‹ Episodes. Sites et sonnetsChapitre 22 sur 34 · LE JARDIN D'ARMIDE · texte numérisé non relu

LE JARDIN D'ARMIDE

Blanche comme les lis des Jardins endormis, Et l'éveil ingénu des âmes, ô l'Aurore Neigera-t-elle encore au pavé des parvis Où sommeille un écho dans le marbre sonore ?

Les Gardiens puérils chaussés de patins d^or, Vêtus du lin filé par les Vierges assises, A l'aube de ce jour ouvriront-ils encor La Porte merveilleuse et les serrures mises?

Pour que, des colombiers et des lacs de cristal, Les cygnes blancs et les colombes des prairies S'en viennent, vol éblouissant, à ce signal, Sur les marches manger l'orge de pierreries?

Et pour avoir 'dormi sur la Terre et mordu Aux mensonges des fruits du Jardin de FArmide N'est-il plus de retour vers le Temple perdu Où le doux sang s'écaille en le calice vide ?

Comme les Pénitents et les Purifiés Mon repentir voudrait saigner son agonie, Et tordre un hosannah de bras crucifiés, Supplicateur de l'Eternelle Epiphanie !

Custode du trésor mystique et crucial, Porteur du glaive étincelant et de la Lance, Gardien du Temple adamantin et du Graal Et du calice clair où dort toute excellence,

Chevalier de l'armure chaste et Paladin, Hôte des Pèlerins du Sanctuaire étrange, Roi par la rose symbolique du Jardin Que garde le défi du Glaive de l'Archange,

J'ai quitté la montagne et le précieux Sang Et j'ai lavé ma honte en l'eau du baptistère, Et j'ai pris la route d'opprobre qui descend Vers la défaite et vers le Péché de la Terre ;

Les paumes de mes mains ointes pour l'hosannali Et le geste par qui se hausse le calice Se souillèrent à cueillir des fleurs que fana L'aurore malveillante du mauvais délice ;

Le Philtre de l'Armide à mes lèvres rougit, Et mon éveil fut langoureux de cette étreinte, Et la blessure avide à mon flanc s'élargit, Et mon sang marque les détours du Labyrinthe,

La rosée a rouillé mon épée, une main

A délacé l'armure et ses mailles rompues,

Le vent vibre comme le rire du Malin

En mon casque où s'éploie un vol d'ailes griffues,

Et parmi les lis morts des Jardins endormis, Comme le sourire d'une morte, ô l'aurore M'apporte un vain écho des fêtes du Parvis Où chantent des doigts d'Ange en la harpe sonore.

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