‹ Episodes miraculeuxChapitre 31 sur 48 · JJ · texte numérisé non relu

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je la dirai pour elle, mais que, si je dois avoir une part dans la réponse sensible que je sollicite, je lai abandonne cette part. Je lui fais don de toutes les prières antérieures de cette JVeuçaine. Je substitue ses intentions aux miennes^ de sorte que, si le signe donné en ce neuvième jour doit être une guérison, ce soit la sienne et non la mienne... Ce soir, avant de s'endormir, et demain à son réveil, qu'elle mêle et associe à sa prière le nom de Mgr Pevramale ; et, à huit heures, venez tous deux à cette Messe, h la Basilique. J'ai bon espoir qu il se produira quelque chose. »

En acceptant avec simplicité une telle ofFre, M. et Mme Guerrier ne pouvaient mesurer tout l'héroïsme et toute l'étendue du sacrifice que faisait le prêtre d'Alger. Il aurait fallu pour cela connaître un long passé, qu'ils ignoraient.

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transporter à la Basilique

)Our assister à cette dernière, à cette suprême Messe de la Neuvaine, en laquelle .'-^ ^ M. l'abbé Martign\)n attendait

de son défunt ami la mystérieuse réponse.

Mme Guerrier était profondément pénétrée des infaillibles et consolants enseio-nements de l'Éolise sur la communion des Saints et la réversibilité des mérites. Aussi, à la suite de l'acte d'abnégation fait "^ en sa faveur, le sentiment de confiance qui l'avait conduite à la Grotte de Lourdes J s'était encore fortifié et était devenu absolu. Comment en donner une idée?

En ce lieu de paix et d'édification, nous sommes bien loin des champs de bataille et des luttes sanglantes. Et ^ cependaut, c'est au milieu des ç, camps que nous irons chercher ,

j^ notre comparaison, pour bien / faire concevoir ce qui se passait

, j au fond de cette âme en prière. ^ ~''~^^ Le capitaine, avec ses troupes, est parti jaour livrer le combat. Il connaît le lieu, il connaît q^ l'heure, il connaît l'ardeur de ses q; hommes et les dispositions de l'en nemi. Il compte sur le succès, et il l'annonce bien haut... lia campé par la brume, dont f'Jfl/ les ombres blanchâtres

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vrent la campagne, cachant toutes choses à son regard. Mais le terrain lui est familier ; et il masse en ordre par- ^ fait ses compagnies et ses régiments. De l'autre côté du petit ruisseau, un bruit vague de piétinements nombreux et de chocs d'acier lui révèle la présence de celui dont il veut triompher. Le cœur lui y bat. Malgré son courage et son assurance, il ne peut s'empêcher de songer parfois en luimême au petit nombre de ses soldats et à la force de résistance de l'adversaire.

Brusquement le vent se lève et dissipe le brouillard. Et voilà que le capitaine aperçoit à l'autre bord l'armée d'un Prince allié qui se prépare à combattre dans ses rangs, l'armée d'un puissant Prince arrivant, lui aussi, à travers l'épaisseur de la brume, sous la conduite d'un ami fidèle. « Secours inattendu! Alliance irrésistible ! Le grand Prince est avec nous ! Nous tenons la victoire ! » s'écrie le capitaine en tressaillant d'allégresse.

Ainsi tressaillit en son cœur la chrétienne qui était venue à Lourdes, sans autre secours que ses propres prières et celles de , tous les siens : ainsi elle tressaillit, quand elle vit tout à coup et sans s'y attendre que, sur l'appel de l'ami fidèle, l'illustre Serviteur de la Vierge, le vénéré curé Peyramale allait unir sa grande prière à son humble prière et sa puissance à sa faiblesse. Elle comprit qu'elle allait triompher.

Les pèlerins de Marseille, à F^ Lourdes depuis la veille, oc-

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cupaient presque entièrement la Basilique. Il eût été malaisé, à travers leurs flots pressés, de porter une malade, pour laquelle le plus léger mouvement et le moindre heurt étaient une fu gue et une souffrance.

On se résolut donc h choisir, pour dire Messe, l'une des deux premières chapelles que l'on trouve en entrant. Et on prit celle de gauche, dédiée à sainte Germaine Cousin.

Ce fut dans cette chapelle, où ces circonstances de hasard conduisirent leurs pas, que l'on transporta Mme Guerrier, et que M. l'abbé Martignon célébra le Saint-Sacrifice, en réservant du reste les

suffrages du Mémento des morts pour le défunt bien-aimé dont la pensée était présente au cœur de tous.

La malade entendit la Messe, assise sur une chaise. Entièrement inertes, ses jambes, depuis si longtemps infirmes, reposaient sur un prie-Dieu placé en face d'elle.

