant la Grotte des Apparitions, et rendu presque le témoin direct de ce prodige, dû à l'intercession de Marie.
— Mais enfin, si je me décidais à faire ce que vous me conseillez, finit-il par me répondre, à quel prêtre faudrait-il ouvrir mon âme ?
— A celui que vous voudrez : tous peuvent recevoir l'aveu de vos fautes, et vous absoudre... Cependant, il est toujours préférable, même au Saint-Tribunal, de demander une direction et de se confier à ceux qui semblent les plus éclairés et les meilleurs... Allez à M. le Curé de Lourdes, à M. l'abbé de Musy, à ]M. l'abbé Sire...
— M. l'abbé de Musy ? repartit-il. Celui qu'on prétend avoir été guéri aussi, et qui a célébré la messe pour cette jeune fdle?
— Précisément.
— Oh ! comme son discours m'a semblé éloquent aujourd'hui, à l'office de la Basilique, où j'étais entré en curieux et par hasard...
— Eh bien ! voulez-vous que je vous présente klul?
Il accepta. Et, comme nous nous approchions de Lourdes, nous croisâmes un passant que je crus reconnaître.
— Voyez-vous cet homme de haute taille? dis-je h l'Anglais.
— Yes, me répondit-il un peu étonné
— Eh bien! ajoutai-je, l'année dernière à pareiljour, cet homme se convertit à la suite de la guérison de ]M. l'abbé de Musy... 11 sui\it seul le
chemin (|ue nous sui\ons ensemble, et il alla où \ ous allez Cela lraj)pa beaucoup < \ l'Anuhus. Il se
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sentait comme enveloppé par l'action mystérieuse du Surnaturel.
Nous arrivâmes chez M. l'abbé de Musy. On l'avertit. Il sortit du petit salon. Et supposant qu'il s'agissait d'une simple visite :
— Hélas ! dit-il en nous saluant, je suis avec quelqu'un que je ne puis renvoyer. Nous nous reverrons ce soir ou demain.
— Non! non! repris-je vivement, point de délai!... Je ne viens pas aujourd hui pour l'unique joie de vous voir, cher Monsieur l'abbé; et ce n'est point moi qui vous demande audience... Souvenez-vous de l'an passé, en cette même iète de l'Assomption. La journée qui commença, pour vous, par une guérison matérielle, se termina, pour un autre, par une guérison d'un ordre plus élevé. Est-ce qu'il ue vous manque rien?...
L'Anglais se tenait un peu en arrière, agité, le Iront soucieux, semblant lutter avec lui-même. Je le montrai d'un geste à M, l'abbé de Musy : — Voici, lui dis-je, la moisson du soir! Je les laissai seuls.
Jeanne ne pouvait se résoudre à quitter Lourdes : elle y voulut faire une neuvaine de reconnaissance.
Des dépêches avaient porté au loin Iheureusc nouvelle. A Autun, le père, la famille, le bon Supérieur, les amis, étaient dans l'alléoresse. Au château de Dammartin, Mme la vicomtesse de Froissard Broissia, la vénérable aïeule, chantait son ISunc dimittis...\ Henry de ^ Fontenay, qui n'avait pu suivre sa sœur, s'empressa de partir pour Lourdes et de la rejoindre, tenant à la voir de ses yeux au plus
tôt, et à remercier avec elle la Yieroe mater-
ncUe qui les avait tous exaucés.
La bénédiction des cloches de la Basilique eut lieu le lendemain de la guérison de Jeanne. Cette cérémonie avait attiré un concours immense. Son Éminence le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, et Leurs Grandeurs Mgr Langénieux, évêque de Tarbes, INIgr d'Outremont, évêque d'Agen, Mgr Epivent, évêque d'Aire, désirèrent connaître la jeune fdle guérie par miracle... Elle se rendit auprès d'eux, au Chalet des Évêques et répondit à toutes leurs interroo-ations -^. Durant le cours de celte semaine, plusieurs autres prodiges non moins écla-
tants et touchants s'accomplirent à Lourdes 3^ — Cette octa^e de l'Assomption, en 1874, présenta le spectacle des temps évangëliques. Au milieu de la foule allaient et venaient ceux que le Miracle avaient visités. Tous ne faisaient qu'un cœur et qu'une iime, et ce petit coin de terre était comme baigné dans les rayons du ciel.
Vers les derniers jours du mois d août, un groupe de quatre ou cinq personnes entrait dans l'église de Paray-le-Monial. Une gracieuse jeune fille, h la taille droite et ferme, aux mou- :^ vements agiles, marchait la première. Sa robe bleue, nouée par une cordelière autour de sa ceinture, semblait un vêtement de fête.
