‹ Épisodes révolutionnaires: l'année de la peur à TulleChapitre 2 sur 9 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'Assemblée Nationale. -^ Le Serment du Jea de Paume. — Prise de la Bastille. — La Milice bourgeoise. — Le retour de Necker. — L'annonce de Tarrivée des brigands à Tulle. —

' Formation de la garde citoyenne tulloise. — Le Comité permanent, conseil politique. — Un emprunt pour approvisionner la Ville. — UEvéque du diocèse.

Neminem lœdere et suum cuiqite tribuere,

(JDe officiis de Ciceron.)

Nous voulons^ suivant celte maxime, essayer de juger cbacim selon ses œuvres, sans passion et sans injustice, mais avant de raconter les diverses phases des épisodes révolutionnaires dont Tulle fut le théâtre en 1789-1790, il nous semble utile de rappeler la situation dans laquelle se trouvait la France à cette époque, et surtout de faire connaître Tétat d'esprit do la population tulloise et des environs.

En 1789, après la convocation des Etats généraux, et la vérification des pouvoirs, Tordre du Tiers-Etat, sur la

proposition du député Legrand, se déclara Assemblée nationale. Mirabeau proposait le titre àQ Représentants du Peuple français, mais Sioyès (ce prophète de la lutte qui allait s'engager entre les classes privilégiées et les classes populaires), se prononga eu faveur de la motion J«egiand qui fut acceptée.

Il fut chargé de motiver cette décision et, avec une vigueur peu commune, il exposa les raisons qui militaient en faveur de ce titre : « La dénomination di* Assemblée na- ^eonaZri^, dit-il, est. la cseule qui convieane à TÂSHemblée, dans Tétat actuel des choses, soit parce que les membres qui la composent sont les seuls représentants légitimement et publiquement connus et vérifiés, soit parce qu'ils sont envoyés par la presque totalité do là nation, soit enfin parce que la représentation étant une et indivisible, aucun des députés, dans quelque ordre ou classe qu'il soit choisi, n'a le droit d'exercer ses fonctions séparément, de cette Assemblée. »

Quelques jours plus tard, un ordre du roi suspendit les séances de TÂssemblée, sous le futile prétexte de préparatifs à faire dans la salie. Bailly, accompagné de quelques jeunes députés, propose de tenir séance dans la salle du jeu de paume, les députés le suivent; le peuple accourt et i* Assemblée constituante ouvre ses séances sur la proposition du député Meunier « de s'engager, par 'serment, à ne pas se séparer avant l'établissement d'une constitution. »

Bailly lit la formule de ce serment :

c Vous prêtez le serment solennel de ne jamais vous » séparer, de vous rassembler partout où les circonstan- • ces l'exigeront, jusqu'à ce que la Constitution dti

» royaume soit établie et affermie sur des fondements » solides. >

Trois jours plus lard^ le 23 juin 1789, avait lieu la séance rojale. Louis XVI^ mal inspiré par ses ministres, fit un discours qui irrita les esprits et, comme conclusion, il ordonna à l'Assemblée de se sép irersur-le-champ. En se retirant, il fut suivi par la noblesse et une partie du clergé ; les députés des communes restèrent silencieux à leurs bancs. Alors Mirabeau se levant : « Messieurs, dit*îl, j'avoue que ce que vous venez d'entendre pourrait Ôtre le salut de la Patrie, si les présents du despotisme n'étaient pas toujours dangereux... Mais oii sont les ennemis de la Nation?... Catilina est*il à nos portes ?... Je demande qu'en vous couvrant de votre dignité^ de votre puissance législative, vous vous renfermiez dans la religion de votre serment ; il ne vous permet de vous, séparer qu'après avoir fait H Constitution. »

Arrive à ce moment, le marquis de Brézé, grand maître des cérémonies de la Cour, et s'adressant à Bailly qui présidait :

— Vous avez entendu, dit-il, les ordres du Roi ?

