‹ Épisodes révolutionnaires: l'année de la peur à TulleChapitre 3 sur 9 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'affaire de favars

Les plaintes des paysans. — Tentative pour ouvrir Tétang. -- La maréchaussée charge la foule. — La garde citoyenne se renJ & Favafs. — Les blessés. — Demande de cent hommes de cavalerie pour rétablir et maintenir Tordre public. — Les prisonniers. — Une députation de la ville de Brive envoyée à Tulle. — Une seconde envoyée à Paris. — L'alliance des villes de Tulle, Brive, Uzerche et Ussel. — Les prisons insuffisantes pour contenir les prisonniers. — Les interrogatoires des accusés. ^- Le jugement. — L'opinion publique. — La!potence à Tulle. — La cour prévôtale dénoncée à l'Assemblée nationale.

Le grenier public se remplissait, les arrivages et la vei^te des grains se faisait d'une façon régulière, mais les campagnes environnant la ville, encore sous la domination de tyranneaux irréconciliables, souffraient de leur dure autorité. La peur régnait toujours dans les environs, cependant le paysan sentait qu'il pouvait secouer le ^ joug féodal qui rélreignait encore et espérait que les juges

lui accorderait ia justice qu'il méritait. Il osa élever la voix pour se plaindre.

Voici un document d'archives à ce sujet :

A Monsieur le Lieutenant général criminel de Tulle^

Supplient humblement Léonard Kaflj, cadet, du bourg de Cornil, Pierre Pujdebois, du village de Lavialle et parroipse, Bertbon Murât, du village de Gessénat, môme parroisse, François Varille, du village de La Ramade, même parroisse, Theve Germain, veuve de Bernard Ëspinat, du bourg de Ctornil, Antoine Cousterie, dcdit bourg, Jean Barrj, aussi dudit bourgs Ejmard Bouyssou, du village de Rouanne, parroisse de Daignac, Pierre Jouanie, du bourg de Cornil, François Roux, du village du Mons et parroisse.

Disants en ce plaignants que le despotisme féodal, dont ils éprouvent la tirannie, depuis bien des années, parles exactions les plus cruelles quô le sieur L. D... /l) cadet a exercé contre eux les a rendus les victimes souffrants de son caprice et de sa brutallité. La crainte de l'impérieux régime féodal les a contraint a gémir en sillence jusqu'aujourd'huy, sans oser lever leur voix tremblante vers la justice pour implorer son secours, mais aujourd'huy qun beureux changement s'opère dans l'Etat, et que les malheureux: deviennent libres, le premier usage qu'ils font de cette môme liberté c'est de demander justice des meaux qu'ils ont éprouvé soit vis avis de leurs personnes, soit vis avis de leurs biens ; en conse* queiice ils vont séparément déduire leurs causes et moyens de plaintes contre ledit sieur L. D... cadet.

Léonard RAFFY se plaint qu'ayant resté plusieurs années domestique de M. L. D... et dans le temps qu'il étoit encore à son service le dit sieur D... le sollicita vivement a achetter une vieille masure située dans le bourg de Oornil. Et pour l'engager a faire cette aquisition il luy promit de le gratifSer du montant des

(I) Nous tairons ici le nom qui appartient à une fiunille très honorablejDAent connue à IHiUe.

lots et Tentes, sur cette promesse le plaignant acbeita ladite maiwa et la fit pour ainsi dire réedif&er, attenda qu'elle tomboit en ruine. Qaant les réparations forent faittes et que le plaignant y eut fixé son domicilie, le sieur D... fit éclater les Toes qu'il avmt toujours cachés, en conséquence il fit apporter audit Rafiy par le ministère de H^ Laporte notaire du Tillage de La Geneste, qui avdt passé le contrat de vante, l'argent du montant de l'aquisition avec offre de le recevoir en par luj passant revante en vertu du retrait féodal que ledit seur D. .. pretendoit exercer.

Le plaignant ajant refusé de recevoir cette somme, attendu que les réparations qu'il avoit fait faire depuis son aquisition montoient plus de quatre cents livres en sus de ce qu'il en avoit donné qui n'éAoit que soixante ecos. Sur le refus dudit Raflj le sieur D... consigna l'argent du prix de l'aquisition, le fit saisir par le sieur Pechadour, créancier dudit RaSj et loy, comme créancier dudit Pechadour le retira. Cella fait dans le temps que ledit Raffjetoit absent pour gagner sa vie et celle de ses enfants, étant devenu veuf. Le sieur D... s'empara de la maison. et en j entrant il fit enlever un lit complet qu'il fit emporter ches luy, il luj fit enfoncer une garderobe qui v étoit, fit emporter les hardes de sa femme qu'elle renfermoit et les vendit a une fille de Brive qui restolt chez luj en qualité de cuisinière. Il luy prit aussy de dans ladite garderobe, du linge et ses papiers qui consistoint au contrat 4e vente de la maison et en des lettres d'échange et billets de différantes personnes qui luy devoint, et plaça un métayer dans la maison du suppliant. Tout cella s'est passé depuis trois ans ou environ.

Depuis cette époque ledit sieur D... voulut absolument que ledit Rafiy fut rester encore ches luy et il fut forcé malgré luy d'y aller ou il a resté deux ans, dont il n'a reçu aucun salaire. De plus il a employé 45 livres de sa poche pour le frère D..., scavoir qu'ayant été chargé de la part du sieur D... de venir à Tulle à la foire de St- Antoine pour y achetter deux cochons, an pour nourir et l'autre pour le tuer en petit salle et il ne luy donna que dixhuit ecus et les cochons montèrent l'un 35 livres et l'antre 27 livres 12 sol;, et le plaignant fournit le surplus de sa poche, en

^î',i 4 T'*.>e a^a»; èa din^ «t \k-^t:^xr% anires jersc^ries des fr'i/fiCM y ui ttireal j^iei â terre aa C:-aj«ia Rot^ ci fsrest dicés ec<« M. U-- raîûe, araiii de s'en aller ie âf^r D... demandât au pUij^ntAt t*!! aral d*ar^eot ce qujj ceilaj-cj répondit qn'il en a?oît quei/joe peo. Eh bien, loj dit-il, in rajeras la dépense des eb^atix. Ce qu'il fit

4«, Etant aa cbateao de Poissac avec le sieur D... son maître, il 7 Yint DO marchand de poivre, Le siear D... on qnoiqae soit sa dauie en prirent deux livretf et dirent au plaignant de le pajer^ ce qoî monta six lirres.

Quant le plaignant est fortj de ches le sieur D..., il aestédans sa chambre et Inj a présenté son compte tant du montant de ses loyers que de celluy des fournitures et avances qu'il avoit fait. A ion aspect ledit sieur D... entra dans une fureur des plus terribles en luy disant de sortir vite de son appartement, ce que le plaignant fit pour éviter son courroux. Et dans le temps qu'il ouvroit la porte, il luy lança une bille de tabach quUl avoit sur sa table, duquel coup il fallit être assommé, et c'est la toute la récompense qu*il a eu.

Pierre PUYDEBOIS se plaint quMI y a environ onze ans, une vaille des Rois, quêtant a Tafiie de la bécasse a l'entrée de la nuit, le sieur D... vint à Tendron ou il etoit et comme le plaignant voulloit p'en aller il luj cria d^arreter, ce qu'il fit. Et aussitôt il hff tira un coup de fusil qui luy remplit V échine et les jambes de plomb^ duquel coup il a failli a périr.

François ROUX, du village du Mods, se plaint qu'il y a environ douze ans qua une ou deux heures de la nuit le sieur L... vint chez luy pour le désarmer, tant luy que son frère. Le plaignant sortit et luy remit son fusil et luy dit qu'il n'avoit pas celluy de •oû frère, alors le sieur D... tomba sur luy à coup de fouet de

cheval. La mère da plaignant voyant que son âjs étoit si mal traité sortit de sa maison et se mit a la traversée en disant aa siearD... : Monsieur, épargnez mon fils qui me donne à vivre, tués moj plutôt moj ; alors il la repoussa brutalement en luj disant : Bougresse, ote toi de la ou je te casse les os. Et s^obstina a demander le fusil du frère du plaignant ; on luj répéta encore qu'on ne l'avoit pas, il s'obstina encore a le vouUoir, de sorte qu'on fut contraint d^enfonoer une caisse ou il etoit enfermé. A force de prières qu*on lui a fait ou fait faire, il en a rendu uu et il retient encore l'autre.

Jean BORIE» du bourg, se plaint qu'il y a six ans ou environ que le sieur D... luy fit arracher dans un bois a luy appartenant, a'ppellé de Piny, situé dans les appartenances du bourg de Cornil, huit chataigners^ arbres faits et de très bon rapport dont il ût faire du bois qu'il fit entasser sur les lieux et transporter chez luy quand il fut sec.

A peu près dans le môme temps le plaignant avoit fait faire des brasses de bois châtaigner, lequel bois le sieur D... ât emporter d'authorité chez luy et le plaignant n'a jamais reçu que douze livres quoyque ledit bois valloit quatre livres la brasse.

Berthou MURAT, de Cessenat, se plaint qu'il y a environ douze ans que le sieur D... vint ches luy pour la désarmer et le plaignant ayant refusé de luy rendre son fusil; ledit sieur D...luy donna un coup de pointe de batton sur l'estomac, duquel coup il fut renversé et étant par terre il l'accabla de coup de son batton, jusqu'à ce qu'il l'eut cassé sur son corps. Le plaignant fut si cruellement maltraité que du depuis il luy a esté impossible de travailler pour gagner sa vie.

François VAREILLE, de la Ramade, se plaint qu'il y a environ douze ans qu'étant dans un pré appartenant à Jean Lascaux, du village do Poumeyrol, le sieur D... vint à passer et ayant apperçu le plaignant a luy déchargea son fusil double sur luy », dont l'un l'atteint au chapeau et l'autre à une cuisse en fleurant et après

qail ant tiré ses deux coups, il dit a M. de Bar qui etoit arec laj : Tire, boagre, tire 1 ce qa'il ne fit pas.

THcans GERMAIN, Teave de Birnard ESPINAT, se plaint qail 7 a environ treize ans que le sieor D... maltraita ledit Espinat son mary de la manière la plas crnelle à coup de pieux de cbarrete, et étant réduit sur son grabat, il vint le cbercber le lendemain pouvant i peine se soutenir et le força de Tenir ecorcber un bœuf qui Inj etoit crevé du charbon. Et cette maladie pestilanttelle empoisonna si fort ledit Espinat quil en mourut presque sur le champ. La plaignante sa veuve, lors de la mort de son mary, etoit enceinte de trois mois et étant sans bien et sans ressource elle a été obligée du depuis à mandier son pain.

Amtoinb GOURTARIE, du bourg, se plaint que l'année dernière le sieur D. • . lu j fit arracher deux chataigners de dans un bois à loy appartenant appelé au Mescoux, lesquels arbres etoint d'un produit considérable.

Etharp BOUYSSOU, du village de Rouanne, se plaint qu'il y a dix-huit ou dix-neuf ans qu'en passant au village de La Voisine, paroisse de Sainte -Fortunade, il entra dans la cabane de La Feuillande accompagné du nommé Pierre Roche, du village du Viallard, paroisse d'Aubignac, pour y boire une bouteille de vin, qu'on fit apporter. Dans lequel cabaret et môme chambre etoit M. D... avec plusieurs messieurs qui y buvoint, à peine la bouteille futelle apportée devant le plaignant, et avant qu'on eut commancé de boire, que Thotesse vint, prit la bouteille pour la versser dans un pot qui parroissoit très malpropre, quoy voyant le plaignant s'y opposa, mais il fut verssé malgré luy, disant t La bouteille fait besoin à M. D... ; il est vray qu^il repondit a cella : Mon argent est aussy bon que celluy des autres, pourquoi me privés-vous d'une bouteille que vous m'avés apporté.