Tout en elle exprimait le calme et la joie. Elle s'agenouilla devant le Sanctuaire, inclina son
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front, et laissa son âme se plonger dans une prière profonde... Sa
mère, ses deux frères, une domestique à demi infirme, avaient pris place sur des chaises voisines.
Tandis que tous étaient ainsi prosternés, un homme déjà sur l'âge, que le dernier train du chemin de 1er venait d'amener à Parav, ouvrit la porte du Temple et s'avança dans la nef. En apercevant la jeune fdle, il éleva silencieusement les mains vers le ciel jiar un élan d'indicible gratitude.
Bien qu'ils fussent tentés de courir à lui et
de s'élancer dans ses bras, épouse et fds se
continrent.
Tout entière à son adoration, lajcune fille cependantn'avaitpointentendusespas.Ému ettremblant,ilallasemcttrcà genoux auprès d'elle.
Qui dira ce qui se jDassa dans le cœur de Jeanne, quand elle le vit ainsi, priant à son côté ? Comme prise de défaillance, elle appuya la tète sur l'épaule de son bon père et se prit à pleurer. Sur le front de l'enfant tombaient aussi, toutesbrûlantes, leslarmespaternelles. Ils demeurèrent ainsi un certain temps, recueillis devant Dieu. Puis tous deux se relevèrent... Qu'ils furent doux les embrassements de cette famille se rencontrant et se retrouvant, après le Miracle, dans cette enceinte bénie que les hommes ont vouée au , Cœur sacré de Jésus-Christ!
Jeanne a repris sa vie normale.
Six mois après sa guérison, rendant
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elle-même mi compte officiel de son état, elle écrivait ceci : « Non seulement je ne suis pas retombée ma- « lade, mais ma santé générale se fortifie tous les « jpurs. Quant à ma maladie intérieure, la sainte (( Vierge l'a ijistaiitancnient guérie; et, depuis le « 15 août, je me tiens debout des heures entières, « je marche, je cours coninie tout le inonde. L'on « me voit souvent, par tous les temps, et dans tous « les sens, arpenter les rues de notre vieille cité. Je « suis heureuse et fière de porter les livrées de la « sainte Vierge et de proclamer bien haut ses misé- « ricordes. En plus, je soigne depuis trois mois ma « mère malade, je commande la maison : et ma « bonne santé fait l'étonnement de ma famille, des « étrangers et des médecins qui n'auraient jamais « pu croire que je résiste à tant de fatigue. Combien « je voudrais que ces détails consolent un peu les « pauvres malades et leur donnent toute confiance « en la bonne Vierge de Lourdes! J'ai tant et si long- « temps souffert; j'ai eu tant de défaillances physi- (( ques et morales, que, me sentant aujourcV hid pleine (( de santc, de force et de çie, je voudrais amener (( tous ceux qui souffrent aux pieds de Celle qui ni a (( si bien guérie ^l ! »
Mlle de Fontenay se livre h de longues courses. Ses pieds, robustes à toute marche, semblent ignorer la fatigue. Elle ne se souvient plus de cette plaie intérieure dont les effets désastreux l'avaient si longtemps rendue semblable aux paralytiques et aux infirmes. Tous les maux qui ont été guéris en elle ont été bien guéris... Et cependant elle a parfois de violentes douleurs de tète, migraines et névralgies, contre lesquelles les méde- .
cins, fréquemment consultés, ont été impuissants.
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— J'en sais la cause, nous a dit Jeanne bien souvent.
— Et laquelle ?
— Lorsque, demandant ma guérison, je me plongeai dans la Piscine de Lourdes, on pensa qu'il ne fallait point immero-er la tète, à cause de mes épais cheveux... Rien ne m'ôtera de l'esprit que c'est cette préoccupation tout humaine et ce manque de foi, sur un point, qui, — siw ce même point, — ont mis obstacle à la grâce de Dieu. Aussi, me faisant un devoir de soigner mes maux de tête et névralgies par les moyens naturels, je subis avec résignation ces conséquences de mon doute qui confirment encore ma foi. Et je suis contente d'accepter la petite épreuve que Dieu, en m'enlevant la grande, a jugé bon de me laisser.
Avec la permission de l'Evêché de Tarbes, occupé alors par Mgr Langénieux, une dalle commémorative a été encastrée dans le sol de la Grotte de Lourdes avec l'inscription suivante :