— Je vais prendre ceux de l'Assemblée, répond Bailly.

Mais Mirabeau ^avance en s'écriant :

« Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au roi ; mais vous n'avez ici ni voix, ni place^ ni droit de parler ! Cependant, pour éviter tout délai, allez dire à votre maître que nous sommes ici par la puissanco du peuple et qu'on ne nous en arrachera que par la puissance dés baïonnettes ' .

C'était la porte ouverte à la Révolution, et peu de jouis après, le 14 juillet 1789, la sombre forteresse de la Bastille était prise par le peuple.

La Révolution était accomplie. La nation entière eût alors coDôcience qu'elle était maîtresse du pouvoir législatif par rÂs&emblée constituante ; elle savait déjà qu'elle possédait la force publique, en elle-même, il ne lui restait qu'à Torganiser.

Lçs circonstances s'y prêtèrent à souhait. On créa à Paris la milice bourgeoise, et le 15 juillet 1789 Lafayetto en fut nommé commandant.

t/aneien minislre Necker venait d'être rappelé et pro-. posait une coustitution basée sur les priucipesde celle de TÂDgleterre : c'était un accommodement entre le trône, l'aristocratie et le peuple.

Mais les partis qui composaient la Cour de Louis XVI étaient plus divisés que jamais. La haute noblesse, ne voulant pas transiger, refusait la constitution de deux chambres; la petite noblesse s'y opposait aussi, sachant qu elle ne pouvait entrer dans la chambre haute. Le parti populaire en voulait encore moins : instruit et eflfrayé par le passé de l'aristocratie, il ne voulait lui laisser aucune influence.

La France entière était bouleversée, épouvantée, par des bruits sinistres, colportés de ville en ville. On annonçait partout qu'uue horde de brigands était dans le voisinage, pillant et massacrant tout sur son passage ; ce fut uue panique générale. La ville de Tulle et ses environs l'éprouvèrent presque aussitôt, car, dès le 2 août 1789, l'administration municipale, inquiète, convoqua en assemblée générale tous les membres de la communauté, pour la formation d'une milice destinée à la défense de la ville.

Voici le procès-verbai de cette réunion (1) :

(1) Archives de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 15 et s.

Aujourd'hui second jour du mois d*aoust mil sept cent quatrevingt-neuf, à trois heures de relevée, dans rassemblée générale de la communauté convoquée^ par messieurs les Ofûciers municipaux à l'effet d'aviser aux moyens de rétablir la tranquilité de cette ville, menacée par une invasion de brigands, à laquelle assemblée ont assisté messieurs lès Députés de tous les ordres, de tous les corps et corporations et communautés de cette ville.

Tous messieurs les Députés étant déjà rendus, à Texception de ceux de la noblesse, lorsque cet ordre s'est présenté en corps et a dit par l'organe de monsieur Fénis de Lacombe, ancien gouverneur^ que si le vœu de rassemblée était pour l'établissement d^une milice bourgeoise Tordre de la noblesse renonçait à toute espèce de distinction et de privilège et demandait à participer aux fatigues et aux périls de leurs concitoyens et a requis acte de cette déclaration.

L'assemblée^ aussi sensible que peu surprise de ces marques de patriotisme, a engagé tous messieurs de l'ordre de la noblesse d*être présent à la délibération qui seroit prise.

Le procureur du roi et de la ville ayant exposé succintement les dangers dont on a été menacé a proposé de délibérer s'il était nécessaire d*établir une garde et dans le cas ou le vœu fut pour l'affirmative de déterminer si la garde, seroit bourgeois j ou citoyenne.

Sur quoi l'assemblée ayant mûrement délibéré le résultat a été: .