Le sieur D.. ayant entendu cella se leva de la table ou il etoit saisit le plaignant par les cheveux, le renversa et luy donna plu-sieurs coups de poings et coups de pieds. Le plaignant échappé de

— Ba-

ses mains sortit et lorsqu'il fat au doTant de la porte il se plaignit quoique modestement de ce qu^on l\iYoit maltraité si cruellement et si mal a propos, alors M. D... sortit, se jetta de nouveau sur luyet Pacçabla de coups jusqaes la que du depuis il a toujour^ ressenti et ressent encore beaucoup de douUeurs, tant ces coups ont altéré sa santé. Et le sieur D..., non content d'avoir mis le plaignant dans le pins mauvais état Tobligea de se mettre a genoux et de Iqj demander pardon.

Outre cella Marie ROCHE, veuve de Vincent JUGIE, bellemère du plaignant, avoit un procès avec le nommé Rhumelt, de Courbiat, paroisse de Pandrigne, ledit sieur D... dit a cette femme de luy remettre sa procédure et trois louis et quMl prendroit cette affaire en main et la feroit unir. Ladite Roche luy donna la procédure et les trois louis, il 7 a de ce huit ans ou environ et du depuis elle n*a jamais pu parvenir a avoir ni Tun ni Tautre, le sieur D. .. a tout gardé.

PiBRRB JOUANNIE, du bourg, se plaint qu'il j a huit ans que le sieur D... luj donna un certain terrain a detfricher appelle à Las Plantadas, il fut convenu que pour droit de terre ledit Jouannie luj donneroit ou la paille qui se recueilleroit ou Tegale quantité de grain que celle qui tomberoit sur le lerrain, au souhait de M. D. . En conséquence le terrain fut défriché et le plaignant y sema un sestier et deux coupes de seigle, mesure de Brive, quand la moisson fut prette a être recueillie M D... fut ches le plaignant, le trouva occupé a faire des sabots, luy deffandit expressément de venir couper lo bled. Le plaignant ayant voulu luy remontrer que sa deffense etoit injuste, que cette récolte luy appartenolt étant le fruit de son travail et le produit du grain qu'il y avoit jette, pour lors M. D... entra dans une colère affreuse, se saisit du plaignant et Tobseda si cruellement qu*il fut obligé de se faire raccomoder deux cottes qu'il luy avoit enfoncé. En conséquence le plaignant fut contraint de rester ches luy, d'abandonner sa récolte, et le sieur D... s'en empara, luy garda sa peine, le grain qu'il avoit eEnpIoyé et l'exposa a mourir de faim

attanda que le plaignant a fort pen de bien et qn'il ne vit qae dn prodait de son traTaîL

Il 7 a ploi, le plaignant avoit semé des poids avec la permission de H. D... dans on champ appartenant a cellaj ej qoi dcToint être partages entreax. Quant ils furent murs, le plaignant les eneillit et les plaça dans une grange du sienr D..., quand il vonlla aller pour les battre, il trouva madame qui luy dit : Je suis occupée a degancher les derniers qui restent, nous finissons de les manger. Et elle luj promit qu'on lui donneroit du froment en ' remplacement, ce qui n'a pas été fait, et lesieur D... luy a retenu injustement cette récolte comme Tautre.

Quoique la plainte des plaignants soit tardive, ils ont neantmoins lieu d'attendre que la justice voudra l'accueillir favorablement «et s'appercevra sans peine que les moyens de leur retard a été forcé, attendu qu'ils éteint sous la puissance de leur accusé qui leur tenoit pour ainsj dire le pied sur la gorge, ce qui les mettoint dans le cas de ne pouvoir se plaindre sans s'exposer a son couroux tonjoars dangereux et funeste pour ceux qui avoint le malheur d'encourir sa disgrâce, môme sans raison. Ce n'est qu'aujourd'huj, qune nouvelle constitution qui change la surface de llStatou plutôt de ses loix antiques quils sa vojent un peu plus libres étant moins exposes a la rigueur du tirrannique Empire des seigneurs,qu'ils commancent a essayer leur liberté pour se plaindre des injustes vexations qu'ils ont éprouvées.

Dans cet état les suppliants ont recours à votre justice aux fins que ce considéré, Monsieur, il vous plaise leur donner acte icy en personne de la présente requeite en plainte y faisant droit, leur permettre d'informer par devant vous des faits y contenus, circonstances et dépendances et pour l'information faitte et communiquée à M. le Procureur du roy estre sur ses conclusions pourvu de' tel décret que vous jugerés bon être, pour ensuite être par les plaignants pris telles conclusions qu'ils aviseront avec dépens, domages et interest, et feres justice.

J. PUTDEBOIS, BORIE.

Tons les suppliants, sauf de Pnydebois et Borie, ont déclaré ne savoir signer.

Yaghot, président; Bonnelte; Orozt, adjoint.

a Nous avons donné acte aux suppliants ici en personne de la présente requette en plainte assisté de sieur Jacques Bonnelie et de sieur Jean-Baptiste Grojsj, adjoints, leur permettons d'informer des faits j contenus, leurs circonstances et dépendances pour rinformation faitte et communiquée être statué œ que de droit.

« Fait à Tulle le 10 février 1790.

« AuDUBERT, lieutenant général criminel ,

BONNBLTB ; CROZT.

« Scellé, vu à Tulle, le 13 février 1790.

a Reçu vingt-deux sous deux deniers.

« Ghastâing. (1). B

Voilà, pris ealrd mille, les faits reprochés par nos paysans aux nobles et bourgeois, soi-disant ennoblis, de Tépoque.

Ces exactions, ces brutalités, ces abus des anciens pri* vilèges, auxquels le régime monarchique et féodal avait eu recours, pour exploiter ei opprimer le peuple, avaient aigri même nos paysans, encore si faciles à courber sous le joug seigneurial.

Certes, nous savons que tous les < privilégiés » n'agissaient pas comme le sieur L. D... de CorniL II y en avait qui étaient humains, qui parfois môme compatissaient à la misère du travailleur de la terre, mais^ il faut Tavouer, dans nôtre pays la plupart étaient indifférente et s'endormaient dans le dolce farniente et la jouissance que leur

(1) Arch. de la Gorrèze, G. 2082.

procurait alorsr la fortune et la Bitottion morale, sapé* rieure, que s'était faite le « seigneur » propriétnre du eol.

La tyrannie des nas, aidée par l'insouciance des autres, avaient presque foujoars raison de Thumanité de ceux qui s'apitoyaient sor le sort des campagnards. Mais le paysan, prévoyant qu'allait bientôt se briser la chaîne qui le rivait aux pieds du maître, voulut essayer sa liberté.

L'année 1789 venait de toucher à sa fin. Les Droits et Devoirs de T Homme avaient été placés en tête de la Constitution établie par l'Assemblée constituante et cette nouvelle constitution avait éto publiée dans nos campagnes.

Dès les premiers jours de janvier 1790, on s'occupait des élections à faire pour la nomination des Maires et Officiers municipaux. Ce fut avec grandes difficultés que la ville de Tulle et les environs parvinrent à former les corps municipaux.

Le 20 janvier 1790, dit le procès-verbal de la séance de vole, « d'après le dépouillement des différents scrutins, personne n'a réuni la pluralité absolue des suffrages. » (i;.

Le lendemain, 21 janvier, après nouveau vote, le recencement général ayant été fait, « il a été veriffié et reconnu qu'aucun citoyen n'avoit obtenu la pluralité absolue des suffrages pour l'élection du maire et que M. de LaVaur de Vcrnejoux et M. Melon de Pradoux étaient les deux citoyens qui avoiont obtenu la pluralité relative, en conséquence il a été déclaré qu'il n'y avait pas d'élection et les commissaires ont été chargés d'aller le déclarer aux citoyens actifs des différents quartiers rassemblés, et de les avertir qu*il fallait procéder .à un troisième scruttin»

(1) Arch. de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 31.

lors daquel ils voteront en faveur de l'un ou de l'autre des deux concurrents cj-dessas dénommés. » (1).

Enfin, par 243 voix, M. Melon de Prddoux fut élu maire contre 189 voix obtenues par M. de Lavaur de Vernejoux.

M. Melon de Pradoux fui sur le*champ pioclamé maire de Tulle « en présence d'une fouUe d'babitan(s présents qui attendoint cette proclamation... et afin de rendre sa proclamation publiqae et solennelle sa nomination a été annoncée au son de la grand'cloche et au bruit du canon delà ville, ses fonctions demeurant suspendues jusques à la nomination des autres orâciers et à la prestation de serment qu'ils doivent faire tous ensemble en présence de la commune ».

Le 22 janvier, nouvelle' journée dévote, mais < MM. les commissaires des différents quartiers ayant remis sur le bureau les listes et résultats des différents quartiers et le recensement ayant été fait en leur présence il a été veriffié et reconnu qu'aucun citoyen n'avoit obtenu la pluralité absolue pour la place de procureur de la com*

mune >.

Encore une fois il fallut voter et le résultat fut de nouveau négatif, « aucun citoyen n'avait rf^uni la pluralité absolue des suffrages », mais MM. Brival, procureur du roi au siège présidial de Tulle, et Villeneuve, avocat à Tulle, avaient obtenu le plus de voix. — Un nouveau tour de scrutin devait décider entre ces deux concurrents : M. Brival obtint 235 voix contre i27 accordées à M. de Villeneuve.

M. Brival fut donc élu procureur de la commune.

Le 27 janvier se faisait le recensement général des trois

(1) Arch. éle la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p . 30, verso.

bureaux de vote, il fat c reconnu que M. Villeneuve, avocat, avait été nommé officier municipal à la majorilô absolue^ au second scrutin, et qu'au troisième scrutin MM. Laborderie, médecin, Sclafer de Chabrignac, avocat, Mesnager, prêtre, iiacoste, avocat, et Sudour, procureur, avaient recueilli la pluralité relative des suffrages.

Enfin le 30 janvier 1790 on pouvait compléter les élec* lions par jia nomination des 18 notables. Il fut c vérifié et reconnu que les citoyens qui avoint recueilli la pluralité relative des suffrages, par ordre de pluralité, étaient : MM. de Vernéjoux ; Rabanide, avocat; ; le père Lanneau de Marey, préfet des thé^tins; Vialle père, avocat; Floucaud vieux, procureur ; l'abbé de Lacombe ; Leyx, fils aîné, lieutenant général de Télection ; Saint-Priech de Saint-Aigne, avocat; Borie, marcband; d'Arche d'Aqibrugeat; Dufraysse-Devianne, conseiller au presidiai; Brossard, conseiller élu; Darluc, ancien lieutenant général ; Chadebech aîné, bourgeois ; Tabbé de La Salvanie, chanoine ; Béril, bourgeois, aucien échevin ; Moussours, procureur au presidiai, et Chaumont, feodiste, qui l'a emporté comme plus âgé, à égalité de voix sur le sieur Bonnelie aîaé ».

Aind donc la nomination des membres de la municipalité et de la commune avait néce^ssité dia tours de scrutin et occupé une période de dia journées.

Entre temps, le 25 janvier, eut lieu une assemblée extraordinaire des oificiers municipaux, des membres du Comité peri anent et des officiejs de TEtal-major de la garde citoycune, dans laquelle fut donoé lecture d'une lettre de M. de Combret de Marcillac, lieutenant de maréchaussée, adressée au Comité de cette ville en d'île du même jour. Cette lettre était relative à une autre lettre portant la môme date, adressée à M. de Combrel de &f ar«

cillac par Mme Dubois de Saint Hilaire^ baronne de Favars^ desquelles il résultait « une réclamation pressante de la part de M. de Gombrel pour obtenir de la commune de Tulle des forces à opposer à une insurrection menaçante qui^ depuis plusieurs jjurs, s'étoit faite ressentir au préjudice de plusieurs seigneurs et bourgeois des environs, et notamment dirigée contre les propriétés de madame de Saint-Hilaire, de la part des habitants de plusieurs paroisses du voisinage de celle de Favars (I). >

11 n'est pas hors de propos» avant de raconter les &it8 qui se passèrent à Favars. en 1790, de faire connaître cette seigneurie et les seigneurs qui la possédaient.