Pendant qu'il lisait l'Épitre , le souvenir de Mgr Peyramale se présenta soudainement et avec une netteté extraor-

dina

à l'esprit de l'abbé Martiguoii. Dans les dernières lignes du texte qu'il avait sous les yeux il venait de voir saillir ces paroles, dont l'application saisissante s'imposa irrésistiblement à lui, à mesure qu'il les prononçait lentement : « Le Seigneur a rendu aujourd'hui ton nom si « glorieux que ta louange demeurera toujours sur les lèvres des hommes, qui a garderont à jamais mémoire de la puissance de Dieu. Pour eux, en vue « des anooisses et de la tri-

« bulation de ton peuple,

(c tu n'as pas épargné ta

(( propre vie; et tu t'es au

« contraire présenté, pour

(( parer à la ruine, de-

« vant le Seigneur uo- « tre Dicu^^. »

« INIon corps sera le levain. Il faut que je meure pour parer à la ruine w, avait dit souvent l'Homme de Dieu, avant de descendre dans le tombeau.

Au moment de V Elévatioji tout le monde se prosterna.

La malade seule dem e u r a i m mobile.

Quand arriva Iheure du Ijanquet sacré, son mari alla s'a«-enouil 1er à la Sainte Table.

Pour elle, en son impuissance, elle attendit que son Dieu AÎnt à elle. Et il vint en ellet, porté par des mains mortelles , pour nourrir et désaltérer celle qui avait iaim et soif.

A peine eut-

elle reçu le sacrement du Seioneur, qu'elle sentit une force invincible qui la pressa de se lever et de se mettre à genoux. Et en même temps retentit, au fond de son cœur, comme une voix souveraine qui lui en faisait le commandement.

Auprès d'elle, prosterné et la tète dans ses mains, son mari se recueillait après la communion, croyant sans croire, et espérant sans espérer.

Tout à coup il entend un frôlement de robe et un mouvement. Il relève la tête, il seretourne. Mme Guerrier venait de s'aoenouiller

à côté de lui.

Le respect du lieu saint arrêta dans sa poitrine le cri de reconnaissance, le cri de joie et de stu- \\fi^,,\>^ peur qui fut sur le point

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celui du Prêtre, qui était, comme le sien, tout brillant d'allégresse et d'attendrissement. Tourné vers l'assistance, le célébrant adressait en ce moment aux Fidèles la grande parole sacerdotale :

— Domitius çobisciun, Que le Seigneur soit avec vous! Le Seigneur y était en effet.

La messe s'achève, le dernier Évangile se dit. Mme Guerrier se lève sans effort, se tient debout, et de nouveau se met h genoux... Quant à son mari, il avait peine à ne pas défaillir, et ses jambes tremblaient sous lui. Pâle, ému, frémissant, les yeux tout grands ouverts, mais obscurcis parles larmes, il la regardait sans oser lui parler et sans pouvoir ajouter foi au témoignage de ses sens. La malade guérie priait et remerciait, dans un recueillement profond. Tout le trouble était pour lui; tout le calme était pour elle.

Le Prêtre dépouilla ses ornements sacrés et se plaça au coin de l'autel pour faire son action de grâces. Elle dut être fervente.

Il avait commencé sa Neuvaine au pied du lit de mort du Serviteur de Marie, mêlant à ses prières le nom de celui qui avait quitté ce monde, et demandant à Notre-Dame de Lourdes de permettre qu'aw neuvième jour cet ami vénéré donnât luimême sa réponse. Puis, au plus fort de son espérance, il avait, par une charité héroïque, transmis à autrui le trésor sur lequel il comptait.

Et voilà qu'au neuvième jour et à l'heure marquée, ni plus tôt ni plus tard, à la Messe que lui-même disait dans ce but, la personne désignée par lui se dressait debout, sub ment guérie, comme les paralytiques de l'Evan gile, par le contact de quelque invisible main. La réponse qu'il avait implorée de la bonté cl de la puissance de Notre-Dame de

Lourdes lui était faite, avec une ^«i

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clarté divine. Le signe qu'il avait demandé lui était donné, lumineux et éclatant.

Quelle que fût la joie de la paralytique guérie, la joie du Prêtre était plus grande encore. Son ami, le curé Peyramale, parti pour le Ciel, commençait déjà à y manifester sa présence.

Ni les uns ni les autres cependant ne fai saient attention aux divers détails de cette petite chapelle latérale où ils se trouvaient, et où une main plus délicate ~^ et plus forte que celle des hommes les ^'^^ avait providentiellement conduits. — Et pourtant les pierres, les sculptures, les inscriptions étaient autant de voix mystérieuses qui murmuraient le même nom, ce nom qu'à travers les dernières paroles de l'Epître le prêtre avait cru entendre résonner à son oreille comme un écho des mondes supérieurs.

C'était la première chapelle en entrant, et le commencement de la Basilique : et toutes choses y rappelaient les origines de cette divine histoire de Notre-Dame de Lourdes dont, pour parler comme Mgr Langénieux, le curé Peyramale avait été le Témoin, le Confident et Y Apôtre.

Au-dessous de la fenêtre, le mur entier est couvert

NOTRE-DAME DE L0UBDE6

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