1° qu'il seroit formé une garde citoyenne et non bourgeoise, et que cet établissement se soutiendroit tant qu'elle sera nécessaire et jusqu'à révocation de la part de la communauté qui s'assemblera à cet effet tous les premiers dimanches de chaque mois, dans la salle de la juridiction consulaire, à trois heures après midi, sans qu'il soit nécessaire de faire passer des billets de convocation. Le premier point décidé Tordre de la noblesse s'est retiré à Texception de messieurs les deux députés qu'elle avoit choisi pour la représenter.

2o II a été décidé ananimoment et par acclamation que cette garde sera composée de tous les citoyens sans aucune distinction d'ordre.

3^ Il a été décidé à la pluralité des voix que tous les citoyens de cette Tille, ecclésiastiques séculiers, réguliers, nobles ou bourgeois menteront la garde en personne, avec la liberté de se faire retnplacer par d'autres citoyens classés.

4^ Tout citoyen sera classé depuis Tâge de seize ans jusqu'à soixante-dix inclusivement.

go Les ouvriers reconnus pauvres et infirmes ne sont point classés.

6» Tous les domestiques seront exclus de Thonorable garde citoyenne.

7^ Tous messieurs les Députés séculiers, laïcs, ont prêté le serment de ne se faire remplacer que par des personnes classées qu'en cas de nécessité, cependant un père qui enverra son fils & sa place sera réputé monter la garde lui-même.

8» Il a été arrêté que la garde citoyenne sera divisée en huit compagnies.

9^ Les officiers des deux états majors qui seront dénommés cydessous auront le droit de faire toutes les ordonnances nécessaires à la police militaire et auront par conséquent le droit de la faire exécuter, messieurs les Officiers municipaux ayant bien voulu se dépouiller dans ce moment de ce droit leur appartenant comme une prérogative spéciale attachée à leur place.

S'ensuit la nomination de messieurs les Officiers :

Mestre de camp général : Monsieur le Chevalier de Seilhac,

ancien lieutenant du roi de Falsebourg, nommé par acclama*

tion.

Colonel : Monsieur Floucaud, médecin.

Lieutenant-colonel : Monsieur le Chevalier de Saint-Âvid, an^ cien capitaine de grenadiers dans le régiment de Berry.

Major : Monsieur Darcambal.

Dêux aides de camp : Messieurs le Cheyalier de Seilhac, anciea capitaine d'infanterie au régiment de Bourbonnais, et Lanot| avocat.

Le père Guerrier, aumônier.

Lieutenant du roi *: Monsieur de Seilhac, ancien lieutenant* colonel dMnfanterie; pour adjoint : Monsieur de Seilhac, lieutenant des maréchaux de France.

Major : Monsieur de Fénis de Lagarde, ancien mousquetaire noir.

Aide-major : Monsieur de Saint-Priest, avocat, procureur du roi à l'hôtel de ville.

Sous-aide major : Monsieur Mesnager de Marsac.

Ecrivain de la place : Yaladier.

Première conapagnie :

M. Lacontbe du Roussel, premier échevin, capitaine en premier ; capitaine en second, M. Nussanes.

Seconde compagnie :

Le père Lanneau Théatin, capitaine en premier ; M. Rigolle, capitaine en second.

Troisième compagnie :

M. de BoussaCy ancien capitaine dans le régiment d'Artois, che« valier de Saint-Louis, capitaine en premier ; M. Reignac, avocat, capitaine en second.

Q uatrième compagnie :

M. Lagarde-Praliou, ancien garde du corps du roi, chevalier de Saint-Louis, capitaine en, premier ; M. Malpeuch, capitaine en second.

Cinquième compagnie :

M. Floucaud, notaire rojal, capitaine en premier ; M. Barthe-r lemi, ingénieur des Ponts et Chaussées^ capitaine en second.