Le bourg de Favars est situé à environ 10 kilomètres de TuUOi. sur la gauche du chemin vicinal de grande communication de Treignac à Brive^ par Tulle.

Cdlte seigneurie est 1res ancienne^ puisque le cartu* laire de Beaulieu la mentionne déjà en Tan 897 (2). Elle fut aux Favars ; et à l'abbaye de Beaulieu qui en avait la suzeraineté, succédèrent len Malemort, au xi® siècle; puis elle revint au monastère. Elle était aux Turenne au Xiu^ siècle. — En 1287^ dame Raymonde de Favars était prieure de Tancien couvent de Derscs, près de Saint- Hilaire-reyrou (3). Au xiv^ et xv® siècles, les seigneurs directs rendaient hommage soit à Tabbaye de Beaulieu (1402, par exemple), soit à Turenne (1334, 16*2, e^c.) (4).

Dès le X® siècle ces seigneurs portèrent le nom du lieu. On trouve Gerald et Hugues de Favars en 993 et encore

(1) Archives de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 33.

(2) Deloche Cartularium monasterii sancti Pétri de Belloloci. lemovi" censis diœcesis. Xlll, XIV, XV, CL, CLXX, CLXXXI et CXCIV.

(3) G. Clément- Simon. Notice sur le Couvent de Derses, Bull, archéol. de laCorrèze^ 1889, p. 547 et s.

(4) Poulbrière, Dictionnaire des Paroisses du Diocèse de Tulle.V, 1, p. 499»

en 1422 ud descendant : Jean de Favars, sienr de TEschamel, signant chez le notaire Pierre de Bourreiou {de Borrelonis) (1).

La famille des de Favars s'éteignit, dans celle de Saint ExupérjrMiremout en 1483, rine de Favars, avec par le mariage de sa dernière liérilière limousine, Catbe- Guillaume III de Saint-Exupéry-Miremont (2). Celte dernière famille passa la seigneurie de Favars aux Bourbon- M alausse qui en 1729 la vendirent à la famille bourgeoise des Mérigonde, ainsi que l'énonce l'acte suivant :

« Entre messire Armand de Bourbon, comte de Malausse, faisant pour messire Louis-Auguste de Bourbon, marquis de Malauss<3 et de Miremout, comte de la Gaze* vabre, Viane, Gijonnet et Romairols, seigneur et baron de Favars, mestre de camp du régiment d*Agenois, son frère, auquelil promet faire approuver et ratifier les présentes conventions d'une part, et monsieur Jean-Baptiste Mérigonde, seigneur de Murât, des Bordés et de La Geneste, a esté convenu que le seigneur comte do Malausse tait vente pure et simple audit sieur Mérigonde de la terre et seigneurie de Favars avec toute justice et directité, moulins, étangs, prés et jardins, rentes que ledit seigneur a droit de prendre dans les paroisses de Favars, Saint- A^exens, Bar et Saint-Germain avec les dixmes inféodées appartenant audit seigneur dans la paroisse de Saint- Germain, moyennant le prix de quatre-vingt mille livres. » (3),*

En septembre 1729, Jean-Baptiste Mérigonde, seigneur

(1) Arch, de la Corrèze. E. 208.

(2) Poulbrière. Dict. loc. c.

(3) Arch. de la Corrèze. £. 1155, pièce n^ 100.

— aide Murat^ entrepreneur général des fortifications du roi au déparlement du Roussillon^, demeurant en la ville de Perpignan, fît faire par Léonard Bussières, notaire royal de Tulle, c l'aveu et dénombrement du Bef^ terre et seigneurie de Favars, relevant du roy à cause de sa couronne de France, en exécution de Thommage par luy rendu à Sa Majesté le roy Louis quinze régnant en date du 14 septembre 1729 >.

Il déclare < tenir et posséder le fief de Favars relayant immédiatement du roy nostre sire, consistant en un chasteau avec une grande tour ronde, une cour, un jar. din, un pré, trois moulins et trois estaugs, le tout situé dau;^ le bourg de Favars ».

Les rentes foncières et directes et justice étaient aussi dues sur les tènements* de Verouillo, de Madur, de Pierraty du Cour et prés sur l'Estang de la PoumeroUie, do la Faurie, de la Bellye^ de Salvies, des Bernards, de la Praderie, le Boysset, de Fonfessou, de Chaminade, du Mas, dont détail est donné pour chacun des dits tènements et qui forment ensemble ce qui suit :

Recapitulation de la rente dhûe sur le bourg et parroisse de de Favars, y compris les moulins :

Froment, mesure de Tulle, 12 cestiers 3 coupes. Seigle, id. 180 cestiers.

Avoine. id. 94 cestiers 2 coupes.

Total : 286 cestiers 5 coupes.

Châtaignes, 9 ras 3 coupes.

Gelines, 35 et 1/4. .

Argent, 18 livres 17 sols 3 deniers.

Journaux d'hommes, 6 et 1/2.

Jourcaux à bœufs, 1.

Œufs, 129.

Guetable à 3 sols par feu.

• Plus lo j est dhûe dans la parroisse de Saint^Meyxans en lootte justice, fondalité et directité sur lestènements de Peny, lePerier et la Gorse, de Laval et Janissou, de LavaUFeriery le.Tournier, le Champ, de Ghastaigne, le Borrjr, le Monteil, la Ghassaigne, les Bros, de Goutinaux et Montinaux^ de Lamartinje, de Freyssin« ges, du moulin de Frejssinges, de la Borie qui donnait ce qui suit , en total.

Recapitulation de la rente dhiie sur le bourg et parroisse* de Saint-Mejxans a mesure de Tulle :

Froment, 10 cestiers.

Seigle, 208 cestiers ejmine.

Avoine, 103 cestiers 3 ras.

Total, 322 cestiers.

Chastaignes, 12 cestiers.

6ellines,23.

Argent, 26 livres 19 sols 1 denier.

Journaux, iS.

Yinade, 3 livres. Œufs, 80.

Et le guet à 3 sols par feu.

Plus il lui est dbeii de rente sur le bourg et parroisse de Saint- Germain-les-Yergnes et les tènements de la Rebejrie, le Reboul, le Cbamp, le Bos Lavallade, le Prat et Maison del Trieux, de Yaur, de la Massonje, des Yergnes de Lascaus, de Yerliac, de la Bachelerye, de las Borderias, le Rulier, la Salesse, Terradou, la Yallade, la Jarrige, lous Aujers, de Chabanel, dont voici le total :

Recapitulation de la rente dhiie sur le bourg et parroisse de Saint-Germain-les-Yergnes :

Froment, 20 cestiers 1 ejmine 4 coupes 1/2.

Seigle, 131 cestiers 2 coupes.

Avoine, 92 cestiers 1 eymine et 1 ras et 1/2.

GeUines, 40.

Argent, 34 livres 1 sol 6 deniers.

Journaux d*homme| 6 1/2.

Œufs, 75,

Journaux à bœufs^ 3.

Foaage, 10 sols.

Guet, 3 sols par feu.

Plus est deû pour les dixmes inféodées dadit bourg et parroisse de Saint-Germain 160 cestiers à ladite ms% plus ou moins, une année suportant lautre, et nota le cestier d'avoine est composé de trois ras et on paye la dixme un tiers en avoine.

Plus il est deii de rente à raison des fief et terre et seigneurie de Favars sur le village de Gouzaîng, parroisse de Bar, en toutte justice fondalité et directité à ladite m^^^ de Tulle :

Seigle, 24 cestiers 1 quarte

Avoine, 13 ras. /

Gellines, 19.

Argent, 6 livres 9 sois.

L'acte perle enfin :

Que l'usagé ordinaire du fief, terre et seigneurie de Favars, est de percevoir les droits de lods et vantes des acquisitions quj se font dans ladite terre a raison d'un- so!^ par Hvre et* une livre de cire lors que lacquereur vient de bonne grâce porter son contrae d^arcquisition au seigneur, si non le seigneur a droit a la rigueur de prendre cinqsola par escu. Au surplus déclare tenir et posséder ledit phief en conséquence de 1^ polisse de va;ite faitte gar messire Armand.de Bourbon, comte de Malauze, rattiôée par maître Louis^Anguste de Bourbon^ marquis de Malauze, en datte du septième août mil sept cent vingt six. (1).

Et HÎ nous récapituloûs le tout, nous voyons que la seigneurie de Favars prélevait :

Froment, 43 setiers 1 coupe 1/2.

Seigle, 543 setiers 10 coupes.

(1) Arch. de la Gorrèze. £. 1155, pièce n» 92.

Avoine^ 290 setiers 6 coapes.

Châtaignes, 16 setiers 1 ras 3 coapes.

Gellines, 117 et 1/4.

Argent, 85 livres 17 sols 9 deniers.

Journaux d'hommes, 26.

— de bœufs, 4.

Œufs, 284.

Yinade, 3 livres.

Fouage, 10 sols.

Guet, 3 livres par feu.

Le rapport en argent de l'époque, 1729 à 1789 (1), peat être évalué à :

Froment, à 5 livres 3 sols et 6 deniers le setier =^ 222 L 19 n. 6 d.

Seigle, à 3 L 18 s. le setier . = 2.117 L 14 s. d.

Avoine, à 3 1. 2 s. la ras . • = 1.798 1. s. d.

Châtaignes, à 2 K 10 s. la setier = 41 K 17 s. 5 d.

Gelioes, à 6 s ..... = 35 L 2 s. 3 d.

Argent 85 h 17 s. 9 d.

Journaux d'hommes, à 6 s • = ? 1. 16 s. d.

-— de bœufs, à 18 s. . s= 3 1. 12 s. d.

Œufs, à 6 s. les 25 .... = 3 U 8 s. d.

Vinade / « . 3 L s. d.

Fouage . 1. 10 s. d.

Guet (approximatif) 60 1. 8. Od.

C'était donc un revenu total de . , 4.379 1. 16 s. 11 d.

Nous avons voulu donner ces documents afin que nos lecteurs jaient toutes facilités pour bien connaîllre une

(1) Suivant le tableau que nous avons donné ô$m notre Monographie de la commune de Naves»

situation seigneariale dominante en notre pays du Bas- Limousin, au moment où vont se dérouler les événements révolutionnaires.

C'était une des filles de Mérigoude, mariée à un sieur Dominique Dubois, chevalier, seigneur baron de Saint- Hilaire, Favars, Chamèyrac, Saint-Germain-les-Vergnes, Saint-Mexant et autres lieux qui possédait la seigneurie à cette époque (1).

Reprenons notre récit et voyous pourquoi, le 24 jan-* vier 1790^ le commandant de la maréchaussée faisait appel à la municipalité de Tulle et lui demandait main-forte.

Des gens malintentionnés avaient projeté de pêcher Tun des étangs de Favars; et le dimanche 24 janvier 1790, ils s'étaient rendus sur la chaussée de rétaugdeLachamp pour mettre leur projet à exécution. .C'était Theure de la messe à Saint-Germain , comme à Favars, et les militants des environs s'y rendaient. En passant par Combrous, voyaut quelques personnes sur la chaussée de l*étang de Lachamp, ils s'y arrêtèrent. Un groupe se forma qui bientôt devint un rassemblera eot, tant sur les bords de rétang que sur la cHaussée elle-même.

Mme la baronne de Saint-Hilaire qui était, avec son ftère^ à son château de Favars^ se croyant menacée dans ses possessions, fut prévenue dès le matin et dépêcha à Tulle pour obtenir l'assistance de la maréchaussée.

 dix heures du matin la gendarmerie fi cheval était arrivée et se trouvait en présence d'un attroupement d'hommes et de femmes en habits des dimanches. Les hommes étaient porteurs de bâtons, comme Tétaient toujours nos paysans autrefois, coutume qui d'ailleurs n'est pas encoi e complètement perdue. Quelques-uns avaient

(l).Ajpch. de la^Gorrèze,^B. 1803.