Sixième compagnie :

M. de Fénis de Labrousse, capitaine en premier -, M. Béril, échevin, capitaine en second.

Septième compagnie :

M. le commandant actuel de h Manufacture, capitaine en premier ; M. Brival, procureur du roi, capitaine en second*

Huitième compagnie :

M. Lacombe du Roussel, fils, conseiller au présidial, capitaine en premier ; M. Villeneuve, avocat, capitaine en second.

Quant à ce qui concerne la nomination de messieurs les lieutenants en premier, lieutenants en second, sergents majors, sergents "particuliers, caporaux, messieurs les Capitaines les nommeront ainsi que Vétat-major nommera les deux porte-drapeaux à nommer et autres places d'officiers qui viendroient à vacquer jusqu'à l'époque de la révocation de la garde citoyenne.

Et lecture a été faite de la présente délibération.

Fait et clos ledit jour dans la salle de la juridistion consulaire que messieurs les Juges-Consuls ont bien .voulu prêter dans cette occasion.

Et messieurs les Députés ont signé :

De Fénis de Laprade, député de Tordre de la noblesse ; Temissieu, député du chapitre ; Graviche, chanoine ; Lamore de Lamirande, curé de Saint-Pierre ; Sudour, curé de Saint-Julien ; F'® Damase, prieur des Carmes ; F""^ Hilaire, des Carmes ; F'« Hypolite, vicaire des Récollets ; Lanneau de Marej, préfet du Collège ; Béril, échevin ; Tramond ; Baratier, député des maçons ; Guerrier, professeur de philosophie du Collège de Tulle ; Floucaud ; Libouroux, député (des cordonniers) ; Vidal ; Trives ; Bardon, prêtre ; Floucaud de la Penardille ; Boudrye ; Duchier ; Pauquinot, député des procureurs ; Dulignon ; Moussours, député des procureurs ; Villeneuve, député, avocat ; Lacoste, député des advocats ; Grandrhamp, président ; Malpeuch ; Reignac, député des notaires *, Vialle, juge de Tulle ; Lacombe du Roussel, conseiller, premier échevin ; Brival, procureur du roi, député du présidial.

Quelques jours après, le 7 août, les députés de tous les

• corps» de tous les ordres et de toutes les communautés et

corporations furent convoqués à nouveau pour nommer

un comité permanent chargé de concourir avec MM. les

Officiers muntcipatlx c pour le maintien du bon ordre et pour Teiller à la tranquillité pabltqne, pendant' le temps que eelte ville sera menacée par les ennemis de la Patrie, et que la correspondance, déjà établie entre les villefif circonvoisines« subsistera. »

Furent élus membres de ce comité :

Mlf. Rabanide, avocat; Vialle père, avocat; Brîval, prqcureur: du roi ; Melon, avocat du roi ; de Lacombe, ancien maire, et Brival, chanoine et grand vicaire.

. En plus des députés présents à la précédente délibération, les députés suivant? ont pris part à cette formatioa de comité :

Brossard, député de Télectionî Toinet; Frère Serapbin^ récollet; dom Lacoussière, prieur des Feuillants; Poulverel ; Fayssat ; Raynal de Tissoniere ; Barbier, prêtre ; Rodorel de Seilhac ; Borderie de Vernéjoux ; Lagier ayné; Mesnager, prêtre; Charain, échevin; Sudoor, échevin ; de Saint-Priest, procureur du roi.

Le 14 août, un décret de TAssemblée nationale, sanctionné par le roi, approuvait rétablissement de la garde citoyenne à Tulle.

L'assemblée générale de tous les corps de la communauté, de nouveau réunis, décide que chaque compagnie fournira, chaque jour, trois hommes pour la garde, non compris les officiers.

Les conseillers politiques nommés dans la précédente réunion ayant prié rAàsembléé d'agréer leur démission, MM. Sudour, curé de Saint- Julien ; de Vernéjouz^ baron de Laroche ; Daubech, médecin ; Lacomb3 du Roussel fils, conseiller; Melon de Pradou, avocat du roi, et Lacoste, avocat, sont élus à la pluralité des voix.

— iO —

Il est en outre décidé qae le commandant, le colonel et le major de la place aaront centrée au Comité.

L'état-major de la place est définitivement constitué comme suit :

M. de Seilhac aîné, commandant; M. Fénis de Laprade» major ; M, do Saint-Prieat, aide-major. Colonel du régiment : M. Floucaud, médecin.

Lieutenant-colonel : M. le chevalier de Saint-Âvid. Major : H. Darcambal.

Les autres officiers seront nommés par les compagnies.

Parmi les nouvelles signatures des députés, nous rele« vous celles de :

Jaucen^ député des sargetiers; Delbos, chirurgien; de Bourguet, député du présidial ; Soleilhet fils, député des médecins; Dubois, député des huissiers; Mariau; Lagarde ; Combrade ; Vidal ; Duclaux, lieutenant du maire.

L'obligation d'avoir une garde journalière composée d'officiers et de vingt-quatre hommes de service ne fat pas maintenue très longtemps, car, le 4 octobre 1789, les députés de tous les corps réunis la suspendirent momeur tanément, c jusqu'à ce qu'elle sera jugée nécessaire par la communauté. »

Nous trouvons encore de nouveaux noms de députés :

Sage, chanoine ; de Braconat, député de la noblesse; Laborderie; Rominhac; Vergne; Sarget; Aignou ; Maschat ; Daubech ; Meynard.

Mais ce qui suit montre bien l'élat d'esprit de notre population, raffolement qui s'était emparé de toutes les admiuistralions : à peine quinze jours s'étaient ils écoulés que les corps constitués firent un pressant appel à tous les

députés de la comcaunauté et rétablirent la garde de jour et de nuit.

Voici le procès-verbal de cette séance (1) :

Aujourd'hui dix-huit octobre mil sept cent quatre-vingt-neuf, à deux heures de raprès-midi, dans rassemblée générale de la communauté de cette ville, ont été convoqués tous les corps et corporations sur ce qui a été dit relativement à la suspension de la garde journalière au régime de la susdite garde et de la formation ou augmentation du Conseil politique. Il a été délibéré a ia pluralité des voix que la garde journalière seroit rétablie dès de- ^ main, qu^elle se monteroit jour et nuit, conformément au dernier régime, qu'on laissait à la municipalité, comité et état-major le soin de se procurer un autre local plus commode pour le corps de garde s^il etoit possible, que aucun citoyen ne pouvoU se faire remplacer pour la garde que par un citojen classé.

On a parrillement délibéré de procéder à une augmentation du conseil politique et d'élire encore au scrutin six nouveaux conseillers. Et ladite élection faite par la voye du scrutin se sont trouvés nommés Messieurs Pranchère, de Lacombe, ancien maire, Vialle, juge, Grand-Champ, trésorier, Floucaud, chimiste et Brival, procureur du roi. A été pareillement statué que tout ce que dessus ainsi que la dernière nomination du Conseil politique seroit maintenue jusqu'au premier dimanche du mois de décembre et ont signé.

Parmi les députés nouveaux signataires, nous relevons les noms suivants: Orand-Champ, Champ, Barry, Yalade, Tailliandier, Monteil^ Vauzange, Régis, Borderie Pierre, Leyx, lieutenant général, député de l'élection, Dom Gaillardon, prieur des Feuillants^ Pourché aine.

En même temps que la terreur, arrivait la misère ; la

(1) Ajch. de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 22 verso.

ville manquait de pain^ le peuple était dans le dénument le plus complet. Les officiers municipaux, le comité du conseil politique et Tétat-major de la garde citoyenne furent obligés de recourir à un emprunt. Un grenier public fut établi; tous les citoyens aisés de la ville voulurent contribuer à secourir le peuple malheureux.

Une délibérfition du 2 novembre dit que < le comité est autorisé à emprunter tout ce qu'il jugera nécessaire pour un approvisionnement de grains et à lever toutes les sommes pour lesquelles il a été ou sera fait des souscriptions»...