— aèdes fusils, d'autres des pelles et des pioches qui devaient leur servir pour ouvrir TétaDg ; d'autres enfin avaient des filets pour pêcher le poisson. Il est certain que, pour quelques-uns, le but du rassemblement était d'ouvrir et pêcher Tétaug, d'aufres, et c'était assurément les plus nombreux, étaient là par simple curiosité.

Aui^itôt arrivée, la maréchaussée, sans auv!une sommation, chargea celte foule qui essaya vaioement de résister. Les cavaliers, arrivant pf\r les deux côtés de la chaussée, lefoulèrenl les paysans dans les bois avoisinant l'étang. — Quelques hommes, armés de fusil, couchèrent enjoué les gendarmes, dit-on, mais la poudre seule brûla sur les bassinets de ces vieux fusils à pierre. Pas un coup de fusil ne fut tiré. Les paysans se bornèrent à pousser des cris et à invectiver les gendarmes qui, .par une dernière charge, dispersèrent le reste de l'attroupement. La gendarmerie arrêta dix-huit paysans, la plupart jeunes gens de 14 à 25 ans, qui furent conduits à la prison de Tulle.

Les paysans, chargés par la cavalerie, n'avaient pu résister, mais aussitôt dispersés et arrivés à Saint-Germain, ils mirent les cloches en branle, sonnèrent le tocsin. Le sinistre appel fut entendu et, pendant la nuit/ les coups répétés des cloches de Saint-Germain, Favars, Chameyracet Saint-Hilaire appelèrent les paysans de toute la contrée.

Dès le lendemain au matin, un véritable attroupement, cette fois-ci, se formait à Favars.

Nous venons de voir que sur une demande écrite par Mme de Saint-Hilaire, M. de Combret, commandant la maréchaussée de Tulle, réclamait main-forte à la municipalité de la ville.

Voici le procès- verbal de cette affaire que nous relevons sur le Registre pour servir aua^ dèliiéraU^ns ffénéralUs

de la commune, en maison de ville de Tulle, capitalle du Bas-Limousin (^1) :

Aujourd'hui vingt-cinq janvier mil ^ept cent quatre-vingt-dix, dans la maison commune et dans rassemblée extraordinaire tenue par messieurs les officiers municipaux, membres du Comité permanent et officiers de rEtat-Major, à Pheure de neuf du matin...

11 a été résolu, en accédant à la demande de M. de Combret, de lui envoyer un détachement composé de 80 à 90 hommes de notre garde nationale.

En conséquence, après avoir fait assembler les compagnies de cette garde chacune dans leur district, il en a été pris huit de chaque compagnie outre les of^ciers qui les commandent qui se sont rendues auprès de mondit sieur de Combret avec plusieurs autres citoyens de ladite garde, lequel détachement, commandé par M, Leyx de Nussanes, garde du corps d* Artois, arrivé au lieu de Favars, s'est réuni à la troupe de cavalerie commandée par ledit sieur de Combret et s'est mise en ordre de deffense pour repousser et tacher de dissiper environ quatre cents habitants de la campagne attroupés avec armes et bâtons dans Tintention 4'exécuter leurs coupables desseins, lesquels au moment que le sieur de Combret s'approchait d'eux pour leur demander la remise de leurs armes lui répondirent par une décharge d'armes à feu, circonstance critique et forcée qui a déterminé les forces réunies de la ville de Tulle à faire feu sur les brigands^ ce qui a engagé one action dont il est résulté plusieurs morts et blessés du côté des insurgents. Et du côté des citoyens de cette ville et cavaliers de maréchaussée, le sieur de Combret leur chef a été grièvement blessé à la tête et à un bras, M. de Lamirande, ancien gendarme, capitaine commandant d^une des compagnies de la garde citoyenne, blessé à la lèvre inférieure d'un coup de fourche de fer, M. de Fénis de Labrousse, brigadier des gardes de monsieur, a été blessé à la poitrine d'un coup de fourche de fer, et le

(1) Areh. de }9l Maine de Tulle, D. 1, V. 1, pp. 33 et 3i

sienr Monteil^ citoyen de la compagnie de Lamirande, blessé à la tôte, ensuite an bras d^un coup de sabre, dont la première Mespore parait très dangerease.

Cette troupe de paisans s'ëtant dissipée par cette vigoureuse résistance de la part des citoyens de la ville de Tulle et des brigades de maréchaussée, ceux-ci ont arrôté huit de ces insurgents q^u'ils ont traduit dans nos prisons.

Après quoi il a été délibéré, sans déplacer, vu les dangers menaçants auxquels les citoyens de cette ville et propriétaires des campagnes du voisinage étaient exposés et vu l'urgence du cas, qu'on demanderait à M. Tlntendant du Limouzin et à M. le Com-< mandant du régiment de cavalerie qui est en garnison à Limoges cent hommes de ce régiment pour venir au secours de cette ville et campagnes voisines et y rétablir le bon ordre et la tranquilité publique.

A cet effet, il a été fait deux lettres souscrites des officiers municipaux, conseillei-s politiques et officiers de TEtat-Major, Tune à M. rintendant du Limouzin et l'autre à M. le Commandant du susdit régiment tendantes à obtenir ladite réclamation.

Fait à Tulle ledit jour, mois et an que dessus (25 janvier 1790).

Duclaux^ lieutenant de maire -, Tabbé Grandchamp; d'Arche ; Leyx ; Floucaud de la Penardille ; Sastelon ; Seilhac ; Lacombe du Roussel fils ; Charain, échevin ; Borderie de Vernejoux ; Duchier, orfèvre ; Pranchère; Brossard -, Floucaud; Brival ; Sudour, échevin.

Le procèS'verbal ci-dessus énumère les blessures reçues par les soldats de la maréchaussée et les hommes de la garde citoyenne, mais il ne parle pas des morts ni des blessés parmi les paysans. Combien 7 eut-il de ces malheureux tués ou mortellement blessés? Officiellement, on déclarait deux morts le 24 janvier, et quatre autres le 25, au total six.

Est-ce le chiffre exact 7 nous ne saurions le dire, mais

il est probable qu'il y en eût un plus grand nombre, et que quelques autres succombèrent encore à la suite de leurs blessures.

On a écrit que le nombre (|es victimes de ces deux journées, du côté des paysans, atteignait le cbififre de trente 1

Vraiment, nos paysans payaient cher le poisson qui nageait encore dans les eaux de Tétang de Mme Dubois, baronne de Saint-Hilaire, Favars et autres lieux I

A ce moment précis, la population était très divisée dans ses opinions politiques. Sans être exactement définis, deux portis mesuraient leurs forces respectives, nous ravdn^ vu par Tindécision des TuUois à nommer des représentants à leur municipalité.

Ues deux journées des 24 et 25 janvier furent un poids ^ énorme jeté dans la balance : la population tulloise fut attristée^ On mettait un nom hoDoraJble sur chaque cadavre de Favars, tous étaient connus à Tulle, et ce fut dans un sentiment unanime de pitié que les artis'ins de Tulle déplorèrent les événements de Favars.

Quoi qu'ai pu écrire là-dessus, dans un esprit de parti outré, un représentant de rancienno noblesse, il est certain que les TuUois n'étaient pas hostiles aux campagnards et nul autre que lui n'aurait irouvé cette phrase c que de » tout temps les artisans de la ville de Tulle ont vécu ' > avec les habitants des campagnes environnantes dans » un état voisin de l'hostilité >.

Plus faasse est encore sa relation disant que « Texpé- » dition de Favart avait entraîné une grande partie de la » population, avide de voir donner une leçon aux paysans » et de profiter de la victoire » (1).

(1) La Révolution en Bas-Limousin, p. 123.

M. Victor de Seilhac, détestant le paysan, prêtait aès sentiments aux artisans de Toile. -^ Mais nous, qui en sommes issn, savons bien qa'ils en avaient de meilleurs.

Le Tallois gai, moqueor, éprouve quelquefois le besoin de plaisanter les campagnards des environs, mais il est absolument incapable de leur nuire ; incapable de haine surtout et, somme toute, ces artisans de Tulle incriminés par M. le comte ont toujours vécu et vivent encore en parfaite intelligence avec les travailleurs de la tene, nous pourrions en donner maintes preuves.

La population de la ville, inquiète, commentait les faits des journées des dimanche et lundi. Réunie dans les divers quartiers, elle s'apitoyait sur le sort des malheureux massacrés à Favars. Les autorités redoutaient l'arrivée à Tulle des paysans venant délivrer les prisonniers. Il n'y eut pourtant pas d'inc'dents, sauf Tarrestation d'un nommé Uurieux, tambour-major de la garde nationale de Brive, venu à Tulle dans la journée. Cette arrestation eut lieu sur la dénonciation de M. de Lamaze, propriétaire du chAteau deRoffiguac, qui accusait Durieux d'être l'instigateur du pillage du château d'Âllassac, qui avait eu lieu le 24 janvier.

Donnant satisfaction à cette plainte, le 26 a a soir, l'autorité fit emprisonner Durieux. Les prisons de Tulle étant insuffisantes^ vu le grand nombre d'arrestations opérées depuis peu de jours^ Durieux fut placé provisoirement dans une chambre voûtée, au rezde-chausséd du collège (1).

Le 30 janvier^ une députation/envoyée par la commune de Brive, venait réclamer la mise eu liberté de Durieu:)^. Voici la délibération prise à ce sujet (2) : •

(1) Arch. de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 44.

(2) Archives de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 34. . ,

' T'ans PtôsemUée de la Municipalité, do Comité permanent et de l'Etat-Major de la ville de Tulle, extraordinairetnent convoqué, lecture faite d'une lettre de MM. les Membres du Comité et de là: milice nationale de la ville de Brive, du vingt-huit de ce mois, en réponse a celle que leur avait adressée la Municipalité et . le Comité de Tulle à Poccasion de la détention du sieur Durieux» . tambour major de la milice de Brive. Communication prise de la . délibération de la susditte ville de Brive, au môme sujet ainsi que de celle qui a pour objet d'intéresser la Municipalité et le Conseil politique auprès de messieurs les Juges qui doivent prononcer sur le sort des prisonniers fait par H. le Prévôt de la Mare- . chaussée à Favars les 24 et 25 du courant à Teffet de suspendre le jugement jusqu'à ce que T Assemblée nationale aura été consultée et ouï MM. le comte de Gosnac, de la Bastille, Besaillac, Serre, médecin, et Martin Tainé que la commune de Brive a bien voulu nous envoyer pour réclamer en son nom ledit sieur Durienz avec offre et promesse de le represanter si, contre son attente^ il etoit reconnu coupable. Le tout mûrement examiné et avec tout rinterét que peut inspirer une ville qui s'est toujours^ distinguée par son patriotisme, ses lumières et ses sentiments de fraternité dont elle nous a donné dos preuves non équivoques, il a été unanimement délibéré : !<> que la ville de Tulle se fairoit dans tous les temps un devoir de donner à celle de Brive des témoignages de fraternité et de dévouement et que messieurs les Députés seraient priés de lui exprimer le désir qu'elle a de se prêter en cette occasion comme en toutes celles qui se présenteront, à ce quelle demande et avec quel empressement elle lui en auroit donné des preuves si les circonstances actuelles ne s*y opposoient, que dailleurs M. de Lamaze ayant fait en môme temps une dcnonciaiion contre le sieur Durieux entre les mains de M. le Procureur du roi, la Maréchaussée, la Municipalité et le Comité permanent n^etoient plus les maîtres de disposer du sieur Durieux ; 2^ qu*il ne dependoit pas de la Municipalité de Tulle d'accéder à la demande qui concerne les prisonniers de Favars, que messieurs les Députés seroient priés de témoigner à messieurs leurs commetants toute la

bonne volonté de nos citoyens d^adondr le sort deossmalheiumix, et qç'on désire bien ardament les Toir se jnstiffier.