Plus loin nous lisons c que tous les citoyen^ aisés ont aidé de leur fortune^ que les citoyens éclairés ont aidé de leurs lumières, que ceux qui ne pouvoient aider que de leurs bras ont offert leur travail ; que tous ont porté sur. Tdutel de la patrie des offrandes utiles à l'ordre public et à la prospérité commune... que tous ont contribué, autant • que la fortune pouvoit le permettre, à procurer des subsistances à la ville (1). »

Tous les citoyens avaient Us « contribué, autant que leur fortune pouvait le permettre, à procurer des subsistances à la ville » ? Les « citoyens éclairés » avaient-ils bien c tous aidé de leurs lumières » ?...

Voyons comcaent s'était conduit Sa Grandeur Monseigneur Chailes-François-Marius de Rafélis de Saint-Sau* veur, évoque de Tulle.

La disette arrivait, Monseigneur s^était empressé de quitter Tulle pour se rendre à Carpentras, pays plus privilégié. La municipalité de notre ville, métropole de son

Ârch. de la Mairie D 1 , v. 1, page 24 et s.

diocèse, lui avait adressé une demande le priant d'aider au soulagement de la misère publique» voici ce qu'il ré* pondit (1) :

Garpentras, ce 23 novemb/e 1789<

J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait Phonneur de m'écrire le 27 du mois passé. Je voudrais pouvoir vous être utille dans le projet dont vous me faites par, mais je n^aj pas d^argent et je ne> sçai ny quant nj combien j'en recevraj par la suitte. Il ne met dont pas possible de prendre aucun engagement,, heureux si jb puis continuer à l'avenir les aumônes que je fais dans la ville, vous les connaissez et la modicité des revenus de mon Evéché.

J'aj l'honneur d'être avec un parfait attachement. Messieurs, votre très humble et obéissant serviteur.

-}* Charles Jo. Ma., Evéque de Tulle»

Cette lettre était adressée à M. Tabbé Brivaf, vicaire général.

Indigné d'une pareille réponse^ le vicaire-général n'osa pas en donner communication au Comité. Une seconde demande fut adressée à i'évêque et, comme le dit le registre que nous avons sous les yeux, « s'ensuit autre copie de lettre de mondit seigneur» évoque de Tulle. » (2).

Garpentras, le P>^ décembre 1789.

Messieurs,

J'ay repondu a la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le lendemain que je lai reçue et je lai adressée à M. Fabbé Brival comme au secrétaire et au premier nommé parmi les membres du Comité qui ont signé, il a cru devoir différer de

(1) Arch. de la Mairie deTuUe^ D. 1^ Y. 1, p. 29 verao*

(2) Arch. de la Mairie de TuUe> D. 1, V. 1, p. 30.

TOUS communiquer ce que je vous marquais. Vous pouvez lui demander de vous en faire part. Je vous répète ici, Messieurs, ce que je vous disois alors, que je ne suis point payë^ que je n'ai point d'argent, que je ne scai ni quant, ni combien j'eh recevrai à Ta venir et qu'il ne m'est par conséquent pas possible de prendre aucun engagement pécuniaire, encore moins d'emprunter. Cependant, messieurs, comme je veux être utile à cette ville que je regarde comme ma patrie et que je l'aime véritablementi malgré bien des choses dont je pourrois me plaindre, je consens à pajer 60 livres d'intérêts pour une somme de douze cent livres que vous vous procurerés et que vous rembourserés dans l'année, par le moyen de la vente du bled (jue vous acheleriés. Si vous la rembourssé plutôt, le prorata des intérêts tournera au profit de la ville a qui j'en fais don. Yoila, messieurs, le seul arrangement que ma position et les circonstances présentent à ma bonne volonté, il vous est plus avantageux que les fonds même qui n'est point en mon pouvoir, puisque vous sériés obligé de me le rendre à la fin de Tannée et qu'il ne donneroit aucun bénéfice.