Fait et arrêté dans la chambre dn Comité permanent de la Tffle de Talle, le trente janvier mil sept cent qnatre-TÙigt-dix, & ome heures dn matin.

Dnclanx, lieutenant de maire ; Daicambal; Lejx, lientenant général en Télection ; Seilhac ; Borderie ; de Vemejonx ; Saste- Ion; Sndoor.

Ce mêaie jour la nouvelle monicipalilé de la ville de Tulle prêtait le serment do c maintenir de tout leur pouvoir la Constitution du royaume, d*6tre fidèle à la nation, à la loi et au Roi et de bien remplir leurs fonctions ».

Il est à remarquer que pas un seul de^ signataires ci* dessus ne faisait partie de cette nouvelle municipalit&qui était composée de :

Maire : M. Meion de Pradous, avocat dn roi au prési« dial;

Offiden municipaux*. MM. Villeneuve, avocat; Laborderie. médecin; Sclafer de Chabrignac, avocat; Mesna* ger, prêtre ; Lacoste, avocat ; Meynard, bourgeois ; Faugeyron, avocat, et Sudoor, procureur;

Procureur de la commune ; M. Brival, procureur du roi au Présidial de Tulle.

Oès ce jour, M. le comte de Cosnac et les autres députes de la commune de Brive ayant échoué dans leurs projets, deux partis bien tranchés se formèrent à Tulle, Brive et Ûzerche, Tun réclamant la liberté de Durieux et des prisonniers de Favars, l'autre demandant une sévère punition pour tous.

La ville de Brive envoya une députation extraordinaire à la commune de Paris, afin île Tintéresser au sort des

prisonniers de Favars^ en même temps qu'à celai de Du« rieux, et obtenir son intervention auprès de l'Assemblée nationale.

Cette démarche ne fit qu'aggraver la situation, comme nous le verrons plus tard.

Le Conseil généraf de la commune de Tulle, réuni le 2 février, décida d'envoyer une adresse à l'Assemblée nationale pour lui « renouveler les sentiments respectueux de la commune et Tassurer, en môme temps, de la plus exacte fidélité à faire exécuter ses décrets ». Il fut aussi décidé qu'on rendrait compte, i\ cette môme Assemblée nationale, des insurrections qui avaient eu lieu dans les environs de la ville depuis l'affaire de Favars ; enfin de l'arrivée, à Tulle, d'une cpmpagnie du régiment de Royal-Navarre-cavalerie et surtout de l'arrestation et détention du sieur Durieux.

Dans la crainte d'insurrection nouvelle et craignant l'arrivée à Tulle des paysans de Saint-Germdin, Favars^ Sainte-Féréole, Saint Hilaire, Venarsal, etc., qui, disaiton, voulaient délivrer les prisonniers, le Conseil ordonna en outre à TEtat-major de la place et au commandant du Royal Navarre-cavalerie « de disposer un plan de défense en cas d'insurrection contre la ville », et conclut en disant « qu'il seroit bien que MM. les Officiers commandant le régiment prissent l^'s précautions nécessaires pour engager MM. les fusiliers à mettre leurs armes en état. »

DansceUe môme séance, il fut décidé qu'en présence de c la crise désolante où se trouve la province, crise dont la cause ne doit ôlrc attribuée q'i'à Terreur et au prestige que les enuemis de la Révolution répandent parmi les paysaits qu'ils trompent grossièrement en supposant de faux décrets et des ordres qui n'ont jamais existé», il serait adressé une lettre-circulaire, imprimée, à MM. les

Carés^ leur demandant d'employer leur ministère pour déBàbaaer leurs paroissiens et les éclairer sur lears Téri* tables intérêts.

La municipalité de Brive écrivit à celle de Tulle, lui faisaut part d'une délibération prise par soa comité, afin de former une coalition et entretenir une correspondance journalière entre les villes de Tulle, Brive et Uzerche. Le CoDseil général de Tuile répondit qu'il pensait c que rien n'était plus utile dans les circoustauces actuelles qu'une réunion des forces et des moyens de toutes les Villes des quatre districts du Bas Limousin pour le rétablissement de l'ordre, de la tranquillité publique et de la^conservation du droit sacré de la propriété. » Il fut arrêté que cette délibération serait envoyée à toutes les municipalités des districts de Tulle, Brive, Uzerche et Ussel.

La ville d'Ussel envoya trois députés à la municipalité de Tulle, MM. Demichel de Saiat-Dîzery, colonel, Augustin de Ponlhe de Marcl, lieutenant- colonel, et Marc- Antoine Mari du Colombi, major de la garde nationale, qui déclarèrent^ selon le procès- verbal de la séance :

Instruits que nous étions menacés de dissensions dans notre sein^ ils ont voulu s^en assurer pour venir à Tinstant à notre se* cours, en cas de besoin. Ils nous ont renouvelle les sentiments de fraternité dont cette ville n'a cessé d'éprouver les bons effets. Tous les membres du Conseil ont été pénétrés de sensibilité d'une demarche aussi flateuse et qui favorise aussi ouvertement l'union et l'accord le plus parfait qu'on a toujours ambitionné avec les messieurs de la Montaigne. En conséquence on a témoigné à messieurs les députés les remerciements de la paît de la commune en les priant de concourrir et correspondre en toutes circonstances avec notre ville qui sera toujours disposée à maintenir les liens déjà formés d'une association entière avec des citoyens qu'elle regar-

dera comme les siens propres et comme des frères. Au sarpltis a été arrêté que copie de la présente délibération seroit remise à messieurs les Députés d'Ussel.

Le IsD demain, 3 février, il fut donné lecture au Conseil général d'une lettre que M. Ludière, un deis députés de Tulle à l'Assemblée nationale, a tressait à MM. les Curéa pour les exhorter à donner connaissance aux habitants de la campagne des véritables iotentions de Tâss emblée na* tionale et leur dire combien les insurrections qui s'y manifestaient contrariaient ses vues bienfaisantes. Le Conseil décida : « Qu'on ne sauroit prendre assez de précautions pour, procurer aux compagnes la tranquilité dont elles âonl privées par les menées de personnes mal intentionnées et ennemies du bonheur public et que la lettre de M. Ludîère ne peut qu'opérer un bon effet; il a donc arrêté que cette lettre seroit transcrite sur les registres/ livrée à l'impression et ensuite envoyée partout ou besoin sera. »

Les prisons de Tulle, à ce moment, regorgeaient de détenus et le Conseil de la commune fut obligé de rechercher les moyens les plus propres à loger tous ces gens arrêtés, peut être un peu trop à la légère^ ce qui en augmentait journellement le nombre. Sur la représentation qui lui en tut faite, le Conseil reconnui que : « Le nombre des prisonniers étant considérable, ils ne pou • voient pas contenir dans les prisons ordinaires de cotte ville, qu'on avoit été forcé de les dispers3r en plusieurs endroits et d'y établir des corps île garde pour veillera; leur sûreté, qu'on en avoil aussi établi à la prison ordinaire vu le nombre des piisonniers et rinsuffîsance du geaulier pour les contenir, que cette augmentation de service fatiguoit singulièrement notre garde nationale, qu'il étoit urgent de remédier k cet inconvénient. Il a été

délibéré que \e$ { risonniers seroîent réunis dans les prisons ordinaires et dans celles qu'on a préparées au collège. Et que, pour soulager le service de noire garde nationale, il seroit établi quatre particuliers dans les prisons ordinaires pour veiller à la sûreté des prisonniers, et qu'il en seroit établi quatre avec un guychetier au collège et que la municipalité prendroit les moyens convenables pour que les frais fussent à la charge du Roy, et qu'en attendant elle payeroit ces gardes à raison de vingt cinq sols par jour et le guichetier à raison de trente sols (1) ».

Mais le temps s'écoulait et les 24 hommes arrêtés à Favars étaient sous les verrouî?.

M. Combret de Marcillac, lieutenant de la maréchaussée de Tulle, fit son rapport sur Tarreetation de ces hommes. M. Brival, procureur du roi, reçut la plainte et donna Tordre d'informer. M. Delbos, chirurgien, visita les blessés et fit son rapport technique. Les prisonniers furent interrogés le lendemain de l'affaire, 26 janvier, et quelques témoins furent appelés les 26 et 27.

Des requêtes en faveur des accusés, ainsi que des certi^ ficats de bonne vie et mœurs, signés par les principaux habitants de la paroisse de Saint-Germain, furent présentés à la justice.

Enfin les 26 accusés furent traduits devant le tribunal prévôtal siégeant à Tulle.

Nous avons pu retrouver presque tous les interrogatoires subis par les accusés en séance publique du 19 février 1790, nous les donnons ci-après avec la founule de l'époque (2) :

(1) Arch. ie la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p . 37, verso et 38.

(2) Ârch. de la Corrèze. B. 2082. .

Aigoardhoy dix neaf féyrier mil sept cent quatre-vingt-dix, dans l'auditoire du siège presidial criminel de la ville de Tulle, par devant nous Joseph Audubert, seigneur du Theil, conseiller du Roi et son lieutenant criminel audit siège, en présence de MM.' Dufraysse Devianne, de Bourguet, de M. Gilibert de Merlhaci prévôt général de la maréchaussée, Lojac de la Sudrie, Duclaux, Serre de Bazaugour, de Braconac, conseiller, et d'après le rapport de la procédure instruite contre le nommé Jean Vaujours, accusé d'attroupement, et les conclusions du procureur du Roi^ il a été procédé au dernier interrogatoire dudiC Yaujoùrs, le tout en l'audianee publique, et en présence de M^ Servientis, avocat dudit accusé, ainsi que s'ensuit.

Interrogé sur son nom, surnom, âge, qualité et demeure?

Repond s'appeler Jean Vaujour, âgé d'environ vingt- un ans, charpentier, natif du village de la M ejzonnade, paroisse de Saint- Bilaire.

Interrogé s'il a participé ou assisté a la plantation du maj à Saint-Hilaire?

Repond que le may avait été planté quatre ou cinq jours avant qu*il en fut iustruit.

Interrogé s'il connaît les auteurs des attroupements devenus si fréquents dans les paroisses de Saint-HilcÂre, Saint-Germain, Yenanal et Sainte-Ferreole t

Repond et dénie ledit interrogatoire.

Interrogé s'il n'aurait pas été du nombre des particuliers qui étoient assemblai à l'étang de Favars le vingt quatre du mois de janvier dernier f

Repond qu'il etoit seul le jour dit à Tétang de Favars, et qu'il y fat arrôté étant à la distance de plus d'an quart de lieue dudit étang.

Interpellé de nous dire si lors de son arretement il etoit muni de quelque arme f

Convient le repondant d'avoir un fusil sous le bras.

Luy a été représenté qu'il s'écarte de la vérité, puisque plusieurs témoins attestent, et luy ont soutenu, qu'il étoit un des par-

tienliers qui aToit visé an des cavaliers, et qu^il avait été nil des plus matins et on des plas acharnés à se défendre ?

Repond qoe c'est bieainjustementqa'on I07 impute de tels faits, puisqu'il ne résista pas lorsqa'on Parretta.

Requis encore d'avouer si son fusil n'avoit pas brûlé Tamorsse dans l'instant qu'on le saisissoit ?

Repond qu'il a cj devant dit la vérité.

Lectore à luj faite du présent interrogatoire, a dit ses réponses ^ntenir vérité, 7 persister n'j vouloir ajont«rr nj diminuer et n'a SQu signer de ce requis.

AuDOQERTy lieutenant crioûnel.

DucLAUx, conseiller rapporteur Sargbt, greffier-commis.

La môme fiirmale que ci-dessus précède riaterrogatoîrede Jean Sicaeu), âgé d'environ cinquante ans, labcurenr, originaire du village de Charget. paroisse de Sainte Germain, 7 habitant.

Avons demandé à l'accusé le motif qui l'avoit conduit à Favan dans la matinée du vingt cinq du mens de janvier dernier?