J'ay l'honneur d'être avec un parfait attachement, messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur.

f Charles Jo. Ma., Evêque de Tulle.

Et cette lettre est siguée de la main d'un prince de l'Eglise! d'un ministre de Celui qui a dit : <x Aidez-vous les uns les autres ! >

Le registre sur lequel nous relevons celte correspond danco, dont nous avons conservé Torlhographe et la ponctuation, porte la mention suivante :

Et après l'enregistrement des lettres cy-dessus; il a été fait la réponse qui a été signée par le comité permanent, laquelle sera transcrite cy après.

Fait et clos le jour et Tan que dessus (quatorze décembre mil seiit cent quatre-vingt-neuf)*

Signé : Lacombe du Roussel^ échevin ; d'Arcbe, Seilhac, Brival, Sartelon, Bordçrie de Vernéjoux, Duchier, Tabbé de Lacombe, Darcambal, Le jx , Floucaud| colonel.

Voici la lettre qui fut adressée par le Comité à Monseigneur Gharles-Fraucois-Marias de Rafélis de Saint- Sauveur, évèque de Tulle, en ce moment à Carpentras (1) :

Monseigneur,

La lettre dont Vous nous avez honnoré le premier de ce mois prouve d'une manière non équivoque que nous avons présumé trop avantageusement de Tétat de Vos finances, et nous met dans le cas de Vous témoigner toute la part que nous prenons à Votre triste situation ; M. Tabbé Brival avoit été assez discret pour nous épargner cette douleur^ en cachant Votre précédente lettre, il ne Ta même communiquée que par Vos ordres.

Pour répondre en même temps à Tune et à Tautre nous prenons la liberté de Vous observer, Monseigneur, (^ue jtoutea les bourses de la ville se trouvant épuisées par l'emprunt patriotique, il nous est impossible de trouver les douze cents livres dont Vous Toulés bien vous charger de payer l'intérêt ; comme Vous nous offres cependant soixante livres pour cet objet, que Vous faites même le sacrifice de cet argent en faveur de la métropole de Votre Diocèse, nous prenons la liberté de Vous observer, que quoique le .comité de subsistance ne soit pas authorisé à prendre le présent don, ni même une somme au-dessous de cent fran3s à titre de prêt, nous nous écarterons cependant de cette règle en Votre faveur, espérant que des temps plus heureux et des circonstances moins alarmantes Vous permettront de nous secourir d'une manière plus efficace.

(1) Ârch. de la Mairie de Tulle, D* 1^ V. 1, p . 30, verso.

Nous nous empressons, en attendant, de Vous annoncer que, malgré la disette d'espèces, nous avons déjà ramassé vingt-cinq mille livres pour le prêt patriotique ; quUl est déjà arrivé une certaine quantité dé grains, qu'il en arrive journellement et que tous nos citoyens ont montré à l'envie le zèle, l'ardeur et la gênérosité qui leur sont propre.

Nous espérons, Monseigneur, que ce petit détail ne Vous déplaira pas, que Vous aurés môme regret de n'avoir pas été témoin de. notre conduite et que Vous nous jugerés enfin d'une manière plus favorable.

Nous sommes avec un profond respect, Monseigneur, Vos très humbles et très obéissants serviteurs.

Les Officiers municipatujc^ le Comité et Etat major de la ville de Tulle,

(Suivent les signatures.)

TuUe, le 14 décembre 1789.

Celte fière et caustique réponse n'a pas besoin d'être commentée.

Cet évôaue était bien connu dans son diocèse, nous n'en donnerons pour exemple que la supplique adressée par les adtninig. trateure de l'hôpital général de Tulle à M. l'Intendant général du Umou^n su^^^ dans laquelle ils exposent les tracasseries SoTtCffulrdelapartde M. Rafaélis, en qui ils n'ont JL trouvé l a môme ch arité qu'ent es prédécesseurs. . (1)

(1) Arch. de THÔpital de TuUe. B. 29.

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