Repond qa'a7ant entendu sonner le heffiroit à Favars ledit jour, il s'7 etoit renda dans l'intention de donner du secours à la dame., du lieu, et déclare qu'aussi tost qu'il 7 fut arrivé il fut se cacher devant la perte de l'église.

Interrogé si réellement il s'etoit mis en état de defeujire ladite dame, ou s'il etoit dans des dispositions conti'aireSi et s'il etpii . nai^ti de quelque arme f

Repond qu'il vouloit véritablement prêter du secours a la dame de Favars, et qu'il etoit sans aucune intention contraire.

La7 a été remontré que ses réponses ne sont pas sincères^ puîflqu'au lieu de donner du secours à ladite dame, il vient de nous dire qu'il s'étoit caché.

Repond que sans contrarier ce qu'il a ci devant dit, il auroit, réellement voulu donner du secours à la dame de Favars, mais qu'a7ant vu tant de monde contre elle, il avoit pemé qu'il ne pou-

roit pas lai être d^ane grando utilité, et que c^étoit le motif qui Tavoit engagé à se réfugier près la porte de Téglise.

Interpellé de dire si pendant la sédition de Favars il ne s'étoit pas procuré un fusil ?

Repond qu'après la cessation de Taction, il a voit pris un fusil à côté d'un cadavre, et ajoute qu'il étoit encore courbé pour prendre ce fusil lorsqu'il fut arrêté par un cavalier.

Interrogé s'il n'avoit pas visé le cavalier qui le saisit avec le fusil.

Repond et dénie ledit interrogatoire.

Luy avons ropresenté qu'il ne dit pas la vérité, puisqu'il lui a été reproché a la confrontation d'avoir couché en joue la cavalier qui Tavoit arrêté, et que la morche avoit été brûlée.

Repond n'avoir point visé ledit cavalier, et il a£&rme que la morche n'avoit point brûlé, puisque le dit cavalier luymôme a fait tomber la poudre du bassinet du fusil qu'il luy avoit arraché.

Interrogé s'il n'a point fait de résistance lorsqu'il a été arrêté %

Repond que non.'

Interrogé si dans cet instant ne survinrent pas plusieurs personnes de la garde nationale qui voyant qu'il faisait beaucoup de résistance luj donnèrent quelques coups de crosse de fusil dans len reins ?

Repond que dans cet instant personne ne le frappât, mais qu'à la vérité lorsqu'on l'attacha dans le château, quelqu'un luy donna un coup de crosse de fusil dans les reins, sans que cependant il fit aucune résistance.

Antoine Dupbyroux, laboureur, est âgé d'environ seize ans, habitant du village de Brenat, paroisse de Saint- Hilaire.

Interrogé s'il avait aidé à planter le mai en la paroisse de Saint-Hilaire et s'il connaît les particuliers qui avoient le plus d'influence dans cette assemblée ?

Repond qu'il n'a point aidé à planter le may, quoiqu'il fut présent, et qu'étant nuit, il ne put distinguer dans la foule que le nommé Yergne du bourg de Saint-Hilaire, et le sieur Chouchet aussi du bourg.

Loy a été représenté qa'il n'étoit pas crojàble qu'il n'eatoonna qae ces deax particuliers, la j répondant étant domicilié de la paroisse et présent à la plantation du may.

Repond qae l'obscarité de la naît l'avoit empêché d*en remar^ qaer d^antres.

Interpellé dé dire si le jour de l'entreprise formée poor pescher et détruire Tétang de Lachamp, il n'aVoit pas visé avec son fasii un des cavaliers qui etoient à sa poursuite et s'il ne s'étoit pas defenda avec opiniâtreté avant de rendre son fasil?

Répond que ledit jour quoiqu'il eut un fusil, il n'ayoit couché en joux personne et avoir remis de bonne grâce son fasU aa cavalier qui le saisit.

Laj avons représenté qu'il cherche à en imposer à la justice puisqu'un de Tinformation luj a soutenu que luj accusé est un des particuliers qui l'avoit couché en joux?

Repond que le témoin dont il est parlé s'est trompé, puisque, comme il la déjà dit il n'avoit couché en joux personne, et que dailleurs il n'avoit été arrêté que par un particuliw qui n'etoitpas de la brigade.

Interrogé s'il a conna quelqu'un dans la troupe des paisans assemblés sur l'étang ?

Repond qu'étant & la distance de la portée d'un fusil, il n'avoit pu distinguer personne, et qu'étant avec le nommé Petit du lieu de Belair, paroisse de Saint-HSaire, ils continuaient leur chemin vers l'étang pour se rendre à Favars.

Jean Bonnet est âgé de trente ans ou environ, laboureur du village de Sourzac j habitant, paroisse de Saint-Hilûre.

Interrogé s'il avoit connaissance du projet de destruction de rétang de Favars avant le dimanche vingt-quatre janvier dernier, jour indiqué pour cette opération ?

Repond n'en avoir absolument été instruit.

Interpellé de dire à quel dessein il se rendit à cet étang avec un bâton ferré d'an accroc, et quel usage il vouloit en faire?

Repond qu'il l'avoit pris uniquement pour se garantir de quelque insulte ou mauvaise rencontre.

Requis de nona déclarer s'il connut aucun des cheiB de Tattroupement qu'il trouva autour de cet étang et requis de nous 6n dire le non& ¥

Repond n'en avoir connu aucun .

Luj avons demande si quelques jours avant le yingt-quatre du mois de janvier dernier il ne se seroit pas trouve dans quelque autre assemblée et s'il n'auroit pas assisté à des pesches d'étangs ?

Repond et dénie lesdits faits.

Pierre Minattb, âgé de trente-quatre ans, travailleur de terre, natif du bourg de Saint-Grermain^ et demeurant actuellement au lieu de Rozier, paroisse de Sainte-FerreoUe.

Interrogé si en s'ezposant à aller à l'étang de Lachamp, avec un acbereau soos le bras, il n'auroit pas invité deux menuisiers qo^il rencontra devant les nouveaux bâtiments du sieur Arnaudie a venir avec luy à cette pescbe ?

Repond qu'il n'a point excité les deux particuliers designés à venir avec luy audit étang, mais bien avoir rencontré cinq ou six personnes qui entendant sonner le beffroit à Favars, se rendirent audit lieu et j précédèrent le repondant et les deux menuisiers. Ajoute qu'il vouloit se servir de son acbereau pour couper du bois pour son service.

Interrogé s'il fut en voiture audit étang, et s'il n'étoit pas déjà positivement instruit qu'on devoit en faire la pescbe, et en démolir la cbaussée f

Repond qu'à l'issue de la première messe de Sainte-Ferreole, il avoit appris qu'on avoit ouvert l'étang, et qu'il s'y rendit en effet sur un coté de la chaussée près les cleaux. Et qu'il n'avoit remarqué que deux particuliers sur la cbaussée de Tetang, desquels il ne reconnut que le nommé Yacbbr de la paroisse de Cornih

Interpellé de dire saas détours s'il n'étoit pas absolument instruit du jour pris pour la démolition de la chaussée de l'étang et s'il ne connoit pas les auteurs de ce projet ? >

Repond et dénie ledit interrogatoire, en s'expliquant cependant qu'il entendit dire que le dimanche matin, sans savoir par qui^

qa'on avoit ouvert on étang appelé de la Rue situé dans la paroisse de Sadrot, et que également on avoit ouvert celuy de mai» dame de Saint-Hilaire.

Requis de nous dire s'il connoit aucuns de ces maîtres pescheors ? ^

Repond et dénie ledit interrogatoire.

Luj avons demandé si arrivé aux claux de Petang de Lachamp, il n'auroit pas apperçu de Tautre côté de Tétang quelqu'autre particulier ?

Repond que non.

Lnj avons représenté qu'il ne dit pas la vérité, puisqu'il a ci devant avoué avoir apperçu au lieu désigné le nommé Ghonchet en conférence avec des paisans.

Repond et convient j avoir remarqué un particulier qui parloit à dds paisans^ lequol on luj nomma Ghouchet, sans le connoître autrement. Et ajoute que du nombre de ces derniers particuliers qui avançaient vers la chaussée il n'avoit reconnu que Léonard Moulj {tisonnier détenu avec luj qui repond.

Avons représenté au repondant qu'il ne nous dit pas la vérité puisque étant sorti de chez luy avec sa hache pour aller couper du bois, puisqu'il séduisit deux jeunes gens au sortir de Sainte-» Ferreole pour venir avec luy.

Repond qu'au sortir de chez luj, et s'étant rendu avec sa hache pour couper du bois du coté de chez le nommé Arnaudie, etajant fait rencontre des nommés Lavialle et Jacques Pascal, menuisier, et sur le bruit du tocsin qu'ils entendirent ils firent le complot de se rendre du côté de Favars.

Léonard Moult est âgé de trente-deux ans, journalier, habitant du village de Vaujours, paroisse de Sainte-Ferreole.

Interrogé si sous le prétexte d'aller chercher la fouine, sa véritable intention n'etoit pas d'aller aider à détruire et pescher l'étang de madame de Saint-Hilaire ?

Repond qu'il n'avoit absolument connoissance qu'on dut ni qu'on voulut démolir ledit étang, mais qu'en poursuivant sa chasse, le bruit qu'il avoit entendu du côté de l'étang l'j avdt attiré.

Requis encore de nous dire à quelle distance il s'ëtoit approché dudit étang, et s'il avoit bien remarqué le degat qui y avoit été commiSi comme aussi s'il n'avoit pas résisté au cavalier qui luy arracha son fusil ?

Répond qu'il ne s'etoit approché de cet étang à la distance de quatre cens pas ou environ, et avoir remis son fusil sans résistance an cavsdier qui Tarrôta.

Luy avons représenté qu'il en. imposoit à la justice^ puisqu'il a ci*devant dit avoir remarqué quelques degats commis à la chaussée de l'étang, et que le cavalier qui l'a voit désarmé luj a soutenu que non-seulement il avoit fait résistance mais encore tentait de reprendre son fusil.

Repond qu'à la vérité il avoit remarqué quelque dérangement ou remuement de pierres sur ladite chaussée, sans en avoir pu parfaitement distinguer le degat, et ajoute qu'à Tegard du desarmement il avoit fort bien fait mine de reprendre son fusil .

Pierre- M AiLET, âgé d'environ 38 ans, travailleur de terre, natif du village de Malepejre y habitant, paroisse de Jugeai près Noailles..

Interrogé s'il pourroit axer à peu près le nombre des personnes attroupées qui se présentèrent au conducteur de l'attellier sur la grande route de Tulle à Brive, en luy demandant c(es travailleurs pour les emmener à Favars le lundi matin 25 janvier dernier ?

Repond que du nombre des personnes attroupées qui se présentèrent à l'attellier, il croit pouvoir le fixer à cent hommes ou environ, qui, non seulem3nt demendèrent au conducteur de l'attellier, que seulement ses travailleurs, et même luy^ se joignissent à eux pour se rendre à Favars.

Interpellé de dire s'il arriva à Favars avec le groupe de gens et s'il apperçut s'il j avoit déjà d'autres personnes rendues audit Favars?

Répond qu'en arrivant audit lieu il y avoit déjà plus de deux cents hommes qui s'y etoient rendus.

Interrogé si pendant la route, en allant à Favars, ou rendus à Favars même, il a connu quelqu'un des chefs de ces séditieux, et sommé de les désigner par leur nom ou autrement.

Repond qne s'il les voyait il les reconnoitroit mais pas aatrement et ne sçavoir le nom rPaucan.

Requis de dire sMl a remarqué dans la mêlée de Favars le particulier qui a tiré le premier coup de fusil^

Repond n'avoir pu remarquer par qui avoit été tiré le premier coup de fusil.

Interrogé s'il avoit aucune arme ou outil ?

Repond et dénie ledit interrogatoire.

Interrogé comment se nomme le maître de rattellier, et s'i^ suivit les autres jusqu'à Favars et quel etoit le nombre de ceux qui le suivirent, et comment ils s'appellèrent

Repond que le conducteur de l'attellier s'appelloit Simon, qu'il ne vint pas à Favars et que le nombre de ceux qui s'y rendirett etoit de dix à douze dont il se rappelle le nom de quelques-uns, savoir le nommé Brette y Guillaume Boutte et Louis Soordet de la paroisse de Roziers et ignore le nom des autres.

Interrogé si aucunes d j ces manœuvres avaient d'armes ? .

Repond que non.

Antoine Màmt, âgé d'environ vingt ans, laboureur originaire du bourg de Venarsal y habitant.

Interrogé de dire avec qui se rendait il à l'étang de Lachamp le jour indiqué pour la pesche et pour quel motif ?

Repond qu'il s'y rendit seul par la curiosité de s'informer pourquoi on sonnoit le beffroit dans la paroisse de Favars.

Luy avons représenté qu'il ne dit pas la veiité puisqu'il a cy* devant convenu y être allé avec un jeune homme.

Repond et explique son précèdent interrogatoire et 4it que le jeune homme avec lequel il fut arrêté n'étoit pas venu avec luy mais qu'il l'avoit rencontré en chemin.

Interpellé de nous dire s'il avoit eu connaissance avant le vingt quatre du mois de janvier dernier du projet de pesche de l'étang de Lachamp et s'il s'etoit jamais trouvé dans des circonstances semblables, soit pour ouvrir des étangs soit pour planter des mays.

Repond et denielesdits faits.

Pierre Perrier est âgé d^environ quarante ans, laboureur, habitant au village de Yieillefond, paroisse de Saint- Hilaire.

Interrc^ô sMl etoit allé seul ou en compagnie à l'étang de Laehampi le vingt quatre du mois de janvier dernier/ jour de dimanche ?

Repond qu'à Tissue de la première messe, ayant entendu sonner le tocsin à Favars, Léonard Coulj et luj partirent pour s'y rendre, et que chemin faisant, luy répondant, ayant fait un bâton, il 8*etoit arrdté avec ledit Couly sur une hauteur à une distance considérable de l'étang de madame de Saint-Hilaire, ils apperçurent aller et venir autour de Tetang beaucoup de monde, qui étant poursuivis par les (cavaliers, plusieurs et eux mesmes furent arrêtés, sans qu'ils eussent aucune intention que de remarquer ce qui se passait.

Interrogé s'il reconnut dans cet attroupement les principaux auteurs dudit attroupement, et s'il avoit connoissance du complot formé pour la destruction de l'étang?

Repond çt dénie ledit interrogatoire.

Interrogé et requis de dire sincèrement s'il n'avoit pas d'autre arme que le bâton dont il a parlé ci-dessus ?

Repond et affirme le repondant qu'il n'avoit véritablement qu'un bâton.

Et plus n'a été interrogé.

Léger Farges, âgé de 24 ans, laboureur, natif et habitant du village de la Salesse, paroisse de Saint-Germain.

Interrogé s'il est allé seul à Favars le jour de la sédition et de déclarer les motifs qui l'y avoit emmené ?

Repond qu'il avoit été luy seul à Saint-Oermain et qu'ensuite ayant joint deux autres particuliers, ils se demendèrent mutuellement pourquoi on sonnoit le beffroye de Favars, et que quelqu'un d'eux ayant dit qu'on vouloit faire du tort à madame de Saint-Hilaire, ils s'etoient rendus tous les trois en qualité de ses censitaires pour luy donner du secours et que c'etoit réellement leur intention.

Interrogé l'accusé si étant arrivé devant le château de Favars,

il ne se seroit pas rangé du coté des assaillants au lieu de défendre la dame de Saint-Hilaire ?

Repond que bien loin do favoriser le parti contraire à la dame, il avoit offert ses services â M. de Saint-Hilaire, son fils.

Luj a été représenté que non-seulement il s'écarte de la vérité, mais même de la vraissemblance, en ce qu'il a ci^devant répondu avoir reçu un coup de sabre, ne paroissant pas croyable qu'il eut été blessé d'une arma de cette espèce, s'il avoit resté dans le bon parti, attendu que les séditieux n'etoient armés que de fusils, de haches, de fourches de fer et de bâtons ferrés.

Repond que comme quelqu'autre citoyen de la ville de Talle qui avoit reçu des coups de sabre, il n'en avoit pas été plus exempt que Inj.

Interpellé de nous déclarer sMl connoit les auteurs de cet attroupement et requis de nous en dire les noms.

Repond et Idenie ledit interrogatoire.

Luy avons représenté qu'il en impose à la justice, lorsqu'il dit qu'il vouloit donner du secours à madame de Saint-Hilaire car il se seroit retiré lorsque M. de Marcillac leur dit de se retirer.

Repond qu'il n'entendit pas M. de Marcillac lorsqu'il leur donna ce conseil.

Nousvenonsde voir que, d^ns cet interrogatoire. Léger Farges fait allusion à des blessures reçues par un autre citoyen de la ville de Tulle, coups de sabre qui provenaient du camp même où il se trouvait.

Cette allusion^ dont il ne fut pas demandé d'explication par le Président interrogateur^ touchait probablement M. Lejx de Nussane et le citoyen Monteil de Tulle.

Voici ce qui s'était passé :

Au plus fort de la bagarre, M. Leyx de Nussane se présente à la porte du château de Favars. Un homme armé accourt ; M. de Nussane, croyant avoir à faire à un des séditieux, le frappe à coups redoublés de son sabre de cavalerie ; Tbomme, aussi armé d'un sabre.

riposte en se défendant énergiquement ; mais M. de Nos* sane le met hors de combat, le blessant grièvement et le désarmant. — Cet individu n'était autre, parait-il, que le régisseur du château, un nommé Marbeau, homme de confiance de Mme de Saint-Hilaire i

Elle était bien vive l'ardour batailleuse de M. de Nussane pour ne pas revîonnaître, avant de frapper, la sentinelle veillant à la porte du château I

11 est aussi à constater que le procès- verbal, rédigé par la municipalité et Tétat-major de Tulle, que nous avons donné précédemment, indique qu'un sieur Monteil, citoyen de la compagnie de Lamirande, fut c blessé à la tdte et ensuite au bras d'un coup de sabre ». Ces blessures auraient donc été faites par les gens du parti auquel il appartenait, puisque les paysans n'avaient pas de sabre.

Léger Farge avait donc raison de dire que < quelqu'uutre citoyen de la ville de Tulle avait reçu des coups de sabre et qu'il n'en avait pas été plus exempt que luy ».

Mais poursuivons, eu les résumant, les interrogatoires ^ des autres accusés, ceux donnés ci-avant conceruant les hommes condamnés par le tribunal, et ceux qui suivent concernant les accus.^s qui furent acquittés :

Jean Rol dit Vergnb, âgé de 21 ans, tisserand, da bourg de Saint-Hilaire-Pejrou, était armé d^on fusil mais sans aucune mauvaise intention ; il allait chercher du ûl an viUage de la Maronie. Il est allé seul du côté de Télang et ignorait ce qu'on y voulait faire. .

- Pierre Vacher, laboureur, âgé de 14 ans, du village de Vieille- Font, paroisse de Saint-Hilaire, dit n^avoir eu aucune mauvaise intention en allant à Tétang et que loin de vouloir |u'on ne paja plus les dimes et les rentes et qu'on détruisit l'étang il s'y serait opposé car son beau-frère étant fermier des dimes et des rentes,

il les avait perçues très exactement. — Il était pourtant armé d*un fusil en allant à l'étang. — Il déclare n'avoir connu personne de ceux qui y étaient.

Léonard Couly, 45 ans, laboureur du village de Vieille*Font| paroisse de Saint-Hilaire. Est allé du côté de Favars, entendant le tocsin, par pure curiosité. Il était avec Pierre Perier, mais n'avait aucune arme.

Jean Pascal aîné, 21 ans^ maréchal-ferrant au bourg de Yenarsal, se rendait à Favars avec son frère pour savoir pourquoi on sonnait le tocsin^ il fut arrêté lorsqu'il arrivait près de Tétang. Il n'avait « aucune espèce d'arme, ni verge ni bftton »•

Jean Pascal cadet, 15 ans, travailleur de terre de Yenarsal, allait à la chasse avec un fusil et entendant le tocsin il s'était dirigé vers Favars, où on sonnait, et en arrivant aux environs de l'étang il fut arrêté avec son frère.

Pierre Lavialle, 19 ans, habitant la ville de Brive, est allé à Favars parce que le nommé Minate a dit devant lui qu'on avait ouvert rétang de Mme de Saint-Hilaire. Il n'a connu personne que M. de Marcillao et un jeune homme qui fut arrêté par M. de Marcillac en môme temps que lui-môme.

Antoine DuROUX, 19 ans, laboureur du village de Vaujours, paroisse de Saint-Hilaire, a ayant entendu sonner le beffroi dans la paroisse de Favars, en venant de la première messe de Sainte- Ferreole, il avait eu la curiosité de savoir ce qu'annonçait cette sonnerie ». Parti seul il a trouyé cinq à six personnes sur son chemin et ils se sont rendus ensemble à Favars.

Jean Tbyssandier, 2b ans, laboureur de Venarsal. Etait seul quand il fut arrêté, ignorait ce qui se passait à l'étang.

Jacques Pascal, 25 ans, menuisier à Sainte-Ferreole. Minate lui avait dit qu'on avait ouvert l'étang, il se dirigeait de ce côté lorsqu'il fut arrêté à une grande distance de cet étang.

Pierre Vimbisllib, 22 ans, labourear, demeurant an yillage de Yieille-Font, paroisse de Saint-Hilaire, est allé vers Favars ponr savoir pourquoi on sonnait le beffroi, il était seul et ne 8*est pas avancé de Tétang à plus de quatre portées de fusil. S*il s'est enfui, poursuivi pai un cavalier, c'est qu'il s'est aperçu c( qu'on arretoit toute sorte de personne indistinctement )). Il n'ayait ni arme, ni bâton, ni mauvaise intention.

Pascal Chastaino, 23 ans, tisserand, natif de Sainte-Ferreole, habitant Saintp-Qermain, dit n'avoir en rien participé à ce qui s'est passé à l'étang de Lacbamp et ajoute qu'il n'en savait même rien. Les haUtants de Saint-Germain ont envoyé à la justice un certificat en faveur de Gbastaing.

Antoine Moulzao, 38 ans, laboureur du village de la Mejzonnade, paroisse de Saint-Hilaire, dit être allé à la chasse et s'être ensuite rendu à Favars par curiosité. Lorsqu'il a vu qu'on se battait il s'est réfugié dans la maison du curé.

Nous laissons aa lecteur le soin de juger le& faits énoncés par ces interrogatoires, ils pourront ensnite faire un rapprochement avec le jugement prononcé par le tribunal prévôtal que nous donnons ci-après.

M. Brival, procureur du roi, appelé à donner ses conclusions, le fit avec une très grande c?.o4ération et beaucoup d'indulgence en faveur des accusés. Il termina en réclamant la nullité de la procédure pour vice de (orme. Le tribunal passa outre à ces conclusions et rendit le sévère jugement qui suit :

Nous, Jban-Joseph-Gilibkrt DE MERLHAC, Ecuyer, chevalier de Saint- Louis^ lieutenant-colonel de cavalerie, prévôt général de maréchaussée du Limozin et Angoumois, de Tavis des gens .tenant le si^e presidial, et ouy le rapport du sieur Duglaux, conseiller, par jugement prévôtal, et en dernier ressort, avons déclaré Jean Yaujours, da village de la Mejzonnade, paroisse de

Saint-Hilaire, attônt et convainea de s^étre troavé dans l*atlronpement qai eat liea sur Tetang de FaTars le Tingt^qnatre janTÎer dernier, ayec nn fasil daqoel il eoacba en jooe le nommé Dnbreyrie, caTalier de la marechaassée de la brigade de Meyesao^ et dont la morche brûla seolement.

Avons pareillement déclaré Jean Siccard, du village de La Salesse, paroisse de Saint-Germain, duement atteint et convainea de s'être trouvé dans Tattroupement formé à Favars le vingt«inq du mois de janvier dernier et d'avoir été arrêté dans ledit bourg de FavarSi armé d'un fusil, et muni de poudre et de plomb, aprds le combat qui se donna dans ledit bourg, et le plus violemment soupçonné d'avoir couebé en joae avec ledit fusil, dont le feu ne prit qu'au bassinet, un des cavaliers de maréchaussée qui \nj arracha ledit fasil.

Pour réparation de quoi avons condamné tant ledit Yaujour que ledit Siccard à faire amende honorable, en chemise, nue tête, la corde au col, tenant chacun en leurs mains une torche de cire ardente du poids de deux livres au devant de la principale porte et entrée de l'Eglise Cathédrale de cette ville, où ils seront conduits par Texécuteur de la haute justice, et là étant à genoux ils déclareront que méchamment et témérairement :

Sçavoir ledit Vaujour d'avoir été le susdit jour, vingt-quatre janvier dernier, dans l'attroupement qui se forma sur ledit étang de Favars, armé d'un fusil, et ledit Siccard de s'être trouvé dans l'attroupement formé ]e lendemain vingt-cinq janvier au boui^ de Favars, aussi armé d'un fusil et d'avoir tenté d'en faire usage, dont ils se repentent et en demendent pardon à Dieu, au Roi et à la Justice ; ce fait ils seront conduits par ledit Exécuteur sur la place de Laubarède, au devant la porte du palais, pour j être attachés à deux potences qui seront à ces uns dressées audit lieu, pour 7 être pendus et étranglés jusqu'à ce que mort s'ensuive^ et leurs corps morts seront enterrés dans le cimetière commun de la ville.

Comme aussi avons déclarés atteints et convaincus les nommés Antoine Dupejrou et Pierre Bonnet, habitants de la paroisse de Saint-Hilaire du Peyrou, d'avoir été arrêtés dans l'attroupement

formé sur l'étang de Pavars le vingt-quatra janvier dernier, et les plus «violemment soupçonnés d^avoir voulu aider et concourir au demolissement de la chaussée dudit étang, et armés ledit Dupejrou d^un fusil, et le nommé Bonnet d'un bâton ferré.

Pour réparation de quoi avons condamné ledit Dupeyrou à être par ledit Exécutear appliqué à un carcan pendant trois marchés consécutifs, ou à un pillier de la halle, Tespace d^une heure à chaque marché tenant avec un écriteau sur la poitrine portant ces mots en gros caractères : SÉDITIEUX.

Et le troisième jour sera fustigé de six coups de verges par ledit Exécuteur sur les épaules nues aux lieux et carrefours accoutumés de cette ville et ensuite conduit dans les prisons pour 7 demeurer pendant un an, après lequel temps les portes luj «eront ouvertes.

Et à regard dudit Bonnet, Tavons également condamné à être appliqué audit carcan le premier jour de marché qui se tiendra en cette ville, et 7 demeurera attaché par le col l'espace de trois heures avec un écriteau sur la poitrine portant en gros caractères les mots : SÉDITIEUX.

' Et ensuite sera fustigé de six coups de verges aux lieux et carrefours accoutumés de ladite ville, après quoi sera reconduit dans lesdites prisons pour y demeurer pendant un an, après lequel temps les portes luj en seront ouvertes.

En ce qui concerne le nommé Minatte Ta vous déclaré atteint et convaincu d'avoir excité deux autres particuliers à le suivre, pour ensuite s'aller réunir au susdit attroupement formé sur Tetang de Favars, le susdit jour^ et d^ avoir été capturé par les cayalieis de maréchaussée, armé d'une hache.

Pour réparation de quoi l'avons condamné à tenir prisons pendant trois ans, après lequel temps les portes luy en seront ouvertes.

Bt & l'égard de Léonard Moulj, Pierre Mallet, Pierre Mamj, menuisier de Venarsal, Perier, sabotier, et Léger Farges, les avons pareillement déclarés atteints et convaincus d^a voir concouru et participé auxdits attroupemens, pour 7 avoir été également capturés.

Poar réparation de quoi les avons condamnés à tenir prisons pendant un an, après lequel délai les portes desdites prisons lenr seront ouvertes.

En ce qui concerne les nommés Jean Roi, dit Yergne, Periert de Saint- Hilaire, Pierre Vacher, Léonard Goulj, Jean Paseal aîné,, autre Jean Pascal cadet, ifrères, Pierre Lavialle, menuisier, Antoine Durouz^ Jean Tejssandier, Jacques Pascal, menuisier, Pierre Vimbelle, Pascal Ghastaing, tisserant, Antoine Mamy, Jean Glauzade, Antoine Moulzac, et Pierre Dumond, les avons mis hors de cours.

Avons en outre condamné lesdits Yaujour et Siccard chacanen dix livres d^amande envers le Roi, et les autres cy-dessus condamnés en trois livres d'amande chacun envers le Roi,, et aux dépens de la procédure chacun les concernant, envers ceux qai Ihs ont exposés. ^

Au surplus ordonnons qu'il sera informé incessamment à la requête du procureur du Roi en la maréchaussée à rencontre des sieurs Ghouchet, Latreille et les deux fils du sieur Lasserre, tous de la paroisse de Saint-Hilaire du Peyrou, et autres à raison des susdits attroupements, leurs adherans, fauteurs et participes', ordonnons en conséquence que ledit procureur du Roi £tfa aasigner les témoins nécessaires à cet effet et notamment les sieurs Durand et Malaret, cavaliers de la maréchaussée de Tulle, les sieurs Dumas, de Gbamejrac, gardé du corps, Delor, Dupejrou Taîné, officier d'infanterie habitant de la ville de Brive, de Nouaret, officier au régiment de Champagne in&nterie^ aussi habitant de Brive.

Ordonnons enfin que le présent jugement sera imprimé et affiché dans toute retendue du département et prévôté du Limozin.

Fait et délibéré dans la chambre du Conseil du siège presidial criminel rie Tulle le vingt février mil sept cens quatre vingt dix.

DuCLÂDX, conseiller rapporteur*, Gilibert db Merlhac ; De Bourguet, conseiller ; Dufratssb Deviannb, conseiller doyen j Loyac de la Sudrie, commissaire ; Serre bb Bazaugour, conseiller; Db Bragonac, conseiller ; Despb.es du Lbtri ; Sarget, greffiercommis.

Ce terrible jagemeot fut désapprouvé par la population luUoise, ce qui montre bien encore qu'elle ne vivait pas en état d'hostilité avec l^'s campagnards. Dans l'esprit de chacun le réquisitoire du procureur du Roi tendait à Tacquittement de tous les accusés, et malgré ce réquisitoire et la protestation de son auteur contre les vices de forme de la procédure, malgré ses conclusions qui réclamaient la caasatioui le tribunal prévôtal condamna ;

Cinq des accusés à un an de prison ; Un autre à trois ans de prison ; Deux autres à un an de prison, à la peinb du carcan et à la fustigation ; Enfin DEUX A LA PEINE DE MORT I

On ne pouvait croire que le iribunai osât ordonner Texécution. On disait avec raison, dans la contrée, que le mal fait par ces hommes était bien au dessous des peines qu'on leur infligeais — Qu'avaient-ils faits en somme f — Ils avaient voulu pêcher un étang K.. On avait fusillé deux des leurs et massacré quelques autres Le lendemain ils s'étaient insurgé^*, voulant veuger leurs morts, leurs blessés, et obtenir la liberté des prisonniers ! On en avait encore tué quatre parmi eux et blessé beaucoup qui devaient mourir plus tard ! On les accusait d'avoir fait le coup de feu contre la gendarmerie^ mais ils n'avaient tué personne, € la poudre du bassinet des vieux fusils, seule, avait pris feu ! »

. Les campagnes, comme la ville, étaient indignées d'un pareil jugement, tout le monde espérait qu'on ferait encore grâce avant l'exécution. On n'oserait pas mettre à mort Siccard et Vaujour.

Cependant l'arrêt qui condamnait Dupeyroux et Bonnet au carcan, et à être ensuite fustigés^ fut exécuté. Ces malheureux furent, sur la place pubUque, attachés au

poteau d'infamie par un collier de fer, les deux mains liées derrière le dofl. Puis, les épaules uues^ le bourreau les frappa de coups de verges !

Le 25 février 1790, cinq jours après le prononcé du jugement et juste un mois après l'émeute, la potence était drossée à Tulle sur la place de TÂubarède (aujourd'hui place Municipale).

Une partie de la maréchaussée des villes environnantes avait été adjointe ù celle de Tulle.

Les cavaliers du régimeiit de Royal-Navarre étaient sous les armes, les officiers de la garde citoyenne de Tulle avaient réuni leurs hommes. On avait déployé des forces considérables, redoutant une émeute, redoutant surtout l'arrivée des paysans des environs qui. devaient, disait'On, délivrer les prisonuiers.

Le gibet se dressait et pourtant la population espérait toujours. Des sentinelles étaient postées sur la route de Pans, par oii devait arriver l'estafette porteur des ordres de TAssemblée nationale qui, on n'en doutait pas, allait faire surseoir à Texécutioa du jugement. La foule était immeoso, paysans et artisans étaient pleins d'angoisse. Un cri, un murmure, et cette foule oscillait, tournait ses regards vers le point d'où devait venir la grâce. On n'était pas venu pour voir mouiir, oh, non! On était là pour attendre la clémence royale ! Et jusqu'à la dernière minute, jusqu'après l'arrivée des condamnés sur le lieu du supplice, on espérait encore!

Eux aussi, les malheureux, espéraient 1 ils avaient la ferme couviction que la liberté les attendaient au pied de la potence. — Ils y trouvèrent la mort !

« Le tribunal pré votai appliqua la loi », a-t-oii écrit, s$d Uxy dura îex ! Mais les juges avaient ils bien toutes les preuves pour condamner ?

La Oazeite nationale ou le Moniteur universel du 30 mai 1790 Ta ripondre en rendeat compte de ce qui était dit à l'Assemblée nationale :

€ Le procureur de la prévoie do Limousin a dénoncé le c tribunal dont il est membre, et l'accuse d'avoir prononcé € des peines de mort contre des citoyens seulement soup* c çonnés de crime. »

Et M. Brival ajoutait :

« Je réclame l'exécution des lois ; je plaide la cause de (( l'humanité.

« Le tribunal prévôtal de Tulle a méprisé toutes les c règles, et je ne le Réfère à cette auguste Assemblée < qu'après m'être inutilement adressé aux tribunaux su- € pérîeurs,

c Ces magistrats, jaloux de cacher et d'ensevelir dans c Toubli les vices d'une juridiction qu'ils dirigent à leur c gré, n'ont fait aucun droit sur ma réclamation.

c Pour vous mettre à portée de connaître les abus que c je n'ai pu arrêter, je vous supplie d'ordonner que toutes « les minutes des procéduies instruites par le tribunal € prévôtal de Tulle seront renvoyées sur le champ à votre % Comité. »

M. Brival obtint une première satisfaction : le 2 juin 1790 l'Assemblée nationale signait un décret qui transportait au présidial de Limoges le jugement des troubles de Favars et autres.

Enfin, par un décret du 15 novembre 1790, l'Assemblée nationale renvoyait encore les inculpés (condamnés par le tribunal prévôtal de Tulle et encore prisonniers) devant le tribunal du district de Bordeaux.

Ces malheureux, qui avaient subi les affres du poteau

infamant et la flagellation du bourreau à Tulle, furent transférés dans les prisons de Bordeaux où ils restèrent jusqu'à leur noavelle comparution devant le tribunal de cette ville qui, dans les premiers mois de 1791, leur rendit la liberté que le tribunal prévôtal de Tulle leur avait ravie.

Mais Vaujonr et Sîccard avaient été pendus I Dupeyroux et Bonnet avaient été publiquement atta>chés au carcan et fouettés par le bourreau l

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